28 septembre, 2007

Quand Bush voulait forcer le Chili à soutenir la guerre en Irak

[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]Photo Alex Ibañez

Quelques semaines avant d'entrer en guerre contre l'Irak de Saddam Hussein, le président américain a cherché à faire pression sur le Chili afin que le pays andin soutienne sa guerre. Le Chili est en effet à ce moment là membre du conseil de sécurité de l'ONU, et peut donc voter pour ou contre la guerre.

C'est le quotidien espagnol El Pais qui a révélé l'affaire cette semaine, en publiant des documents secrets relatant une conversation entre Bush et José Maria Aznar, à l'époque président du gouvernement espagnol. Cette affaire illustre les pratiques de l'administration Bush en matière de diplomatie.

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Bush et Aznar avant le début d'une conférence de presse conjointe dans la Maison Blanche, le 28 novembre 2001.


Bush à Aznar: "Ma patience est épuisée"

Durant cette discussion, qui a eu lieu le 22 février 2003 dans son ranch au Texas, George Bush Jr. explique à Aznar que "[sa] patience est épuisée", et qu'il "ne compte pas attendre au delà de la mi-mars" pour lancer l'offensive. Alors que l'espagnol lui conseille d'attendre, et d'obtenir une résolution de l'ONU lui permettant d'entrer en guerre, "W" lui répond:

"Des pays comme le Mexique, le Chili, l'Angola et le Cameroun doivent savoir que ce qui est en jeu, c'est la sécurité de l'Amérique, et agir avec amitié envers nous. Lagos (le Président chilien, Ricardo Lagos) doit savoir que l'accord de libre échange avec le Chili est en attente de confirmation du Sénat, et qu'une attitude négative sur ce sujet [la guerre, ndlr] pourrait mettre en péril cette ratification".

Les téléphones de l'ambassade chilienne sur écoute

A l'époque, la tension est grande à New York. Ambassadeur du Chili auprès de l'ONU, Juan Gabriel Valdes a expliqué que "tous les téléphones de son bureau étaient sur écoute". Il a confirmé les informations publiées par El Pais, "n'étant pas surpris par le contenu de la discussion (Bush-Aznar), mais par le fait que Bush soit allé aussi loin dans la franchise, allant jusqu'à menacer clairement le Chili".

Au final, Ricardo Lagos, qui dirigea le Chili entre 1999 et 2005, n'a pas apporté son soutien à la résolution anglo-américaine d'invasion de l'Irak, préférant se ranger aux cotés de la France, opposé à la guerre. Et le traité de libre échange Chili-USA a été ratifié en août 2003 par le Sénat américain. La tentative de pression diplomatique des Etats-Unis sur le Chili n'a donc pas abouti cette fois-ci.

FMI: Strauss-Kahn fait de sa présence au Chili un "bon symbole"

[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]Photo Alex Ibañez

SANTIAGO (AFP) — Le Français Dominique Strauss-Kahn a fait de sa présence jeudi à Santiago du Chili, en Amérique latine où le Fonds monétaire international a été particulièrement décrié, un "bon symbole" avant son élection probable vendredi à la tête du Fonds monétaire international (FMI).

"C'est ce que je veux conduire au Fonds international si l'occasion m'en est donnée (qui est important), et de ce point de vue, le fait d'être ici avec vous au Chili, en Amérique latine, pour attendre peut-être cette nouvelle est pour moi plutôt un bon symbole que je voudrais vous faire partager", a déclaré l'ancien ministre socialiste de l'Economie. "Les progressistes du monde entier te font confiance", lui avait lancé auparavant la présidente chilienne Michelle Bachelet, qui a inauguré le forum auquel participe M. Strauss Kahn.

Sur la question de la réforme du FMI, M. Strauss-Kahn a jugé qu'il ne fallait pas en changer les objectifs mais qu'il était nécessaire d'en adapter les politiques, tout en préconisant davantage de multilatéralisme et de prévention face à la mondialisation et la mutation du capitalisme.

Les administrateurs du Fonds doivent désigner vendredi le successeur de l'Espagnol Rodrigo Rato à la tête de cette organisation en crise, et très critiquée sur le continent latino-américain où ses erreurs de gestion lui ont valu rancoeurs des dirigeants et colères des peuples.

L'ancien ministre socialiste français, en visite à Buenos Aires début septembre, avait d'ailleurs reconnu que l'institution financière internationale pouvait être pour de nombreuses personnes l'incarnation du "diable".

Arrivé jeudi matin à Santiago à l'invitation de la Fondation Chile 21, M.Strauss-Kahn a dressé devant le Forum annuel du "progressisme", appelation qui rassemble une grande partie de la gauche latino-américaine, un panorama de la nouvelle donne économique.

"La mondialisation demande plus de multilatéralisme qu'hier", car, a-t-il souligné, "on ne peut plus constater les dégats et ensuite les réparer". Dans ce contexte, il est indispensable de développer une "coopération internationale à niveau jamais vu jusqu'à présent", a-t-il déclaré.

"Il faut se promener avec le traité à la main (instituant le FMI) et rappeler que l'article 1 c'est la croissance, et la mission du fonds c'est de garantir cela par la stabilité financière", a-t-il expliqué.

Il a également souligné que la nature des crises financières avait changé, en prenant pour exemple la dernière crise hypothéquaire aux Etats-Unis, en passe d'être réglée, estimant qu'il convient de voir au-delà des crises de taux de change du passé. "Si le sujet des taux de change est important, on le voit avec le débat avec la Chine, il y a bien d'autres sujets sur la stabilité financière que les institutions monétaires doivent être capables de traiter", a-t-il déclaré..

Le FMI doit également "faire leur place" aux pays émergents et aux pays les plus pauvres, a encore dit M. Strauss-Kahn, qui a déjà proposé une réforme du système de votes au sein du Fonds pour mieux prendre en compte ces pays.

Les participants au forum, inauguré par Mme Bachelet, vont évoquer pendant deux jours les moyens d'atteindre un développement plus équitable et une meilleure cohésion sociale à l'heure où une grande partie du continent latino-américain a renoué avec la croissance et les excédents

27 septembre, 2007

DSK : et maintenant le monde !

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Rio, Pékin... Dominique Strauss-Kahn a parcouru des milliers de kilomètres pour convaincre qu'un socialiste proposé par Sarkozy et les pays du Nord serait un patron du FMI soucieux des intérêts du Sud. Récit


Quand il est rentré à son hôtel, l'autre jour à Washington, il s'est fait applaudir par des touristes français en goguette. Dominique Strauss-Kahn a souri et un peu plus que ça. Il sortait du Fonds monétaire international, venait de boucler son grand oral, dans cette maison qui sera la sienne, désormais, sauf tremblement de terre... Et la France se rappelait à lui, comme si ? Comme si rien. Pour l'instant, rideau ! Et sans regret. Depuis des années, DSK se languissait dans la suave médiocrité du Parti socialiste. Finies les petites blagues de Hollande, plus jamais les évangiles de Ségolène... Terminées les sections, à lui le monde ! Il y a quelques semaines, quand les socialistes ratiocinaient à La Rochelle, DSK mettait cap au Sud pour convaincre les latinos qu'il serait le plus juste des patrons du Fonds monétaire international. La Paz, dans la Bolivie de l'altermondialiste Morales. Une idée du Brésilien Lula, cette visite dans les Andes, où une bouteille à oxygène l'attendait dans sa chambre d'hôtel. Et Kirchner, l'homme du miracle argentin, et Michelle Bachelet, la socialiste chilienne...

Son univers désormais. Les gens responsables, qui portent sur leurs épaules le destin des peuples, et cet autre monde qui attend ce candidat soutenu par l'Europe et les Etats- Unis.
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Photo Alex Ibañez
Cette semaine, Strauss-Kahn retourne en Amérique latine, Bachelet le lui a demandé. Quand les 24 administrateurs du FMI se réuniront vendredi 28 septembre pour élire le nouveau directeur général, lui sera au Chili, en train de présider un colloque sur la relance de l'Amérique du Sud. Le voyage est bien long, il a déjà beaucoup donné, mais quel symbole ! Un socialiste au Fonds monétaire international, ça n'existe pas, disaient les puristes et son copain Emmanuelli ? Mais qu'ils entendent la voix du monde ! «Heureusement que le patron du Fonds va être un progressiste», a dit Lula à DSK quand celui-ci est venu le voir en juillet. Le ministre des Finances brésilien grommelait que rien n'était joué, que le soutien brésilien n'était pas acquis au candidat de la riche Europe ? Lula, devant son ministre, adoubait le camarade Dominique, avec pour mission de rendre le Fonds à la planète. Quelques jours plus tôt, en Afrique du Sud, c'est Thabo Mbeki qui avait donné l'accolade à Strauss, désamorçant une possible candidature deTrevor Manuel, son ministre des Finances, que les Anglais, perfides, auraient bien activée...

