30 décembre, 2020

WASHINGTON TENTÉ DE REPLACER CUBA SUR SA LISTE NOIRE DU TERRORISME

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PHOTO YAMIL LAGE / AFP

Cuba a critiqué mercredi les velléités des États-Unis visant à replacer l'île sur leur liste des pays soutenant le terrorisme, une mesure actuellement envisagée par l'administration Trump selon des médias américains, et qui pourrait compliquer la diplomatie du président élu Joe Biden.

Par Le Figaro avec l'AFP 

DESSIN DANIEL MURPHY

Le secrétaire d'État Mike Pompeo envisage de prendre cette mesure, très pénalisante en matière d'investissements étrangers, avant la fin du mandat de Donald Trump le 20 janvier 2021, selon une personne proche du dossier. Le New York Times a le premier rapporté cette information, suivi par la chaîne CNN, qui affirme que Mike Pompeo devrait prendre cette mesure «dans les prochains jours», citant un responsable anonyme. «Je dénonce les manœuvres du secrétaire d'État Pompeo visant à inclure #Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme pour plaire à la minorité anti-cubaine de Floride», a tweeté le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez.

Cette passe d'arme intervient quelques jours avant le 60ème anniversaire, le 3 janvier, de la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays après la révolution castriste. Sous la direction des présidents Barack Obama et Raul Castro, les États-Unis et Cuba avaient opéré un rapprochement historique qui avait permis en 2015 le rétablissement des relations diplomatiques, et le retrait de la liste noire. Mais après l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en 2017, son administration a durci l'embargo imposé à Cuba depuis 1962, invoquant les violations des droits humains à Cuba et le soutien de La Havane au gouvernement chaviste du Vénézuéla.

Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, a annoncé pendant la campagne qu'il procéderait rapidement à «l'élimination des restrictions de Trump sur les transferts d'argent et les voyages» qui nuisent aux Cubains et séparent les familles. Si Mike Pompeo venait à replacer l'île sur la liste noire, Joe Biden pourrait l'en retirer à nouveau, mais son ministère devrait alors entreprendre une analyse formelle afin de pouvoir déclarer que le pays n'a pas eu de liens terroristes au cours des six derniers mois. Un porte-parole a indiqué que le département d'État «ne discutait pas des délibérations ou délibérations potentielles concernant le placement» d'un pays sur cette liste. Seuls trois pays y figurent encore après le retrait du Soudan le mois dernier: l'Iran, la Corée du Nord et la Syrie.

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PHOTO OLIVER CONTRERAS 

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CUBA PASSE À LA MONNAIE UNIQUE : FINI LE CUC

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PHOTO REUTERS

La Grande Île tente de parer au choc éventuel provoqué le 1er janvier par la fin du système des deux monnaies, en vigueur depuis 1994, grâce à une augmentation générale des salaires et des mesures de limitation de la spéculation.
À Cuba, 2021 démarrera sur des chapeaux de roue. Le 1 er janvier, après des années d’attente, la Grande Île mettra fin au système – unique au monde – des deux monnaies en vigueur depuis 1994.

Réunification de la monnaie cubaine. A partir du 1 er janvier, le CUC, peso convertible aligné sur le dollar, sera retiré de la circulation. Le CUP, peso cubain, deviendra la monnaie unique avec un taux de change équivallent à 1 dollar égale 24 CUP. 

Mesure phare, reportée depuis plusieurs années, la réunification du CUC, le peso convertible aligné sur le dollar qui permettait aux entreprises d’État d’importer à un taux de change préférentiel, et du CUP, le peso cubain, est une étape cruciale des réformes économiques engagées à Cuba depuis plusieurs années. Avec le renforcement de l’embargo américain sous l’administration Trump et la crise économique liée au Covid-19, le pays, qui entend en finir avec une économie à deux vitesses, devra en effet se prémunir de toute « thérapie de choc ».

Une augmentation de 525 % du salaire minimum

Ces dernières années, le mouvement syndical a poussé à une réforme générale des salaires alors que les travailleurs reçoivent des primes en CUC en fonction des richesses excédentaires générées par le travail. La réforme « mettra le pays en meilleure position pour mener à bien les transformations qu’exige la mise à jour de notre modèle économique et social, sur la base de la garantie pour tous les Cubains de la plus grande égalité des chances, des droits et de la justice sociale, ce qui sera possible non pas par l’égalitarisme, mais par la promotion de l’intérêt et de la motivation au travail », note le président Miguel Diaz-Canel.

