18 novembre, 2019

AMÉRIQUE LATINE. UNE CHAPE DE PLOMB S’ABAT SUR LA BOLIVIE


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Vingt personnes sont mortes depuis la démission d’Evo Morales. Jeanine Añez, qui s’est proclamée chef d’État, invite l’armée à réprimer.

« COUP D’ÉTAT EN BOLIVIE »
Le départ d’Evo Morales ne fait que donner des ailes aux putschistes. Selon un dernier bilan de la Cour interaméricaine des droits humains (Cidh), pas moins de 23 personnes étaient mortes, dimanche en début d’après-midi, depuis le début de la crise. Celle-ci a éclaté du fait de la contestation, par la droite libérale – appuyée par Washington –, de la victoire au premier tour de l’élection présidentielle, le 20 octobre, du président sortant, le socialiste Evo Morales. Sur ces 23 victimes, 20 sont décédées depuis la démission de celui-ci, départ motivé par sa volonté d’« éviter un bain de sang ». Vendredi, neuf personnes ont été tuées. Parmi elles, cinq paysans, réprimés alors qu’ils manifestaient, avec des milliers d’autres, au cri d’« Evo reviens ! ». Et samedi, la Cidh a recensé quatre nouvelles victimes. Au total, 122 personnes ont été blessées sur les seules journées de vendredi et samedi. « Les premiers décès étaient dus surtout à des affrontements violents entre manifestants rivaux, mais les plus récents semblent être le résultat d’un usage inutile et disproportionné de la force par la police et l’armée », a dénoncé Michelle Bachelet, la haut-commissaire de l’ONU pour les Droits de l’homme.

Un mandat d’arrêt contre le président sortant


 « LA BIBLE EST DE RETOUR AU PALAIS PRÉSIDENTIEL  »
DESSIN MIKE FLUGENNOCK
La putschiste Jeanine Añez, qui s’est autoproclamée mardi dernier chef d’État par intérim, a pris un décret, jeudi, qui autorise l’armée à participer aux opérations de maintien de l’ordre… sans avoir à affronter une quelconque responsabilité pénale. Evo Morales a dénoncé ce texte, y voyant une «carte blanche et (une) impunité pour massacrer le peuple ».

Le président sortant est sous le coup d’un mandat d’arrêt et Jeanine Añez a prévenu que s’il revenait à La Paz il devrait « répondre devant la justice » d’irrégularités lors du déroulement de l’élection du 20 octobre. Elle-même ne s’est pourtant pas embarrassée des règles en s’autoproclamant, sans même avoir l’appui de la majorité du Parlement, présidente intérimaire. Elle a informé qu’Evo Morales n’aurait pas le droit de se présenter lors de l’élection présidentielle qui doit être réorganisée avant le 22 janvier et a même invité son parti, le Mouvement vers le socialisme, à « se trouver un candidat ».

L’approbation ou le silence coupable


 «  UNE AUTRE ÉTOILE POUR LEUR DRAPEAU  »DESSIN MIKE FLUGENNOCK
Les ressortissants des pays latino-américains, qui ont dénoncé le coup d’État, sont dans le viseur des nouvelles autorités. Cuba a commencé à procéder au rapatriement de ses 725 médecins et coopérants. Six membres de la brigade médicale cubaine ont été arrêtés, sous le prétexte fallacieux de financer la mobilisation contre Jeanine Añez…

Ce coup d’État se déroule avec l’approbation ou le silence coupable des grandes puissances. Washington et Brasilia ont reconnu, jeudi, Jeanine Añez comme présidente. La France, elle, ne dénonce pas l’illégalité de cette prise de pouvoir, renvoyant tout le monde dos à dos. « Le président Evo Morales a annoncé sa démission. La France prend acte de cette décision et des annonces qui ont été faites sur l’organisation de la transition. Elle appelle toutes les parties à la retenue. » La Russie s’est démarquée. Son ministre adjoint des Affaires étrangères, Sergei Ryabkov, a déclaré à Ria Novosti que « la Russie considérera Jeanine Añez comme la dirigeante de Bolivie, mais seulement jusqu’aux élections », précisant que, pour son pays, « qui prend en compte qu’il n’y avait pas le quorum au Parlement » pour désigner Jeanine Añez présidente, les événements qui ont mené au départ de Morales s’apparentent à un coup d’État.
Gaël De Santis
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CHILI : POUR LA PREMIÈRE FOIS, LE PRÉSIDENT RECONNAÎT « UN RECOURS EXCESSIF À LA FORCE » CONTRE LES MANIFESTANTS


