30 août, 2006

La poule aux œufs de cuivre

Le premier groupe minier mondial BHP Billiton promet des dividendes record de trois milliards de dollars à ses actionnaires, mais refuse d’accéder aux revendications salariales des mineurs de sa concession d’Escondida au Chili.

Une hausse de 4% des salaires et un bonus de18.000$ pour un contrat de 3 ans et pas un cent de plus ! Sur le papier cette augmentation, présentée aux employés de la mine de cuivre d’Escondida au Chili, semble alléchante. Sur le terrain, elle est carrément mesquine lorsque l’employeur en question s’appelle BHP Billiton. Pour l’exercice 2006, le premier groupe minier mondial a engrangé 10,5 milliards de dollars de bénéfices, enregistré un chiffre d’affaires de 32,2 milliards de dollars (+20%), et surtout, se montre d’une générosité sans borne pour ses actionnaires : en guise d’étrennes de fin d’années, ils se partageront 3 milliards de dollars de dividendes.

Une situation inacceptable pour les 2.052 ouvriers de la mine. En grève pour une durée illimitée depuis le 7 août, ils ont rejeté cette proposition de la direction, qui – c’est un comble – prendrait en compte le salaire brut et non le net. Alors que le cours du cuivre a été multiplié par trois en trois ans pour grimper de 3300 dollars la tonne à 7111 en moyenne, après un record de 8800 en mai, ces mineurs n’ont pas été augmentés depuis 2003 ! Or, ils ont de quoi prétendre à leur part du gâteau.
La mine d’Escondida située à 1400 km au nord de Santiago, en plein désert d'Atacama, fournit 8% de la production de cuivre mondiale. Une ressource indispensable à l’économie chilienne. Le Chili est le premier producteur et exportateur mondial de cuivre avec une production de 5,3 millions de tonnes l’an passé. Et cette année, les cours se sont emballés. Cet « or rouge », qui intervient dans l’électronique, la construction et l’automobile, fait l’objet d'une forte demande en provenance de la Chine, de l’Inde et des Etats-Unis. Escondida a largement contribué aux résultats record de BHP Billiton, en augmentant sa production de cuivre et d’argent. La mine a dégagé 2,6 milliards de dollars de bénéfices contre1,1 milliard l’année passée.

Les ouvriers réclamaient donc une hausse de 13% de leurs salaires et un bonus de 30.000 dollars. Des revendications dont ne veut pas entendre parler BHP Billiton, qui pourtant n’aurait eu à débourser que 60 millions de dollars, une somme bien inférieure aux 3 milliards destinés aux actionnaires. Pour la firme anglo-australienne, cette hausse des cours est « passagère », liée à la vigueur de la demande chinoise. Autre argument, ses employés sont les mieux payés du secteur de l’extraction au Chili (30 000 euros par an). L’offre mise sur le tapis est aussi la plus attractive de la région. L’entreprise a donc les moyens de prolonger le bras de fer. Bien que 95% des miniers soient en grève, Escondida fonctionne à malgré tout à 40% de sa capacité. Non seulement BTP Hilton peut puiser dans ses réserves de minerai mais elle s’appuie sur le droit chilien favorable au patronat, qui l’autorise à embaucher des intérimaires (un autre héritage juridique nocif du régime de Pinochet, à l’image de celui concernant l’éducation nationale, qui avait poussé dans la rue des milliers de lycéens au printemps dernier).

Face à l’opposition de la direction, les grévistes ont revu leurs exigences à la baisse. Ils ne désirent plus que 8% d’augmentation et une prime de 19 000$. « Nous espérons que BHP Billiton comprendra que nous sommes disposés à parvenir à une bonne issue à ce conflit. » explique Luis Trocoso, le président du syndicat des mineurs. Surtout, l’organisation n’a pas les moyens financiers de soutenir la grève au delà du mois de septembre. Ayant dépassé le 15ème jour de grève, le mouvement est entré dans sa phase critique.

Au-delà de deux semaines de débrayage, la législation chilienne autorise l’entreprise à débattre personnellement avec ses employés du renouvellement de leurs contrats, ce qui pourrait diviser le mouvement. BHP Billiton a ainsi publié sur son site internet une notice enjoignant ses ouvriers à téléphoner afin d’obtenir des renseignements pour réintégrer la mine. Des lettres de négociations individuelles de contrat auraient été envoyées à certains. Le 19 août, la direction avait fermé pendant quelques heures l’accès à la mine, mettant en avant les risques de sécurité générés par les grévistes. Des rumeurs font état d’une embauche massive de Péruviens, une main d’œuvre de remplacement bon marché. Pour le syndicat, autant de pratiques qui portent atteinte à son action. En attendant, BHP Billiton se frotte les mains, cette raréfaction de l’offre gonfle les cours.
Paru dans Marianne

29 août, 2006

JUSTICE SANS FRONTIÈRES




Chronique
Le juge Garzón entre les œufs et les honneurs
Huit ans après, rien ne semble avoir bougé. Les déclarations de certains parlementaires chiliens de droite restent toujours aussi véhémentes à l'égard du juge espagnol Baltasar Garzón. En octobre 1998, l'impudent avait signé un mandat d'arrêt à l'encontre de l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, qui se remettait alors d'une opération chirurgicale dans une clinique londonienne. La manœuvre avait porté ses fruits et le dictateur à la retraite était resté prisonnier de la police britannique pendant cinq cent trois jours. Une année et demie pendant lequel la justice chilienne a considérablement avancé sur les différents dossiers de violations des droits de l'homme dans lesquels était impliqué Augusto Pinochet.

En apprenant l'arrestation de Pinochet le 16 octobre 1998, ses partisans avaient réagi en vitupérant ce juge ibère qui venait fourrer son nez dans les affaires chiliennes. L'Espagne n'avait qu'à se pencher sur sa transition démocratique avant de vouloir faire le ménage ailleurs ! Pour qui se prenait ce magistrat espagnol dont le nom rime tellement bien avec certaines insultes locales ! Pendant des mois, les plus fervents admirateurs ont ressassé leur haine et rêvé de pouvoir lui exprimer un jour tout leur mépris. Oui mais voilà, ce lâche ne se montrerait jamais et n'aurait jamais le courage de fouler le sol chilien.

Baltasar Garzón n'avait rien d'un homme inquiet, samedi 26 août 2006, lors de sa sortie de l'aéroport de Santiago. Il avait même plutôt l'air serein et ravi de pouvoir revenir sur cette longue épopée judiciaire. Et il s'est contenté de sourire en apprenant qu'une sénatrice chilienne de droite, Evelyn Matthei, avait promis de lui jeter des œufs lors de son séjour au Chili. "Mon seul problème sera de nettoyer un peu mon costume. Je me moque qu'on me lance des œufs, cela ne changera pas mes plans", a prévenu le magistrat, venu notamment au Chili pour recevoir le titre de docteur honoris causa de l'Universidad central et de l'Universidad Arcis, deux universités de Santiago.