Pour amortir le choc, le gouvernement envisage une hausse générale des salaires, une augmentation de 525 % du salaire minimum, de 450 % des retraites et des mesures pour limiter la spéculation et la tension inflationniste, notamment sur les produits agricoles, dans un contexte où le déficit de l’offre risque également de faire flamber les prix. L’exécutif a en outre renoncé à la hausse prévue des tarifs de l’électricité. « Le gouvernement a fait le choix de réduire les tarifs électriques » par rapport à « ce qui avait été annoncé initialement », a expliqué Marino Murillo, responsable de la mise en œuvre des réformés économiques du Parti communiste cubain (PCC).

Mais la définition du taux de change a ajouté une complexité supplémentaire dans ce processus d’unification monétaire. Le dilemme est de taille alors que le peso cubain vaut vingt-quatre fois moins que le CUC et donc que le dollar américain. Depuis octobre 2019, Cuba autorise de nouveau le dollar pour les achats d’électroménager, de pièces automobiles ou certains produits alimentaires à prix réduits dans les magasins d’État. La valeur du peso menace de se dégrader face au billet vert.

Une réforme délicate pour le gouvernement de Miguel Diaz-Canel

La réforme monétaire vise ainsi à stimuler les secteurs exportateurs et attirer les investisseurs dans une économie qui manque de devises. Cette absence de devises fortes pour soutenir la valeur du CUC a ainsi signé son arrêt de mort. La régularisation de la monnaie fait malgré tout peser des menaces sur les entreprises d’État (85 % de l’économie), qui jouissaient jusqu’alors d’une forme de subvention à l’importation grâce au taux de change spécial d’un pour un. Politiquement, enfin, la réforme est délicate. La nouvelle génération qui a pris le relais avec Miguel Diaz-Canel ne tire pas sa légitimité de la révolution. Elle a tout à la fois à charge de garantir les conquis sociaux, l’unité nationale et d’engager l’île vers une nouvelle étape. La réforme du système monétaire n’est pas « la solution magique à tous les problèmes », prévient le chef de l’État.

L’économie cubaine a connu cette année sa pire chute depuis la « période spéciale »

D’une économie fortement nationalisée, la Grande Île poursuit ainsi sa transition vers une économie mixte sur les modèles chinois ou vietnamien sans néanmoins pouvoir s’appuyer sur une croissance dynamique. L’économie cubaine termine l’année en recul de 11 %, soit la pire chute en 27 ans, lors de la période spéciale qui a suivi la dislocation de l’Union soviétique. La tension s’est particulièrement fait sentir « dans des activités cruciales comme le tourisme, la santé publique, l’éducation et l’activité productive en général, à la fois dans les secteurs public et privé », souligne le ministre de l’Économie Alejandro Gil, qui mise sur une croissance entre 6 et 7 % et l’entrée de 2,2 millions de touristes en 2021 (contre 4,3 millions en 2019). Selon ses prévisions, l’économie devrait retrouver son niveau de 2019 d’ici 2022.

29 décembre, 2020

COVID-19 : CUBA PRÉVOIT D'ADMINISTRER SON PROPRE VACCIN D'ICI SIX MOIS

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PHOTO AFP

Cuba prévoit de lancer une vaste campagne de vaccination contre le Covid-19 au cours du premier semestre 2021 avec son propre vaccin, a annoncé un haut responsable du secteur de la santé mardi 29 décembre 2020.

Par Le Figaro avec l'AFP 

PHOTO PRENSA LATINA

L'île socialiste aura la capacité de «vacciner la population cubaine contre le virus SARS-CoV-2 au cours du premier semestre 2021», a assuré Vicente Vérez Bencomo, le directeur de l'Institut Finlay (IFV) spécialisé dans la recherche et la production de vaccins.

Le responsable, cité mardi par le quotidien d'État Granma, a fait ces déclarations au cours d'une visite du président cubain Miguel Diaz-Canel dans les locaux de l'institut où sont développés deux candidats vaccins contre le Covid-19 : Soberana01 y Soberna02. «01 va terminer la phase 1 d'essais cliniques et 02 démarre la phase 2», a précisé Vérez.

Selon le chercheur, 1000 volontaires participeront aux tests de différentes formules de Soberana02 «pour ensuite, après évaluations (...) entamer la phase 3» avec la participation de 150.000 volontaires à La Havane. Parallèlement, des négociations sont en cours pour mettre en œuvre les essais de phase 3 de ce candidat vaccin dans d'autres pays, en raison de la faible prévalence du Covid-19 au sein de la population cubaine, a indiqué Vérez.