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CHILI, CAMPAGNE DE DÉNONCIATION DE VIOLENCES POLICIÈRES
La crise sociale sans précédent qui secoue le pays depuis un mois a fait 22 morts et plus de 2 000 blessés, dont des centaines victimes de lésions oculaires.
PHOTO ORLANDO BARRÍA. EFE
Le président Sebastian Piñera a condamné, dimanche 17 novembre, pour la première fois les violences commises par la police depuis le début du mouvement de contestation sociale, le 18 octobre, au Chili.

« Il y a eu un recours excessif à la force, des abus ou des délits ont été commis et les droits de tous n’ont pas été respectés », a reconnu dans une allocution télévisée le chef de l’Etat chilien. La crise sociale sans précédent qui secoue le Chili depuis un mois a fait 22 morts, dont cinq à la suite de l’intervention des forces de l’ordre, et plus de 2 000 blessés, dont 200 personnes victimes de lésions oculaires.

« Il n’y aura pas d’impunité, ni pour ceux qui ont commis des actes d’une violence exceptionnelle, ni pour ceux qui ont commis (…) des abus », a ajouté M. Piñera, en référence d’une part aux destructions perpétrées par les manifestants les plus radicaux, et d’autre part aux violences des forces de l’ordre pendant les manifestations.

Les accusations de violations de droits de l’homme à l’encontre des policiers se sont multipliées depuis le début de la contestation, poussant les Nations unies (ONU) à envoyer une mission d’enquête. Des enquêteurs d’Amnesty International sont également présents dans le pays.


Un changement de Constitution


Le président conservateur s’est aussi exprimé pour la première fois sur l’accord historique conclu vendredi au Parlement par les partis politiques sur l’organisation d’un référendum en avril 2020 concernant un changement de Constitution. « Si les citoyens le décident, nous avancerons vers une nouvelle Constitution, la première élaborée en démocratie », a déclaré M. Piñera.

La contestation a démarré le 18 octobre pour protester contre une hausse du ticket de métro à Santiago et s’est vite transformée en une explosion sociale inédite dans ce pays sud-américain loué jusque-là pour sa stabilité économique et politique. Les protestataires réclament de profondes réformes structurelles du modèle économique ultralibéral, dans lequel la santé, l’éducation et le système des retraites relèvent quasi uniquement du secteur privé.

Un remplacement de la Constitution, héritée de la période de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) et accusée de maintenir de fortes inégalités dans la société chilienne, figure également en bonne place dans les revendications.

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« CONSTITUTION ZOMBIE »
JAIME GUZMÁN FUT L'UN DES PRINCIPAUX IN SPIRATEURS ET 
RÉDACTEURS DE LA CONSTITUTION DITE DE L'AN 1980.
DESSIN ALEN LAUZAN

17 novembre, 2019

LA POLICE CHILIENNE A ARRÊTÉ DES SECOURISTES AIDANT UNE MANIFESTANTE DÉCÉDÉE, SELON UN GARDIEN DES DROITS HUMAINS


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PHOTO GETTY IMAGES
SANTIAGO (Reuters) – Le centre indépendant de défense des droits de l'homme du Chili a annoncé samedi qu'il déposerait une plainte officielle pour meurtre contre des policiers qui auraient empêché des ambulanciers paramédicaux d'assister une victime d'une crise cardiaque lors d'une manifestation.
UN MANIFESTANT PASSE DEVANT UNE FRESQUE DE 
SOUTIEN AUX ÉBORGNÉS DE LA MOBILISATION AU CHILI.
PHOTO PILAR OLIVARES, REUTERS 
News-24.fr
Les forces de sécurité qui ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des canons à eau ont empêché les secouristes de traiter correctement la victime, a déclaré le National Institute for Human Rights du Chili.

