13 juillet, 2007

Du Chili, Alberto Fujimori lance sa campagne électorale au Japon



Par Toshi Maeda

TOKYO (Reuters) - L'ancien président péruvien Alberto Fujimori, assigné à résidence au Chili, a lancé sa campagne pour les élections sénatoriales du 29 juillet au Japon.

Fujimori, né de parents japonais et qui jouit à ce titre de la double nationalité péruvienne et japonaise, est recherché au Pérou pour atteinte aux droits de l'homme et corruption.

Mercredi, un juge chilien a estimé que le Pérou n'avait pas fourni de preuves suffisantes des accusations portées contre l'ancien président et il s'est prononcé contre son extradition.

"Le Japon est confronté actuellement à de nombreux problèmes. La Corée du Nord, la diplomatie asiatique, le fossé entre riches et pauvres. En tant que spécialiste du terrorisme et président péruvien, je mettrai mon expérience à profit et réglerai ces problèmes", promet Fujimori dans une vidéo enregistrée au Chili et diffusée au Japon.

Il est peu probable qu'il puisse faire campagne en personne au Japon parce que le gouvernement péruvien fera probablement appel du verdict chilien, ce qui le contraindra à rester à Santiago jusqu'à la fin de la procédure.

Le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Aso, a rejeté la semaine dernière une requête du Nouveau parti populaire, petite formation d'opposition soutenant Fujimori, qui lui demandait d'intervenir auprès du Chili pour permettre à l'ancien président de revenir au Japon.

ELECTEURS SCEPTIQUES

L'épouse de Fujimori, Satomi Kataoka, une femme d'affaire japonaise, a remercié avec émotion ses partisans au Pérou et au Japon.

"Il fera campagne depuis le Chili et je ferai de mon mieux ici en dépit de mon manque d'expérience politique", a-t-elle dit. "Je veux dire à tous ce qu'il a fait au Pérou."

Fujimori est parti au Japon en 2000 après la chute de son gouvernement confronté à un scandale de corruption. Il y est resté cinq ans mais a été arrêté après son arrivée inopinée au Chili.

De nombreux Japonais admirent la manière dont Fujimori a géré la prise d'otages à la résidence de l'ambassadeur du Japon à Santiago par un commando du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA), en 1996-1997. Ses photos de campagne le montrent les bras levé en signe de victoire après la libération des otages par l'armée, au terme d'un siège de quatre mois.

Mais cette admiration ne se traduira pas nécessairement en voix le 29 juillet.

"Je pense que Fujimori a beaucoup de problèmes à régler. En tant que Japonaise, je trouverais étrange de voter pour lui alors qu'il n'a pas réglé ses problèmes dans un autre pays", explique Kikuchio Kokontei, une artiste de 50 ans.

Des militants des droits de l'homme ont tenu mercredi une conférence de presse au cours de laquelle ils ont dénoncé la candidature de Fujimori comme une tactique pour éviter d'être jugé et ils ont exhorté le gouvernement japonais à l'extrader au Pérou s'il revient au Japon.