Ces deux établissements d'enseignement supérieur n'ont pas oublié d'associer un autre protagoniste essentiel de l'affaire Pinochet, le procureur espagnol Carlos Castresana, qui avait lancé les poursuites en Espagne contre Augusto Pinochet en 1996 en déposant une plainte auprès de Baltasar Garzón au nom de l'Union des procureurs progressistes (UPF). Un souci qui s'explique notamment par la présence à la tête du département de droit de l'Universidad Central d'une personnalité qui connaît bien le rôle joué par ces deux hommes : Juan Guzmán, l'ancien juge chilien qui s'est efforcé pendant plus de sept ans d'obtenir le procès de Pinochet au Chili.

"Sans eux, on aurait jamais connu une telle avancée dans le domaine de la juridiction pénale internationale", a confié Juan Guzmán au quotidien chilien La Nación. "Si Castrasena n'avait pas cherché, à partir de 1996, une manière de qualifier les crimes de torture, d'enlèvement et de disparition forcée comme crimes contre l'humanité, l'histoire aurait été différente. En qualifiant ces délits de crimes contre l'humanité, il a permis de lancer les procédures contre des agents de l'Etat chilien et argentin qui ont ensuite été instruites par Garzón. Tous les deux ont été essentiels."

De fait, ils ont joué un rôle d'accélérateur au Chili, un pays dans lequel des plaintes avaient certes déjà été déposées contre Pinochet, mais qui semblaient condamnées à être classées sans suite. L'ancien dictateur a finalement été poursuivi. Et, malgré la lenteur des procédures engagées et les nombreux obstacles auxquels elles ne cessent de se heurter – notamment l'état de santé de l'accusé, âgé de 90 ans, et sa prétendue sénilité –, le juge Garzón ne perd pas l'espoir de voir l'ancien dictateur chilien être jugé et condamné dans son pays.
Courrier international - 29 août 2006
Olivier Bras

26 août, 2006

BHP Billiton - Escondida


BHP Billiton, plus généreux avec ses actionnaires qu’avec ses mineurs

Le groupe, qui a augmenté de 29% le dividende annuel versé aux actionnaires, a proposé au syndicat une hausse des salaires de 4%.
Le premier groupe minier mondial BHP Billiton a promis mercredi 3 milliards de dollars à ses actionnaires, grâce à des bénéfices annuels records, tandis qu’il s’oppose aux revendications salariales des mineurs d’Escondida au Chili, en grève depuis deux semaines.

BHP Billiton a engrangé un bénéfice net de 10,5 milliards de dollars sur l’exercice achevé en juin, dopé par les prix élevés des métaux de base, dont la forte progression depuis un an a été le principal moteur de la croissance des résultats, selon la banque UBS.
Paru dans Agefi
Plus de deux semaines de grève à Escondida

Chili . Les mineurs poursuivent la lutte. La direction joue le pourrissement du mouvement, s’appuyant sur une législation sur mesure pour le patronat.
La grève dans la mine de cuivre chilienne d’Escondida est entrée dans sa troisième semaine, après le rejet quasi unanime, dans la nuit de dimanche par les 2 052 mineurs grévistes, de la proposition de la direction. La mine, détenue majoritairement par le groupe anglo-australien BHP-Billiton, proposait une augmentation de 4 % de salaire et une prime de fin de conflit de 18 000 dollars. Le vice-président de la mine avait averti que l’offre rejetée par le syndicat était « la dernière », et la situation semblait dans l’impasse après le refus des représentants de la direction de se présenter à une réunion organisée lundi soir avec le syndicat et les médiateurs de la direction du travail.
Le syndicat insiste cependant dans un communiqué qu’il continue « à être disposé à mettre fin à ce conflit par le dialogue », et a réduit mardi sa demande d’augmentation salariale de 10 % à 8 % (contre 13 % au début du conflit) et diminué également ses exigences en matière de prime de conflit, sa revendication passant de 30 000 dollars à 19 000 dollars.
Le dirigeant du syndicat des travailleurs de la mine a assuré que « le mouvement ne faiblissait pas », néanmoins la grève entre dans une période difficile. La législation chilienne autorise en effet l’entreprise à partir du quinzième jour de grève à engager avec les employés des négociations individuelles pour le renouvellement de leur contrat, ce qui pourrait affaiblir le syndicat et entamer la cohésion du mouvement. La mine peut de plus embaucher des mineurs pour remplacer des grévistes, ce qu’elle fait déjà depuis le 7 août. Passé le quinzième jour de grève, notait hier le Financial Times, la mine, qui pour l’instant fait face à un manque en personnel qualifié et expérimenté, aurait de surcroît la possibilité de faire appel à de la main-d’oeuvre étrangère.
BHP-Billiton, premier groupe minier mondial, a dégagé cette année un bénéfice annuel record de 10,5 milliards de dollars avec une hausse de son chiffre d’affaires de 20,3 %, grâce à une flambée des prix des métaux et des niveaux de production sans précédents, a-t-on appris hier. Le groupe a promis trois milliards de dollars à ses actionnaires, les revendications des mineurs d’Escondida lui en coûteraient... à peine 60 millions.
Raphaëlle Pienne
Article paru dans l'édition du 24 août 2006

13 août, 2006

DISCOURS ANTI-GUERRE

Uri Avnery

D
iscours de Uri Avnery au rassemblement de masse anti-guerre à Tel Aviv le 5 août 2006. Le drapeau noir de l'illégalité flotte sur cette guerre. Le drapeau noir du deuil plane sur nous tous. On dit que nous sommes un groupe marginal.
Que nous sommes des outsiders. Qu'une immense majorité s'oppose à ce que nous faisons. Et moi je dis : en effet. Nous sommes des outsiders. Nous sommes les quelques - uns face aux massesivres de guerre.

Mais le mois prochain, ou l'an prochain, chacun de nous pourra proclamer avec fierté :J'y étais ! J'ai appelé à l'arrêt de cette maudite guerre ! Et les milliers qui nous maudissent maintenant ­ le mois prochain, l'anprochain, diront qu'eux aussi, étaient ici, qu¹eux aussi se sont opposés àcette guerre folle.
D'ici, au nom de cette manifestation, je dis à Ehud Olmert :

Arrêtez cette démence ! La guerre vous est montée à la tête ! Elle vous intoxique ! Vous êtes un drogué de la guerre ! Une guerre dont ne sortira rien de bien. Arrêtez, avant qu'il ne soit trop tard !

D'ici, au nom de cette manifestation, je dis à Amir Peretz :

Beaucoup de ceux qui sont ici, ont voté pour vous. Vous leur avez menti ! Vous les avez trompés !Vous avez prétendu être un réformateur social, Vous avez promis de prendre de l'argent à l'armée et d¹investir dans l'éducation et le social. Maintenant, vous êtes devenu un homme de mort et de destruction, Vous êtes devenu un monstre !

Arrêtez avant qu'il ne soit trop tard !

D'ici, au nom de cette manifestation, je dis à Hassan Nasrallah : Vous avez procédé à une dangereuse provocation, Vous avez fourni un prétexte aux bellicistes, Vous avez joué leur jeu.

Arrêtons ceci séance tenante !

Commençons à négocier ­ Israël, le Liban et la Syrie ­ pour échanger lesprisonniers, Pour mettre fin aux bombes et aux missiles.

