29 août, 2007

La croisade de l'Eglise chilienne pour un salaire éthique

Par Thomas Huchon (Journaliste)


"Le retour de l'Eglise sociale." Ou encore: "Il ne suffit plus de prier." La presse chilienne s'est fait ces dernières semaines largement l'écho de l'appel "aux entrepreneurs pour augmenter les salaires, et payer un salaire éthique", lancé par Mgr Alejandro Goic.


Le président de la Conférence épiscopale du Chili va même plus loin, prévenant "que si on ne règle pas ce problème, les conflits sociaux vont s'accentuer dans le pays". La proposition de l'Eglise a fait grand bruit dans un Chili où les inégalités sociales sont énormes. Le pays est l'un des 10 plus inégaux au monde, et le modèle néolibéral, mis en place par Pinochet et maintenu depuis le retour de la démocratie, n'a fait qu'accentuer les écarts depuis trente ans.


L'intervention remarquée de l'Eglise dans l'agenda social de la présidente Michelle Bachelet marque ainsi le retour d'une Eglise militante, d'une Eglise sociale qui avait disparue ces dernières années au Chili. Depuis que Mgr Goic a pris la parole, de nombreux prêtres sont sortis de leur réserve pour critiquer la répartition des richesses et la situation sociale du pays.


Le jésuite Fernando Montes en appelle, lui, "à la responsabilité de ceux qui gagnent des salaires de millionnaires", et propose, sur le ton de la provocation, "de payer les économistes au salaire minimum", "sûr", dit il, "que ces derniers chercheront alors à l'augmenter !".


Le salaire mensuel minimum, qui concerne près de la moitié de la population, est de 145 000 pesos (205€ environ) au Chili. Un montant qui ne permet pas dans bien des cas de vivre dignement. Si aucun chiffre officiel n'a filtré, la somme de 250 000 pesos (350€) a été suggérée par Mgr. Goic.


Cette intrusion de l'Eglise dans le débat très partisan de la réduction des inégalités sociales du pays pose un gros problème à la droite chilienne ainsi qu'aux milieux patronaux. La majorité des élus de l'opposition sont en effet chrétiens, idem pour les patrons, et s'ils avaient auparavant balayé d'un revers de manche les revendications salariales des syndicats, ils ne peuvent avoir le même comportement vis-à-vis de l'Eglise.


Pour preuve, la sénatrice Evelyne Matthei (UDI, extrême droite), qui fut la première à faire feu sur Goic, expliquant "qu'il n'avait pas de compétences en économie", a été très critiquée dans son propre camp.


Michelle Bachelet n'en attendait sûrement pas tant. Dans son combat pour réduire les inégalités et la pauvreté dans son pays, la présidente sait qu'elle a reçu un soutien de poids. Elle a créé récemment une commission sur la réduction des inégalités à laquelle participe un très large éventail de personnalités, toutes tendances politiques confondues.


Les grands absents de cette commission sont les syndicats. Mais la Centrale unitaire des travailleurs, principal syndicat chilien, entend bien se faire entendre: elle a lancé pour ce lundi un mouvement de grève nationale, qui devrait selon les observateurs être le plus grand depuis des années.

28 août, 2007

CHILI: PREMIÈRE CONDAMNATION À PERPÉTUITÉ CONTRE UN EX-AGENT DE PINOCHET

HUGO SALAS WENZEL
SANTIAGO (AFP) — La Cour suprême du Chili a ordonné mardi, pour la première fois, une condamnation à la prison à perpétuité à l'encontre d'un ex-agent de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).
La plus haute autorité judiciaire du pays a confirmé la peine infligée à Hugo Salas, ancien chef des services secrets sous la dictature, poursuivi pour le meurtre de douze militants communistes à Santiago en 1987.

L'enquête judiciaire avait démontré que les opposants avaient été abattus de sang-froid, tandis que le régime militaire avait invoqué des "affrontements" avec les forces de l'ordre pour justifier ces exécutions.

A cette époque, Hugo Salas dirigeait la police secrète au sein de la Centrale nationale des informations (CNI) qui avait succédé en 1978 à la redoutable Direction nationale de l'intelligence (DINA).

