30 octobre, 2019

FLASHMOB - GARE CENTRALE DE STOCKHOLM - « EL PUEBLO UNIDO JAMÁS SERÁ VENCIDO »


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CAPTURE D'ÉCRAN 

« FLASHMOB EL PUEBLO UNIDO JAMÁS SERÁ VENCIDO - Ñ -» 
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Un flashmob fut organisé dans la gare centrale de Stockholm (Stockholms centralstation, ou Centralen), le mercredi 30 octobre 2019.
De nombreux citoyens suédois et chileno-suédois, y ont formé une chorale éphémère et ont chanté « El pueblo unido jamás será vencido », pour protester « contre la répression exercée sur le peuple par l'actuel président Sebastián Piñera » et en solidarité avec le peuple chilien.


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L’APEC SOUTIENT LA DÉCISION DU CHILI, SON PROCHAIN SOMMET SE TIENDRA EN MALAISIE


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PHOTO CZAR DANCEL
Santiago ayant annoncé l’annulation du sommet de l’APEC et de la conférence sur le climat, COP 25, qu’il devait organiser dans les prochains mois, l’APEC a publié un communiqué où elle «soutient la décision du Chili» et déclare que «le prochain sommet de l'APEC en 2020» aura lieu en Malaisie.
Le secrétariat de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) a soutenu la décision du Chili d’annuler la tenue du sommet de l’organisation et a annoncé que la prochaine rencontre aurait lieu, comme prévu, en 2020 en Malaisie, indique une déclaration que Sputnik a eu l’occasion de consulter.
« La sécurité du peuple chilien et des économies participantes est la grande priorité de l’APEC. Cela étant, le secrétariat de l’APEC soutient la décision du Chili de reporter l’organisation de la semaine des dirigeants économiques de l’APEC », indique le communiqué.
Le secrétariat a remercié le Chili pour ses efforts entrepris durant l’année, notamment son attention soutenue pour la présence des femmes et des PME dans l’économie.
« Tous les membres de l’APEC continueront de travailler sur cet ordre du jour important afin de se convaincre que toutes les communautés de la région Asie-Pacifique profitent de la croissance économique et de l’intégration », note encore le communiqué.
«La Malaisie accueillera le prochain sommet de l'APEC en 2020», a fait savoir le forum dans un communiqué.

Ainsi, aucun sommet ne sera vraisemblablement organisé cette année.

La crise au Chili


Le Président chilien Sebastian Piñera, cité par la télévision locale, a annoncé ce mercredi 30 octobre que le sommet de l’APEC et la conférence sur le climat, COP 25, qui devaient se tenir dans le pays en novembre et décembre respectivement, n’auraient pas lieu.

La situation dans le pays s’est enflammée à la mi-octobre à la suite de la décision des autorités d’augmenter le prix du ticket de métro. Les manifestations, pacifiques dans un premier temps, ont commencé à se muer quelques jours plus tard en affrontements avec les forces de l’ordre.

Le gouvernement a alors promis de fournir 1,2 milliard de dollars, mais ces mesures ont été jugées insuffisantes par certains manifestants interrogés par Sputnik.


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AU CHILI, DES CHANTS DE RÉSISTANCE FONT VIBRER LES RUES DE SANTIAGO


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À SANTIAGO, UN GROUPE DE GUITARISTES REPREND
 « EL DERECHO DE VIVIR EN PAZ » DE VICTOR JARA
 (CAPTURE D'ÉCRAN VIA FACEBOOK DE PATO ZURA)
Dans les rues du Chili, depuis que la révolte contre les inégalités a éclaté, les manifestants reprennent des chants de luttes sociales datant de l'Unité populaire, et c'est très beau.
Les Inrockuptibles
Alors que la révolte contre les inégalités au Chili se poursuit, les manifestants répondent à la répression féroce, qui a fait 20 morts depuis le 18 octobre, par des chants de résistance. Plusieurs vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent ainsi la foule entonner El pueblo unido jamás será vencido, du groupe Quilapayún. Cette chanson, qui a aussi été enregistrée par le groupe Inti Illimani, a été composée dans le contexte du gouvernement d'Unité populaire de Salvador Allende, le président du Chili qui avait ouvert la “voie chilienne vers le socialisme”, avant d'être renversé par le coup d'État du général Pinochet, le 11 septembre 1973.