Abel Acuña, vingt-neuf ans, est décédé peu après dans un hôpital voisin de Santiago.

L'ambulance et un sauveteur ont été touchés par des projectiles alors qu'ils tentaient d'aider Acuna, a précisé l'institut.

PHOTO ERIC JAMISON
L'affaire rejoint plus de 1000 autres personnes 
actuellement sous enquête par les procureurs. Les accusations d'abus commis par les forces de sécurité, allant de la torture à la violence sexuelle, se sont multipliées pendant des semaines de troubles antigouvernementaux.

Les manifestations au Chili ont débuté après une hausse des prix dans le métro, mais ont rapidement dégénéré, entraînant souvent des émeutes, des pillages et des incendies criminels qui ont fait plus de 20 morts et des milliers de blessés.

Sergio Micco, directeur de l'agence des droits de l'homme, a qualifié l'incident de "extrêmement grave", ajoutant qu'il s'agissait du sixième cas en date depuis le début des manifestations de la police entravant le travail des sauveteurs.

"Ce n'est pas un incident isolé", a déclaré Micco.


Les forces de police du Chili n’ont pas pu être contactées immédiatement pour commentaires. Ils ont précédemment déclaré qu'ils suivaient les protocoles et étaient correctement formés pour lutter contre les émeutes.
Reportage de Dave Sherwood; Édité par Daniel Wallis
Nos standards:Les principes de Thomson Reuters Trust.
  
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PHOTO   GORAN TOMASEVIC 

15 novembre, 2019

CHILI : APRÈS LA CRISE, UN RÉFÉRENDUM POUR UNE NOUVELLE CONSTITUTION


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« CONSTITUTION ZOMBIE »
JAIME GUZMÁN FUT L'UN DES PRINCIPAUX IN SPIRATEURS ET 
RÉDACTEURS DE LA CONSTITUTION DITE DE L'AN 1980.
DESSIN ALEN LAUZAN
Quarante ans après l'élaboration de la Constitution durant la dictature d'Augusto Pinochet, le Chili pourrait rebattre les cartes en 2020.
C'est une nouvelle étape importante de l'histoire du Chili qui va s'écrire. En avril 2020, le pays va organiser un référendum dont l'objectif sera la révision de la Constitution, un héritage de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). Le président du Sénat, Jaime Quintana, a fait cette annonce alors que le pays est secoué depuis près d'un mois par une violente crise sociale.

Après plusieurs heures de négociations au Parlement, la coalition gouvernementale et les principaux partis d'opposition ont signé un « accord pour la paix et la nouvelle Constitution » qui prévoit un référendum comportant deux questions : une sur la révision ou non de la Constitution et l'autre, le cas échéant, sur la méthode pour la rédiger, a expliqué Jaime Quintana. Cette seconde question devra déterminer quel organe sera en charge de la rédaction du nouveau texte, une « commission mixte constitutionnelle » ou une « convention ou assemblée constituante ».

Les élections en 2020


L'élection éventuelle des membres de ces organes de rédaction de la future Constitution se fera en octobre 2020, en même temps que les élections municipales et régionales. « C'est une réponse de la politique au sens le plus noble du terme, la politique qui pense au Chili, qui prend son destin en main et qui assume ses responsabilités », a affirmé Jaime Quintana, membre du Parti pour la démocratie (opposition de centre gauche), aux côtés d'autres responsables de partis politiques chiliens – à l'exception du Parti communiste.

