30 janvier, 2024

LES ÉTATS-UNIS PRÉTENDENT IMPOSER UNE OPPOSANTE VÉNÉZUÉLIENNE PAR DES SANCTIONS

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MARIA CORINA MACHADO  LA « FEMME DE WASHINGTON »

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PRENSA LATINA
Les États-Unis prétendent imposer une opposante vénézuélienne par des sanctions / Caracas, 30 janvier 2024. Le vice-ministre des Politiques Antiblocus du ministère de l’Économie et des Finances du Venezuela, William Castillo, a déclaré aujourd’hui que l’opposante Maria Corina Machado est la « femme de Washington » et que les États-unis ont l’intention de l’imposer sous la menace de sanctions.

Prensa Latina

MARIA CORINA MACHADO  LA
« FEMME DE WASHINGTON »

Le haut fonctionnaire a réagi ainsi sur son compte X en se référant à l’annonce du Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor des États-Unis de modifier la Licence 43 du 18 octobre dernier qui accordait des permis à la compagnie minière nationale vénézuélienne pour effectuer des transactions de production et de commercialisation de l’or.

Par cette modification, les États-Unis « réimposent les sanctions sur le secteur de l’or du Venezuela » et interdisent les opérations de la Compagnie générale des mines qui avaient été autorisées par cette licence, a-t-il indiqué.

Castillo a souligné que c’est la réponse à la ratification de l’inéligibilité de Machado et « la preuve incontestable » que « c’est la femme de Washington et qu’ils entendent l’imposer sous la menace de sanctions ».

Dans un autre message, le vice-ministre a considéré la reprise des sanctions contre l’or vénézuélien comme une autre «grave erreur» de la politique étrangère des États-Unis.

Cette licence et d’autres, délivrées en 2023 pour une période de six mois par le gouvernement des États-Unis par l’intermédiaire de l’OFAC, incluaient également le pétrole et le gaz et répondaient aux accords conclus à la Barbade en octobre dernier entre l’exécutif bolivarien et l’opposition de la Plate-forme unitaire démocratique (PUD).

Ces accords portaient sur la promotion des droits politiques, les garanties électorales pour tous et la protection des droits vitaux.

La semaine dernière, le Tribunal suprême de justice (TSJ) vénézuélienne a rendu compte des décisions rendues par le Bureau du Contrôleur général de la République à l’encontre d’un groupe d’opposants politiques.

Les jugements rendus par le TSJ ont accordé à cinq de ces personnes d’exercer des fonctions publiques, et deux autres ont confirmé l’inéligibilité pour 15 ans de Machado, candidate virtuelle du secteur extrémiste de l’opposition, et Henique Capriles, ex-candidat présidentiel à deux reprises.

Le président de l’Assemblée nationale et chef de la délégation officielle aux dialogues avec la PUD, Jorge Rodriguez, a confirmé hier que son gouvernement n’accepterait aucune pression ou ingérence dans ses affaires intérieures. peo/mem/jcd

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 LE PRÉSIDENT FANTOCHE JUAN GUAIDÓ ET
MARIA CORINA MACHADO EN GROUPIE
PHOTO FACEBOOK DE MARIA CORINA MACHADO

#États-Unis #ingérence #Maria Corina Machado #Venezuela 

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LES LAISSÉS POUR COMPTE DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE AU CHILI

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UNE CENTRALE ÉLECTRIQUE AU CHARBON FERMÉE SUR LE SITE
INDUSTRIEL DE TOCOPILLA, DANS LA RÉGION
D'ANTOFAGASTA, AU CHILI, LE 24 JANVIER 2024
PHOTO RODRIGO ARANGUA 


LOGO L'EXPRESS
Les laissés pour compte de la transition énergétique au Chili / 
Tocopilla (Chili). Tocopilla (Chili) - Des vautours planent au-dessus de la ville minière de Tocopilla, enclavée entre le Pacifique et les montagnes arides du désert d'Atacama. Avec ses centrales au charbon à l'arrêt et ses employés portuaires desoeuvrés, elle illustre la rapide transition énergétique menée au Chili.

Par L'Express avec l'AFP

La 28ème conférence annuelle de l'ONU sur le climat a pour la première fois en décembre jeté les bases d'une sortie rapide des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement climatique.

Le Chili, pays de 20 millions d'habitants aux ressources solaires et éoliennes considérables, a lancé dès 2019 un ambitieux plan destiné à fermer d'ici 2040 ses 28 unités de centrales électriques au charbon.

Le président de gauche Gabriel Boric, élu en 2021, espère même avancer cette échéance, avec en parallèle l'objectif d'atteindre 80% d’électricité renouvelable d'ici 2030.

Actuellement, plus de 35% de l'énergie produite dans le pays est solaire et éolienne, avec d'immenses parcs en cours de construction.

Avec la Grèce et le Royaume-Uni, le Chili fait partie des dix pays qui ont réduit le plus rapidement leur production électrique au charbon, selon une étude du World Resources Institute de novembre.

VUE AÉRIENNE DU SITE INDUSTRIEL ABRITANT DES UNITÉS
DE PRODUCTION D'ÉLECTRICITÉ AU CHARBON DU GROUPE
FRANÇAIS ENGIE, AUJOURD'HUI FERMÉES, À TOCOPILLA, 
DANS 
 LA RÉGION D'ANTOFAGASTA,  LE 24 JANVIER 2024 AU CHILI © /
PHOTO RODRIGO ARANGUA

Neuf unités de centrales au charbon ont ainsi été fermées depuis 2019, dont les quatre à Tocopilla (nord) du français Engie, qui s'est engagé à sortir du charbon d'ici 2025.