Après ce coup d'État, les deux groupes, proches de l'Unité populaire, avaient dû s'exiler pour échapper à la dictature, et leur chant est devenu le symbole de la lutte du peuple chilien. Plus largement, il est devenu mondialement connu, et est assimilé à un cri de résistance.

Frissons garantis


Dans une vidéo abondamment partagée le 28 octobre, des centaines de manifestants le reprennent donc en chœur, accompagnés par un orchestre, devant l'Iglesia de los Sacramentinos. Et l'effet est très émouvant.


Le droit de vivre en paix


D'autres musiciens se sont réunis à l'occasion des manifestations au Chili pour interpréter une autre chanson très symbolique : El derecho de vivir en paz, de Victor Jara. Cet artiste communiste, figure de proue de la Nouvelle chanson chilienne, est un martyr de l'Unité populaire. Arrêté après le coup d'Etat, il sera détenu avec des milliers de personnes dans le stade national de Santiago. Les militaires l'auraient torturé en lui coupant les doigts, alors qu'il était guitariste, avant de l'achever. Cette vidéo a été postée le samedi 26 octobre. Devant la Bibliothèque nationale, des dizaines de guitares accompagnant la foule qui chante El Derecho de vivir en paz. 

   « EL DERECHO DE VIVIR EN PAZ”, DE VICTOR JARA »
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Une nouvelle génération d'artistes chiliens


Par ailleurs, toute une nouvelle génération d'artistes chiliens soutient le mouvement de contestation sociale, qui s'est enflammé après la hausse du prix du ticket de métro. Lors d'un concert collectif, le 20 octobre, la chanteuse chilienne Camila Moreno a ainsi déclaré, dans un discours très fort : “Il faut que ce gouvernement arrête de nous traiter de vandales, alors qu'ils ont mis les militaires dans la rue ! Ils n'ont pas de mémoire. Comment est-ce possible dans un pays qui a connu la dictature pendant 18 ans ? !”




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Dans les rues du Chili, depuis que la révolte contre les inégalités a éclaté, les manifestants reprennent des chants de luttes sociales datant de l'Unité populaire, et c'est très beau.
Alors que la révolte contre les inégalités au Chili se poursuit, les manifestants répondent à la répression féroce, qui a fait 20 morts depuis le 18 octobre, par des chants de résistance. Plusieurs vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent ainsi la foule entonner El pueblo unido jamás será vencido, du groupe Quilapayún. Cette chanson, qui a aussi été enregistrée par le groupe Inti Illimani, a été composée dans le contexte du gouvernement d'Unité populaire de Salvador Allende, le président du Chili qui avait ouvert la “voie chilienne vers le socialisme”, avant d'être renversé par le coup d'Etat du général Pinochet, le 11 septembre 1973.

Après ce coup d'Etat, les deux groupes, proches de l'Unité populaire, avaient dû s'exiler pour échapper à la dictature, et leur chant est devenu le symbole de la lutte du peuple chilien. Plus largement, il est devenu mondialement connu, et est assimilé à un cri de résistance.

Frissons garantis

Dans une vidéo abondamment partagée le 28 octobre, des centaines de manifestants le reprennent donc en chœur, accompagnés par un orchestre, devant l'Iglesia de los Sacramentinos. Et l'effet est très émouvant.


redfish
@redfishstream
A Chilean orchestra gave an open-air performance of "El pueblo unido, jamás será vencido!" ("The people united will never be defeated") in Santiago.

The song was written in 1973, only months before the violent coup by dictator Augusto Pinochet, who assumed power in September.

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6:45 PM - Oct 28, 2019
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Le droit de vivre en paix

D'autres musiciens se sont réunis à l'occasion des manifestations au Chili pour interpréter une autre chanson très symbolique : El derecho de vivir en paz, de Victor Jara. Cet artiste communiste, figure de proue de la Nouvelle chanson chilienne, est un martyr de l'Unité populaire. Arrêté après le coup d'Etat, il sera détenu avec des milliers de personnes dans le stade national de Santiago. Les militaires l'auraient torturé en lui coupant les doigts, alors qu'il était guitariste, avant de l'achever. Cette vidéo a été postée le samedi 26 octobre. Devant la Bibliothèque nationale, des dizaines de guitares accompagnant la foule qui chante El Derecho de vivir en paz.