Deux autres candidats vaccins contre le Covid-19, baptisés Mambisa et Abdala, sont mis au point à Cuba par le Centre d'ingénierie génétique et biotechnologique. Cuba, qui compte 11,2 millions d'habitants, est parvenu pour l'heure à maintenir sous contrôle la propagation de l'épidémie, avec 11.434 cas déclarés et 143 morts, selon les derniers chiffres officiels datant de dimanche.

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26 décembre, 2020

UNE NOUVELLE DIRECTION AU PC CHILIEN

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FLYER DU PCCH
Suite à la décision du PCCh de se définir comme féministe et antipatriarcal, le nouveau Comité Central, 96 membres, et son Comité Politique (ou Bureau Politique), 16 membres, sont entièrement paritaires homme-femme. C’est une grande première et une énorme avancée pour le PC du Chili.

Pierre Bénite 

FLYER DU PCCH

Le Comité Politique est aussi plus jeune : 6 de ses membres sur 16 n’ont pas connu la clandestinité. Trop jeunes sous la dictature, ils n’ont adhéré au PC qu’après le retour à la démocratie.

La benjamine du Comité Politique était Karol Cariola, 33 ans. Ce sera dorénavant Camila Vallejo, 32 ans. 

PHOTO LA TERCERA
Enfin ce Comité Politique est ancré dans le mouvement social : les deux tiers de ses membres ont ou ont eu des responsabilités importantes dans le mouvement syndical, associatif ou citoyen.

Le nombre restreint de membres de la direction a surement été un facteur supplémentaire d’efficacité dans cette période complexe. Les directions pléthoriques (où règne l’absentéisme) ne sont pas une garantie de bon fonctionnement.

Nouvelle Commission politique PCCh
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24 décembre, 2020

CENTENAIRE DU PCF. 25 DÉCEMBRE 1920, L’OUVERTURE D’UN CONGRÈS PROMETTEUR

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 PAUL VAILLANT-COUTURIER
PHOTO L'HUMANITÉ

À 9 heures, à Tours, ce jour de Noël, la salle du Manège accueille les délégués de la SFIO. Après plusieurs jours de débats intenses, le 30 décembre, à 2 h 45, la majorité vote l’adhésion à l’Internationale communiste. Retour sur ce huis clos décisif.

par Jacques Girault 

JACQUES GIRAULT
PHOTO DDM

En France, dans le Parti socialiste SFIO, les minoritaires, avec Jean Longuet et Louis-Oscar Frossard, l’emportent en octobre 1918, mais le parti perd les élections l’année suivante. Dans la CGT, les grèves et les actions ouvrières qui ont continué pendant le conflit échouent en 1920. L’espoir vient du bolchevisme. Après un premier Parti communiste, un Comité de la IIIe Internationale naît en mai 1919. Les anciens opposants à l’Union sacrée décident de mener leur action dans ou en direction du parti socialiste SFIO. Ils lancent le Bulletin communiste, en mars 1920, pour faire connaître les idées bolcheviques.

Le Parti socialiste décide, en février 1920, d’entreprendre des discussions exploratoires avec la IIIe Internationale, après la rupture décidée avec la IIe Internationale. En juin 1920, le secrétaire général Frossard et le directeur de l’Humanité Marcel Cachin partent en Russie pour négocier avec ­’Internationale communiste (IC).

Dans le même temps, la stratégie de cette dernière change d’orientation. Après l’échec de la révolution mondiale, il faut faire adhérer les partis socialistes à l’IC et les bolcheviser ensuite. Le congrès de l’IC insiste sur la rupture totale avec le réformisme. Les 21 conditions énoncent les principes de tout parti communiste de type nouveau, centralisé sur le plan national et dans sa structure internationale. Le choix de procéder à la constitution de partis communistes expurgés impose des scissions dans les partis socialistes. La France est un des champs d’application.

Les résultats du vote des fédérations confirment la scission

Le samedi 25 décembre 1920, à partir de 9 heures, la salle du Manège à Tours commence à se remplir de délégués au congrès national du Parti socialiste SFIO. L’harmonie la Lyre du peuple exécute l’Internationale, un chœur de fillettes du patronage laïc interprète le Chant des ouvriers, de Pierre Dupont. À 10 h 30, Louis-Oscar Frossard, secrétaire général du Parti socialiste SFIO, ouvre le congrès et procède à la mise en place des structures habituelles des congrès nationaux de la SFIO depuis la création du parti en 1905. Après quatre journées de débats, la séance de nuit s’ouvre le mercredi 29 décembre. On savait dès l’ouverture que l’adhésion à l’Internationale communiste l’emporterait. Après les explications de votes données par les représentants des fédérations, la tendance s’est confirmée. Après que Léon Blum eut annoncé le retrait de la motion du Comité de Résistance, les résultats du vote des fédérations confirment la scission à la suite de l’ultime tentative de maintenir l’unité du parti. À l’annonce de la poursuite du « congrès communiste », Frossard précise que « le socialisme français continue » et commente : « L’inévitable s’est accompli. » Il est 2 h 45. Cette séance a été marquée par des agitations, non signalées dans le compte rendu officiel, conséquence des négociations entre minoritaires.