Voilà donc un destin : au coeur de la planète, devenir le mécano de la prospérité. Le bientôt ex-député de Sarcelles est devenu l'homme-monde. Il a bouclé une tournée de 100 000 kilomètres pour se vendre et ausculter la planète. Il compte les chantiers. Les déficits américains. L'imperium chinois. Les fonds souverains des pays émergents, qui peu vent demain razzier léconomie du vieux monde avec leurs réserves. L'Afrique et sa tristesse. L'Asie, cet eldorado faussement discret. L'Europe, assiégée et de bonne volonté... Il faut apaiser la planète, remettre de l'ordre juste, comme disait qui, déjà ? Strauss-Kahn, lui, peut le faire, murmurent les grands de ce monde...


Quelle belle histoire : une double résilient pour deux grands corps malades. DSK: homme politique français en panne d'existence, socialiste dont les socialistes n'ont pas voulu, beau ministre des Finances, mais dont la carrière, avortée en 1 999, n'a jamais pu reprendre. Et le FMI : belle institution en crise existentielle, ayant désappris les leçons de Keynes, son inventeur, ne sachant plus construire la croissance, devenue repaire de clones néolibéraux. El diablo pour les Argentins, menacée de dissidence par le nouveau riche Chavez, dédaignée par les Chinois au yuan sous-évalué, ignorée des Américains, méprisée des marchés...

C
omment sauver deux malades ? En les mariant, pardi ! Déjà Strauss est sauvé. Si son bonheur est contagieux, le Fonds ne va pas tarder à resplendir. Il veut le ressourcer, l'irriguer de nouveaux talents. Recruter dans le tiers-monde, sortir de la monoculture, diversifier un personnel monocolore. En finir avec cet enfermement culturel - «ces gens qui ne découvrent l'existence d'un pays que quand celui-ci tombe malade», a-t-il dit en Corée. Et puis faire venir des anciens du privé, débaucher pour le service public mondial des spécialistes des marchés financiers - puisque c'est de là, de cet univers opaque des hedge funds, que viennent désormais les tsunamis ! Et enfin, surtout, reparler haut : se faire entendre dans le brouhaha planétaire, pour tenir le discours de la raison. Savoir admonester les riches et les puissants, ne plus être seulement le gendarme des pauvres.


Strauss-Kahn pense une idée à la minute. Depuis qu'il est parti en campagne, il est redevenu le DSK d'il y a dix ans. Le Strauss de ses années Bercy, l'inventeur de l'optimisme français, quand il construisait le Meccano industriel d'EADS, apprenait l'art de la politique industrielle à Jospin, et construisait les cnemins de l'euro. Ce ministre que les grands sentimentaux du Trésor et de l'Inspection n'ont jamais oublié. Ils se sont remis à son service, dans sa conquête du FMI, comme une armée triste retrouve le général de sa gloire. Strauss a bluffé Ambroise Fayolle, nouveau représentant français au FMI, qui l'a accompagné dans sa tournée latino-américaine. Il a retrouvé Pierre Duquesne, ancien conseiller économique de Jospin à Matignon, prédécesseur de Fayolle à Washington, qui lui a déminé le terrain... «Il y a une fenêtre de tir pour relancer le multilatéralisme», dit-il. Le multilatéralisme, c'est lui. Le FMI peut devenir la maison de la régulation, et son directeur général l'hôte accueillant et inventif des maîtres du monde. Le secrétaire au Trésor américain Henry Paulson ne veut plus gérer seul l'hyperpuissance chinoise. Il l'a dit à Strauss-Kahn. Le bilatéral a vécu. Les Chinois, comme empêtrés de leur force, réalisent que la force de la jeunesse ne peut pas tout. «Eux aussi doivent rétablir leur rapport au monde, dit Strauss. Nous avons besoin de la croissance chinoise, mais la Chine a besoin d'une économie mondiale équilibrée.» Il sait que les Chinois appréhendent les déséquilibres de leur croissance, les inégalités montantes. «Pour l'instant, ils ne sont pas dans la même urgence que les Occidentaux. Ils pensent sur cinquante, sur cent ans. Mais c'est aujourd'hui qu'on délocalise dans le Limousin ou le Nebraska ! Il faut amener tout le monde sur le même calendrier.» Pousser la Chine au développement de son marché intérieur, détourner sa puissance des seules économies de l'Ouest, et la sortir de son rôle d'empire prédateur qui accapare les matières premières des pays pauvres, en échange de son aide financière. Et donc l'introduire dans le jeu. La respecter dans les instances du FMI. Elle, et l'Inde, et le Brésil, les nouveaux géants, et la Russie, dont la frustration nourrit l'agressivité, et qui a suscité une candidature anti-DSK, vouée à l'échec, pour tester son pouvoir de nuisance...
Le collectif est son affaire. Mettre les gens autour d'une table et inventer du vivre-ensemble. «C'est la théorie des jeux, dit-il. A un moment, chaque joueur doit avoir intérêt à ce que la partie avance. Le jeu devient coopératif. Mais il faut un arbitre reconnu par tous, un meneur de jeu créatif et persuasif.» A Bercy, il avait pensé, un moment, transformer la «chaise» française - cette représentation dans la démocratie censitaire du FMI, où chaque pays compte au prorata de ses parts - en une chaise européenne. Il est social-démocrate et régulateur. Il entend les pays émergents. Il siège au conseil international de la Banque chinoise de Développement, possède la confiance de ChenYuan, patron de la banque et mogol des finances chinoises. Quand il est venu à Pékin, Strauss a dîné chez Shen ...

D
ans cette histoire, il y a comme une morale. D'un hasard, Strauss a fait un destin. Un coup de téléphone passé à son vieil ami Jean- Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois, qui relevait d'une opération en juin, a fait basculer la donne. Juncker, navré de l'élimination de Strauss de la vie publique, lui a parlé du FMI, que l'Espagnol Rato, tra vaillé par un retour en politique, abandonnait. Ensuite, tout est allé si vite. Juncker a convaincu l'Europe. Sarkozy s'est rallié à cette candidature qu'il n'avait pas inventée, feignant de l'organiser en maître communicant, jouant le jeu pourtant... DSK, pas dupe, amusé de la convergence d'intérêts, a apprécié. A peine embarrassé quand Sarkozy, «vendant» sa candidature à des Européens déjà convaincus, leur glissait au passage que la France ne tiendrait pas ses engagements de réduction de sa dette. En novembre, les experts du FMI produiront une analyse sur la France, dont chacun sait qu'elle sera critique. Le managing director Strauss-Kahn ne s'en mêlera pas. aux administrateurs du Fonds, échaudé par l'expérience Rato, il a promis d'être un patron à plein temps. Lui ira au Venezuela, ramènera Chavez à la maison. Son futur même dépend de son succès au Fonds.
Strauss-Kahn ou la séduction, l'art de s'installer en demandeur, quand il aurait pu jouer les gros bras. En réalité, l'élection était jouée dès le début. Le partage du monde de l'après-guerre, toujours en vigueur, est incontournable. La Banque mondiale aux Américains, le FMI aux Européens. Mais Strauss a compris que cette garantie 1 enchaînerait au monde des riches. Sa campagne mondiale était une nécessité, la condition même de sa crédibilité. Il fallait qu'il ne soit pas le candidat des riches Blancs. Ces jours-ci, Dominique Strauss-Kahn parle beaucoup de Keynes, l'inventeur des institutions financières internationales. Il peut créer, peut-être avec son copain social- démocrate Pascal Lamy, président de l'OMC, cette gouvernance mondiale tant attendue. Il veut pacser à nouveau son FMI et la Banque mondiale, dont les sièges se font face sur la 19e Rue. «Je traverse la 19e Rue, puis je traverse l'Equateur, puis je traverse le Pacifique.» La Banque mondiale, les pays du Sud et les dragons d'Asie. Il a déjà proposé à Robert Zoellick, son patron, de faire un tandem. Ces deux-là ne pèchent pas par modestie... «Zoellick pense toujours qu'il est la plus intelligente des personnes présentes dans une pièce, dit une connaissance des deux hommes. Strauss-Kahn sait que ce n'est pas vrai.» Attention le monde, M. Strauss arrive à Washington. Claude Askolovitch Le Nouvel Observateur

Martin Hirsch: "On peut réduire d'un tiers la pauvreté"

Entretien avec le haut-commissaire aux Solidarités actives, qui réaffirme ses objectifs et explique sa méthode.