« Nous sommes heureux d'avoir pu conclure un accord qui marque une victoire contre la violence », a assuré de son côté Jacqueline van Rysselberghe, présidente de l'Union démocratique indépendante (UDI, conservateur), pilier de la coalition soutenant le président Sebastian Piñera. L'accord est intervenu au sein d'un Congrès où aucun bloc ne dispose d'une majorité des deux tiers nécessaire pour une révision constitutionnelle et après deux mois de contestations populaires violentes, qui ont fait 22 morts et des milliers de blessés.


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14 novembre, 2019

MAURICE LEMOINE N’EST PAS SÛR QUE «LA DÉMISSION D’EVO MORALES ÉVITE UN BAIN DE SANG» EN BOLIVIE


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« COUP D’ÉTAT EN BOLIVIE »
DESSIN CARLOS LATUFF
Le seul survivant de la vague progressiste des années 2000 en Amérique latine, le Président bolivien Evo Morales, a démissionné le 10 novembre et fui au Mexique, après un scrutin présidentiel contesté. Sputnik a interrogé Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, et spécialiste engagé de la région.
  PHOTO EDUARDO VERDUGO 
Par Jean-Baptiste Mendès
Trois semaines de manifestations en Bolivie ont eu raison d’Evo Morales, dirigeant du pays depuis treize ans. En cause? Les résultats de l’élection présidentielle du 20 octobre donnaient vainqueur le Président sortant avec 47,08% des voix contre 36,51% pour son opposant, Carlos Mesa. Mais des irrégularités ont entaché le scrutin, suscitant de nombreuses protestations. C’est l’armée et la police qui lui ont donné le coup de grâce en lui retirant leur soutien, déclenchant sa démission à la télévision le 10 novembre.

DESSIN ENEKO LAS HERAS
Celui qui briguait un quatrième mandat a en outre qualifié de «décision politique» l’appel de l’Organisation des États américains (OEA) à l’organisation d’un nouveau scrutin. Deux jours plus tard, le Président démissionnaire a pu s’enfuir du pays grâce au soutien du Mexique, qui l’a accueilli en tant que réfugié politique. La gauche latino-américaine, dont l’ancien Président brésilien Lula et le Vénézuélien Nicolas Maduro, a qualifié de «coup d’État» cette séquence d. Quant aux États-Unis, Donald Trump puis Mike Pompeo ont reconnu pla nouvelle Présidente par intérim de la Bolivie, la sénatrice de droite Jeanine Añez, «afin de mener sa nation durant cette transition démocratique.»

Afin de décrypter les enjeux de cette crise bolivienne qui a des conséquences sur l’ensemble de la région, Sputnik a tendu le micro à Maurice Lemoine, spécialiste engagé de l’Amérique latine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et auteur de Venezuela, Chronique d’une déstabilisation, (Éd. Le Temps des Cerises).

Sputnik France: Le Président bolivien Evo Morales a annoncé sa démission ce dimanche 10 novembre. Comment l’expliquer?

Maurice Lemoine: «Il a en réalité été poussé à la démission dans le cadre d’un coup d’État dans la mesure où depuis très longtemps, l’opposition bolivienne –on peut dire d’extrême droite– avait annoncé qu’elle ne reconnaîtrait pas l’élection. Dans la mesure où l’organisation des États américains qui est, tout le monde le sait, dans l’orbite de Washington, elle a émis un prérapport disant que le résultat de l’élection n’était pas conforme aux résultats annoncés. Mais lorsqu’on regarde ce rapport préliminaire, émis le 20 octobre, il ne dit pas qu’il y a eu une fraude massive et il ne dit pas qu’Evo Morales n’est pas arrivé en tête du scrutin.

Je vais vous lire la conclusion du rapport: “en tenant compte des projections statistiques, il est possible que le candidat Morales soit arrivé premier et le candidat Mesa, second. Néanmoins, il est statistiquement improbable que Morales ait obtenu les 10% de différence pour obtenir un second tour.” Ce qui veut tout simplement dire, dans cette configuration, si l’on accepte cette conclusion, qu’il y aurait dû y avoir un second tour. Or évidemment, l’opposition ne le souhaitait pas, l’OEA ne le souhaitait pas non plus, puisqu’elle a recommandé l’organisation de nouvelles élections et c’est le moment où se sont déclenchées de grandes violences dans le pays où la police s’est mutinée et où l’armée a retiré son appui au chef de l’État constitutionnel. Dans ces conditions, il n’avait pas d’autre choix que la démission.»