Paul Vaillant-Couturier lit l’acte de naissance du nouveau parti

Le matin du 30 décembre, toujours dans la salle du Manège, le congrès communiste se déroule. Paul Vaillant-Couturier lit l’acte de naissance du Parti socialiste (section française de l’Internationale communiste). Après les réunions séparées des partisans de la Résistance autour de Blum et des Reconstructeurs autour de Longuet, les deux courants minoritaires se retrouvent, l’après-midi, pour réorganiser le Parti socialiste de l’Internationale ouvrière, la « vieille maison », selon l’expression de Léon Blum.

Les analyses propres au Parti communiste viennent de loin. Héritière de clivages anciens, résultant des analyses marquées par la radicalité sensible dans les couches sociales défavorisées depuis la Révolution française, relayées par des théoriciens de formes avancées se réclamant du socialisme, l’aspiration communiste dans la société se réveille avec la guerre et la révolution bolchevique. Le Parti socialiste SFIO en France et les partis constitutifs de l’Internationale socialiste n’ont pas poursuivi l’action de Jaurès pour maintenir la paix. La guerre s’est aggravée avec la participation des socialistes. Exploitant la faiblesse du pouvoir, les bolcheviques en Russie ont triomphé et s’engagent dans la constitution d’une Internationale communiste qui entend provoquer la révolution mondiale. La majorité des socialistes français choisissent cette voie. Reste à construire le parti défini dans les 21 conditions d’adhésion à l’Internationale communiste.

Jacques Girault, Historien

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GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE : « UNE RUPTURE POSSIBLE ET NÉCESSAIRE »


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GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE
PHOTO L'HUMANITÉ
 

Dirigeant du PCF en charge de coordonner son centenaire, Guillaume Roubaud-Quashie met en perspective un siècle d’histoire de la formation née du congrès de Tours avec l’actualité du combat communiste.
 «CONGRÈS DE TOURS : LA VOLONTÉ D'UNE 
RUPTURE FORTE AU SEIN DE LA SFIO»
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par Julia Hamlaoui

Les communistes soufflent cette année les cent bougies du congrès de Tours. Face à la crise historique que nous vivons, comment leur combat prend-il une nouvelle actualité ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE

L’une des dimensions du congrès de Tours est l’ambition d’un changement de civilisation. Dans la période que nous vivons, cette volonté de rupture rencontre une possibilité plus importante que cent ans en arrière du fait des connaissances accumulées par l’humanité. Mais aussi une nécessité plus grande due aux ravages du capitalisme. Le lamentable épisode mercantile des vaccins, où certains sont davantage préoccupés par les profits à engranger que par les vies à sauver, l’illustre parfaitement.

Lire aussi : Centenaire du pcf. 25 décembre 1920, l’ouverture d’un congrès prometteur

Révolution ou réformisme, ce débat trouve-t-il encore une résonance aujourd’hui ? Quelle forme prend aujourd’hui la révolution dont rêvent les communistes ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE Ce vocabulaire est ancien mais a encore un usage aujourd’hui : dans une partie du monde syndical, par exemple, certains évoquent parfois la constitution d’un pôle réformiste. Nous nous définissons toujours comme révolutionnaires. Évidemment, ce mot a une histoire et peut évoquer la brutalité, la brièveté, éventuellement l’idée d’insurrection barricadière. Si ce n’est pas notre stratégie, nous pensons en revanche que les changements à impulser sont globaux. En l’occurrence, sortir d’une logique fondée sur la seule rentabilité quitte à broyer les êtres humains et la planète, pour miser sur le libre et plein développement de chacun. Malheureusement, les forces qui ne portent pas clairement l’ambition d’affronter les logiques du capital sont nombreuses à gauche, peut-être même plus qu’au cours du siècle passé. Ce qui ne doit pas être tout à fait étranger à l’état de la gauche. Est-ce qu’avec des mesures qui laissent le cœur du réacteur intact, on sauvera le million d’espèces menacées ? Beaucoup de gens se rendent comptent que ça ne tient pas.