D'ici, au nom de cette manifestation, je dis à nos partenaires palestiniens : Nous ne vous avons pas oublié !!!

Nous sommes au courant des atrocités qui surviennent tous les jours à Gaza et les autres territoires occupés. Nous devons coopérer afin de mettre fin à cette guerre, d¹échanger les prisonniers, Pour faire la paix entre nos deux peuples.

De ici, au nom de cette manifestation, je dis au peuple libanais : En tant qu'Israélien, j'éprouve une honte profonde pour ce que nous vousfaisons subir !
Pour les dévastations que nous avons amené sur vous. Une honte profonde !

Quand cette folie aura finalement pris fin, nous lutterons ensemble ­Israéliens et Palestiniens, Syriens et Libanais, citoyens juifs et arabes d'Israël ­

Pour que nous puissions vivre une vie normale, Chacun dans son état libre, Côte à côte EN PAIX !
Vous avez joué leur jeu.

Arrêtons ceci séance tenante ! Commençons à négocier ­ Israël, le Liban et la Syrie ­ pour échanger les prisonniers, Pour mettre fin aux bombes et aux missiles.

D'ici, au nom de cette manifestation, je dis à nos partenaires palestiniens: Nous ne vous avons pas oublié !!!

Nous sommes au courant des atrocités qui surviennent tous les jours à Gaza et les autres territoires occupés. Nous devons coopérer afin de mettre fin à cette guerre, d'échanger les prisonniers,Pour faire la paix entre nos deux peuples.
D'ici, au nom de cette manifestation, je dis au peuple libanais :

En tant qu'Israélien, j'éprouve une honte profonde pour ce que nous vous faisons subir !

Pour les dévastations que nous avons amené sur vous. Une honte profonde !

Quand cette folie aura finalement pris fin, nous lutterons ensemble ­Israéliens et Palestiniens, Syriens et Libanais, citoyens juifs et arabes d'Israël ­Pour que nous puissions vivre une vie normale,

Chacun dans son état libre, Côte à côte EN PAIX !

Paru dans M u l t i t u d e s - i n f o s +

11 août, 2006

Un autre "pingüinazo"




Les "pingouins" chiliens sont à nouveau descendus dans la rue après presque deux mois d'inactivité. Cent dix collégiens -dénommés "pingouins" en raison de leurs uniformes bleus et blancs-, qui réclament des améliorations éducatives, ont été arrêtés hier après des incidents violents quand ils se sont affrontés à la police dans la communauté de Maipú, à l'ouest de Santiago.

Les protestations de mai avaient terminé avec la formation d'un Conseil Assesseur Présidentiel, qui inclut une participation étudiante, avec la mission d'élaborer une nouvelle loi d'éducation.

Le but, entre autres, diminuer la brèche entre les collèges publics et les privés. La marche d'hier, qui a pacifiquement commencé, a été convoquée pour réclamer que s'accélère le travail de ce conseil. Le dirigeant étudiant Simón Sepulveda a déclaré que la manifestation a aussi eu comme objet de dénoncer que les collèges de la zone "tombent en morceaux".

CUBA APRÈS FIDEL

N'est-ce pas charmant, président Castro? George Bush continue à vous envoyer des fleurs.«Au revoir», «Fait de beaux rêves», «Salut», «Dépêche-toi»
Dessin de Larry Wright paru dans The Detroit News(Detroit)




L’absence temporaire de Fidel Castro à la tête de Cuba ouvre une période d’interrogations et d’incertitudes. Au-delà des spéculations, peu sont ceux qui doutent de la solidité du peuple cubain pour affronter les temps nouveaux.
«Une fois j’ai dit que le jour où je mourrai, personne ne le croira », a répété Fidel Castro au journaliste Ignacio Ramonet. Fidel n’est pas mort, mais la décision prise le 31 juillet - de passer les commandes à son frère Raúl pour subir une délicate opération chirurgicale - est une pilule difficile à avaler pour bon nombre de Latino-américains. Pour Dora María Tellez, commandante sandiniste et candidate pour le Mouvement de rénovation sandiniste [Nicaragua] , Fidel ne réoccupera pas le poste qu’il a transféré à son frère. « Je ne crois pas que la délégation de fonctions soit provisoire, c’est un retrait définitif, il est probablement très malade. Ce qui se profile maintenant c’est la succession qui a été préparée pendant des années », a-t-elle dit à l’agence AFP.

Quoi qu’il en soit, que Fidel revienne ou non à son poste, à Cuba ce sont des temps d’incertitudes qui se profilent. A l’évolution incertaine de la santé du leader, il faut ajouter la grande inconnue que représente le modus operandi de l’administration de George W. Bush, qui prépare depuis longtemps une sorte de « transition » qui n’est rien d’autre que prendre les rênes, de manière directe ou indirecte, des affaires cubaines. Le fera-t-il au moyen d’une intervention militaire dans le « style Haïti », ou bien en exhortant « l’opposition » contre-révolutionnaire ?


Le projet dirigé par Bush et les faucons de la Maison blanche est clair et bien connu : sans l’ombre d’un doute, ils continueront à travailler, comme ils l’ont fait au cours des 47 dernières années, à la destruction de la révolution, avec le désir non dissimulé de transformer l’île en un bordel propice à l’accumulation de capital. Il est facile de deviner que le pari impérial est condamné à l’échec. Non seulement en raison de la résistance qu’offriront les Cubains, mais aussi en raison du climat social et politique qui traverse le continent. La question, dans ce cas, est de savoir comment feront les Etats-Unis pour influer sur la transition qui semble avoir commencé à Cuba.

Les plans ne leur manquent pas. Le porte-parole du département d’Etat, Sean Mc Cormack, a dit que le gouvernement de Bush a 80 millions de dollars de prévus pour appuyer et promouvoir un changement politique post-castriste. Le Wall Street Journal, toujours préoccupé par les affaires, spécule sur le fait qu’à l’avenir Cuba peut imiter le modèle de la Chine, en ouvrant son économie aux investissements étrangers et au secteur privé, tout en essayant de conserver un contrôle politique strict. Le New York Times prévient sur la possibilité que les Cubano-américains retournent à Cuba de manière «prématurée» pour exiger des propriétés ou des postes officiels.

La seule idée que l’Empire puisse détruire la révolution cubaine est vécue avec une anxiété justifiée par des millions de personnes de par le monde, et très particulièrement en Amérique latine. Mais il est improbable que cela arrive. Il suffit d’observer le rapport de forces actuel sur le continent pour comprendre que soufflent des vents contraires aux ambitions impériales de Washington, pour ne pas parler de l’échec de sa stratégie au Moyen Orient et dans le Golfe persique. Une aventure militaire serait vouée à l’échec non seulement en raison de la résistance cubaine assurée, mais aussi parce que la stratégie de la Maison Blanche n’a pas non plus pris dans des secteurs un tant soit peu significatifs de la population de l’île.