A Paris, en janvier 2006 (Pascal Rossignol/Reuters)

De passage au Chili pour le Forum UE/Amérique latine sur la cohésion sociale, le haut-commissaire français aux Solidarités actives contre la pauvreté a accepté de répondre aux questions de Rue89. Il explique sa méthode pour réduire le nombre de pauvres en France.

La semaine dernière, le haut-commissaire a annoncé que son Revenu de solidarité active (RSA), qui permet de reprendre une activité sans risquer de gagner moins que le montant des prestations sociales, serait expérimenté dans 17 départements à partir de novembre. A terme, le gouvernement s'est fixé l'objectif de réduire d'un tiers le taux de pauvreté en France en cinq ans. Un objectif "envisageable" et même "indispensable" selon l'ancien directeur de la Fondation Emmaüs, qui rappelle que c'est la première fois que l'on se fixe un objectif clair en matière de réduction de la pauvreté en France:

Martin Hirsch, haut commissaire du gouvernement (Reuters) Un objectif que Martin Hirsch n'estime pas incompatible avec les autres mesures, en particulier fiscales, prises jusque-là par le gouvernement, comme le bouclier fiscal. Lui continue à travailler à son projet de bouclier sanitaire, qui plafonnerait les dépenses de santé non-remboursées. En effet, explique-t-il, le retour de la croissance seul ne suffira pas à faire reculer la pauvreté. Des "mesures spécifiques" seront, quoi qu'il arrive, indispensables:

Au titre de ces mesures, le haut-commissaire dialogue actuellement avec les partenaires sociaux et les collectivités territoriales de la mise en place de "principes communs" d'action:

Autre thème à aborder, la relation, plus complexe qu'il ne pourrait y paraitre, entre revendication salariale et pauvreté, les gens très pauvres n'étant pas concernés par ces négociations. Pour éviter toute "discontinuité entre les pauvres et les très pauvres", les négociations salariales doivent donc inclure la question des minimas sociaux à la "grande table des négociations":

26 septembre, 2007

Roumanie : partenariat politique et économique avec le Chili

Bucarest, 25 sept /Rompres/ - La Roumanie ne peut pas avoir des accords de libre échange avec les 57 États avec lesquels le Chili a passé des documents de ce genre, le régime des échanges commerciaux étant établi au niveau de l’Union européenne, mais le transfert de certaines capacités industrielles au Chili et la mise en place de partenariats avec des compagnies chiliennes permettront à la Roumanie de bénéficier de ces régimes fiscaux avantageux, a déclaré, mardi, le président de la Chambre des Députés, Bogdan Olteanu.

Bogdan Olteanu a rencontré, mardi matin, au Palais du Parlement, une délégation parlementaire du Chili, menée par le président de la Chambre des Députés de ce pays, Patricio Walker Prieto, qui effectue une visite officielle en Roumanie, du 24 au 27 septembre.

M. Olteanu s’est également entretenu avec son homologue chilien au sujet de la mise en place d’un partenariat politique.

’’Étant donné que l’UE aura une politique extérieure commune à partir de 2009, elle devra se manifester aussi dans la relation avec l’Amérique latine, où le Chili représente un leader politique incontestable et nous sommes déjà en train de construire une relation sur laquelle nous puissions fonder ce partenariat’’, a affirmé Bogdan Olteanu.

Le président de la Chambre des Députés a ajouté avoir évoqué, durant les discussions avec les hôtes chiliens, ’’la mise en oeuvre du système de pensions privées obligatoires en Roumanie, système qui fonctionne au Chili depuis plus de 30 ans’’.

’’Nous avons parlé aussi bien du lancement du système (de pensions privées - ndlr), que des possibles corrections qui pourront lui être apportées au fil du temps et que les Chiliens, après plus de 25 années d’expérience, ont commencé à lui apporter’’, a dit Bogdan Olteanu. [Rompres]

Pérou: arrivée à Lima de l'ex-président Fujimori extradé du Chili

L'ex-président péruvien Alberto Fujimori, extradé du Chili, est arrivé samedi au Pérou où il est passible de 30 ans de prison pour atteintes aux droits de l'Homme pendant la lutte contre la guérilla maoïste du Sentier lumineux.

Après sept ans d'absence et une longue bataille juridique perdue au Chili où il avait été arrêté en novembre 2005, l'ancien homme fort du Pérou a été rattrapé par son passé avec la décision vendredi de la Cour suprême du Chili de l'extrader vers le Pérou, la justice de son pays l'accusant de corruption et de violation des droits de l'Homme.

M. Fujimori est arrivé samedi après-midi à 21H40 GMT à bord d'un Antonov sur la base aérienne militaire de Las Palmas au sud de Lima. Il a été rapidement transféré par hélicoptère dans une caserne de la police où il doit séjourner quelques temps. Un vaste dispositif policier a empêché les journalistes d'approcher de l'avion ou de l'hélicoptère.

L'ancien chef d'Etat avait quitté la capitale chilienne samedi matin à bord d'un avion de la police péruvienne. Le vieil Antonov a fait des escales techniques avant d'arriver à Lima. Selon la télévision, M. Fujimori aurait été victime d'une légère baisse de tension lors d'une escale technique.

A l'aéroport civil Jorge Chavez de Lima, des affrontements ont opposé samedi quelque centaines de partisans de M. Fujimori aux forces de sécurité déployées sur place. Les manifestants, qui croyaient que l'ex-président allaient arriver sur cet aéroport, ne cachaient pas leur déception. Sa fille, la députée Keiko Fujimori, avait pourtant les sympathisants à manifester pour lui souhaiter la bienvenue.

Les quelques centaines de sympathisants avaient bien préparé une fête avec des mariachis, les chanteurs mexicains, et des danses mais ils furent déçus lorsqu'on annonça l'atterrissage de l'avion sur une base militaire éloignée. "On ne va pas y toucher", s'exclama Juana Macedo, une vendeuse ambulante qui, en pensant au sort de M. Fujimori, retenait à peine ses larmes. "On nous a roulés, c'est la faute d'Alan Garcia (le président péruvien) marmonnait Jessica Alarcon en pleurant, en écoutant les mariachis entonner le célèbre "Volver, Volver" (revenir...), une chanson de circonstances.

L'ancien homme fort du Pérou va séjourner quelque temps dans une caserne de la direction des opérations spéciales de la police (Diroes) à Vitarte, à l'est de Lima. Une grande chambre aux vitres blindées et sans télévision et un petit bureau y ont été aménagés pour lui. Le retour d'Alberto Fujimori représente un cadeau empoisonné pour l'actuel président Alan Garcia. N'ayant pas de majorité au parlement, le parti gouvernemental APRA a dû s'allier avec les 13 députés de l'Alliance pour l'avenir, la formation politique de M. Fujimori.

Après 22 mois passés au Chili, pour la plupart du temps placé en résidence surveillée, l'ancien président (1990-2000) doit faire face au Pérou à un procès où il risque dix ans de prison pour des cas de corruption et trente ans pour des violations des droits de l'Homme.

Il est accusé d'avoir ordonné la formation d'escadrons de la mort, composés de militaires, et d'avoir couvert leurs activités. Ces escadrons ont participé à deux tueries dont le bilan s'élève à quinze morts en 1991 et 1992. Parmi les victimes figuraient des femmes, des étudiants, un professeur et un enfant. Ayant dirigé le pays d'une main de fer, M. Fujimori a envoyé dans les années 1990 l'armée combattre la guérilla maoïste, une guerre qui a fait, selon les organisations des droits de l'Homme, 70.000 morts et disparus.