L’histoire du PCF est aussi celle des conquêtes sociales rendues possibles par de puissants mouvements populaires et le rassemblement de la gauche. Quelles leçons en tirer ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE Les enjeux institutionnels et électoraux ont une grande importance. Mais une grande illusion consiste à penser que les changements révolutionnaires ne pourraient advenir que par une logique délégataire. Ce à quoi les communistes appellent, c’est à la mise en mouvement la plus large et de toute nature. Je sais bien que, dans la période, certains cherchent des sauveurs suprêmes, mais, sur ce point, l’Internationale n’a pas pris une ride. En outre, ce sont ces cercles vertueux fondés sur des perspectives de victoires qui ont donné leur force au mouvement populaire en 1936 ou à la Libération. Aujourd’hui, la résignation n’est pas seulement le fruit de la bataille idéologique, mais aussi de déceptions politiques objectives et de difficultés du mouvement social. Cependant, il faut aussi mesurer les points marqués, comme les concessions, malgré toutes leurs limites, que le pouvoir a été obligé de consentir au monde de la santé… La direction actuelle du PCF fait aussi montre de volontarisme pour structurer les communistes sur les lieux de travail et de création de plus-value, parce que le combat de classe y prend sa source. C’est une tâche difficile mais qui n’a rien perdu de sa pertinence.

Sur les questions dites de société comme le féminisme ou l’antiracisme, les positions à gauche ont fluctué, quelles ont été les évolutions du PCF sur ces sujets au cours de son histoire ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE C’est plus compliqué que ce que l’on dit toujours : avant, les luttes étaient hiérarchisées, maintenant elles ne le sont plus. La logique multidimensionnelle des changements à opérer a été l’objet de fluctuations, parfois de conflits pendant tout ce siècle. Les années 1920 sont celles de l’accentuation de la question de classe, mais aussi d’affirmation du combat des femmes, avec des candidates aux élections municipales, par exemple. Cela est atténué lors du Front populaire parce que ces questions ne font pas l’objet d’un accord unanime dans la société française et que le rassemblement prime face à la menace fasciste. Avec la Libération, viennent les combats pour le droit de vote et d’éligibilité des femmes ou encore la création de l’Union des femmes françaises. Pendant les années 1950, des oppositions avec le mouvement féministe naissent sur la question du « birth control », suivies d’autres ratés en 1968 et dans les années 1970 avec une hostilité réciproque assez forte. Mais, dans la décennie 1990, un rapprochement s’opère à nouveau sous l’impulsion de personnalités comme Marie-George Buffet qui affirment très clairement qu’il n’y a pas à penser de hiérarchie dans les combats émancipateurs. Sur l’antiracisme, les combats contre l’antisémitisme des années 1930, la lutte contre le fascisme, contre la colonisation, ou encore la création du Mouvement national contre le racisme, qui deviendra ensuite le Mrap, ont marqué l’histoire du PCF. Tout cela est abîmé à la fin des années 1970 et début 1980 par un moment de flottement sur des questions de politique migratoire, encore l’objet aujourd’hui d’instrumentalisation de l’extrême droite. Mais on ne peut pas résumer le Parti communiste ni même Georges Marchais, puisque c’est de lui qu’il est question, à ce flottement de quelques années.

Courant majoritaire à gauche après-guerre, l’influence du PCF a reflué à partir de 1978. Quelles sont aujourd’hui ses forces et ses faiblesses ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE La mémoire du pays est assez sensible aux années 1970. Or ces années sont effectivement un moment d’apogée, très loin de représenter les cent ans du PCF. Si on se place en regard de l’histoire générale du mouvement ouvrier, on peut mesurer que le Parti communiste d’aujourd’hui par rapport à celui du début des années 1930, par exemple, compte un nombre tout à fait significatif d’adhérents, de cotisants, de municipalités… La période des années 1980-1990 a été extrêmement difficile, avec un déclin qui semblait impossible à arrêter. Depuis une quinzaine d’années, le PCF a réussi à en sortir. L’image de l’URSS continue de jouer négativement, mais elle est moins significative pour les plus jeunes générations. Et cette dynamique est aussi liée à la crise du capitalisme : nombreux sont ceux qui cherchent une alternative. Les succès d’éditions autour de Marx le donnent à voir.