Sputnik France: Est-il soutenu par une majorité de la population?

Maurice Lemoine: « Bien sûr, mais il a démissionné. Et ça rappelle un petit peu le 11 avril 2002 avec Hugo Chavez, qui s’était laissé arrêter par les putschistes pour éviter un bain de sang. Ça ne signifie malheureusement pas que la démission d’Evo Morales va éviter un bain de sang. On ne sait pas encore ce qui va se passer.

Effectivement, il y a un vrai problème, c’est qu’il y a actuellement des mobilisations très importantes en Bolivie qui sont en train de se mettre en place et qui sont annoncées. Il faut le rappeler, dans cette élection, même si elle est contestée, le résultat, c’est que 47,08% des Boliviens ont voté pour Evo Morales. Même si l’on accepte l’hypothèse qu’il y aurait eu des irrégularités, ça le met quand même à 45% des Boliviens. Il était très clairement en tête. Évidemment, il serait très naïf de penser que ces 45-47 % de Boliviens vont accepter que leur Président soit renversé d’un simple coup d’État, dans la mesure où Morales devait terminer de toute façon son mandat le 22 janvier de l’an prochain.»

Sputnik France: Le pays a-t-il été déstabilisé par l’étranger, notamment les États-Unis?

DESSIN ENEKO LAS HERAS
Maurice Lemoine: « Je ne vais pas tomber dans la parano ou dans le discours classique. Je note simplement que le premier qui a reconnu la Présidente autoproclamée en Bolivie, comme on a un Président autoproclamé au Venezuela, c’est Donald Trump.»

Sputnik France: Et ce 12 novembre, Evo Morales a été exfiltré par le Mexique, qui craignait pour sa vie. La menace était-elle réelle?

Maurice Lemoine: «Je suis un peu effaré devant le traitement de la crise bolivienne par les médias et l’appareil médiatique en général. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac, il y a évidemment des exceptions. C’est que nulle part, je n’ai vu titrer “coup d’État”, alors que c’est un coup d’État, qui plus est, c’est un coup d’État fasciste. Devant l’organisation des États américains, il y a un certain nombre de pays qui ont dénoncé un coup d’État, qui sont le Mexique, l’Uruguay. Le Président récemment élu d’Argentine, Alberto Fernandez, a également dénoncé un coup d’État, donc c’est un certain nombre de grandes nations sud-américaines qui ont dénoncé ce coup d’État.

Effectivement, Evo Morales a été exfiltré, il faut employer ce terme, d’abord grâce au Mexique qui l’a accueilli en tant que réfugié politique, grâce également à l’intervention du Président Fernandez, qui n’est pas encore en exercice en Argentine. Et puis d’une manière un peu surprenante, mais après tout c’est très bien, le Président de droite du Paraguay qui a permis à un avion militaire mexicain de récupérer Morales en passant par le Paraguay. Sachant par exemple qu’un pays comme l’Équateur qui, il n’y a pas très longtemps, était gouverné par la gauche et dont le Président a complètement tourné casaque, a fait un virage à 180 degrés en direction des États-Unis, a interdit le survol de son territoire par cet avion mexicain qui venait sauver le Président constitutionnel de la Bolivie, parce qu’il y avait une menace très sérieuse sur la vie d’Evo Morales.»

Sputnik France: Au même moment, le sommet des BRICS est organisé au Brésil par Jair Bolsonaro, alors que l’ex-Président Lula vient d’être libéré. Dans le cadre de la crise bolivienne, quels sont les enjeux de ce sommet?