Dans tous ces dossiers, l'accusation devra prouver que l'ancien président a eu un lien avec les escadrons de la mort.

La justice péruvienne veut mener rondement le procès, en bouclant l'affaire en quelques mois, tandis que les avocats de M. Fujimori vont essayer de jouer la montre afin de retarder le verdict aussi longtemps que possible.

Agé de 69 ans, M. Fujimori pourrait échapper à la prison au moment où il atteindra 70 ans. La législation péruvienne accorde des remises de peine à cet âge et autorise les condamnés à purger leur peine à leur domicile.a

25 septembre, 2007

Marcel Marceau, leçon de silence


IL parle de lui à la troisième personne, il dit : "Le mime Marceau fait ceci, cela." C'est royal, dans un premier temps. On croyait le genre disparu, des grands mégalomanes affichés qui se vouvoient eux-mêmes, qui vous disent tranquillement à quel point ils sont extraordinaires, quel talent baigne leur vie, et comme ils ont bien mérité leurs médailles, et en l'occurrence leur fauteuil à l'Académie des beaux-arts. Et puis non, c'est autre chose. Dans un deuxième temps, on y regarde mieux, on entend un autre ton. Si peu dédaigneux que soit l'homme des vanités, cette troisième personne, intermittente au demeurant, traduit plutôt l'indépendance, l'autonomie de son personnage. Il y a Marcel, d'abord, qui incarne assez souvent le mime Marceau, et Marcel Marceau qui joue le rôle de Bip, un double de lui-même qu'il a créé en 1947. Et entre ces trois-là, même si c'est à la vie, à la mort, il y a parfois, comme chez tout le monde, des courants d'air qui passent.

C'est palpable, dès qu'il entre en scène, avec ses pantalons blancs à bord rond, son gilet à gros boutons, son maquillage blanc et son chapeau déglingué où pousse une rose de tissu un peu bébête, on dirait qu'il descend d'une toile de poulbot montmartrois. Il n'a pas l'air d'être d'ici. Il est d'ailleurs, d'un monde plus poétique. Du reste, il fait, dans le silence le plus mat, des tas de gestes qu'on ne comprend pas toujours. Il faut un peu d'attention pour le suivre, puisqu'il travaille dans l'invisible, sans quoi on est perdu. Ainsi, il pose quelque chose et l'ouvre. Puis tire sur un, deux, trois pieds télescopiques. C'est un chevalet avec sa toile. Il ne faut pas l'oublier quand, par la suite, il revient y poser des touches délicates, avec un pinceau invisible trempé dans des couleurs invisibles.

De même, quand il pose un verre sur une table, puis un autre, et les remplit, alors qu'il n'y a réellement ni verre, ni bouteille, ni table, ni vin, il faut bien mémoriser en quel endroit de l'espace il a posé ceci ou cela qui n'existe pas et qu'il reviendra chercher très exactement à sa place précise et absente. Donc rester vigilant. Et apprendre quelques points de syntaxe simples. Quand il fait un tour sur lui-même, cela signifie qu'il change de personnage, d'interlocuteur. Quand du plat des deux mains il fait un rond vertical, cela indique qu'il se regarde dans un miroir, etc. Une fois ces repères intégrés, on ne le lâche plus, et la puissance de son art est magistrale.

Cet homme plutôt mince et qui a tout de même soixante-quatorze ans se démène comme un gamin, danse, saute, fait des grimaces, s'agite, aligne des gestes impeccables comme des signatures dans l'espace et, en quelques instants, vous peuple toute une scène avec un tribunal au complet, avocats, juges, jurés, accusé, témoins, raconte les faits, accuse, défend, condamne, fait résonner les plaidoiries en jouant des claquettes, prend l'air implorant, furibard, consterné. Sans un mot. Marceau, c'est notre nô, notre kabuki bien de chez nous, avec l'accent de Prévert et le souvenir de Chaplin.

"Je suis né à Strasbourg en 1923, quand l'Alsace était redevenue française. Mes parents se sont fixés un temps à Lille, et c'est là que j'ai fait ma rencontre avec Chaplin au cinéma. Une révélation. Je n'ai pas ri, j'ai pleuré. Ce devait être La Ruée vers l'or. Puis on est revenus à Strasbourg. J'allais au lycée Fustel-de-Coulanges, près de la cathédrale. Mon père élevait des pigeons sur les vieux toits, et mes nuits étaient remplies de chants d'oiseau. Mon père était boucher, nous étions d'un milieu populaire et simple, mais il y avait une volonté d'éducation très forte. Mon père m'emmenait à la boxe et à l'Opéra. Il avait une belle voix, il y avait beaucoup de musiciens de son côté. Du côté de ma mère, on était plutôt philosophe."

En Alsace, une de ses tantes tenait une maison d'enfants et c'est avec eux qu'il fait ses premières armes théâtrales, montant des spectacles avec des enfants, en étant un enfant lui-même. "J'avais dix ans quand j'ai créé ma première troupe. A douze ans, je montais des Charlot, des contes taoïstes. Je le faisais avec un tel sérieux que le public des villageois était ébranlé. Je sentais le poids de l'âme." Il ne pensait pas être mime un jour, se voyait professeur d'anglais. Ou peintre, parce que, dès l'âge de cinq ans, ses dons de dessinateur frappaient ses professeurs. Il n'a jamais cessé de dessiner et de peindre, du reste, dans un style curieux qui, lorsqu'il est d'humeur noire, est à son meilleur et fait penser à James Ensor.

Au moment où la seconde guerre mondiale est déclarée, il a quinze ans. Strasbourg doit être évacuée en quarante-huit heures, les habitants doivent partir en laissant tout, les meubles et le reste. " Les Alsaciens ont été repliés sur la Dordogne, et c'est là que je me suis inscrit aux Arts déco de Limoges. Je faisais des dessins, des émaux. En 1942-1943, la guerre est devenue vraiment tragique. Je suis rentré très tôt dans la Résistance, vingt ans. Mon père a été déporté en février 1944. Un cousin m'a caché dans une maison d'enfants à Sèvres. Ça me fait penser au film de Louis Malle. On était quatre-vingt-dix enfants chrétiens et juifs, et sur la maison était écrit ``Service social du maréchal Pétain``. C'étaient des socialistes qui sauvaient des enfants et se cachaient sous cette identité pétainiste. "" J'ai donc été moniteur d'art dramatique dans cette maison et j'en ai profité pour aller chez Dullin, poursuit-il. C'est là que j'ai rencontré le mime Decroux. Il y avait des cours de voix, d'escrime, de chant, etc. Et de mime, avec Decroux qui était le maître de Jean-Louis Barrault et qui allait jouer le rôle du père de Baptiste dans Les Enfants du paradis. Il me demande mon nom. Je lui dis : ``Marceau.`` Il me dit : ``Quel beau nom de général.`` Je l'avais pris dans la Résistance à cause du vers de Hugo : ``Hoche sur l'Adige, Marceau sur le Rhin.`` J'étais né dans le Bas-Rhin et je voulais bouter les Allemands hors de France. Donc je lui ai joué la pantomime de l'assassin, que m'avait inspiré la lecture de Crime et Châtiment et il a déclaré que j'étais un mime-né. "

Le mime vient de la Grèce antique et de Rome, et plus près de nous, de la comédie italienne traditionnelle. Pierrot est le successeur de Pedrollino, qui bégayait. Le Pierrot silencieux a été créé par le grand Deburau, au XIXe siècle, au Théâtre du Temple, qui n'existe plus. La pantomime blanche était tout de même sur la voie du déclin en France au lendemain de la guerre quand Marceau devient, après Barrault, le deuxième disciple d'Etienne Decroux, inventeur de la marche sur place. Marceau travaille donc avec deux maîtres, Dullin et Decroux, et les quitte tous deux pour choisir le silence, sur scène. En 1946, Barrault ouvre sa compagnie au Théâtre Marigny et demande quelqu'un pour jouer Arlequin. "Je me présente en même temps que Béjart. Je l'emporte, j'avais plus le physique de l'emploi que lui. Barrault avait déjà monté plusieurs mimodrames à l'époque, La Faim, d'après Knut Hamsum, Numance, d'après Cervantès. En 1947, j'ai quitté Barrault pour créer Bip au Théâtre de Poche. Le nom de Bip, je l'ai trouvé en m'inspirant du Pip des Grandes Espérances de Dickens."