Ce général à la retraite, qui était en liberté conditionnelle en attendant la décision de la Cour suprême, devra purger sa peine à la prison spéciale pour militaires de Punta Peuco.

L'ancien patron de la Dina, Manuel Contreras, détenu depuis janvier 2005, cumule 144 années de prison qui résultent de plusieurs condamnations pour violations des droits de l'Homme.

De son côté, le général Pinochet, dont le régime est tenu pour responsable de plus de 3.000 cas d'assassinats et de disparitions, est décédé en décembre dernier, à l'âge de 91 ans, sans avoir jamais été condamné.

26 août, 2007

Buenos Aires libère l'ex-patron de la police de Pinochet

Enrique Arancibia Clavel
La justice argentine a libéré l'ancien chef de la police secrète chilienne (DINA) à Buenos Aires. Cette libération est survenue il y a un mois, souligne Clarín, mais la nouvelle n'a été rendue publique que récemment. Enrique Arancibia Clavel avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour le meurtre du général Carlos Prats (ancien ministre de Salvador Allende) et de son épouse dans un attentat ayant eu lieu à Buenos Aires en 1974 dans le cadre du plan Condor, un programme de collaboration de toutes les polices secrètes des dictatures de la région visant à éliminer les opposants, généralement de gauche. Incarcéré en 1996, l'ancien agent secret chilien avait été à nouveau jugé et condamné en 2004 – cette fois à douze ans de réclusion – pour l'enlèvement et la torture de deux Chiliennes âgées de 18 et 21 ans. Sa libération a lieu dans le cadre de la loi argentine dite "deux pour un", qui veut que, lorsqu'on effectue plus de deux ans de détention préventive, chaque jour passé en prison compte double. "Arancibia démontre une nouvelle fois qu'il a du pouvoir en Argentine", souligne le quotidien argentin. Interrogée par Clarín, la journaliste chilienne Laura Elgueta – chef du bureau de presse du ministère de la Défense chilienne – raconte que son sang n'a fait qu'un tour lorsqu'elle a entendu à la radio qu'Arancibia Clavel retrouvait la liberté : "J'ai revécu le même cauchemar, j'ai entendu sa voix menaçante et senti le poids de ses mains qui torturaient mon corps." Elle avait été enlevée par des agents chiliens à Buenos Aires en 1977 avec son frère, toujours disparu.

05 août, 2007

LA POLICE CHILIENNE ARRÊTE L'UN DES GÉNÉRAUX DE PINOCHET


SANTIAGO (Reuters) - La police chilienne a arrêté un général de l'ère Pinochet, qui s'était enfui en juin alors qu'il était sur le point d'être emprisonné pour cinq ans, apprend-on de source officielle.

Le général en retraite Raul Iturriaga a été arrêté dans la ville de Viña del Mar, au bord du Pacifique, à 120 km à l'ouest de Santiago, a déclaré Felipe Harboe, vice-ministre chilien de l'Intérieur.

L'arrestation a eu lieu jeudi matin dans un appartement de cette station balnéaire de luxe, a-t-il précisé, sans donner plus de détails.

Iturriaga devait se présenter début juin dans une prison pour y purger une peine de cinq ans, à laquelle il avait été condamné pour l'enlèvement d'un opposant au régime de Pinochet, Luis San Martin.

Il avait choisi de prendre la fuite, laissant un enregistrement vidéo dans lequel il clamait son innocence et estimait être la victime d'un "verdict arbitraire, partial, anticonstitutionnel et injuste".

Les anciens membres de l'armée sous Pinochet se plaignent fréquemment d'être persécutés depuis le retour de la démocratie, en 1990, pour des violations des droits de l'homme du temps du régime militaire.

Le dissident San Martin avait été arrêté en 1974 et emprisonné dans un centre géré par la Dina, la police secrète du régime, responsable de milliers d'enlèvements, de tortures et d'assassinats d'opposants durant la dictature.

Iturriaga dirigeait à l'époque un département de la Dina, mais a affirmé n'avoir rien à voir avec cette affaire.

Près de 3.200 personnes ont été tuées durant l'ère Pinochet, la grande majorité d'entre eux par l'armée ou la Dina.