Mais si les entreprises ont mis en place des mesures d'accompagnement pour leurs salariés des centrales démantelées, cela ne concerne souvent pas la sous-traitance ni l'emploi indirect.

- Laissés de côté -

Du jour au lendemain on nous a dit +ça ferme+, raconte Pedro Castillo, 62 ans, dont 36 comme opérateur de grue pour la société portuaire Somarco, sous-traitant d'Engie à Tocopilla, ville de 25.000 habitants où seule une centrale au charbon fonctionne encore.

PEDRO CASTILLO, GRUTIER AU PORT INDUSTRIEL DE TOCOPILLA,
DANS LA RÉGION D'ANTOFAGASTA, LORS D'UNE INTERVIEW AVEC L'AFP,
LE 26 JANVIER 2024 AU CHILI 
PHOTO RODRIGO ARANGUA 
Propriété du groupe américain AES, elle devrait fermer en mars. Le groupe n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Somarco emploie encore sur le port, quasiment à l'arrêt, une soixantaine d'employés normalement chargés de receptionner le charbon ensuite brûlé dans les centrales alimentant aux alentours les mines de cuivres, dont le pays est le premier producteur au monde. Mais les autres se sentent abandonnés.

Engie s'est seulement occupé de ses employés, les agents qui ont réellement travaillé sur le charbon ont été délaissés, dit-il à l'AFP, expliquant se rendre au travail malgré l'absence d'activité.

C'est comme quand on est un petit vieux et qu'on attend le jour où on va mourir, décrit celui qui est aussi à la tête du syndicat des travailleurs du port de la petite ville.

Avec la fermeture de ses quatre unités, Engie s'est séparé d'une centaine de salariés : un tiers a profité d'un plan de départ anticipé à la retraite, un tiers a été formé à d'autres métiers dans ou en dehors du groupe, et le reste a bénéficié d'un plan de départ volontaire.

DES PÊCHEURS AU PORT DE TOCOPILLA, DANS LA RÉGION
 D'ANTOFAGASTA, AU CHILI, LE 26 JANVIER 2024 © / 
PHOTO RODRIGO ARANGUA

Interrogé par l'AFP, le groupe français s'est dit conscient des répercussions sociales du processus de décarbonation.

Alors qu'il s'apprête à vivre sa dernière journée de travail, Juan Hidalgo, 48 ans, chef de quai intérimaire, évoque sa désillusion face aux promesses de l'Etat non tenues.

Pas de reconversion, pas de relocalisation, pas d'indemnité de départ, pas de plan de retraite, énumère-t-il, non loin de pêcheurs lançant leur canne sous le regard d'imposants vautours à tête rouge.

-Défis à relever-

Le poblème au Chili avec la question de la transition est celui de la sous-traitance, confirme Alejandro Ochoa, chargé des questions environnement et transition juste à la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), plus puissant syndicat du pays.

VUE AÉRIENNE DU SITE INDUSTRIEL ABRITANT DES UNITÉS DE
PRODUCTION D'ÉLECTRICITÉ AU CHARBON DU GROUPE
FRANÇAIS ENGIE, AUJOURD'HUI FERMÉES, À TOCOPILLA, DANS
 LA RÉGION D'ANTOFAGASTA, LE 24 JANVIER 2024 AU CHILI
PHOTO RODRIGO ARANGUA

Les entreprises s'occupent de leurs travailleurs et la décarbonation se fait davantage par leur intermédiaire que par une planification du gouvernement.

Pour une cinquantaine de personnes travaillant dans une centrale au charbon, il y a selon lui 150 travailleurs en sous-traitance et 450 emplois indirects. Ca fait 600 travailleurs exclus de toute mesure, note-t-il.

Lors d'une récente rencontre avec la presse française à Santiago, le ministre de l'Energie Diego Pardow a reconnu de nombreux défis à relever, tout en évoquant un plan de transition socio-écologique juste pour Tocopilla prévoyant des aides à la réinsertion, aux entreprises ou au secteur du tourisme. Il a mentionné des projets dans le domaine des énergies propres.

VUE AÉRIENNE DE LA CENTRALE SOLAIRES COYA DU GROUPE
FRANÇAIS ENGIE DANS LA RÉGION D'ANTOFAGASTA,
AU CHILI, LE 23 JANVIER 2024
PHOTO RODRIGO ARANGUA

Engie a fait part de son côté de projets de reconversion pour ses terrains dépollués à Tocopilla.

Sa directrice générale pour le Chili Rosaline Corinthien a évoqué l'hydrogène ou les activités de stockage par batteries.

L'énergéticien chilien Colbun, qui n'a pas annoncé de date de fermeture pour son unique centrale au charbon du pays, au sud de Santiago, réfléchit à d'autres combustibles pour sa centrale comme l'hydrogène ou les granulés de bois.

Tout ce qui est bon pour la planète c'est bien, mais ne laissons pas les gens de côté, implore Pedro Castillo.