Contrairement à une idée reçue, Marceau n'a jamais été un pur soliste. Entre 1948 et 1959, il a monté vingt-six mimodrames avec sa troupe. Le programme commençait par des pantomimes de style et de Bip, un peu comme l'Opéra de Pékin qui donne des fables courtes, et les mimodrames suivaient. " On jouait au Théâtre des Champs-Elysées, à l'Ambigu. Grâce à Bip, j'ai pu faire manger ma troupe. On faisait des tournées dans le monde entier, l'Europe, les Etats-Unis. Je vais en Amérique en 1955 pour deux semaines. Le succès est tel que j'y reste six mois et que j'y retourne tous les ans pratiquement. A partir de là, je suis devenu le Français le plus connu dans le monde, avec le commandant Cousteau. Je suis devenu producteur de ma compagnie jusqu'en 1964, date à laquelle je me suis totalement ruiné en montant le Don Juan de Tirso de Molina."

Les politiques sont là et veillent sur le sort de celui que les Japonais ont déclaré " trésor national vivant ", ce qui est superbe, mais n'aide pas tous les jours à faire son marché. Jacques Chirac, alors maire de Paris, permet à Marceau de créer son école de mimodrame dans les sous-sols du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, où il reçoit des élèves de tous les coins du monde. "Un jour, j'ai invité Mitterrand et Jack Lang. Je faisais une pantomime qui s'appelait Bip se souvient, et Mitterrand a été touché au coeur. Quand les théâtres privés, non subventionnés, ont été vidés par la guerre du Golfe, parce que les gens restaient devant leurs téléviseurs en pensant que la troisième guerre mondiale avait commencé, j'ai demandé une audience à Mitterrand et on a reçu une subvention qui continue encore, et j'ai pu remonter Le Manteau, d'après Gogol."

Si le mime offre l'immense avantage d'être libéré des contingences du langage (beaucoup de touristes ne parlant pas le français viennent aux spectacles de Marceau, parce qu'il n'y a pas besoin de traduire), il doit néanmoins s'adapter aux cultures, aux moments de l'histoire. On ne représente pas en Chine la justice par une balance, par exemple. " Quand, après le Printemps de Prague, je me suis rendu dans cette ville et j'ai joué La Cage, une idée d'Alexandre Jodorowski, l'histoire d'un homme prisonnier d'une cage et qui s'en échappe pour se retrouver dans une cage plus grande, le public était fou. En Argentine, quand je suis venu, après la dictature, j'ai donné Bip se souvient, et tous les soirs le public se levait et chantait. "

Marcel Marceau se souvient aussi de son unique rencontre avec Chaplin. A Orly, attendant l'avion qui devait l'emmener à Rome pour tourner avec Vadim dans Barbarella, il aperçoit Chaplin, cheveux gris, entouré d'une ribambelle de ses enfants. " Il me regarde. Je m'approche, on parle, je lui dis : ``Vous êtes un dieu pour moi.`` Je lui embrasse la main. Il en a les larmes aux yeux. Plus personne ne reconnaissait Chaplin en 1967. Vadim m'a dit que Michel-Ange avait eu la même réaction à soixante-dix-sept ans quand un jeune homme de dix-huit ans, du nom de Raphaël, avait embrassé son soulier. C'est un hommage, c'est aussi l'annonce de la mort. "

Dans le beau livre d'entretiens qu'il a réalisé avec Valérie Bochenek (Editions Somogy), on voit tous les visages du mime et de ses proches, ceux de l'enfance notamment quand il imitait Charlot et le Kid, ceux des parents, une grande photo de ce père tant aimé qui n'est pas revenu d'Auschwitz. Le silence de Bip est-il le silence que demande George Steiner sur le génocide des juifs ? " Les gens qui revenaient des camps ne pouvaient pas en parler, ne savaient pas comment raconter. Je m'appelle Mangel, j'ai des origines juives. Peut-être cela a-t-il compté dans le choix du silence, inconsciemment. Mais j'ai reçu une éducation religieuse très ouverte, très tolérante. Je déteste les fanatismes, les intégrismes. Mes grands enthousiasmes d'adolescence étaient patriotiques, c'était Bonaparte sur le pont d'Arcole, Rouget de l'Isle écrivant La Marseillaise, Jeanne d'arc au bûcher. Je n'ai jamais compris comment on pouvait être chrétien et antisémite... "

Notre trésor national vivant est dans une forme olympique. A un rythme d'au moins deux cents représentations par an, il est parfaitement entretenu, souple et vigoureux, plein de ferveur, de rigueur, au plus près de son personnage tendre et chaleureux, lâche et audacieux, colérique et doux, amoureux et suicidaire, humain, tellement humain. Qui parmi ses élèves pourra lui succéder, qui disposera d'une pareille aura, qui ne s'apprend pas dans les écoles ? C'est peu dire que le maître aura payé de sa personne pour maintenir la leçon du silence et transmettre ses secrets. Il y est allé de sa peine et de sa poche. Reste le caractère imprévisible des dons et des choix, de la chance aussi. Marceau, rêveur, laisse entendre sobrement : "On ne pourra plus faire ce que Marcel Marceau a accompli quand il est parti en solitaire introduire le mime dans toutes les nations."


LA FRANCE « PRÊTE À AIDER TOUT PAYS » À SE DOTER DU NUCLÉAIRE CIVIL

Photo José Manuel de la Maza

NEW YORK (Nations unies) - La France est "prête à aider tout pays" à se doter du nucléaire civil, a affirmé lundi à l'ONU son président Nicolas Sarkozy, en estimant que c'était "la meilleure réponse" à apporter à des pays comme l'Iran soupçonnés de chercher à acquérir l'arme nucléaire.
Le président français s'exprimait lors du sommet sur le climat organisé par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

"La France est prête à aider tout pays qui veut se doter de l'énergie nucléaire civile. Il n'y a pas une énergie de l'avenir pour les pays occidentaux, et des pays d'Orient qui n'auraient pas le droit d'y avoir accès", a-t-il affirmé. "C'est d'ailleurs la meilleure réponse à ceux qui veulent, en violation des traités, se doter de l'arme nucléaire", a ajouté le président français, en allusion à l'Iran.

Arrivé dimanche à New York, M. Sarkozy a cette semaine deux rendez-vous importants à l'ONU: outre son intervention sur la lutte contre le réchauffement climatique, il doit présider mardi un Conseil de sécurité réuni au niveau des chefs d'Etat pour parler de l'Afrique. Le président américain George W. Bush assistera à cette réunion.

Il doit également avoir de nombreux entretiens bilatéraux, notamment avec le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre turc Recip Tayyip Erdogan. Lundi matin, il a rencontré les présidents afghan Amid Karzaï, angolais Eduardo dos Santos, et la présidente chilienne Michelle Bachelet.
Lors d'une conférence de presse, il a annoncé qu'il se rendrait en Afghanistan au printemps 2008, et en Angola "début 2008, avec Bernard Kouchner", chef de la diplomatie française.

Il a également annoncé avoir invité le président du Venezuela Hugo Chavez à venir en France en novembre pour discuter des otages détenus en Colombie par les FARC, dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt.

Lundi, le président français s'exprimait sur le climat au nom de l'Union européenne, dont la France assurera la présidence au second semestre 2008, même si sa déclaration sur le nucléaire civil concernait la France seule.
Selon lui, les Européens doivent "donner une impulsion décisive" à la lutte contre le réchauffement climatique.
Dans la lignée de son prédécesseur à l'Elysée, Jacques Chirac, qui avait lancé un cri d'alarme à Johannesburg, en 2002, avec la citation "La maison brûle", il a affirmé sa "très grande détermination" face au "défi climatique qui est, et sera, une priorité" de son action, à la présidence de l'UE.

"Ne rien faire ne serait rien d'autre que criminel au regard de l'avenir de la planète, quel que soit le continent", a-t-il martelé, en proposant de réduire les émissions de gaz à effet de serre "de 50% d'ici 2050".