Pamela Guzmán 🐾
@PamitaGuBa
Mira que lindo este video! #LaMarchaMasGrandeDeChile

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5,143
12:08 AM - Oct 26, 2019
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hmmm
@yke_hmmm
46 years after US-backed forces led by Pinochet kidnapped, tortured and murdered communist singer Victor Jara, tens of thousands were singing his music yesterday in the streets of Chile:

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5:41 PM - Oct 26, 2019
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>> A lire aussi : La rappeuse Ana Tijoux : “Le Chili n’était pas endormi, il était anesthésié”

Une nouvelle génération d'artistes chiliens

Par ailleurs, toute une nouvelle génération d'artistes chiliens soutient le mouvement de contestation sociale, qui s'est enflammé après la hausse du prix du ticket de métro. Lors d'un concert collectif, le 20 octobre, la chanteuse chilienne Camila Moreno a ainsi déclaré, dans un discours très fort : “Il faut que ce gouvernement arrête de nous traiter de vandales, alors qu'ils ont mis les militaires dans la rue ! Ils n'ont pas de mémoire. Comment est-ce possible dans un pays qui a connu la dictature pendant 18 ans ? !”


Spanish Revolution
@spanishrevorg
Grandísima @camilamoreno_ mandando un mensaje al pueblo chileno.

"¡Estamos poniendo el futuro de nuestros hijos, estamos poniendo el futuro de nuestros nietos!!".

👏👏


938
8:23 AM - Oct 26, 2019
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La rappeuse franco-chilienne Ana Tijoux a pour sa part écrit un morceau dans l'instant, en hommage aux manifestants.
 «#CACEROLAZO»  - ANA TIJOUX 
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29 octobre, 2019

CHILI : NOUVELLES MANIFESTATIONS ET APPEL À LA GRÈVE


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LE MERCREDI 30 OCTOBRE 2019: 
APPEL À LA GRÈVE GÉNÉRALE
Nouvelle journée de protestations au Chili contre le modèle économique.
Cutchile.cl  et #UnidadSocial convoquent à une journée de grève générale et annoncent la continuité des mobilisations : « Ici le débat n’est pas sur nombre des ministres, (…) le débat de fond doit porter sur les revendications », a tweeté lundi soir la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), la principale confédération syndicale du Chili, qui a appelé à un arrêt de travail, comme une vingtaine d'autres organisations de travailleurs et d'étudiants.


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28 octobre, 2019

RUSSIE DÉCÈS DE L’ANCIEN OPPOSANT VLADIMIR BOUKOVSKI, À 76 ANS


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VLADIMIR BOUKOVSKI À CAMBRIDGE, EN DÉCEMBRE 2016.
PHOTO JUSTIN TALLIS  
L’ex-dissident soviétique Vladimir Boukovski est décédé dimanche dans un hôpital de Cambridge, au Royaume-Uni. Né en 1942, il s’engage, dans les années 1960, avec plusieurs intellectuels, contre le système soviétique et le retour à la glaciation de Leonid Brejnev. 
VLADIMIR BOUKOVSKI 
PHOTO ALAMY

Boukovski participe à des rencontres poétiques, des manifestations et à la publication, en 1971, à l’ouest de 150 pages sur les mauvais traitements dans les hôpitaux psychiatriques. Ce « samizdat » (publication clandestine), largement diffusé en Europe et aux États-Unis, déclenche une nouvelle arrestation, en 1972. 



UNE DE « LIBÉRATION »
 DU 18/12/1976.
Il sera échangé en 1976 contre le dirigeant du Parti communiste chilien Luis Corvalan, emprisonné par le dictateur Augusto Pinochet. Expédié en Grande-Bretagne, il aura passé douze ans dans des camps de rééducation, hôpitaux psychiatriques et prisons. À la chute de l’URSS, il soutiendra Boris Eltsine, avant de tenter de se présenter à l’élection présidentielle de 2008. V. K.