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VUE AÉRIENNE DE LA CENTRALE DE CERRO DOMINADOR,
À ANTOFAGASTA (CHILI), LE 6 FÉVRIER 2019
PHOTO CERRO DOMINADOR/AFP - HO

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29 janvier, 2024

AU VÉNÉZUÉLA, L’INCERTITUDE APRÈS L’ÉVICTION DE LA CANDIDATE D’OPPOSITION MARIA CORINA MACHADO

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LES PRÉCANDIDATS DE L’OPPOSITION À LA PRÉSIDENTIELLE
VÉNÉZUÉLIENNE, HENRIQUE CAPRILES ET MARIA CORINA MACHADO,
ASSISTENT À LA CÉRÉMONIE DE SIGNATURE DES PRINCIPES
COMMUNS DU PROGRAMME MINIMUM DE GOUVERNEMENT DE
 CHANGEMENT, D’UNITÉ ET DE RESTRUCTURATION NATIONALE,
AU THÉÂTRE CHACAITO, À CARACAS, LE 4 AOÛT 2023.
PHOTO FEDERICO PARRA / AFP


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LE MONDE

INTERNATIONAL / Vénézuéla / Au Vénézuéla, l’incertitude après l’éviction de la candidate d’opposition Maria Corina Machado / Le président de la République, Nicolas Maduro, assure que l’élection présidentielle se tiendra, mais qui pourra faire face au candidat chaviste ? / Washington s’interrogeait, samedi 27 janvier, sur la conduite à tenir envers le Vénézuéla de Nicolas Maduro. À Caracas, le Tribunal supérieur de justice (TSJ) avait confirmé, la veille, que l’opposante Maria Corina Machado ne pouvait pas inscrire sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Dans un communiqué, le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller, a qualifié la décision du haut tribunal vénézuélien de « très préoccupante »

Par Marie Delcas (Bogota, correspondante)

Temps de Lecture 3 min.

LE PRÉSIDENT NICOLAS MADURO, 
S’ADRESSE À SES PARTISANS LORS
D’UNE MANIFESTATION À CARACAS,
AU VENEZUELA, LE 23 JANVIER 2024.
PHOTO LEONARDO FERNANDEZ VILORIA

Adoubée candidate de l’opposition à l’occasion des primaires du 22 octobre 2023, Mme Machado, 56 ans, était, depuis, donnée gagnante par tous les instituts de sondage indépendants. Mais le TSJ a confirmé vendredi qu’elle était inéligible et interdite de fonction publique pour quinze ans, notamment pour des irrégularités administratives.

► À lire aussi :      LA CIJ ORDONNE À ISRAËL DE PRENDRE DES MESURES POUR EMPÊCHER LES ACTES DE GÉNOCIDE À GAZA

« Le régime a décidé d’en finir avec l’accord de la Barbade, mais la lutte pour la conquête de la démocratie au travers d’élections libres et transparentes, elle, n’est pas finie », a réagi pour sa part Mme Machado sur son compte X. Résultat de longues négociations entre les représentants du gouvernement chaviste et ceux de la Plate-forme unitaire démocratique de l’opposition, un accord pour la tenue de l’élection présidentielle au deuxième semestre 2024 avait été annoncé le 17 octobre 2023 à Bridgetown, capitale de l’île caribéenne de la Barbade.

Une trentaine d’arrestations

Gerardo Blyde, chef de la délégation d’opposition, a lui aussi dénoncé « une violation » de cet accord, en précisant que l’opposition « n’a pas quitté la table des négociations ». « L’accord de la Barbade est le document politique le plus important négocié depuis vingt ans que dure la crise politique », a insisté M. Blyde, en demandant l’aide « de Macron, de [Gustavo] Petro, de Lula », les présidents français, colombien et brésilien, pour le sauver.

Au lendemain de la signature de l’accord, les Américains avaient annoncé un allègement partiel et provisoire des sanctions pétrolières décrétées contre le Vénézuéla. Washington avait conditionné ces mesures à la levée de l’inéligibilité de plusieurs opposants vénézuéliens et à la libération des prisonniers politiques.

Jeudi, avant même la décision du TSJ, Nicolas Maduro déclarait à Caracas que l’accord de la Barbade était « mortellement blessé », en dénonçant l’existence de plusieurs complots en cours pour l’assassiner. Depuis dix jours, plus d’une trentaine de personnes, civils et militaires, dont des membres de Vente Vénézuéla, le mouvement politique de Mme Machado, ont de fait été arrêtées. Les autorités vénézuéliennes disent enquêter sur « cinq conspirations » qui seraient ourdies par l’opposition, les services de renseignement américains et l’armée colombienne.

Le communiqué du département d’État de samedi précise de son côté : « Les États-Unis sont en train de reconsidérer leur politique de sanctions contre le Vénézuéla, après cette décision judiciaire et le récent ciblage politique des candidats de l’opposition démocratique et de la société civile. » M. Miller a précisé que la décision du TSJ « contrevient aux engagements pris par les représentants de M. Maduro ».Vénézuéla

Très attendue, la décision des juges n’a pas vraiment créé la surprise à Caracas. Nombre d’opposants étaient convaincus que le pouvoir chaviste empêcherait coûte que coûte la très à droite Mme Machado de se présenter à la présidentielle. La sentence du TSJ intervient alors que la tension, les arrestations et les accusations de complot sont de retour à Caracas.

Sanctionnée par la Contraloria – l’organisme chargé de surveiller la fonction publique – en juin 2023, Mme Machado avait pu se présenter aux primaires organisées par les partis d’opposition sans intervention des autorités électorales. Elle a remporté avec plus de 90 % des voix le scrutin auquel ont participé, selon les organisateurs, quelque 2,4 millions d’électeurs.

Maria Corina Machado affirme qu’elle n’a jamais été informée d’un procès à son encontre. « Elle n’a jamais eu la possibilité de se défendre », a souligné le porte-parole de la Maison Blanche. Le TSJ a également confirmé l’inéligibilité de Henrique Capriles, figure de l’opposition qui, en 2012, avait affronté Hugo Chavez dans les urnes. Les juges ont en revanche levé l’inéligibilité de cinq autres opposants très peu connus.