Le spectre de l’URSS

Toutefois, les incertitudes ne s’arrêtent pas là. «Les Yankees ne peuvent pas détruire ce processus révolutionnaire», signale Fidel dans le long entretien avec Ramonet, publié sous le titre Biographie à deux voix [1], mais il ajoute immédiatement après : «Mais ce pays peut s’autodétruire lui-même». Le leader cubain fait allusion aux erreurs et aux maladresses, aux vices et à la corruption qu’il trouve dans le régime qu’il préside (« beaucoup de vol, beaucoup de détournements », signale-t-il sur la même page de l’entretien en question). Dans ce sens, les questions se multiplient : que fera la génération de dirigeants qui succédera à Fidel et à Raúl, puisque nous nous trouvons face à un changement générationnel ? Comment agiront le Parti communiste, les forces armées, les syndicats et les organisations sociales ?
La fin abrupte de l’expérience soviétique, la gigantesque nation des soviets qui semblait indéboulonnable, a surpris les amis, les adversaires et même les indifférents. Ce qui semblait impossible s’est produit. La manière dont est tombé un régime qui, au-delà du jugement qu’il mérite, paraissait à l’abri d’écroulements intempestifs, est encore une ombre qui menace tout projet différent du projet hégémonique. Si l’URSS s’est effondrée, cela peut arriver à tout autre processus : tel pourrait être une des conclusions de la fin précipitée de celle qui a été pendant des décennies la seconde superpuissance de la planète. Est-ce que, comme l’affirme le Washington Post, la population de l’île « est prête pour un changement » ? Que fera « l’opposition » ? Profitera-t-elle du moment pour se lancer dans les rues et provoquer un chaos justifiant une quelconque intervention militaire étrangère ? Que fera l’opposition qui recherche des changements mais à l’intérieur de la révolution ?

Cela fait tout drôle de parler de Cuba de l’après Fidel. Cela dit, c’est Castro lui-même qui a mis le thème à l’ordre du jour, bien avant de céder la présidence à son frère Raúl. Il ne fait pas de doute que les deux spectres mentionnés jouent, comme des convives de pierre, dans la conjoncture cubaine : le fantôme d’une chute spectaculaire comme cela s’est produit avec l’Union soviétique et le « socialisme réel », d’un côté, et l’attitude de l’impérialisme, de l’autre.


A la fin de son entretien avec Ramonet, Castro affirme qu’«aucun pays n’a jamais affronté un adversaire aussi puissant, aussi riche, sa machinerie de publicité, son blocus, une désintégration de son point d’appui[la fin de l’URSS]». Selon cette interprétation, la forteresse spirituelle des quatre générations formées depuis 1959 serait suffisante pour assurer la continuité du processus. La différence entre le processus cubain et le processus soviétique, d’après Fidel, permet de conserver le plus grand optimisme. En effet, « il y en a qui ont cru qu’avec des méthodes capitalistes ils allaient construire le socialisme », a-t-il dit à Ramonet. Mais l’expérience historique récente est encore très fragile, et oblige à la prudence.

L’heure des changements ?

Les analyses sur « que va-t-il se passer à Cuba sans Fidel » prennent en compte une multiplicité de facteurs, mais elles en oublient un qui est fondamental. Que Fidel est un personnage notoire de notre époque, peut-être la figure centrale de la seconde moitié du XXe siècle, ne fait aucun doute. Mais le caractère exceptionnel de ce « tronc » particulièrement robuste vient du fait qu’il fait partie d’une splendide forêt : l’une des sociétés les plus notoires des dernières décennies. Un peuple, ou plutôt une partie significative du peuple cubain - car dans les sociétés occidentales, qu’on se le dise, il n’existe pas d’unanimités - qui a appuyé sans trêve et sans relâche la révolution, malgré les difficultés économiques, l’omniprésence de la bureaucratie et la si souvent mentionnée « absence de libertés ».

Il est certain qu’une partie des Cubains appuient la révolution en rechignant, certains avec tiédeur, et d’autres avec ferveur. Comment le mesurer ? Dans des cas comme celui-ci, les sondages ne servent à rien. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun peuple ne supporte sans se rebeller pendant 47 ans un régime qu’il considère ignominieux. Cela n’est pas arrivé avec Franco en Espagne, ni avec Somoza au Nicaragua, ni avec Stroessner au Paraguay, pour ne prendre que ces trois exemples. Dans tous ces cas, la population a mis sur pied des mouvements antidictatoriaux malgré la dureté de la répression. La chute du socialisme réel n’a pas été due non plus à des causes externes, mais au sabotage quotidien, sourd mais efficient, par lequel la population montrait son rejet du régime. Avec plus ou moins d’enthousiasme, tout indique que l’immense majorité des Cubains reconnaît les bienfaits que la révolution a apportés à leurs vies, au-delà des critiques. Et, l’aspect décisif, c’est que l’offre d’une société de marché et de concurrence féroce qu’on leur fait depuis les Etats-Unis et l’Europe ne les séduit pas.

Ce qui se passera à partir de maintenant à Cuba, ce sont les Cubains qui en décideront, comme ils le font depuis toujours, et tout particulièrement depuis cinquante ans. Fidel Castro, comme l’a indiqué ces jours-ci le théologien de la libération Jon Sobrino, « a symbolisé quelque chose que, du moins dans l’inconscient, beaucoup d’êtres humains veulent voir symbolisée » : la dignité de dire Non à l’Empire.

NOTES: [1] Ignacio Ramonet, Biografía a dos voces, Debate, Barcelona, 2006, page 567.
RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine

Traduction : Isabelle Dos Reis, pour le RISAL

Chiloé ne fait plus le pont


Le projet du plus grand pont suspendu d'Amérique du Sud est tombé à l'eau, constate le quotidien chilien La Nación. En janvier 2005, la concession d'un ouvrage d'une longueur de 2 634 mètres avait été accordée à plusieurs entreprises, dont le groupe français Vinci. Ce pont devait permettre de relier l'île de Chiloé, située à 1 000 kilomètres au sud de Santiago, au continent sud-américain. Une décision qui mettait fin à plusieurs années de discussions entre détracteurs et défenseurs de ce projet. Parmi ses plus ardents partisans se trouvaient les différentes entreprises installées sur l'île, notamment de nombreux salmoniculteurs, qui y voyaient la possibilité d'accélérer les transports jusque-là assurés par voie maritime ou aérienne.

Un an et demi après, cet ouvrage semble être redevenu un simple mirage. Le gouvernement de la présidente Michelle Bachelet vient de décider d'y renoncer, en raison d'un coût beaucoup trop élevé. Au lieu des 605 millions de dollars initialement annoncés, il coûterait finalement 965 millions de dollars. Les autorités chiliennes préfèrent donc étudier une autre manière d'améliorer et d'accélérer le trajet entre l'île et le continent. Et, au cours d'une réunion avec un groupe d'élus de Chiloé, le ministre de l'Intérieur, Belisario Velasco, s'est lui-même chargé de préciser cette semaine que son gouvernement ne réaliserait pas le pont.