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CHILI. LES GESTICULATIONS DE SEBASTIAN PIÑERA


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DESSIN ENEKO LAS HERAS
Le président annonce un remaniement de son exécutif, afin d’endiguer la colère populaire, après la manifestation monstre de vendredi.
Renvoyé dans les cordes, ­Sebastian Piñera tente une esquive. Au lendemain de la manifestation historique qui a réuni 1,2 million de Chiliens, vendredi, dans les rues de Santiago, le ­président a annoncé un vaste remaniement de son gouvernement, le troisième depuis sa nomination en mars 2018, en demandant à ses ministres de remettre leur fonction. « Nous sommes dans une nouvelle réalité. Le Chili est différent de celui que nous avions il y a une semaine », a-t-il assuré. Auparavant, l’armée avait déclaré qu’elle levait le couvre-feu instauré une semaine plus tôt. L’état d’urgence pourrait également être suspendu si « les circonstances le permettent » afin de « contribuer à cette normalisation que tant de Chiliens désirent et méritent », a précisé Sebastian Piñera.

L’ONU enquête sur les violences et les exactions


Le changement d’attitude du chef de l’État – qui avait osé déclarer aux premières heures de la révolte que le Chili était en « guerre contre un ennemi puissant » – ne devrait pas faire le compte. Contraint de demander pardon à ses concitoyens, le locataire du palais de la Moneda a voulu faire amende honorable en débloquant, mardi, une enveloppe de 1,1 milliard d’euros, censée, à ses yeux, apaiser la crise sociale avec la revalorisation du salaire minimum, l’augmentation des minima vieillesse, la hausse des impôts des plus riches, ainsi que le gel des prix de l’électricité. La participation record à la marche de vendredi est en ce sens un cinglant désaveu pour le président multimilliardaire. Les acteurs du mouvement réclament un changement de matrice du modèle économique, après plus de quarante ans d’ultralibéralisme, et une refonte de l’État encore régi par la Constitution édictée sous la dictature du général Augusto Pinochet. Le retrait en bloc de l’actuel exécutif est un écran de fumée, alors que les manifestants réclament la démission de Sebastian Piñera. « Le Chili s’est réveillé et on ne l’endormira pas avec des annonces qui ne changent les choses qu’en apparence, pour que tout reste intact », a critiqué Luis Mesina, le coordinateur de No + AFP, le mouvement contre le système de pensions privées.

Quant à la levée des mesures d’exception, elle vise à donner des gages à l’extérieur. Une mission d’enquête de la commission des droits de l’homme de l’ONU est attendue ce lundi à Santiago afin d’évaluer les nombreuses exactions perpétrées depuis le 17 octobre et qui ont coûté la vie à 18 personnes. De son côté, l’Institut national des droits humains a porté plainte contre des carabineros pour agressions et torture sexuelle.
Cathy Dos Santos

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DAVID VELOSO. LE SOLDAT REBELLE


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« JE SUIS EMPRISONNÉ POUR AVOIR REFUSÉ
 DE TIRER SUR LE PEUPLE CHILIEN »
DESSIN MAX FEITO
L’homme du jour. 
Il s’appelle David Veloso et appartient à la 3ème Brigade cuirassée, La Concepcion, basée à Antofagasta. Le 20 octobre, ce Chilien de 21 ans s’est retrouvé en prison pour avoir jeté son fusil à terre, la veille. Alors que sa hiérarchie lui intimait l’ordre de partir à Santiago, la capitale, David Veloso a refusé de participer à l’arsenal répressif – état d’urgence, couvre-feu – mis en place par l’exécutif du président Sebastian Piñera afin de contenir le soulèvement populaire qui agite le pays austral depuis le 17 octobre. 
 DAVID VELOSO CODOCEDOET SA FAMILLE

Quelques heures plus tôt, déjà, un gradé avait exigé du jeune homme qu’il supprime un message de son compte Facebook dans lequel le militaire manifestait son mal-être de devoir protéger ceux-là mêmes qui «volent (sa) propre famille », ainsi que les millions de Chiliens, victimes du néolibéralisme sauvage. Il est depuis emprisonné pour désobéissance, selon le Code militaire chilien. La cour martiale vient de rejeter le recours de la défense de David Veloso qui faisait valoir les droits constitutionnels du soldat rebelle.