 LE PRÉSIDENT FANTOCHE JUAN GUAIDÓ ET
MARIA CORINA MACHADO EN GROUPIE
PHOTO FACEBOOK DE MARIA CORINA MACHADO
Le pouvoir reproche à Mme Machado d’avoir soutenu l’ancien député Juan Guaido qui, en janvier 2019, s’était proclamé « président par intérim du Vénézuéla » avec le soutien de toute l’opposition, des États-Unis et de leurs alliés pressés de renverser Nicolas Maduro. L’expérience de ce « gouvernement intérimaire » avait rapidement tourné court. Mme Machado a par ailleurs ouvertement soutenu les sanctions économiques prises par Washington contre le pays. Le gouvernement Maduro considère que ces sanctions sont la cause de la tragique récession économique du pays, et une partie de l’opposition admet qu’elles y ont contribué.

Ni l’opposition vénézuélienne ni les États-Unis n’ont encore décidé de la conduite à tenir après l’éviction de Mme Machado. L’opposition va-t-elle se retirer du jeu et appeler les électeurs a s’abstenir ? Ou choisir de désigner un nouveau candidat ? Le gouvernement de Joe Biden va-t-il rétablir les sanctions pétrolières ? Ces dernières n’ont pas été efficaces, et les États-Unis ont besoin du pétrole vénézuélien dans le contexte de la guerre en Ukraine. Une seule certitude, selon Nicolas Maduro : « Il y a aura des élections en 2024, c’est un fait. »

Marie Delcas


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L'ANCIENNE DÉPUTÉE MARÍA CORINA MACHADO
 (AU CENTRE) CÉLÈBRE SA VICTOIRE AUX
PRIMAIRES DE L'OPPOSITION AU VÉNÉZUÉLA.
PHOTO MIGUEL GUTIÉRREZ

28 janvier, 2024

ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE RAMONA PARRA

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« AVEC LA FORCE DE RAMONA PARRA, 
LA RÉVOLUTION FLEURIRA! »
SOIXANTE-DIX-HUITIÈME ANNIVERSAIRE DE 
LA MORT DE RAMONA PARRA
1946 -28 JANVIER- 2024
FACCIMILÉ CARTE
NATIONALE D'IDENTITÉ
Ramona Aurelia Parra Alarcón née à Santiago du Chili le 28 mai 1926 est décédée dans cette même ville le 28 janvier 1946. Ramona fut une jeune travailleuse chilienne, syndicaliste et militante de l’organisation des Jeunesses du Parti communiste. Elle fut assassinée avec cinq autres manifestants, lors de la répression d’un rassemblement de soutien à la grève des travailleurs du salpêtre des Oficinas Mapocho et Humberstone.

Ramona Parra, jeune
étoile illuminée,
Ramona Parra, fragile héroïne,
Ramona Parra, fleur ensanglantée,
amie, notre amie, âme valeureuse,
ô fille exemplaire, guérilléra d’or :
nous jurons sur ton nom de poursuivre la lutte
pour que fleurisse ainsi le sang par toi versé
(1)
LARREA
[ Pour écouter, cliquez ici ]


« B.R.P. (BRIGADAS RAMONA PARRA) » (VICTOR JARA)  

MUSIQUE CELSO GARRIDO-LECCA, CE TITRE EST EXTRAIT DE L' ALBUM   
« EL DERECHO DE VIVIR EN PAZ »,   
ENREGISTRÉE CHEZ DICAP CHILI (JJL-11) EN 1971.
(1)  Pablo Neruda Du Chant général, [1977], page 237. Traduction de l'espagnol par Claude Couffon, 576 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Poésie/Gallimard (No 182) (1984), Gallimard -poes. ISBN 978-2-07-032247-3.

► À lire aussi :      LA CIJ ORDONNE À ISRAËL DE PRENDRE DES MESURES POUR EMPÊCHER LES ACTES DE GÉNOCIDE À GAZA

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« ANNIVERSAIRE DE LA MORT
DE RAMONA PARRA »
FLYER PCCh
 

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    27 janvier, 2024

    LE SIÈCLE DE LÉNINE

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    GIANGIACOMO SPADARI. –
    « V. I. LÉNINE », 1971 /
    OLIVIER PASTOR - VILLA TAMARIS
    CENTRE D’ART, LA SEYNE-SUR-MER

    LOGO LE MONDE
    DIPLOMATIQUE
    Octobre 2017, page 11  / Dossier 1917 / Le siècle de Lénine / URSS : Union des républiques socialistes soviétiques. Au départ, le nom ne renvoie pas à un territoire mais à une idée : la révolution mondiale. Ses frontières seront celles du soulèvement qui a triomphé en Russie, puis de ceux qu’on attend ailleurs. Sur le coin supérieur gauche d’un immense drapeau rouge, une faucille et un marteau symbolisent le nouvel État, dont le premier hymne national sera… L’Internationale.