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CONGRÈS DE TOURS: 100 ANS APRÈS, LE COMMUNISME « PLUS QUE JAMAIS D’ACTUALITÉ »

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CONGRÈS DE TOURS, VUE GÉNÉRALE DE LA SALLE 
[PHOTOGRAPHIE DE PRESSE] / AGENCE MEURISSE

Il y a exactement cent ans, du 25 au 30 décembre 1920, le Congrès de Tours avait lieu. La Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) rassemblée pour son dix-huitième congrès votait alors à l’écrasante majorité l’adhésion à la Troisième Internationale, et la création de la SFIC, Section Française de l’Internationale Communiste, destinée à devenir le Parti Communiste Français. Cet anniversaire est pour nous l’occasion de revenir sur les principes fondateurs qui ont guidé, pendant un siècle, le parti qui est encore aujourd’hui le premier parti de France en nombre d’adhésions.

par Pierre Bioret

SORTIR D’UNE INTERNATIONALE À BOUT DE SOUFFLE 

UNE DE «L'HUMANITÉ» 
DU 24 DÉCEMBRE 2020
N°23087

Au sortir de la guerre de 1914-1918, le bilan est lourd pour la classe ouvrière, qui a été envoyée comme de la chair à canon se faire massacrer au front pour des considérations nationales animées par la bourgeoisie. 

Parmi les militants organisés de la SFIO, le constat est d’autant plus amer : la deuxième Internationale n’a pas pu éviter cette boucherie et, pire, les dirigeants socialistes ont presque tous (sauf les Russes et les Serbes) voté pour les crédits destinés à l’usage militaire, donnant leur accord pour le conflit armé et ne garantissant pas sa mission première de cohésion internationale de la classe ouvrière. 

Les socialistes français, initialement opposants farouches à la guerre, se sont finalement ralliés à l’Union sacrée après l’assassinat de Jaurès le 31 juillet 1914. Au sein de l’Internationale, les pacifistes se sont ainsi retrouvés en retrait, et parfois exclus de l’Internationale ouvrière, à l’image des communistes allemands Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. 

Peu après la guerre, et dans la foulée de révolutions russes de 1917, une Internationale communiste, la Troisième Internationale, est créée en 1919 à l’initiative de Lénine. 

La même année, en France, la SFIO a vu ses rapports de force internes se cristalliser, notamment autour de mouvements sociaux. La décision est prise par les adhérents, au cours d’un congrès de la SFIO, de quitter la Deuxième Internationale, que son soutien à la guerre a discréditée, au début de l’année 1920, à la fin de laquelle un deuxième congrès doit trancher l’adhésion ou non à l’Internationale Communiste. 

À l’écrasante majorité (3028 voix pour, 1022 voix contre et 327 abstentions), les délégués se prononcent pour l’adhésion, et entérinent la création du Parti Communiste Français.

LES REVENDICATIONS : TIRER LES LEÇONS DE LA GRANDE GUERRE

Le Congrès de Tours marque une rupture claire, entre les conceptions politiques élaborées par les communistes et celles défendues par les socialistes. 

L’Union sacrée entre bourgeoisie et prolétariat n’a été réalisée que dans l’intérêt de la classe des dominants et fut synonyme, pendant la guerre, du massacre de millions de travailleurs. N’ayant pas réussi à enrayer la Première Guerre mondiale, le nouveau parti se veut résolument internationaliste et pacifiste. 

Cela se traduit, dans les premières années, par un antimilitarisme opposé à l’occupation de la Ruhr et à la guerre du Rif. Inspirés par la révolution bolchévique de 1917, qui a été la seule à pouvoir enrayer l’effort de guerre de l’Etat russe, les communistes français font le choix d’un militantisme révolutionnaire, allant au-delà de l’anticapitalisme réformiste qui avait empêché, à plusieurs reprises, la SFIO de prendre les mesures suffisantes et une posture conséquente, notamment pendant la guerre. 

Il s’agit alors de renouer avec l’analyse de classe que l’Union Sacrée avait mise entre parenthèses, et rompre fortement avec les réformistes et les centristes de la Deuxième Internationale, considérés comme des alliés de la bourgeoisie, est une nécessité politique exigée notamment pour adhérer à la Troisième Internationale. 

Le Congrès de Tours est ainsi ce moment crucial au cours duquel les communistes français inscrivent dans le marbre leur volonté de fonder un parti issu de la seule classe laborieuse, et dans son seul intérêt. Cette revendication populaire n’a pas connu, en un siècle d’histoire, d’équivalent dans un seul autre parti français.