"L'affaire est-elle donc définitivement réglée ?" se demande La Nación. "Pas du tout. Au lieu d'apaiser les choses, l'intervention de Velasco a provoqué un véritable séisme parmi les élus locaux, qui avaient compris autre chose lors d'une réunion précédente avec le ministre de l'Intérieur. Ils pensaient que les négociations n'étaient pas terminées." Du coup, plusieurs participants n'ont pas caché leur grande déception, reprochant aux autorités chiliennes de se contredire sans cesse. D'ailleurs, malgré la décision gouvernementale, certains membres du "Comité pour le pont" ne baissent pas les bras. Des mouvements de protestation ont déjà été organisés de part et d'autre du canal de Chacao, qui sépare Chiloé du continent, des camions bloquant notamment le trafic sur les terminaux maritimes.
Paru dans Courrier international - 11 août 2006

10 août, 2006

Les mineurs ont manifesté à Antofagasta


AP/CARLOS VERA MANCILLA
Lundi 7 août, les mineurs d'Escondida ont manifesté près de la ville d'Antofagasta,
à 1 600 km au nord de Santiago du Chili. Ils réclament des hausses salariales.
Les travailleurs de la plus grande mine de cuivre du monde, Escondida, dans le nord du Chili, appartenant au groupe anglo-australien BHP Billiton, se sont mis en grève, lundi 7 août.
"C'est la première vraie grève dans l'histoire de cette entreprise au Chili. On ne peut pas en prévoir le dénouement. Nous sommes prêts à aller jusqu'au bout", a déclaré Pedro Marin, porte-parole du syndicat des mineurs d'Escondida.

Escondida est la plus grande mine de cuivre du monde, avec une production journalière de 3 600 tonnes, soit 8 % de la production mondiale. Rien que pour le Chili, les quantités extraites à Escondida, en plein désert d'Atacama, à 1 300 km au nord de Santiago, représentent de 20 % à 25 % de la production nationale de cuivre et génèrent 2,5 % du PIB (produit intérieur brut).

Les 2 052 salariés de la mine exigent une revalorisation de leurs salaires de 13 % et un bonus de 30 000 dollars (23 400 euros). Les syndicalistes soulignent que le prix du cuivre a triplé ces trois dernières années, passant de 80 cents la livre à 3 dollars actuellement.

Le vice-président des questions internes de la mine, Mauro Valdès, a qualifié d'"inexplicable" leur comportement, car la mobilisation fera perdre 15 millions de dollars par jour à la compagnie et 7 millions au fisc chilien. Selon la presse, l'entreprise aurait embauché un millier de "briseurs de grève" pour remplacer les grévistes.

L'embauche de remplaçants ne "permettra de maintenir la production que pendant quelques jours, car c'est très difficile de faire fonctionner une mine comme Escondida avec du personnel extérieur", a estimé Gustavo Lagos, directeur du centre minier de l'Université catholique du Chili.

A Londres, la nouvelle de la grève a fait grimper le cuivre à plus de 8 000 dollars la tonne, près de ses records historiques. - (AFP.)

Vespasienne

UN PETIT PAS POUR LA FEMME, UN GRAND PAS POUR LE CHILI.

MICHELLE BACHELET, DIRECTRICE EXÉCUTIVE ONU FEMME 2007

Un petit pas pour la femme, un grand pas pour le Chili.

Mme Michelle Bachelet, candidate de centre-gauche, a obtenu 53,49% des suffrages contre 46,5% pour le milliardaire M. Sebastián Piñera, candidat de la droite de pure orthodoxie libérale. Lors de ce scrutin, Mme Bachelet a augmenté son score de 7,5 points par rapport au premier tour. M. Piñera, quant à lui, a obtenu un score inférieur de 1,8 points à la somme des voix de droite au premier tour.

À ces données il faut ajouter le nombre d'électeurs qui n’a pratiquement pas changé entre le premier et le second tour -seulement 14.500 votes en moins- et le vote blanc et nul qui s’est sensiblement maintenu. Il est donc clair que Mme Bachelet, qui a bénéficié du vote communiste d’une part, et de l'échec de l'appel de M. Tomás Hirsch à l'abstention d’autre part, a été capable de faire basculer dans son camp 2% des électeurs de M. Piñera. Ces électeurs, qui avaient soutenu M. Lavín au premier tour sont issus pour la plupart des couches populaires.

Le nouveau triomphe de la Concertation conforte la majorité parlementaire issue des dernières élections législatives, qui ont coïncidé avec le premier tour de l’élection présidentielle. C’est pourquoi le futur gouvernement aura davantage de marge de manœuvre que l’actuel pour donner l’impulsion nécessaire à ses propositions législatives

Le contexte politique créé par l'élection de Michelle Bachelet ouvre des nouvelles possibilités au déploiement de la démocratie au Chili. Les luttes populaires, la corrélation de forces et la volonté politique auront leur rôle à jour dans la recherche d’une issue politique. Rappelons que c'est bien dans le cadre de la société capitaliste, donc sous domination bourgeoise, mais uniquement du fait du développement des luttes sociales, que les acquis démocratiques se sont matérialisés. Le suffrage universel en constitue un modèle majeur.

Le pouvoir judiciaire, l’église catholique, les organisations patronales, les médias et les forces armées, désignés par euphémisme «les pouvoirs factiques», s’expriment en tant que tels et ont une grande influence sur les décisions prises par le gouvernement. Ils se manifestent en divers domaines et sont perçus par les citoyens comme étant à l’origine des inégalités dans l’application de la loi et dans le caractère partial de la justice. Les « enclaves autoritaires » héritées du régime militaire à travers les institutions crées par la Constitution de 1980 sont de taille. Les avancées récentes ont fait évoluer la Constitution. Toutefois, il reste encore un grand obstacle : le système électoral binominal.

Il convient de rappeler que le Parti communiste a apporté son soutien à la candidate de la Concertation après avoir exprimé son approche sur des domaines sensibles pour la collectivité : le changement du système électoral avec l’introduction de la proportionnelle ; la réforme du système des retraites, la garantie d’une retraite digne et l'augmentation de 100 % des allocations pour les bas salaires; le rétablissement du droit à la négociation collective lors des conflits du travail ; la protection de l’environnement par un contrôle effectif de l’État sur les entreprises privées ; un réel pluralisme de la presse. Ces propositions ont été abordées aussi dans la lettre adressée à la candidate. Le président du PC chilien, M. Teillier, a indiqué que les contacts officieux entre Madame Bachelet et la gauche extraparlementaire laissent présager « un changement d'attitude que nous ne connaissions pas jusqu'à présent, et qui peut être le signal que des choses peuvent changer dans le pays, en particulier le système électoral ».

Autre élément à prendre en compte, le Parti communiste « Juntos Podemos Más », véritable âme de l’union des gauches, représenté par le candidat humaniste M. Tomas Hirsch à l’élection présidentielle, a appelé à voter pour Michelle Bachelet au second tour. L’apport des suffrages du Podemos a ainsi été décisif le 15 janvier dernier.