    Écouter cet article
    ÉCOUTER CET ARTICLE
    par Serge Halimi • Lu par Arnaud Romain 
    LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
    «LE SIÈCLE DE LÉNINE»

    par Serge Halimi

    Octobre 2017, page 11  

    LÉNINE AVEC SON CHIEN
    AÏDA, EN 1922


    Internationaliste, le fondateur de l’Union soviétique l’est à n’en pas douter. Lénine a vécu une bonne part de sa vie de révolutionnaire professionnel en exil (Munich, Londres, Genève, Paris, Cracovie, Zurich, Helsinski…). Et il a participé à presque tous les grands débats du mouvement ouvrier. En avril 1917, lorsqu’il revient en Russie, où la révolution vient d’éclater et le tsar d’abdiquer, son train a beau traverser le territoire allemand au plus fort de la Grande Guerre, on y entend La Marseillaise, un chant qui incarne pour ses camarades la Révolution française. À bien des égards, cette référence est plus présente que l’histoire de la Russie des tsars dans les textes de Lénine. Faire aussi bien que les Jacobins, « le meilleur exemple de révolution démocratique et de résistance à la coalition des monarques (1)  », durer plus longtemps que la Commune de Paris, telle sera son obsession. Le nationalisme n’y tient aucune place.

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    Le chef bolchevique (voir « Les partis en présence ») le rappellera plus tard : dès 1914, à rebours de la quasi-totalité des socialistes et des syndicalistes européens qui se laissèrent enrôler dans une « union sacrée » contre l’ennemi étranger, son parti « n’avait pas craint de préconiser la défaite de la monarchie tsariste et de stigmatiser une guerre entre deux rapaces impérialistes ». Sitôt parvenus au pouvoir, les bolcheviks ont donc « proposé la paix à tous les peuples [et entrepris] tout ce qui était humainement possible pour hâter la révolution en Allemagne et dans les autres pays » (2). L’internationalisme, encore.

    Suprême paradoxe, qui sera lourd de conséquences : un parti voué à la dictature du prolétariat profite de l’effondrement soudain de la dynastie des Romanov et de l’absence d’autres candidats sérieux au pouvoir (3) pour s’emparer de l’appareil d’État dans un pays où la classe ouvrière représente à peine 3 % de la population. Mais, au fond, peu importe au départ puisque le salut, le relais, le secours doivent venir de l’étranger, des pays plus avancés, des prolétariats plus puissants, plus instruits politiquement. C’est une question de semaines, de mois peut-être : en Allemagne, en France, en Italie, au Royaume-Uni, la colère monte, les mutineries se multiplient. En octobre 1917, Lénine s’impatiente. Le soulèvement russe ne peut plus attendre alors que se manifestent les « symptômes irrécusables d’un grand tournant, d’une veille de révolution à l’échelle mondiale ». Il revient aux bolcheviks de tirer la première salve. En attendant la relève.

    À Berlin, Munich, Budapest, la relève est écrasée. Et, quand le nouveau pouvoir propose « à tous les peuples belligérants la paix immédiate sans annexions ni indemnités », l’Allemagne impériale poursuit les hostilités, assurée que les soldats russes, eux, en ont assez d’être massacrés. Pour se sauver, en signant le traité de Brest-Litovsk, le jeune État renonce à une partie de son territoire. Il cède de l’espace contre du temps, en espérant toujours la révolution en Europe… Mais c’est la contre-révolution qui s’active : au lieu de la « paix des travailleurs faite contre tous les capitalistes » réclamée par Lénine, dix corps expéditionnaires (États-Unis, Canada, France, Royaume-Uni, Serbie, Finlande, Roumanie, Turquie, Grèce, Japon) se portent au secours des armées « blanches » pour rétablir l’ordre ancien.

    La Russie révolutionnaire émerge victorieuse de cette nouvelle guerre en 1921, mais dévastée. Et mise à l’index par des puissances qui lui seront d’autant plus hostiles qu’elle n’a jamais dissimulé son intention de les renverser. Après Octobre, le capital a perdu le pouvoir sur le plus vaste territoire de la Terre. Et, comme si ce coup de tonnerre ne suffisait pas, le communiste — hirsute, menaçant, cosmopolite, juif, un couteau entre les dents (lire ce qu’en écrivait Albert Londres en 1920) — ne représente pas seulement une particularité nationale russe qu’on pourrait à la rigueur contenir derrière un cordon sanitaire. C’est également l’ennemi intérieur, le fantassin discipliné d’une Internationale qui a Moscou pour capitale, la menace obsédante d’une révolution sociale. Ici, maintenant, ailleurs.

    Une menace ? Une espérance aussi, persistante nonobstant les flaques de sang qui vont jalonner son parcours. En 1934, la philosophe et militante ouvrière Simone Weil dénonce « l’outrage infligé à la mémoire de Marx par le culte que lui vouent les oppresseurs de la Russie moderne ». Pourtant, trois ans plus tard, au plus fort des purges staliniennes à l’issue desquelles 70 % des dirigeants bolcheviques sont fusillés (lire la lettre-testament de Nikolaï Boukharine, « À la génération future »), elle écrit : « Le mythe de la Russie soviétique est subversif pour autant qu’il peut donner au manœuvre d’usine communiste renvoyé par son contremaître le sentiment que malgré tout il a derrière lui l’Armée rouge et Magnitogorsk, et lui permettre ainsi de conserver sa fierté. Le mythe de la révolution historiquement inéluctable joue le même rôle, quoique plus abstrait ; c’est quelque chose, quand on est misérable et seul, que d’avoir pour soi l’histoire (4).  »

    Et ce fait demeure : en dépit de ses échecs, même dans ses formes les plus perverties, le système social qui a gouverné le tiers de la planète, le mouvement politique le plus important du siècle écoulé a signifié presque partout l’abolition de la propriété capitaliste, le développement de l’instruction, la santé gratuite, une émancipation des femmes, l’appui — diplomatique, militaire, financier, technique — apporté à la plupart des luttes anticoloniales et aux États indépendants qu’elles fondèrent. Sans oublier « une entreprise inédite de promotion politique des classes populaires » qui propulsera « des ouvriers et des paysans dans des instances de pouvoir réservées jusque-là aux seuls représentants de la bourgeoisie (5)  ».