M. Sarkozy fait plusieurs autres propositions: lutter contre la déforestation (notamment au Gabon), utiliser des technologies adaptées à une croissance "propre" (capture et séquestration de carbone notamment), utiliser des énergies dites peu carbonnées, "y compris le nucléaire".

Enfin, le président français veut lier l'aide au développement aux efforts entrepris par les pays en développement à lutter contre le réchauffement. "On ne peut pas dire à la tribune de l'ONU: il faut un développement propre et continuer à financer un développement qui ne le serait pas", a-t-il dit.

Lors de sa conférence de presse, M. Sarkozy a précisé que des décisions devaient être prises "maintenant, immédiatement, parce que demain, il sera trop tard. Et ce trop tard, c'est 2 degrés de plus. Avec 2 degrés de plus, le point de non retour est atteint".

"Le défi climatique est universel" et ne peut se relever que "dans une enceinte efficace: celle de l'ONU", a-t-il conclu.
(©AFP / 24 septembre 2007 21h30)

21 septembre, 2007

Le Chili autorise l'extradition de Fujimori


La Cour suprême du Chili a donné son feu vert vendredi à l'extradition vers le Pérou de l'ancien président Alberto Fujimori, poursuivi pour détournement de fonds et atteintes aux droits de l'homme dans les années 1990.
L'arrêt de la Cour suprême, qui ne peut faire l'objet d'un appel, met un terme à deux années d'attente pour Fujimori, qui vit au Chili depuis novembre 2005, date de son arrestation alors qu'il tentait de regagner le Pérou après un exil au Japon.

Le parquet péruvien le soupçonne d'avoir détourné 15 millions de dollars et d'avoir agi en dehors du cadre légal dans la lutte contre les rebelles maoïstes du Sentier lumineux.

TE DEUM LAUDAMUS



Le Chili est un des rares pays au monde qui célèbre un Te Deum à l'occasion de sa Fête Nationale. En Amérique latine, on effectue des célébrations semblables en Argentine et au Pérou.


Le Te Deum est une hymne chrétienne, un Chant d'Action de Grâce. Te Deum est le titre abrégé de l'expression latine Te Deum laudamus, qui signifie «Dieu, nous te louons».

Le Te Deum a lieu traditionnellement au Chili depuis 1811, année où José Miguel Carrera a demandé à l'autorité ecclésiastique de l'époque de célèbrer une Action de grâce pour commémorer le premier anniversaire de l'Assemblée Nationale de Gouvernement (Junta Nacional de Gobierno).

Durant ses premières années, le Te Deum avait lieu à la fin de la Messe. C’est seulement à partir de 1870, à la demande du Ministre du Culte, Miguel Luis Amunátegui, que le Te Deum a eu lieu alors sans l'Eucharistie. Il faut rappeler qu’en ce temps, les fidèles qui communiaient devaient jeûner pendant plusieurs heures. C’est pour cette raison que la demande a été acceptée par l'Archevêque de Santiago, monseigneur Rafaël Valdivieso, et par le Conseil municipal Métropolitain.

Depuis l'année 1971, le Te Deum a un caractère oecuménique. Cette année là, l'Archevêque de Santiago, le Cardinal Raúl Silva Henríquez, accède à une demande du Président de la République, Salvador Allende, qui souhaitait donner un caractère œcuménique à cette cérémonie. Il a invité des évêques et pasteurs d'autres Églises chrétiennes à prendre part à ses discours.

Michelle Bachelet dans le Te Deum 2007


Michelle Bachelet a envoyé la traditionnelle salutation à l'occasion de la Fête Nationale du Chili et a souligné dans son allocution l’idée d'une plus grande égalité, qu'avait soulevée auparavant Monseigneur Francisco Javier Errázuriz, dans dans son homélie pour le Te Deum 2007. Les applaudissements les plus spontanés que la Présidente a reçus pendant son discours ont eu lieu lorsqu’elle a déclaré «Nous allons continuer à travailler pour que les Chiliens de l'extérieur aient tous les espaces et, évidemment, le droit de vote».

19 septembre, 2007

CHILI: UN INCENDIE DÉTRUIT UN HÔTEL-CASINO

Au Chili, un incendie a détruit un hôtel et un casino à Pucon, au sud de la capitale, Santiago. Les autorités annonce que personne n'a été blessée dans l'incendie qui s'est déclaré lundi à l'Hotel de del Lago Casino Resort. Le feu serait dû à un problème électrique. Au moment de l'accident, l'hôtel était bondé, alors qu'environ 160 clients y célébraient la fête nationale du Chili.
Rédacteur: Baiyun Origine:CCTV.com

14 septembre, 2007

Le retour des géants de la mine

LE MONDE ECONOMIE
Nickel, cuivre, zinc et même aluminium ont battu pendant l'été 2006 de nouveaux records : certains jours, une véritable frénésie a régné sur le "ring" du London Metal Exchange, la Bourse mondiale des métaux non ferreux. Mais c'est aussi de frénésie que l'on peut parler à propos des manoeuvres, fusions et offres publiques d'achat (OPA) en tout genre qui ont affecté le secteur minier, qui a connu en quelques semaines des bouleversements sans équivalent dans le passé. Une page en particulier s'est tournée avec l'entrée en jeu de nouveaux acteurs brésiliens, russes et demain chinois.


Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le secteur minier avait connu une première mondialisation épousant plus ou moins la logique des empires coloniaux : les Européens dominaient l'Afrique - les Belges au Katanga, les Anglais en Rhodésie et en Zambie (l'Afrique du Sud étant un cas particulier). En Asie se côtoyaient Britanniques et Néerlandais, tandis que l'Amérique du Sud était la chasse gardée des entreprises américaines, en particulier au Chili. Sept entreprises pour le cuivre, cinq pour l'aluminium, trois pour le nickel, contrôlaient ainsi l'essentiel des ressources du monde occidental.


Ce premier âge d'or des oligopoles miniers s'est terminé avec la vague des indépendances des années 1960, puis des nationalisations des années 1970 : l'exploitation du cuivre fut confiée à des sociétés nationales de manière quasi simultanée au Chili, au Pérou, au Zaïre et en Zambie. De nouvelles entreprises ont fait leur apparition comme la Codelco au Chili ou la Gecamines au Zaïre. Les grands projets miniers lancés au lendemain de la flambée des années 1970 l'ont été dans le cadre public, comme le célèbre gisement de minerai de fer de Carajas au Brésil par la CVRD. Les groupes miniers ont même fait, à l'époque, l'objet de rachats massifs par les entreprises pétrolières comme BP, Shell ou Elf Aquitaine.


Mais cet intérêt n'a guère duré : la chute des prix de la fin du XXe siècle a provoqué un retrait massif des pétroliers. Par ailleurs, les privatisations minières réalisées sous la contrainte de l'endettement massif des pays producteurs n'ont pas non plus suscité beaucoup d'enthousiasme, en particulier en Afrique. La mine n'intéressait guère en ces temps de "nouvelle économie" triomphante. A cette époque, l'investissement minier, relativement limité, s'est donc concentré dans quelques pays sûrs, Canada et surtout Australie. Là se sont reconstitués, à partir notamment du charbon et du fer, quelques groupes - BHP-Billiton, Rio Tinto - qui dominent aujourd'hui la scène mondiale.


La flambée des prix des métaux, à partir de 2003, a changé la donne et a procuré un nouveau lustre à l'industrie minière. Les prix ont tiré les bénéfices et donné des moyens à des entreprises jusque-là dédaignées par les milieux boursiers. Après une phase de consolidation, les choses se sont accélérées à partir de 2005, avec l'arrivée de nouveaux acteurs : des filiales d'entreprises de négoce (le suisse Xstrata lié au premier négociant mondial en énergie et métaux, Glencore), des entreprises de pays émergents (le chilien Codelco, seule entreprise majeure qui soit restée publique, le brésilien CVRD, le mexicain Grupo Mexico), des russes (Norilsk, Rusal) et même des chinois (Min Metals). Résultat à l'été 2006, Xstrata a absorbé le numéro deux mondial du nickel, le canadien Falconbridge ; le numéro un, son compatriote Inco, a non seulement échoué dans sa fusion avec Falconbridge et avec l'américain Phelps Dodge, mais est en passe d'être racheté par CVRD. Le même CVRD, associé, dit-on, avec Xstrata et Rio Tinto, songerait à s'attaquer au sud-africain (basé maintenant à Londres) Anglo-American pour mieux le dépecer. Glencore est allé se rapprocher des deux russes Rusal et Sual pour former le numéro un mondial de l'aluminium. Et pour l'instant, les Chinois attendent...