Maurice Lemoine: «La réunion des BRICS est intéressante dans la mesure où dans ces cinq pays, Russie, Inde, Brésil, Chine et Afrique du Sud, il n’y en a qu’un qui soutient le coup d’État contre Evo Morales, c’est le Brésil de Bolsonaro, qui accueille cette conférence. De la même manière, le Brésil est le seul qui soutient le Président autoproclamé Juan Guaido, donc il va forcément y avoir une tension entre le Brésil et les quatre autres pays.


Il y a eu une conséquence imprévue à cette affaire. Dans le contexte de ce coup d’État contre Evo Morales en Bolivie, des militants d’extrême droite présents au Brésil ont envahi l’ambassade du Vénézuéla. Dans un premier temps, le Président Bolsonaro a trouvé cela très amusant et très bien. Et puis, sous la pression de ses diplomates, il s’est rendu compte que ça allait le mettre dans une position difficile, précisément dans le cadre de cette réunion des BRICS. Il a donc ordonné que l’ambassade du Vénézuéla soit libérée de ces envahisseurs.

La réunion des BRICS va être très intéressante, la Russie a condamné le coup d’État contre Evo Morales, la Russie continue à soutenir Nicolas Maduro au Venezuela, a d’excellentes relations avec Cuba. Le Brésil se trouve effectivement dans une situation un peu compliquée, dans la mesure où Lula a lui aussi condamné le coup d’État contre Evo Morales, de sorte que d’une certaine manière, Bolsonaro est complètement isolé dans cette histoire.»

BOLIVIE. TRUMP ADOUBE JEANINE AÑEZ, LE COUP D’ÉTAT EST PARACHEVÉ


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« COUP D’ÉTAT EN BOLIVIE »
DESSIN CARLOS LATUFF
La sénatrice de l’opposition qui s’est autoproclamée présidente a été reconnue par Washington.
FACEBOOK DE JEANINE AÑEZ CHAVEZ
La doctrine Monroe qui vise à placer les pays américains sous l’influence des États-Unis vit toujours. Mercredi, l’administration de Donald Trump a reconnu la sénatrice Jeanine Añez Chavez comme présidente intérimaire de Bolivie pour combler le vide laissé par la démission d’Evo Morales. La boucle est bouclée. Autre pays à considérer la bénéficiaire du coup d’État comme légitime à son poste : le Brésil de Jair Bolsonaro, président d’extrême droite et principal bénéficiaire du coup d’État constitutionnel contre Dilma Rousseff.

LA PRÉSIDENTE DU SÉNAT, ADRIANA SALVATIERRA,
FUT EMPÊCHÉE DE REJOINDRE LE SÉNAT, MARDI.
PHOTO 
ABI - AGENCIA BOLIVIANA DE INFORMACIÓN
Mardi, la deuxième vice-présidente du Sénat s’était autoproclamée cheffe d’État à l’occasion d’une session parlementaire où le quorum requis n’était pas respecté. Les parlementaires du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d’Evo Morales, majoritaires, ont boycotté la session, craignant pour leur sécurité. La présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, qui aurait logiquement dû par voie constitutionnelle, succéder à Morales, a annoncé mercredi qu’elle n’avait pas démissionné – contrairement à ce qui avait été annoncé – et qu’elle avait été empêchée de rejoindre le Sénat, mardi. Dimanche, Evo Morales, dont l’élection au premier tour le 20 octobre était contestée, comme cela s’est vu ailleurs par la droite dans la rue, avait démissionné sous la pression de l’armée afin, selon ses mots, « d’éviter un bain de sang ».

Evo Morales s’est dit prêt à « revenir pour pacifier » le pays


JEANINE AÑEZ S'AUTOPROCLAME 
« PRÉSIDENTE PAR INTÉRIM » DE BOLIVIE
DESSIN CARLOS LATUFF
Dès mercredi, Jeanine Añez Chavez a présenté sa nouvelle équipe gouvernementale, nombre de ministres d’Evo Morales ayant, eux aussi, démissionné car attaqués à leur domicile. Toute ressemblance avec une situation ayant existé ailleurs n’est pas fortuite. Le premier geste du nouveau «gouvernement » bolivien a été, jeudi, de reconnaître Juan Guaido comme chef d’État légitime du Venezuela. Celui-ci, président de l’Assemblée nationale, s’était autoproclamé premier dirigeant du Venezuela en janvier 2019, avec l’appui de Washington et de nombreuses capitales occidentales.