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21 décembre, 2020

CHILI. « LE GOUVERNEMENT A OPTÉ POUR QUE LES TRAVAILLEURS PAIENT LA CRISE »

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LA DÉPUTÉE CHILIENNE KAROL CARIOLA
PHOTO EL SIGLO

À l’issue du congrès du Parti communiste du Chili, entretien avec l’une de ses dirigeantes, Karol Cariola, qui porte au Parlement une loi d’imposition des plus riches.

L'Humanité 

LA DÉPUTÉE KAROL CARIOLA
PHOTO MARIO TÉLLEZ
Aujourd’hui âgée de 33 ans, ancienne responsable du secteur étudiant de la Jeunesse communiste chilienne et ancienne responsable syndicale lors du mouvement étudiant de 2010-2011, Karol Cariola a été élue députée du Parti communiste du Chili en 2013. Elle est représentative de cette nouvelle génération de communistes et féministes chiliens.

L’explosion sociale du 18 octobre 2019 a débouché, le 25 octobre, sur un référendum qui lance un processus constituant. Où en est la situation politique au Chili ?

KAROL CARIOLA  Depuis l’explosion sociale, il est impossible d’analyser la situation politique au Chili sans regarder ce qu’il s’est passé ces trente dernières années. Je pense que l’explosion politique actuelle au Chili est très marquée par le processus historique de transition que notre pays a connu depuis que nous avons récupéré la démocratie en 1990. Ce n’est pas un hasard si le mouvement social, si le peuple chilien a décidé de se dresser avec une telle force contre toutes les inégalités sociales, fruits des politiques ultralibérales dont nous avons hérité de la dictature militaire. Le peuple chilien a poussé également avec une très grande force vers un processus constituant pour éliminer la Constitution que la dictature militaire a laissée comme l’un de ses principaux legs. Nous sommes aujourd’hui à un moment où ce qui détermine la position des forces politiques est l’axe autour de l’ultralibéralisme hérité de la dictature militaire. Il y a d’une part les forces antilibérales et d’autre part les forces néolibérales.

Ce mouvement social n’a pas de leader, il n’a pas non plus de direction collective ?

KAROL CARIOLA Les révoltes dans le monde naissent des besoins collectifs. L’unité est fondamentalement l’unité du peuple, des exploités, des opprimés, des personnes dont les droits fondamentaux ont été violés. Même si nous ne pouvons pas reconnaître un seul parti dirigeant ou une seule figure de proue, ce que nous pouvons reconnaître dans ce processus, c’est que les différents participants à cette révolte convergent vers des objectifs communs. Ce qui est merveilleux, c’est aussi la force qui est derrière ce mouvement social, avec toutes les différences des acteurs et actrices qui se sont soulevés. Ainsi, il y a le mouvement féministe avec ses organisations respectives.

D’autre part, il y a le mouvement ouvrier, où s’est développé tout un processus de convergence avec d’autres acteurs sociaux. Nous avons obtenu que l’expression des luttes contre l’inégalité dans tous les secteurs et tous les domaines génère enfin une convergence commune, une lutte à l’intersection des différentes luttes qui se sont produites ces dernières années.

Quelle peut être la place d’un parti comme le Parti communiste à un moment où l’on constate un rejet des partis ?

KAROL CARIOLA Oui, le Chili est un pays très diversifié dans ses différentes expressions, et je pense qu’il ne fait aucun doute qu’il existe un rejet majoritaire de la manière traditionnelle de faire de la politique et du système institutionnel. Nous ne pouvons pas seulement en rester au constat. Je pense que l’origine du problème, plus que les partis politiques eux-mêmes, est le cadre institutionnel dans lequel ont évolué les partis politiques ces dernières années.

Il est devenu de plus en plus évident que le développement d’une véritable démocratie où le peuple est souverain, qui intègre la participation des citoyens n’est pas possible dans le contexte d’un modèle de développement libéral. Il y a une contradiction fondamentale dans la coexistence d’une démocratie complète avec le modèle de développement libéral qui a prévalu dans notre pays pendant toutes ces années. Tous ces partis politiques qui s’accrochent à cette logique institutionnelle, à cette construction conservatrice, à cette politique de consensus, à cette vieille politique, derrière le dos des citoyens, se mettent évidemment à distance du peuple chilien.

Pour notre part, nous avons joué un rôle en tant que parti, parfois plus en marge, parfois à l’intérieur. Mais, au moins, nous essayons de comprendre et de nous mettre au diapason aussi finement que possible avec ce que le mouvement social populaire exprime et demande. C’est là que réside notre différence. Nous avons toujours dit aussi que notre lutte au sein des institutions (Chambre des députés, etc.) ne peut être séparée de la lutte sociale.

