09 août, 2006

Il n'ya pas de quoi en faire un fromage

Une Française accusée d'escroquerie au fromage... français

La justice chilienne a demandé mardi l'extradition de «Madame Gil», alias Gilberte van Erpe, une chef d'entreprise française, accusée d'une gigantesque escroquerie aux «petits fromages magiques».

La huitième chambre de la Cour d'appel de Santiago a approuvé à l'unanimité l'ouverture de démarches à travers le ministère des Affaires étrangères pour que Mme van Erpe soit arrêtée et déférée devant la justice chilienne, a indiqué un porte-parole du tribunal.

Selon l'enquête, elle est liée à la société chilienne Fermex, dont les deux plus hauts dirigeants ont été arrêtés le 18 juillet pour l'affaire des «petits fromages magiques» qui compte plus de 6000 victimes au Chili pour un préjudice estimé à 2500 millions de pesos (5 millions $ US).

Tout a commencé quand, en mars 2005, la firme Fermex s'est mise à vendre, à 460$ l'unité, des sachets contenant une mystérieuse poudre (des bactéries sous forme cristallisée) qui, mélangée à du lait, se convertissait en deux semaines en un «petit fromage», baptisé ainsi par les acheteurs enthousiastes.

Le produit en résultant était vendu à Fermex qui devait l'envoyer en France pour la fabrication de cosmétiques. En deux mois, l'acheteur qui devait se procurer un sachet par semaine était censé récupérer et faire prospérer son investissement initial. Il multipliait ses gains s'il réussissait à convaincre des amis de se joindre à ce petit «business».

Le problème c'est que des dizaines de personnes se sont prises au jeu, certaines abandonnant leur travail, y consacrant toutes leurs économies ou souscrivant de gros emprunts pour acheter les sachets «magiques».

Dans le village de Coltauco, à 120 km au sud de Santiago, 600 familles dont la directrice de l'école et le propriétaire de la principale auberge, sont tombées dans le piège.

Quand les paiements de Fermex à ses fabricants artisanaux de «petits fromages» ont cessé et le pot aux roses a été découvert, les dirigeants de la firme Victor Mella et Fernando Jara ont été arrêtés et la justice a ordonné la détention de Mme Van Erpe dont toute trace avait disparu.

Elle a été cependant localisée à Paris par une journaliste de la télévision de l'Université catholique chilienne, le 25 juillet.

«Il s'agit d'une des plus grandes escroqueries de l'histoire du Chili», a estimé l'avocat Raul Meza, qui représente 500 «pigeons». «Beaucoup de mes clients se retrouvent sans travail, sans économies, sans voiture, sans électroménager, sans rien», selon lui.
AFP Santiago