Si la question du désistement s’est résolue sans douleur à droite, il n’en est pas de même au sein du Podemos. La direction du PCC s’est adressée à la candidate socialiste, conditionnant son désistement à l’adoption par Michelle Bachelet, de cinq mesures visant à élargir l'espace de la démocratie, et à améliorer la situation sociale des majorités. Cette initiative du PCC n’a pas obtenu l’agrément de nombre de ses partenaires, un certain nombre de militants ainsi que M. Tomas Hirsch s’étant prononcé en faveur du vote blanc. L’espoir qu’a fait naître le résultat du Podemos, (7,8 % aux législatives), - aucun candidat communiste n’a cependant été élu- se trouve menacé d’être anéanti. Conscient de ces difficultés, M. Guillermo Teillier, niant toute « négociation » avec la Concertation, fonde son argumentation sur la nécessité d’avancer, ne serait-ce que de ce petit pas que représenterait l’application par le futur gouvernement des cinq propositions. Tout en sachant que Michelle Bachelet ne changera pas d’un iota la politique libérale suivie par ses prédécesseurs, le dirigeant communiste pense que cette brèche peut créer les conditions d’un changement démocratique, changement qui ne viendra, ajoute-t-il, que des luttes que mèneront la gauche, la Centrale unie des travailleurs (CUT), ainsi que le monde du travail et le monde universitaire.
La croissance, accompagnée d’une baisse significative du chômage et de l’extrême pauvreté, ne garantit en rien le bien-être social. Le Chili figure parmi les dix pays les plus iniques de la planète, en matière de répartition des richesses. Et les milliers de tortionnaires de la dictature Pinochet jouissent d’une immunité que le rapport sur les tortures (Rapport Valech), remis en décembre 2004 au président M. Lagos, prônant l’anonymat pour tous, et donc l’impunité pour tous les tortionnaires, leur garantit.

Au Chili, l’idée que seul le consensus permet de faire avancer la démocratie - et qui vient de la pratique de la transition - est très répandue. L’expérience de la démocratie ne nie pas les situations de conflit, les rapports de force, mais cherche au contraire à en faire un outil de la décision publique. Un ressourcement de celle-ci, un rapprochement entre elle et les citoyens, ne peut avoir lieu sans poussées fortes et significatives de la démocratie participative. Il s'agit pour cela de chercher à créer les espaces d'expression de cette « conflictualité », d'inventer de nouvelles modalités pour la démocratie délibérative, qui débouchent sur le débat ou la prise de décision. Mais, rassurons-nous ! Les événements récents du Chili l'ont montré : aucune politique n'est efficace si elle n'a pas obtenu au préalable l'assentiment populaire. Le gouvernement actuel a très peu avancé dans ce sens, si ce n’est qu’il a fait admettre l’idée de la parité. L’élection d’une femme à la Présidence de la République dans ce cadre n'est qu’un petit pas pour l’égalité homme femme, mais néanmoins un grand pas pour le Chili.
Nolo Rizca dans Siglo XXI Paris – France - MMVI

LA TRANSITION A VENIR



Le 13 juillet dernier, le Sénat chilien a adopté une réforme en profondeur de la constitution pinochetiste de 1980. Pour ses signataires, il s’agissait d’en finir avec les dernières enclaves d’autoritarisme héritées de la dictature et de rendre enfin possible l’avènement d’une véritable démocratie au Chili.

Parmi les modifications apportées à la Constitution figurent la faculté redonnée au Président de la République de destituer le commandant en chef de l’armée, le changement de statut du Conseil de sécurité national (espace d’intervention politique des militaires) qui devient un organe uniquement consultatif ne pouvant être convoqué que par le Président et la suppression des sénateurs désignés par les Forces armées au nombre desquels figurait autrefois Pinochet.
Une étape importante a donc été franchie dans la consolidation de la démocratie au Chili ; faut-il pour autant affirmer qu’avec ce vote « la transition démocratique est terminée », ainsi que le prétend Ricardo Lagos lui-même ? Rien n’est moins sûr.

Nous assistons plutôt à une mutation visant à pérenniser un même modèle de domination, ou, pour reprendre les termes de Debord, au passage du spectaculaire concentré au spectaculaire diffus. « La première, mettant en avant l’idéologie résumée autour d’une personnalité dictatoriale, avait accompagné la contre-révolution totalitaire dans la zone sous-développée du marché mondial. L’autre, incitant les salariés à opérer librement leur choix entre une grande variété de marchandises nouvelles qui s’affrontent, représente cette américanisation du monde, qui effraie par quelques aspects, mais aussi bien séduit les pays où ont pu se maintenir plus longtemps les conditions des démocraties bourgeoises de type traditionnel. » (Guy Debord)
La pierre angulaire de cette américanisation de la société chilienne est le système binomial, qui assure à une minorité obtenant plus de 33,4 % des votes d'obtenir pratiquement le même nombre de parlementaires que celui de la majorité. Une loi ad hoc créée par Pinochet et grâce à laquelle la droite, même si elle est minoritaire aux élections depuis quinze ans, parvient à freiner nombre de lois proposées par la majorité de coalition socialiste et démocrate-chrétienne.

Nous devons garder en mémoire que l’ensemble des institutions qu’aujourd’hui gouverne le pays a été imposé de manière autoritaire sous la dictature militaire. L’immense concentration du pouvoir économique et médiatique, l’inégalité dans la distribution des bénéfices de la croissance, ( le Chili est aujourd’hui l’un des pays les plus inégalitaires du monde ), l’impossibilité légal pour l’état de planifier un projet national de développement, la sévère restriction des droits des travailleurs, la désarticulation des organisations sociales, tels que les syndicats, les assemblées de quartier, les ordres professionnels, la marchandisation de l’éducation, de la santé et des systèmes de prévision font partie de cet héritage dictatorial intouchable.

La transition démocratique n’est donc pas terminée. Il est même possible, ainsi que le suggère Tomas Moulian, qu’elle n’ait même pas commencée, si l’on entend par transition le passage d’un type de société à un autre. Certes, nous sommes passés d’un régime autoritaire à un régime électoral, mais celui-ci reste verrouillé par le système binomial, c’est-à-dire par une forme plus souple de domination où une minorité de droite empêche la remise en question du schéma ultra-libéral imposé par Pinochet dans ses aspects essentiels.

Seule une nouvelle constitution qui favorise l’avènement d’une démocratie représentative réelle (sans système binomial et avec des citoyens qui ne transfèrent pas leur souveraineté aux élus), une constitution qui permette un contrôle démocratique et pas seulement étatique du marché, une constitution qui facilité les réformes indispensables dans les domaines de la santé et l’éducation, alors et seulement alors, nous serons entrés dans la période de transition démocratique.

Seulement quand nous aurons fait toute la lumière sur les violations des droits de l’homme et punit les coupables (sans pression d’aucune sorte ni grâce présidentielle, comme récemment au bénéfice des assassins du leader syndical Tucapel Jiménez), nous pourrons nous enorgueillir de notre transition démocratique.



En attendant, et malgré quelques avancées, nous ne faisons que reproduire le plus sauvage des capitalismes.
Edito L’édition spéciale – fête de l’humanité – septembre 2005

09 août, 2006

Il n'ya pas de quoi en faire un fromage

Une Française accusée d'escroquerie au fromage... français

La justice chilienne a demandé mardi l'extradition de «Madame Gil», alias Gilberte van Erpe, une chef d'entreprise française, accusée d'une gigantesque escroquerie aux «petits fromages magiques».