24 octobre, 2019

CHILI : « NOUS SOMMES SOLIDAIRES DU FORMIDABLE MOUVEMENT POPULAIRE QUI S’EST LEVÉ »


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PHOTOMONTAGE  DU PRÉSIDENT CHILIEN SEBASTIAN PIÑERA (GAUCHE )
ET DU DÉFUNT DICTATEUR AUGUSTO PINOCHET, LORS D’UNE MARCHE À SANTIAGO
 PHOTO PABLO VERA  
Dans une tribune au « Monde », un collectif d’artistes et d’intellectuels, parmi lesquels Costa-Gavras, Ariane Mnouchkine, Hervé Hamon, Björn Larsson, Jacques Tardi ou Christian et Olga Baudelot, appelle les autorités à retirer les troupes et les blindés de la rue et à entendre les revendications des manifestants.

Tribune. Depuis la dictature de Pinochet, aucun dirigeant politique n’avait osé faire appel à l’armée pour occuper la rue. Depuis la dictature de Pinochet, tous les services publics ont été démantelés et confiés à quelques familles, à quelques multinationales, qui se sont emparées du pays.

Depuis la dictature de Pinochet, le peuple chilien serre les dents, travaille, réclame la justice et ne l’obtient pas ou peu. Depuis la dictature de Pinochet, jamais un soulèvement d’une telle ampleur que celui d’aujourd’hui n’avait ébranlé le cynisme d’une effrayante inégalité – l’État ne régule plus, ne répartit plus.

« Nous pleurons »


Nous sommes solidaires du formidable mouvement populaire qui s’est levé. Nous exigeons que le président chilien, Sebastian Piñera, retire ses troupes et ses blindés, et entende les revendications de son peuple. Nous sommes aux côtés des protestataires et des forces sociales qui réclament un autre système, une autre vie.

Nous pleurons les morts de la répression mais, sur cette terre si éprouvée et qui nous est si chère, nous, intellectuels et artistes français ou exerçant en France, voulons croire que la justice va enfin revenir.


Liste des signataires : Isabelle Autissier, écrivaine et navigatrice ; Sébastien Balibar, physicien, ENS ; Christian et Olga Baudelot, sociologue (ENS) et psychologue ; Hervé Bellec, écrivain ; Jean Bellorini, metteur en scène, directeur du théâtre Gérard-Philippe à Saint-Denis ; Vanda Benes, actrice ; Michel Benita, musicien de jazz ; Carmen Bernand, anthropologue, historienne émérite, université de Nanterre ; Cathy Bernheim, écrivaine ; Olivier Bétourné, éditeur ; Alexandre Bilous, journaliste ; Jacques Binsztok, éditeur ; Geoffrey Bodenhausen, chimie, ENS ; Natacha Boussaa, écrivaine ; Louis Brigand, géographe, université de Brest ; Laurence Chable, comédienne ; Antoine Chao, journaliste ; Hélène Cixous, écrivaine ; Catherine Clément, écrivaine ; Christian Clères, réalisateur ; Jean-Pierre Digard, anthropologue émérite CNRS ; François Dubet, sociologue, université de Bordeaux ; Paul Fournel, écrivain ; Irène Frain, écrivaine ; Patrice Franceschi, écrivain ; Jacques Galinier, anthropologue émérite, CNRS ; Jean Gaumy, photographe, membre de l’Académie des Beaux-Arts ; Costa-Gavras, réalisateur, président de la Cinémathèque française ; Dominique Grange, chanteuse ; Florence Guinard, secrétaire générale, Théâtre Gérard-Philippe, Saint-Denis ; Hervé Hamon, écrivain ; Geneviève Jacques, ancienne présidente de la Cimade ; Catherine Jeandel, océanographe, CNRS ; Loïc Josse, libraire, écrivain ; Liliane Kandel, sociologue ; Alain Joxe, géopoliticien, EHESS ; Denis Labayle, médecin et écrivain ; Xavier Ricard Lanata, écrivain ; Björn Larsson, écrivain ; Emmelene Landon, peintre et écrivaine ; Joëlle Léandre, musicienne ; Dominique Le Brun, écrivain, éditeur ; Michèle Leduc, astrophysicienne, CNRS ; Yvon Le Men, poète ; Ximena Lois, linguiste ; Bernard Lortat-Jacob, ethnomusicologue ; Maria Manca, linguiste ; Maguy Marin, chorégraphe ; Dominique Manotti, écrivaine ; Eric Merlen, journaliste, écrivain, réalisateur ; Antoinette Molinié, anthropologue émérite CNRS ; Ariane Mnouchkine, metteure en scène, Théâtre du Soleil ; Daniel Pennac, écrivain ; Françoise Picq, sociologue ; Dominique Pifarély, musicien ; Christian Prigent, écrivain, poète ; Ignacio Ramonet, directeur du « Monde diplomatique » (Espagne) ; Alain Rémond, journaliste et écrivain ; Marie Rémond, comédienne, metteure en scène ; Gilles Rivière, anthropologue, EHESS ; Sebastian Roché, sociologue, CNRS ; Elisabeth Roudinesco, psychanalyste ; Jean-François Sabouret, japonologue, CNRS ; Jean-Claude Simoën, éditeur ; François Tanguy, metteur en scène, Théâtre du Radeau, Le Mans ; Jacques Tardi, dessinateur ; Sophie Thonon, avocate ; Carlos Torres, peintre ; Francis Wolf, philosophe émérite, ENS.