    Car entre militants communistes les liens internationalistes se sont en définitive autant joué des langues, des religions, des ethnies, des frontières que les réseaux sociaux d’aujourd’hui. La charge d’espérance qui galvanisait le manœuvre d’usine évoqué par Simone Weil lorsqu’il pensait à Magnitogorsk dans la France radicale et laïque des années 1930 se retrouvait dans l’Allemagne protestante, la Chine confucéenne, l’Indonésie musulmane, auprès des ramasseurs de tabac de Cuba comme des tondeurs de moutons d’Australie (6). Quel mouvement politique peut en dire autant aujourd’hui ?

    Dans sa nouvelle Le Soldat Tchapaïev à Santiago du Chili, Luis Sepúlveda raconte une de ses actions de solidarité avec les Vietnamiens, en décembre 1965, pendant la guerre américaine. Chemin faisant, le lecteur découvre que l’écrivain était secrétaire politique de la cellule Maurice Thorez du Parti communiste chilien, que son camarade pilotait la cellule Nguyen Van Troi, qu’ils débattaient entre eux de La Révolution permanente (de Léon Trotski) et de L’État et la Révolution (de Lénine), qu’ils se souvenaient que, « à la douma de Saint-Pétersbourg, bolcheviks et mencheviks avaient discuté soixante-douze heures avant d’appeler les masses russes à l’insurrection », qu’ils courtisaient les filles en les invitant à lire Et l’acier fut trempé, de Nikolaï Ostrovski, et à aller voir des films soviétiques… Des histoires internationalistes de ce genre, il y en eut des milliers, des millions en vérité.

    Après Moscou, Davos ? La faillite du modèle soviétique a précipité le triomphe d’un autre universalisme, mais de sens contraire, celui des classes possédantes. Le renversement fut à ce point foudroyant que dès 2000 l’historien Perry Anderson notait, dans un article remarqué : « Pour la première fois depuis la Réforme, il n’y a plus d’opposition proprement dite — c’est-à-dire de vision du monde rivale — dans l’univers de la pensée occidentale ; et presque aucune à l’échelle mondiale, si l’on exclut les doctrines religieuses, archaïsmes inopérants (…). Le néolibéralisme, en tant qu’ensemble de principes, règne sans partage sur le globe (7). »

    Avec cette conséquence, sonnante et trébuchante, que, selon Branko Milanović, économiste à la Banque mondiale, depuis 1988 l’augmentation de la richesse globale provoque celle des inégalités, alors qu’après 1914 c’était l’inverse. Or il ne voit pas dans le volontarisme social d’autrefois l’effet d’une coïncidence : « La pression de la révolution russe, celle du mouvement socialiste et du syndicalisme, renforcées par le désenchantement des classes populaires envers les classes riches, jugées responsables du conflit, ont accentué le phénomène de redistribution (8). » Une fiscalité progressiste, le code du travail, la journée de huit heures, la sécurité sociale, la réticence à confier aux riches les rênes de l’État : tout cela ne fut pas étranger au mythe d’Octobre pour les uns, à la crainte d’une révolution chez les autres. Une fois celle-ci conjurée, les contreparties malheureuses de la « mondialisation heureuse » se sont multipliées : restauration sociale, « droit d’ingérence » occidental, privatisation des services publics, disqualification de tout projet révolutionnaire — communiste, anarchiste, autogestionnaire.

    Anticipant de quelques semaines la dislocation de l’Union soviétique, un avocat français — de centre gauche et académicien — apporta en août 1991 une touche mélancolique aux proclamations éblouies sur la « fin de l’histoire ». « Est-il possible d’avancer, écrivait alors Jean-Denis Bredin, que le socialisme n’eût peut-être été, chez nous, qu’un radicalisme autrement dénommé s’il n’y avait eu le communisme qui le surveillait, qui le talonnait, toujours prêt à lui prendre sa place, le communisme qui l’empêchait de dériver trop vite, ou trop fort ? (…) Est-il possible d’avancer que tous ces entêtés, ces sectaires, ces grévistes infatigables, ces envahisseurs de nos usines et de nos rues qui fichaient le désordre, ces obstinés qui ne cessaient de réclamer des réformes en rêvant de la révolution, ces marxistes, à contre-courant de l’histoire, qui empêchèrent le capitalisme de bien dormir, nous leur devons beaucoup (9) ? »

    La « fin du communisme » a paru trancher le grand débat qui opposa les deux principaux courants de la gauche internationale après la révolution russe, la défaite d’un des protagonistes signifiant la victoire de l’autre, c’est-à-dire la revanche de la social-démocratie sur son cadet plus turbulent. Mais ce triomphe a été de courte durée. Le centenaire de la prise du Palais d’hiver coïncide en effet avec la rafale de revers que vient d’essuyer le courant réformiste. La dynastie Clinton est balayée ; MM. Anthony Blair, Felipe González et Gerhard Schröder font des affaires ; quant à M. François Hollande… Simultanément, une forme d’impatience, de radicalité renaît dans la plupart de ces pays — et ailleurs.

    Peu avant la célébration aux airs d’exorcisme du bicentenaire de 1789 en France, le socialiste Michel Rocard estimait « que la Révolution, c’est dangereux et que, si on en fait l’économie, ce n’est pas plus mal (10) ». Trente ans ont passé, la mondialisation s’est imposée, les fantômes sont revenus, et la momie de la révolution remue encore.