La huitième chambre de la Cour d'appel de Santiago a approuvé à l'unanimité l'ouverture de démarches à travers le ministère des Affaires étrangères pour que Mme van Erpe soit arrêtée et déférée devant la justice chilienne, a indiqué un porte-parole du tribunal.

Selon l'enquête, elle est liée à la société chilienne Fermex, dont les deux plus hauts dirigeants ont été arrêtés le 18 juillet pour l'affaire des «petits fromages magiques» qui compte plus de 6000 victimes au Chili pour un préjudice estimé à 2500 millions de pesos (5 millions $ US).

Tout a commencé quand, en mars 2005, la firme Fermex s'est mise à vendre, à 460$ l'unité, des sachets contenant une mystérieuse poudre (des bactéries sous forme cristallisée) qui, mélangée à du lait, se convertissait en deux semaines en un «petit fromage», baptisé ainsi par les acheteurs enthousiastes.

Le produit en résultant était vendu à Fermex qui devait l'envoyer en France pour la fabrication de cosmétiques. En deux mois, l'acheteur qui devait se procurer un sachet par semaine était censé récupérer et faire prospérer son investissement initial. Il multipliait ses gains s'il réussissait à convaincre des amis de se joindre à ce petit «business».

Le problème c'est que des dizaines de personnes se sont prises au jeu, certaines abandonnant leur travail, y consacrant toutes leurs économies ou souscrivant de gros emprunts pour acheter les sachets «magiques».

Dans le village de Coltauco, à 120 km au sud de Santiago, 600 familles dont la directrice de l'école et le propriétaire de la principale auberge, sont tombées dans le piège.

Quand les paiements de Fermex à ses fabricants artisanaux de «petits fromages» ont cessé et le pot aux roses a été découvert, les dirigeants de la firme Victor Mella et Fernando Jara ont été arrêtés et la justice a ordonné la détention de Mme Van Erpe dont toute trace avait disparu.

Elle a été cependant localisée à Paris par une journaliste de la télévision de l'Université catholique chilienne, le 25 juillet.

«Il s'agit d'une des plus grandes escroqueries de l'histoire du Chili», a estimé l'avocat Raul Meza, qui représente 500 «pigeons». «Beaucoup de mes clients se retrouvent sans travail, sans économies, sans voiture, sans électroménager, sans rien», selon lui.
AFP Santiago

08 août, 2006

Les travailleurs du cuivre en grève



Les travailleurs de la plus grande mine de cuivre privée du monde, située dans le nord du Chili, se sont mis en grève lundi, demandant une augmentation de salaire. A la mi-journée, la production était en baisse de 60%, selon les dirigeants de la compagnie.
Les travailleurs se rassemblaient sur une place de Antofogasta, à 1.600 kilomètres au nord de Santiago, afin de manifester, a annoncé Pedro Marin, porte-parole du syndicat, alors que d'autres mineurs bloquaient la route qui mène à la mine. Une assemblée générale syndicale était prévue lundi, lors de laquelle un vote devait avoir lieu sur une proposition formulée par la compagnie. La proposition, élaborée avec la médiation du gouvernement, est considérée comme définitive par la compagnie.
Elle inclut une augmentation de 3% et un bonus ponctuel de 13.200 euros, alors que les travailleurs demandent une augmentation de 13%. La compagnie Escondida, qui produit un quart du cuivre chilien, a prévu d'employer 1.000 personnes venant de l'extérieur afin de maintenir sa production, qui avait chuté de 60% à la mi-journée, selon Pedro Marin. Le Chili est le premier exportateur mondial de cuivre. Les principaux clients de la mine sont le Brésil, la Chine, la France, le Japon et la Corée du Sud.
08.08.06 Santiago du Chili (AP)

07 août, 2006

LE SÉNAT CHILIEN CONDAMNE CUBA


La plus fameuse prison cubaine
«La Cuba de Castro ! Je me demande bien quelle sorte de régime peut encore se sentir obligé d'incarcérer des prisonniers politiques ?» «Je ne sais pas. Demande aux gardiens de Guantanamo Bay...» Dessin de Martyn Turner

Le 10 juillet 2006 Bush a adopté « des mesures supplémentaires » à l’encontre de Cuba, contenues dans le rapport de 93 pages qui fut préparé par la Commission d'Assistance à une Cuba Libre, présidée par la Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice et le Secrétaire du Commerce Carlos Gutierrez. Au moins 80 millions de dollars sont alloués au financement d’actions en vue de déstabiliser le gouvernement cubain dont 15 sont destinés à rallier la communauté internationale au plan d'occupation de Cuba (Sénat chilien en session ordinaire a approuvé un projet d’accord dans lequel il sollicite la Présidente de la République pour qu’elle exige de son Ministre des Relations Extérieures, Alejandro Foxley, qu’il «condamne et demande au gouvernement de Cuba de mettre fin aux détentions pour des motifs idéologiques»(2).
L’initiative fut présentée par un groupe de 10 sénateurs de droite (4 Union Démocrate Indépendante -UDI-, 6 Rénovation Nationale –RN-) et un démocrate-chrétien (PDC) (2). La motion fut finalement adoptée par 19 sénateurs de droite et 5 de la Concertation.

Dans les considérations du projet d’accord, les auteurs rappellent « qu’en mars 2003 les autorités de ce pays [Cuba] ont condamné 75 dissidents à des peines de prison fluctuant entre 6 et 28 ans » (2).

L’inquiétude manifestée par les Honorables Sénateurs est étonnante et, pour le moins sélective. En effet, ces parlementaires se sont émus du sort de prisonniers sur l’île de Cuba, sans mentionner celui des détenus aux mains de l’administration US dans l’enclave de Guantanamo.

Par ailleurs les mêmes Honorables Sénateurs se déclarent soucieux pour les « dissidents » cubains subissant « maltraitance et mauvaises conditions de vie dans les prisons ». Cependant les familles de ces détenus n’ont jamais eu à déplorer aucune mort par suicide comme ce fut le cas à Guantanamo, ce qui permet d’imaginer, en s’appuyant sur de nombreux témoignages et reportages, l’enfer que ceux-ci continuent d’endurer (4)-(4bis). Il est vrai que les responsables nord-américains ont accusé les auteurs de ces suicides de commettre « un acte de guerre asymétrique ». L’Honorable Sénat chilien a sans doute bien pris note de ces explications (5).



Ce qu’en revanche il n’a pas du tout vu, su ou entendu, ce sont les nombreux témoignages et multiples preuves fournis contre les « dissidents » cubains lors des procès – auxquels n’ont toujours pas eu droit, après plusieurs années de détention, les prisonniers de Guantanamo-, qui attestent que les condamnés étaient appointés par l’administration américaine via la section d’intérêts américains à la Havane (SINA), dont le but était de déstabiliser le gouvernement en place (6).

Cette étonnante capacité à sélectionner certains faits dans la réalité, en fonction de certains intérêts, peut se comprendre aisément si l’on se rappelle que les actuels sénateurs de la droite chilienne n’ont jamais émis la moindre protestation, ni le moindre regret pendant les sombres années de la dictature pinochetiste, durant laquelle pratiquement aucun droit de l’Homme ne fut respecté. Et pourtant, aux milliers de morts par exécution sans jugement ou aux disparus, il faut ajouter les dizaines de milliers d’emprisonnés et torturés (7).

