27 avril, 2013

LA DIFFICILE CONVALESCENCE DU GUATEMALA

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« "REGIÓN IXIL"  NOUS EXIGEONS JUSTICE » PHOTO ASFCANADA

La suspension du procès pour génocide du dictateur Efrain Ríos Montt met à l’épreuve la recherche de la vérité 

Selon plusieurs médias guatémaltèques, la Cour constitutionnelle du Guatemala a demandé à ce que le dossier soit retourné à la juge qui présidait le procès depuis le 19 mars jusqu'à sa suspension. Il aurait donc été retourné à la juge Yassmín Barrios vendredi. Pour le directeur général d’ASFC, Me Pascal Paradis, «c'est une excellente nouvelle, qui constitue un pas de plus vers la continuation du procès contre Ríos Montt. Les partenaires d'ASFC au Guatemala font preuve d'un optimisme relatif, mais demeurent prudents ». Comme le mentionne aujourd'hui El Periodico, plusieurs recours ont été intentés contre les plaignants et l'incertitude demeure quant la poursuite du procès.


Des « interrogatoires » pendant lesquels on coupait la langue ou les oreilles, ou arrachait les ongles de la personne interrogée. Des enfants mayas font office d’animaux de compagnie des militaires. Viols, saccage et destruction d’habitations, incendie des récoltes… toutes ces atrocités, et bien plus encore, étaient fréquentes durant la guerre civile au Guatemala au début des années 80 sous le règne d’Efrain Ríos Montt, dont le procès vient d’être suspendu et remis entre les mains d’une juge qui exige de tout reprendre depuis le début.


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« Les guérilleros sont le poisson, la population est la mer ; si vous ne pouvez attraper le poisson, il faut assécher la mer », disait le général Montt en 1982 à propos de sa politique de la « terre brûlée » pratiquée à l’encontre notamment des Mayas Ixils, accusés de soutenir les guérilleros de gauche. Cette « logique » a justifié ainsi l’éradication de plus de 440 villages mayas où des dizaines de milliers de personnes furent massacrées ou jetées par hélicoptère dans l’océan Pacifique.


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MIGUEL LOPEZ, À DROITE, UN PRÊTRE MAYA, MAÎTRE DE LA CÉRÉMONIE FUNÉRAIRE EFFECTUÉE DANS UNE CHAPELLE DU CIMETIÈRE DE NEBAJ. DANS UN PREMIER TEMPS, LES VICTIMES AUTOCHTONES AVAIENT PEUR DE PARLER. ISOLÉ PAR LA LANGUE ET LA DISCRIMINATION, DÉPLACÉS PAR LA GUERRE ET TRAUMATISÉE PAR LES MASSACRES, ILS ONT ESSAYÉ DE RECONSTRUIRE TRANQUILLEMENT LEURS VIES DANS LES VILLAGES D'OÙ ILS AVAIENT FUI. PHOTO VICTOR J. BLEU POUR LE NEW YORK TIMES  

Près de 30 ans plus tard, en mars dernier, Montt, à 86 ans, comparaissait devant la Cour de justice guatémaltèque après des années de combats juridiques. Il devait répondre, avec son chef des services secrets José Mauricio Rodríguez Sánchez, aux accusations de génocide et de violations des droits de la personne, notamment à l’encontre de 1770 Mayas Ixils massacrés dans le département du Quiché en 1982.

Vingt-deux jours d’audiences plus tard, ponctués d’une centaine de témoignages, le procès se voit remis entre les mains d’une juge qui exige qu’il soit repris depuis le début. La juge Carol Patricia Flores, qui avait présidé l’audience d’avant-procès, puis avait été remplacée en février 2012 au moment où la défense avait argué son manque d’impartialité, a été étrangement renommée à ce poste la semaine dernière. Elle a alors demandé à annuler tous les événements survenus depuis son départ, en novembre 2011. On ne parle pas d’annulation du procès - le New York Times s’est par ailleurs rétracté à ce sujet cette semaine -, mais la confusion et la suspension qui découlent de cette décision constituent de nouvelles mises à l’épreuve pour le système judiciaire du Guatemala et pour tous ceux touchés de près ou de loin par ce procès extrêmement polarisé.