Ainsi se sont reconstitués les grandes multinationales minières d'antan : Rio Tinto (dont le nom rappelle les eaux rouges des rivières cuprifères espagnoles) et BHP-Billiton, solidement ancrées en Australie, Alcoa et Alcan, les jumeaux de l'aluminium, Xstrata, l'énigmatique émanation d'un négociant chargé de mystère, les groupes Russes, contrôlés par des proches de Vladimir Poutine, qui a remis les ressources naturelles sous le contrôle du Kremlin, et enfin les Latino-Américains, les Chinois et les Indiens, seuls pour l'instant à prendre le risque d'opérer en Afrique.


Le moindre projet minier dépasse aujourd'hui le milliard de dollars. Il est souvent porteur de déséquilibres économiques et sociaux et donc de risques, tant pour les investisseurs que pour les pays concernés. L'historien de l'économie Paul Bairoch rappelait que la mine n'avait jamais été un facteur de développement. Le monde a certainement besoin de métaux mais pas à n'importe quel prix !
Philippe Chalmin est professeur d'histoire économique à l'université Paris-Dauphine.
CHRONIQUE PHILIPPE CHALMIN


12 septembre, 2007

L'autre 11 Septembre, au Chili, trente-quatre ans après


(De Santiago) Le 11 Septembre est un jour à part au Chili. Il y a 34 ans, en 1973, le coup d'Etat mené par l'armée, avec à sa tête le général Augusto Pinochet, aplatissait sous les bombes et les coups de canons le rêve d'un peuple d'une société plus juste et solidaire.

Salvador Allende, Président démocratiquement élu, luttait jusqu'aux derniers instants dans le palais présidentiel en flammes, avant de se donner la mort dans son bureau. Fidèle à sa promesse de ne sortir de la Moneda que "les pieds devants". Ce jour de deuil marque le début d'une dictature sanglante qui durera 17 ans, au cours de laquelle plus de 3 000 personnes mourront ou disparaîtront, et 30 000 autres seront violemment torturés. Leur crime? Etre de gauche.

Cette année pourtant, et pour la première fois depuis le retour de la démocratie en 1990, les commémorations sonnent creux. Car le gouvernement Bachelet a interdit les manifestations devant la Moneda, de peur de voir se répéter les débordements observés l'an passé, lorsque des jeunes cagoulés avaient jeté sur le palais présidentiel un cocktail Molotov. Selon le ministère de l'Intérieur, seuls des "dirigeants et des militants politiques identifiés" pouvaient se rendre devant la statue de Salvador Allende face au palais présidentiel, et pas le peuple chilien, donc. Le centre de la ville, en "état de siège", était "protégé" par un impressionnant dispositif policier, et interdit à la circulation.

"Une honte!" pour Paz Rojas, présidente de l'une des principales association des droits de l'Homme au Chili, qui "ne comprend pas. 34 ans après, nous sommes encore réprimés, et de façon très brutale. Les carabiniers agissent avec la même violence et la même arrogance que sous Pinochet". Pour elle, l'explication est toute trouvée: "L'impunité a permis que ne changent ni la conscience, ni les comportements policiers".

Marcia Tambutti, petite fille de Salvador Allende, estime pour sa part que le Chili est une "démocratie limitée, quadrillée", et regrette autant "l'interdiction de manifester librement que les violences des casseurs qui infiltrent les cortèges, et empêchent de fait les marches pacifiques". "Pour tout cela, le Chili est un pays absurde", ajoute un autre membre de la famille Allende.

Ceux qui ont pu passer les barrages de police et accéder jusqu'au lieu des célébrations chantent en coeur "Se siente, se siente, Allende esta presente!" (Ca se sent, Allende est présent!), et raillent la Présidente Michelle Bachelet: "Aprende, Michelle, la dignidad de Allende!" (Apprends, Michelle, la dignité de Allende). Après avoir déposé une gerbe de fleurs, chaque parti fait son discours. L'émotion est grande, les yeux pleins de larmes, les gorges serrées. "Jamais la brutalité et la force ne nous empêcheront de rendre hommage à Allende" déclare depuis la tribune improvisée Camilo Escalona, président du PS chilien.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La plupart des "anciens", ceux qui ont connu les années noires du régime de Pinochet, ne comprennent pas qu'on les empêche de se recueillir devant le numéro 80 de la rue Morandé, porte par laquelle sont sortis les derniers résistants de la Moneda, ainsi que le corps sans vie du Président Allende. S'il faut reconnaître le travail important de Michelle Bachelet en matière de droits de l'Homme et de travail de mémoire, si sa volonté personnelle ne peut être remise en cause (elle-même a connu les geôles de Pinochet), l'incompréhension est grande de voir interdite une marche pacifique commémorant la mort de Salvador Allende, et par extension celle des victimes de la dictature.

A quelques kilomètres de là, dans le cimetière général, de nombreuses personnes viennent déposer une fleur et se recueillir devant l'impressionnant mausolée de Salvador Allende. Certains viennent tous les ans, en famille ou avec des amis. Tous le font avec la même volonté de ne pas laisser tomber dans l'oubli celui qui repésente aujourd'hui comme hier l'exemple d'un politique “digne, conséquent, moral”, qui “a réalisé notre idéal”, explique Marco, 20 ans.

Juan, de trois ans son aîné, militant de gauche mais affilié à aucun parti, rappelle "qu"il faut avoir de la mémoire, se souvenir de tous ceux qui sont tombés pendant la dictature: Allende et tous les autres". Il regrette que le gouvernement, en n'autorisant pas de marche globale, "cherche à diviser le peuple". "Ce pays est une merde, livré au libéralisme sauvage, qui va bien macro économiquement, mais qui micro économiquement va très mal" tance-t-il. Avant d'ajouter dans un français parfait: "Jusqu'ici tout va bien. Mais ce qui compte, ce n'est pas la chute, c'est l'atterrissage."

11 SEPTEMBRE 1973 : ALLENDE NE S'EST PAS SUICIDÉ AVEC LA MITRAILLETTE DE FIDEL

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rapport d'autopsie

SALVADOR Allende



















«Depuis trente-quatre ans, n'importe quel Chilien moyennement informé a vu et entendu des centaines de fois [ces images] où le général Javier Palacios Ruhmann, à l'époque chef des services secrets de l'armée, brandit la mitraillette AK-47 de métal noir, avec une courroie noire, ornée d'une plaque noire (qu'il ne montre pas), sur laquelle il affirme qu'est gravé : "A Salvador, de la part de son compagnon d'armes, Fidel Castro" rappelle La Nación
Courrier international
C'est, dans la version officielle, avec cette arme que le président Allende s'est donné la mort le 11 septembre 1973. Mais le quotidien chilien révèle que "le fusil offert par Fidel n'était pas entre les mains d'Allende ce jour-là, car il le gardait ailleurs. [...] Les assaillants ont fait fabriquer une plaque portant la signature de Fidel pour la fixer à la mitraillette avec laquelle le président socialiste a effectivement livré son dernier combat. »
  
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LE véritable fusil d'assaut offert par Fidel Castro à Allende, paru dans le livre de Pinochet.

L'enquête du journaliste de La Nación s'appuie entre autres sur une photo qui figure à la page 142 d'un livre intitulé « Le jour décisif : 11 septembre 1973 » et signé par ..."Augusto Pinochet, capitaine général, commandant en chef de l'armée, président de la République, édition de l'état-major de l'armée, département des relations internes, mémorial de l'armée du Chili, bibliothèque officielle, volume LXVII, 1982". Sur cette photo figure le véritable fusil d'assaut AK-47 offert par Fidel à Allende, « avec sa crosse en bois, sa courroie blanche sur laquelle est inscrite la véritable dédicace – manuscrite – de Fidel Castro ».

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Le croquis officiel qui inclut une mitraillette métallique très différente dU fusil d'assaut offert par Fidel Castro à Allende.