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23 octobre, 2019

CHILI : LES LIMITES DE L’ULTRALIBÉRALISME


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UN VÉHICULE DES FORCES DE L’ORDRE FACE À DES MANIFESTANTS,
À SANTIAGO, MARDI 22 OCTOBRE 2019.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
ÉDITORIAL 
Le Monde
Editorial. Le Chili est un pays riche. Mais la privatisation de secteurs-clés a pérennisé un gouffre d’inégalités qui touche y compris les classes moyennes.
Éditorial du « Monde ». Présenté encore récemment par son président, Sebastian Piñera, comme une oasis de stabilité dans une Amérique latine en ébullition, le Chili est en proie, depuis le vendredi 18 octobre, à des émeutes populaires spontanées dont le ressort est évident : des inégalités sociales abyssales et la déconnexion des dirigeants politiques d’avec les réalités. Équateur, Liban, Irak… Ce scénario est à l’œuvre ces jours-ci en plusieurs points du globe. La France des « gilets jaunes » n’est pas épargnée, pas plus que la Grande-Bretagne, où le Brexit traduit pacifiquement une profonde grogne sociale.

Mais le contexte chilien est bien spécifique : l’ultralibéralisme qui domine la gestion de l’économie et de la société n’y a pratiquement pas été remis en cause depuis la fin de la dictature Pinochet (1973-1990). La privatisation de secteurs-clés comme la santé, l’éducation, les transports et l’eau a généré et pérennise un gouffre d’inégalités qui touche y compris les classes moyennes.

Les remboursements de santé par des assurances privées sont minimes et seule une petite minorité des Chiliens bénéficie d’hôpitaux privés de qualité. Les étudiants s’endettent sur des décennies pour financer leurs études dans des universités privées, et le système de retraite par capitalisation conjugue cotisations exorbitantes et pensions dérisoires.


Concerts de casseroles quotidiens


Ces dernières années, des mouvements sociaux ont dénoncé cette situation. Mais les émeutes actuelles sont d’une ampleur jamais vue depuis la fin de la dictature. D’apparence dérisoire, l’augmentation du prix du ticket de métro à Santiago, de 800 à 830 pesos (0,98 à 1,02 euro), moyen de transport vital dans une mégapole de 7,6 millions d’habitants, a servi de déclencheur. Son annulation par le gouvernement n’a pas empêché les protestations de se poursuivre et de s’amplifier. Rassemblements et cacerolazos (concerts de casseroles) sont quotidiens.

Le recours à l’armée, qui patrouille dans les rues pour la première fois depuis la chute de Pinochet, et la violence de la répression n’ont fait qu’attiser la colère. Face aux incendies et aux pillages, l’état d’urgence a été décrété dans la capitale et neuf des seize régions du pays, et un couvre-feu imposé. Quinze personnes sont mortes sous les tirs des forces de l’ordre ou lors d’incendies et de pillages de centres commerciaux. Plus de 2 600 personnes ont été arrêtées.