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    par Serge Halimi • Lu par Arnaud Romain 
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    «LE SIÈCLE DE LÉNINE»

    Serge Halimi

    Notes :

    (1) Lénine, 24 juin 1917. Cité par Victor Serge, Lénine, 1917 (1924).

    (2) Lénine, La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme ») (1920).

    (3) Cf. sur ce point Moshe Lewin, Le Siècle soviétique, Fayard - Le Monde diplomatique, Paris, 2003, et Eric Hobsbawm, Marx et l’histoire, Demopolis, Paris, 2008.

    (4) Simone Weil, « Méditations sur l’obéissance et la liberté », dans Œuvres complètes, tome II, Écrits historiques et politiques, Gallimard, Paris, 1991.

    (5) Julian Mischi, Le Communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Agone, Marseille, 2014.

    (6) Cf. Eric Hobsbawm, L’Âge des extrêmes, Complexe - Le Monde diplomatique, Bruxelles-Paris, 1999.

    (7) Perry Anderson, « Renewals », New Left Review, no 1, Londres, janvier-février 2000.

    (8) Le Monde, 21 juillet 2016.

    (9) Jean-Denis Bredin, « Est-il permis ? », Le Monde, 31 août 1991.

    (10) Cité par Eric Hobsbawm, Aux armes, historiens. Deux siècles d’histoire de la Révolution française, La Découverte, Paris, 2007.

     

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    26 janvier, 2024

    LA CIJ ORDONNE À ISRAËL DE PRENDRE DES MESURES POUR EMPÊCHER LES ACTES DE GÉNOCIDE À GAZA

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    LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE REND UN ARRÊT
    DANS L'AFFAIRE AFRIQUE DU SUD C. ISRAËL À LA HAYE.
    PHOTO© ICJ-CIJ/ FRANK VAN BEEK  
    La CIJ ordonne à Israël de prendre des mesures pour empêcher les actes de génocide à Gaza / 26 janvier 2024 / Dans un premier verdict dans l’affaire opposant l’Afrique du Sud à Israël pour « génocide » présumé à Gaza, la Cour internationale de Justice (CIJ) a ordonné vendredi qu’Israël prenne immédiatement des mesures pour garantir que son armée ne viole pas la Convention sur le génocide.

    ONU NEWS

    la Cour, basée à La Haye, a également demandé à Israël de laisser davantage d’aide entrer dans l’enclave palestinienne. Toutefois, elle n’a pas ordonné à Israël de cesser ses opérations militaires.

      « LAISSE-MOI VOIR VOS MAINS »,
    (Forces de défense israéliennes (IDF))
    DESSIN SWAHA

    ► À lire aussi :      PRÉSIDENT DU CHILI : "LA SITUATION À GAZA EST PIRE QUE CELLE À BERLIN EN 1945"

    La Présidente de la CIJ, la juge Joan Donoghue, a précisé que le tribunal ordonnait certaines mesures conservatoires car « la situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza risque sérieusement de se détériorer davantage avant que le tribunal ne rende son jugement final ».

    En plus des mesures provisoires prononcées vendredi, la plus haute juridiction de l’ONU a également demandé à Israël de soumettre un rapport dans un délai d’un mois « sur toutes les mesures prises pour donner effet à cette ordonnance ».

    Vous pouvez lire ici l'ordonnance de la CIJ du 26 janvier 2024

    Réaction du Secrétaire général de l'ONU

    Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a pris note de l'ordonnance de la Cour internationale de Justice indiquant des mesures conservatoires.

    Le chef de l'ONU note la décision de la Cour d'ordonner notamment à Israël, conformément à ses obligations au titre de la Convention sur le génocide, de « prendre toutes les mesures en son pouvoir » à l'égard des Palestiniens de Gaza pour empêcher la commission d'actes dans le champ d'application de l'article II de la Convention, « y compris le meurtre, le fait de causer des lésions graves à l'intégrité physique ou mentale, le fait de soumettre délibérément des conditions d'existence calculées pour entraîner la destruction du groupe et l'imposition de mesures destinées à empêcher les naissances », a dit son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans une déclaration à la presse.

    « Il note également l’instruction donnée par la Cour à Israël de veiller, avec effet immédiat, à ce que ses militaires ne commettent aucun de ces actes », a-t-il ajouté. « En outre, le Secrétaire général prend particulièrement note de l’ordre donné par la Cour à Israël d’assurer la fourniture des services de base et de l’assistance humanitaire dont il y a un besoin urgent pour remédier aux conditions de vie défavorables auxquelles sont confrontés les Palestiniens à Gaza ».

    Le Secrétaire général note aussi que la Cour souligne que « toutes les parties au conflit dans la bande de Gaza sont liées par le droit international humanitaire » et qu'elle appelle à la libération immédiate et inconditionnelle des otages enlevés lors de l'attaque contre Israël le 7 octobre 2023 et détenus depuis lors par le Hamas et d’autres groupes armés ».

    « Le Secrétaire général rappelle que, conformément à la Charte et au Statut de la Cour, les décisions de la Cour sont contraignantes et espère que toutes les parties se conformeront dûment à l'ordonnance de la Cour », a souligné son porte-parole.

    Plainte déposée le 29 décembre

    La décision de la CIJ a été prise dans le cadre de la plainte déposée le 29 décembre 2023 par l’Afrique du Sud accusant Israël de « génocide » à Gaza. La plainte sur le fond sera examinée plus tard par la Cour.