L'opinion publique a longtemps cru que Salvador Allende avait été assassiné le jour du coup d'Etat et ne s'était pas suicidé. A ce jour, de nombreuses zones d'ombre subsistent sur les circonstances de sa mort à l'intérieur du palais présidentiel de La Moneda, bombardé par les putschistes. « Déterminer jusqu'à quel point l'armée a réalisé un montage post mortem à propos de l'arme qui a mis un terme aux jours de Salvador Allende mérite une enquête », conclut La Nación.

10 septembre, 2007

Violences entre police et manifestants lors d'une marche en mémoire des victimes de la dictature de Pinochet


Des heurts entre manifestants et forces de police ont éclaté dimanche à Santiago lors de la marche annuelle en mémoire des victimes de la dictature du général Pinochet organisée à l'occasion de l'anniversaire du coup d'Etat militaire au Chili, le 11 septembre 1973.

Un policier a été blessé et 147 personnes ont été arrêtées, selon le gouvernement. La manifestation, la première depuis la mort d'Augusto Pinochet en décembre à l'âge de 91 ans, a été moins violente et moins suivie que les années précédentes.

Les forces de police ont empêché les 5.000 manifestants -selon la police et les média locaux- de défiler devant le palais présidentiel où le président Salvador Allende, démocratiquement élu, s'était suicidé plutôt que de se rendre aux militaires lors du coup d'Etat du 11 septembre 1973 grâce auquel Pinochet avait pris le pouvoir.

D'après un rapport officiel, 3.197 dissidents au moins ont disparu ou ont été tués pendant la dictature de Pinochet, entre 1973 et 1990. Plus de 1.000 d'entre eux sont toujours portés disparus.

Le général Pinochet est décédé en décembre dernier alors qu'il était inculpé pour atteinte aux droits de l'homme et menacé de plusieurs poursuites judiciaires, mais sans jamais être allé en prison.

La famille Pinochet compte organiser une cérémonie privée mardi dans la résidence secondaire de l'ancien dictateur afin d'inaugurer une crypte où ses cendres seront déposées. AP

CHILI : 1973, L’AUTRE 11 SEPTEMBRE !


 « PALAIS DE LA MONEDA » EN FLAMMES


11 septembre 1973 : jour du coup d’état militaire mené par le général Augusto Pinochet qui renversa le gouvernement socialiste de Salvador Allende. Une féroce dictature s'installa au Chili pendant dix-sept ans, elle imposa une "migration d'exil" à environ 200.000 personnes.


Le Chili poignardé par le faucon USA

Comme pour bien d’autres pays du globe, le Chili se situe dans la zone d’influence nord-américaine. Pour ses intérêts économiques, à l’instar d’autres exemples, ladite plus grande démocratie du monde à initié, organisé et financé des opérations de déstabilisation du système démocratique chilien. Ainsi, elle a préparé le terrain à l’instauration d’un régime fascisant à Santiago du Chili le 11 septembre 1973.

Le coup d’état chilien du 11 septembre 1973, n’a pu voir le jour que grâce au concours des Etats-Unis. Déjà en 1963, pressentant une possible victoire de Salvador Allende, le président John Fitzgerald Kennedy (du parti démocrate !) encouragea des multinationales implantées dans le pays à soutenir son favoris chilien, le chrétien-démocrate Edouardo Frei. Les modalités furent placées entre les mains de Robert Kennedy (le frère du président), alors ministre de la justice. Il n’hésita pas à hypothéquer l’avenir de milliers de simples citoyens chiliens.

À coup de millions de dollars.

Frei, par le biais de ces multinationales nord-américaines, reçut plusieurs millions de dollars, qui équivaudra à environ la moitié des frais de sa campagne électorale, campagne qu’il remporta sans mal. En échange, les Etats-Unis allait contrôler plus de quatre-vingt pour cents des grosses industries chiliennes. Parce que les intérêts américains demeurant toujours au premier plan ; l’histoire se répète. En 1970, à nouveau effrayé par une possible victoire aux élections présidentielles de Salvador Allende, le général manager de Pepsi, Donald Kendall, fomente une rencontre entre le responsable de l’embouteillage de la boisson au Chili avec un des conseillers en matière de sécurité du président Nixon (du parti républicain). Cette fois-ci, au cours de ce nouveau rendez-vous électoral, Allende remporte les élections. Nixon convoque le chef de la CIA dans son bureau et ordonne que l’inauguration du président Allende soit empêchée.

Edward Korry, l’ambassadeur des USA au Chili sous les administrations Kennedy, Johnson et Nixon, fait savoir à Washington qu’il est en faveur d’un « coup de pouce » appuyé à Edouardo Frei, mais qu’il s’oppose fermement à une intervention militaire dans la veine du fiasco cubain de la Baie des cochons. Mais la machine de guerre est déjà en marche. Nixon est en effet soumit à des pressions de plus en plus intenses de la part de ses mécènes politiques qui paniquent au vu du projet de nationalisation de leur acquis au Chili. Une des plus puissantes d’entre elles, l’ITT Corporation (International Telephone and Telegraph) possède en 1970, 70% de la Chitelco, la compagnie de téléphone chilienne, qui se traduit par la récolte de 153 millions de dollars à l’époque. L’ITT déverse des fonds dans les caisses noires du parti républicain ; impossible pour Nixon de les ignorer. Un membre du conseil d’administration de l’ITT et ex-directeur de la CIA, promet un million de dollars supplémentaire à Nixon en échange d’une « mise hors d’état de nuire » du nouveau président socialiste. D’autres multinationales, tel que Anaconda Copper (cuivre) en firent de même. Le pouvoir politique (et économique) des Etats-Unis a grandement participé à la préparation du terrain pour la venue du dictateur Pinochet et l’instauration de son régime militaire sanguinaire.

En ce matin du 11 septembre 1973, Salvador Allende, 65 ans, porté au pouvoir trois ans plus tôt, n’est plus entouré que d’une poignée de fidèles. Le palais présidentiel de la Moneda, à Santiago, bombardé par l’aviation et cerné par l’armée, est en flammes. Le chef d’Etat chilien demande à ses proches de se rendre. Le coup d’Etat, déclenché quatre heures plus tôt, est terminé. En pleine attaque de la Moneda, le président avait lancé un dernier message radiodiffusé à ses concitoyens : "Je ne vais pas démissionner (...). Je ne renoncerai pas, je paierai de ma vie la loyauté du peuple. J’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas vain. Je suis sûr qu’il sera, au moins, une leçon morale qui punira la félonie, la lâcheté et la trahison. D’autres hommes surmonteront cette période sombre et amère". Auparavant, les putschistes lui avaient proposé de quitter le pays en avion après une "reddition inconditionnelle". Mais c’est un piège, comme le montrent des enregistrements de communication entre Pinochet et un autre officier : "On le fait prisonnier sans conditions en ne lui offrant que la vie sauve ?", demande le second. "Nous maintenons l’offre de lui faire quitter le pays... mais l’avion tombera en vol", répond le premier avec un grand éclat de rire.

Dans le même temps, l’armée pourchasse les militants politiques de gauche, enlevés à leur domicile ou sur leur lieu de travail, sans que leurs familles soient informées de leur sort. Dans le stade national de Santiago, près de 12.000 personnes sont ainsi incarcérées, torturées, exécutées. Dans les années qui suivent, la répression est menée par la DINA, la Direction du renseignement national, dénoncée comme ayant été une véritable Gestapo chilienne. Elle est commandée par Manuel Contreras, qui prend "presque tous les jours son petit déjeuner avec Pinochet", rapportent des spécialistes. Selon les archives du parti socialiste chilien, la DINA ira jusqu’à exécuter des femmes avec leurs enfants. Une autre de ses "spécialités" : jeter ses victimes dans le Pacifique, dans des fleuves ou des lacs pour ne laisser aucune trace...

« Je me souviens de ce matin de poudre et de sang, ce maudit mardi 11 septembre 1973 où commence pour nous la mort, l’exil, la solitude... »

Yazmin Fernández - Acuña veuve d’Humberto Menanteau [1]

(1) Humberto Menanteau : Jeune chilien d'origine française, torturé à mort par les tortionnaires de la DINA, à la Villa Grimaldi, Santiago du Chili, le 20 novembre 1975. Humberto Menanteau avait 24 ans...