«  Aujourd’hui ce qui détermine la position des forces politiques est l’axe autour de l’ultralibéralisme hérité de la dictature militaire. »

Il y a quelques mois, vous étiez à l’initiative d’un impôt sur les super-riches. Où en est-il ?

KAROL CARIOLA À la suite de la pandémie, une des choses qui est devenue évidente est le manque de volonté du gouvernement de donner au peuple les ressources qui lui permettent de survivre. Loin de ça, le gouvernement a opté pour que les travailleurs paient la crise. C’est sur cela que repose cette initiative de taxation des super-riches. Nous disons qu’il ne peut pas être question que, pour faire face à la crise, les travailleurs doivent utiliser leurs propres fonds de chômage ou de pension.

La crise jusqu’à présent n’a été payée que par les plus pauvres, les travailleurs. Les super-riches représentent 0,1 % de la population chilienne, soit environ 1 500 individus, 1 500 personnes qui concentrent 34 % de la richesse de notre pays. Cela permettrait de collecter fiscalement plus de 6 milliards de dollars pour distribuer en pensions ou en salaires d’urgence pendant au moins trois mois à 80 % des familles les plus vulnérables. C’est ce que l’État aurait dû faire depuis le début et ne pas transférer encore plus de ressources aux grandes entreprises. Notre initiative a reçu un large soutien, un sondage a montré que 80 % de la population du Chili soutient cette proposition.

Lire aussi : Chili : Sebastian Piñera oppose son veto à l’amnistie

Depuis plus de six mois, les sondages pour la présidentielle placent le communiste Daniel Jadue en première position. Est-ce que le congrès qui vient de se tenir a pris position sur cette éventuelle candidature ?

KAROL CARIOLA Nous avions pris la décision lors de notre avant-dernier congrès en 2016 de proposer une candidature communiste à la présidentielle. Nous avions envisagé différents candidats. Finalement, ce sont les Chiliens qui, à travers les sondages, ont désigné Daniel Jadue. Aujourd’hui, Daniel Jadue, comme maire, est engagé dans la campagne pour sa réélection. Nous ne l’avons pas encore déclaré comme candidat à la présidence. Il doit continuer à être maire de Recoleta. C’est ce qui lui a permis, en tant que dirigeant communiste, de montrer ce que nous sommes capables de faire lorsque nous parvenons à gouverner localement. À partir de là, nous évaluerons les positions des différentes forces d’opposition. L’objectif est que demain ces oppositions convergent en une seule candidature.

La candidature de Daniel Jadue est celle qui a le plus de force aujourd’hui. Mais nous ne prendrons pas à l’avance une décision qui n’est pas seulement la nôtre, simplement parce que nous, communistes, ne pouvons pas gagner seuls une élection présidentielle. Il faut créer les conditions d’alliances beaucoup plus larges. La meilleure façon de le faire sera par le biais de primaires dans lesquelles les citoyens choisiront entre les différentes options.

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19 décembre, 2020

COVID-19 : LE PRÉSIDENT CHILIEN ÉCOPE D’UNE AMENDE POUR NON-PORT DU MASQUE SUR LA PLAGE

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« DEUXIÈME VAGUE »
DESSIN LAUZAN

Le président chilien Sebastián Piñera a écopé, vendredi, d'une amende de 3500 dollars (environ 2850 euros) après avoir posé pour un selfie sur la plage sans porter de masque, contrairement aux règles sanitaires en vigueur dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Ce sont les autorités sanitaires qui ont rapporté l'information, relayée par l'agence Reuters.

Par Le Parisien

le Chili a des règles strictes sur le port du masque dans tous les lieux publics et les violations sont passibles de sanctions qui vont de simples amendes à des peines de prison.

Pas la première fois

Le président s'est lui-même présenté à la police. Il a expliqué qu'il marchait seul le long de la plage près de son domicile dans la ville balnéaire chilienne de Cachagua lorsqu'une femme l'a reconnu et lui a demandé de poser avec elle.

En avril dernier, Sebastián Piñera avait déjà été photographié, à Santiago, sur la place qui avait été le théâtre des manifestations contre les inégalités en dépit des restrictions imposées.

Au Chili, l'épidémie a culminé en mai et juin, pendant l'hiver de l'hémisphère sud, puis s'est calmée jusqu'en novembre. Les cas sont désormais à nouveau en hausse, ce qui entraîne de nouvelles restrictions et quarantaines. Le Chili a enregistré 581 135 cas de virus depuis le début de l'épidémie en mars et 16 051 décès dus à la maladie.