    Israël a répondu par des bombardements massifs et des opérations militaires dans la bande de Gaza après l'attaque sanglante du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d'Israël qui a fait 1.200 morts et 250 personnes prises en otages. Cette campagne militaire israélienne a fait plus de 25.000 morts en trois mois à Gaza.

    Les décisions de la CIJ sont contraignantes sur le plan légal mais le tribunal n’a pas les moyens de les faire respecter. Seule une résolution du Conseil de sécurité pourrait obliger dans les faits un Etat à les appliquer.

    La plainte sud-africaine a été jugée « sans fondement » par Israël et son allié, les Etats-Unis. Elle a également été critiquée par le Royaume-Uni et l’Allemagne.

    Cette plainte est soutenue par une soixantaine d’Etats, dont les 57 pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Parmi eux, le Pakistan, la Malaisie, la Turquie, la Jordanie et les Maldives ont déclaré leur soutien officiellement. S’ajoutent à cette liste la Namibie, la Colombie, la Bolivie et le Brésil.

    Arguments présentés le 11 janvier

    Le 11 janvier dernier, l’Afrique du Sud a présenté ses arguments en faveur de la fin des hostilités à Gaza, en cherchant à démontrer qu’un génocide est en cours, selon la définition de la Convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide : « un acte commis dans l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

    « Dans les trois premières semaines de ses représailles, Israël a envoyé plus de 6000 bombes par semaine à Gaza, a déclaré l’avocate Adila Hassim au tribunal. Israël a tué un nombre de civils sans précédent ni parallèle avec la pleine connaissance du nombre de vies civiles que chaque bombe emporterait. Plus de 1.800 familles palestiniennes à Gaza ont perdu plusieurs membres, et des centaines de familles ont été éliminées, sans aucun survivant. (…) Ces tueries ne sont rien moins qu’une destruction de la vie palestinienne. Elles sont infligées délibérément. Personne n’est épargné, pas même les nouveaux-nés».

    Dans sa présentation, l’avocat sud-africain Tembeka Ngcukaitobi a dénoncé la « rhétorique génocidaire » d’Israël, dont les officiels appellent les Palestiniens des « animaux humains ». Il a montré des vidéos de soldats israéliens dansant et chantant « nous connaissons notre devise : il n’y a pas de civil qui ne soit pas impliqué », ainsi que la vidéo de bombardements sur 30 immeubles commenté par un soldat de Tsahal comme « magnifiques ».

    La plaidoirie de l’Afrique du Sud a également rappelé le contexte de destruction des infrastructures civiles, de déplacement forcé de populations, d’arrestation de dizaines d’hommes dénudés et transportés dans un lieu inconnu, et d’accès limité à l’aide humanitaire d’urgence, poussant les populations à la famine.

    Elle s’est appuyée sur nombre de déclarations de hauts responsables des Nations Unies, alarmés par la situation humanitaire à Gaza. Adila Hassim a notamment cité le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, qualifiant Gaza de « cimetière pour enfants ».

    Membres des équipes juridiques dans l'affaire Afrique du Sud c. Israël lors du prononcé de l'arrêt de la Cour internationale de Justice à La Haye.

    MEMBRES DES ÉQUIPES JURIDIQUES DANS L'AFFAIRE
     AFRIQUE DU SUD  C. ISRAËL LORS DU PRONONCÉ DE L'ARRÊT
     DE LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE À LA HAYE.
    PHOTO  ICJ-CIJ /  FRANK VAN BEEK 

    La défense présentée par Israël

    Dans sa défense, Israël a reproché à l’Afrique du Sud de présenter une « version profondément déformée » des faits, de soutenir le Hamas et de vouloir « faire une arme » de la Convention sur le génocide.

    Israël a insisté sur son droit à se défendre en tant qu’Etat après les attaques du 7 octobre perpétrées par le Hamas, afin « d’éradiquer la menace existentielle posée » et pour libérer quelque 136 otages encore retenus.

    « Israël est engagé dans une guerre de défense contre le Hamas, et non contre le peuple palestinien », a déclaré Tal Becker, le conseiller juridique du ministère israélien des Affaires étrangères, qui a évoqué la « tragique souffrance des civils dans cette guerre, comme dans toutes les guerres ».

    La souffrance endurée par les civils israéliens a été soulignée, lors des attaques du 7 octobre, présentées comme un acte génocidaire par la partie israélienne. Un message sonore d’un combattant du Hamas se vantant auprès de son père « d’en avoir tué 10 de ses mains » a été diffusé.

    Les juristes israéliens ont rejeté les vidéos montrées par l’Afrique du Sud comme relevant « d’incidents isolés », et mentionné d’autres déclarations des hauts responsables israéliens en faveur de la protection des civils. La demande sud-africaine est « une tentative de dénier à Israël sa capacité à remplir ses obligations de défendre ses citoyens, ses otages et plus de 110.000 Israéliens déplacés qui ne peuvent pas rentrer chez eux en sécurité », a poursuivi Tal Becker.

    « La guerre urbaine entraînera toujours des morts, des souffrances et des dégâts tragiques, mais à Gaza, ces résultats indésirables sont exacerbés parce qu’ils sont les résultats souhaités par le Hamas », a déclaré Galit Raguan, le conseiller juridique du ministère israélien de la Justice.

    « Sous couvert d’une allégation de génocide contre Israël, cette cour est sollicitée pour un appel à la fin des opérations contre les attaques qui continuent d’une organisation qui poursuit un véritable agenda génocidaire », a conclu Tal Becker.


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