Le président Piñera, 69 ans, élu fin 2017 et qui a déjà été au pouvoir entre 2010 et 2014, a annoncé, mardi soir, une série de mesures sociales, dont l’augmentation de 20 % du minimum retraite. Il a reconnu « un manque de vision » et demandé « pardon ». Mais lui-même personnifie le système qui est dénoncé et la caste du 1 % de la population qui concentre 25 % à 30 % des richesses. Milliardaire, il s’est enrichi durant la dictature et défend la gestion privée généralisée des services de base, l’absence de filets sociaux de sécurité et une législation du travail qui, peu réformée depuis Pinochet, perpétue la précarité.

Le Chili, quatrième économie d’Amérique latine, est pourtant un pays riche. Il s’enorgueillit d’un enviable taux de croissance : 4 % en 2018 et 2,5 % prévus cette année. Il a donc les moyens de combler la « brecha », cette brèche sociale qui alimente malaise et violences. À condition que l’État joue son rôle de protection et se porte garant de services publics de qualité. Des réformes qui, au Chili, supposent de profondes modifications de la Constitution ultralibérale de 1980, dont les dispositions limitant le rôle de l’Etat dans l’économie sont inchangées depuis la dictature. 

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DÉCLARATION PUBLIQUE PARTI COMMUNISTE DU CHILI


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PHOTO MARCELO HERNÁNDEZ
Ce 23 octobre, lors de manifestations de protestation de masse, des centaines de milliers de Chiliennes et de Chiliens dans tout le pays et à l’étranger, ont exprimé leur mécontentement légitime et ont rejeté la répression et les miettes que le gouvernement de Piñera a annoncées il y a quelques heures.
Il s’agit de manifestations inédites au cours des dernières décennies, et peut-être sans précédent au cours du dernier cycle historique du Chili.

Des millions de personnes, de manière pacifique, se mobilisent depuis plusieurs jours et tout indique que les protestations et le mécontentement ne s’arrêtent pas. Ils grandissent.

Le Chili exige et réclame des changements maintenant. Et non des mesures cosmétiques.

Nous saluons et appuyons la convocation par la TABLE D’UNITÉ SOCIALE d’une grève générale qui se poursuit demain jeudi. La journée d’aujourd’hui a été la réponse massive au paquet de mesures annoncé par Piñera et qui ne trouve pas d’écho chez les citoyens.

Nous pensons que les partis politiques qui sont vraiment là pour écouter le peuple doivent soutenir cet espace large, démocratique et pluraliste de mouvements et d’organisations sociales.

Le seul espace de dialogue légitime et démocratique est celui qui considèrera, sur un pied d’égalité, la TABLE D’UNITÉ SOCIALE. Le gouvernement doit mettre fin à l’exclusion qu’il cherche à imposer.

Jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement a exclu et marginalisé le monde social et populaire. L’heure est venue d’écouter réellement les majorités nationales.
Le Chili rejette les tentatives visant à imposer des accords au sommet, discriminatoires, sectaires ; qui cherchent à imposer des mesures cosmétiques et antipopulaires.

Pour notre part, nous estimons que les demandes concrètes et urgentes à examiner sont les suivantes :
  • -Nouveau système de pensions garantissant la pleine dignité, en mettant fin au système de retraites privées.
  • -Des salaires décents, qui dépassent le seuil de pauvreté, dans le cadre des 40 heures hebdomadaires. Pas les 45 que le gouvernement essaie d’imposer.
  • -Nouvelle constitution politique, par voie d’une assemblée constituante.
  • -Gel des projets de loi qui ne favorisent que les plus riches, comme la réforme fiscale, des pensions et de la législation du travail.
  • -Nouveau système parlementaire, monocaméral, améliorant la pluralité et la représentation citoyenne, avec des traitements au niveau du système de la fonction publique.
  • -Fin immédiate de l'état d'urgence. 
  • -Fin à la répression criminelle : la lumière doit être faite sur les allégations de violations des droits de l’homme. 
  • -Enquête sérieuse sur les actions répressives. 
  • -Présence au Chili, de façon extrêmement urgente, d’organismes et d’observateurs internationaux de défense des droits de l’homme de l’ONU.

Piñera doit répondre. Lui et son gouvernement sont responsables de cette crise. Nous lançons une accusation constitutionnelle pour abandon sévère de l’état de droit, avec de graves conséquences pour la société et la démocratie.