Plus encore, l’enquête de la commission Church du Sénat nord-américain et les documents déclassifiés à la fin de l’administration Clinton montrent à quel point les autorités de ce pays sont intervenues dans l’organisation du coup d’Etat contre Allende (8). En effet, les deniers investis dans les partis politiques chiliens (tant de droite que démocrate chrétien depuis 1963) ont permis aux USA d’imposer au Chili le système institutionnel toujours en vigueur qui favorise le pillage des ressources par les multinationales.

La logique retrouve donc ses droits. Les Sénateurs qui ont voté le projet contre Cuba ne peuvent que soutenir des salariés de l’empire, car il y va de l’image de leur propre passé et de leur survie politique.

Aucun responsable politique de droite, ni aucun responsable démocrate-chrétien, n’a jamais admis, ni regretté, ni encore moins dénoncé cette ingérence dans les affaires internes chiliennes par le biais de leurs propres partis. Plus encore, à notre connaissance, aucun d’entre eux n’a jamais démissionné d’aucune de ces organisations, pour montrer son désaccord envers de tels agissements qui, comme à Cuba aujourd’hui, s’apparentent plus au mercenariat qu’à la lutte politique démocratique.

Il serait presque vain de se demander pourquoi l’Honorable Sénat chilien n’a pas daigné s’intéresser au sort des Cinq cubains anti-terroristes emprisonnés aux USA, malgré la décision de la cour d’Atlanta elle-même sur l’anormalité de leurs condamnations.

Il reste toutefois une question. Eu égard à la promptitude avec laquelle l’Honorable Sénat chilien a adopté le projet de condamnation de Cuba (suite à la publication des mesures supplémentaires contre Cuba par la Commission d’Assistance et l’inclusion dans ce rapport d’une annexe classifiée secrète), nous sommes autorisés à nous poser la question suivante : dans le cadre d’une future enquête parlementaire nord-américaine ou d’une déclassification de documents, pourrions-nous savoir si parmi les partis politiques, qui ont condamné Cuba aujourd’hui, quelques-uns ont ou non bénéficié de mannes octroyées par des organisations officielles nord-américaines ?

Le démocrate chrétien Claudio Huepe, ambassadeur du Chili dans le Venezuela de Chavez, et qui était en exil pendant la période où le COPEI (démocrate chrétien) gouvernait, conseille à ses camarades chiliens de se préparer aux conséquences de certains agissements politiques (« poner sus barbas en remojo»). En effet, personne n’est à l’abri. « Une erreur a dû être commise », dit-il, puisque le COPEI ne représente plus aujourd’hui que 5 à 10% de l’électorat. Au Chili il pourrait arriver la même chose qu’au Venezuela. Le peuple chilien, au vu du lourd passé anti-démocratique du parti démocrate chrétien, finira, plus tôt que tard, pour paraphraser S. Allende, par lui présenter l’addition devant autant de forfaits (9).




J.C. Cartagena et Nadine Briatte


Notes :
(2)
(3)
(5) http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-782298@51-723001,0.html
(6) http://www.intal.be/fr/article.php?articleId=332&menuId=1
http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=854
http://www.granma.cu/frances/2004/mayo/vier7/20bruta-f.html
(7) Voir Rapports Rettig : http://web.amnesty.org/library/Index/FRAAMR220102004?open&of=FRA-CHL
et Valech : http://www.gobiernodechile.cl/comision_valech/index.asp
(8) http://pw1.netcom.com/~ncoic/cia_info.htm

(9) Journal La Segunda de Chile, le vendredi 20 juillet 2006.

03 août, 2006

LE SECRET DE LA FORTUNE DE PINOCHET






Le secret de la fortune de Pinochet

Les révélations sur le dictateur ne cessent pas. A présent, son ancien bras droit l’accuse de s’être enrichi grâce au trafic de cocaïne.

On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid. Le général à la retraite Manuel Contreras [ancien chef de la DINA, la police secrète de la dictature (1973-1990), qui est actuellement incarcéré pour la disparition d’un militant de gauche] ne le sait que trop. Il accuse à présent son ancien supérieur, Augusto Pinochet. Il a fait de ce dernier son ennemi numéro un depuis que, en 2004, le Sénat américain a révélé que l’ancien dictateur possédait des millions de dollars sur des comptes dans plusieurs banques aux Etats-Unis, en Europe et dans des paradis fiscaux. 

Dans un rapport remis début juillet au juge Claudio Pavez, chargé du dossier de l’homicide du colonel Gerardo Huber, Manuel Contreras affirme que la fortune amassée par l’ex-dictateur provient ni plus ni moins du trafic de drogue organisé par son fils Marco Antonio, avec le chef d’entreprise chilien d’origine syrienne Edgardo Bathich Villarroel et Eugenio Berríos, chimiste de la DINA. Il dénonce également la responsabilité de Pinochet dans l’assassinat du colonel Huber. Le corps de ce dernier avait été retrouvé le 20 février 1992 avec une balle dans la tête. L’armée avait conclu au suicide et classé l’affaire. L’histoire commence il y a quelques mois, quand le juge Pavez décide d’interroger Contreras à propos de la mort de Huber, qui avait fait partie de la DINA dans les années ayant suivi le coup d’Etat militaire de 1973. Le juge s’était laissé dire que Contreras appréciait Huber, ce qui signifiait peut-être qu’il en savait plus sur ce qui lui était réellement arrivé [personne ne croit à la thèse du suicide]. 

L’ex-chef de la DINA en a profité pour l’informer de l’origine illégale de la fortune de Pinochet. Contreras affirme que, lorsque Huber a pris la direction de l’un des complexes chimiques de l’armée, au milieu des années 1980, Eugenio Berríos était chargé, avec l’aide d’un autre “cuisinier”, de fabriquer de la cocaïne “noire”, impossible à détecter à l’odeur. Selon Contreras, c’est Pinochet en personne qui avait autorisé la fabrication de cocaïne dans les installations de l’armée. Marco Antonio Pinochet et Edgardo Bathich auraient également participé à ces activités. La production était envoyée aux Etats-Unis et en Europe, où un parent par alliance de Bathich, le célèbre trafiquant d’armes Monser Al-Kassar, l’écoulait, avant de déposer l’argent sur les différents comptes bancaires du clan Pinochet en Europe et aux Etats-Unis. Selon l’ex-patron de la DINA, Pinochet aurait aussi utilisé les fonds spéciaux de l’armée pour s’enrichir, en en percevant les intérêts. 

Contreras affirme qu’on parlait beaucoup de la fortune de Pinochet parmi les haut gradés de l’armée à l’époque et assure que Gerardo Huber était au courant de toutes les activités illicites de la famille. Selon lui, Huber aurait été assassiné par une équipe des opérations spéciales du contre-espionnage chilien. Une thèse assez proche de celle qu’a pu établir le juge Pavez. Une chose est sûre, l’ex-chef de la DINA a des comptes à régler avec Pinochet.

Jorge Molina Sanhueza, La Nación