L’ascension de Jeanine Añez Chavez ne passe pas. Des manifestations, accompagnées d’affrontements, se sont tenues à La Paz et El Alto. Un jeune a été tué par balle, mercredi, dans le village de Yapacani, lors de heurts entre manifestants refusant le coup d’État et la police.

Depuis le Mexique où il a trouvé refuge, le président Andrés Manuel Lopez Obrador lui ayant accordé l’asile, Evo Morales s’est dit prêt avec ses proches, mercredi, lors d’une conférence de presse, à « revenir pour pacifier » le pays, « si notre peuple nous le demande ». Il a assuré que « nous reviendrons tôt ou tard ». Dans un entretien au quotidien El Pais, il a laissé entendre qu’en cas de nouveau scrutin, il ne serait pas candidat. Il déplore toutefois : « J’ai renoncé, mais la violence continue. »
Gaël De Santis

CHILI : MOBILISATION UN AN APRÈS LA MORT D'UN INDIEN MAPUCHE TUÉ PAR LA POLICE

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CAMILO CATRILLANCA

 2018  - 14 NOVEMBRE -  2019
ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE CAMILO CATRILLANCA
En pleine crise sociale au Chili, plusieurs mobilisations ont eu lieu jeudi 14 novembre pour commémorer la mort d'un jeune Indien mapuche tué il y a un an lors d'une opération policière dans le sud du pays.
Par Le Figaro avec l'AFP
CAMILO CATRILLANCA
Ces mobilisations interviennent alors que les accusations de violations des droits de l'Homme perpétrées par les forces de l'ordre se sont multipliées depuis l'éclatement de la contestation le 18 octobre, poussant l'ONU à envoyer une mission d'enquête. Des affiches reproduisant le visage de Camilo Catrillanca, 24 ans, tué le 14 novembre 2018 dans la région de l'Araucanie ont été placardées à proximité de l'emblématique Plaza Italia, devenu le point de rassemblement des manifestations massives qui rythment désormais quasi-quotidiennement la vie de la capitale.

CAMILO CATRILLANCA
Le jeune homme avait reçu une balle dans la nuque dans une zone rurale où patrouillaient des policiers chargés d'enquêter sur des vols de véhicules. La police avait d'abord indiqué qu'il était mort lors d'un affrontement et qu'aucune caméra de surveillance n'avait pu filmer la scène, alors que la réglementation chilienne prévoit que les opérations policières soient filmées. Les autorités ont finalement annoncé qu'il existait bien des images de vidéo, mais qu'elles avaient été détruites par un policier. Plusieurs policiers ont été inculpés et l'affaire avait coûté son poste au chef de la police de l'époque. 
CAMILO CATRILLANCA
Le père de la victime, Marcelo Catrillanca, a appelé en début de journée à des manifestations pacifiques «pour que l'esprit de mon fils puisse reposer en paix et que les forces de police n'aillent pas trop loin». Une cérémonie traditionnelle a eu lieu sur la Plaza Italia, où a été déposée une «guñelve», une étoile symbolique de la culture mapuche. À Temuco, capitale de la région de l'Araucanie, à 800 km au sud de Santiago, où vivent la majorité des Indiens mapuche, peuple autochtone le plus important du Chili, des heurts ont eu lieu entre manifestants et la police.

CAMILO CATRILLANCA
La vague de contestation sans précédent qui secoue depuis près d'un mois le Chili a fait 22 morts, dont cinq après l'intervention des forces de sécurité, et plus de 2.000 blessés, dont près de 200 touchés aux yeux. Alors que le gouvernement du président conservateur Sebastian Piñera peine toujours à trouver une issue à la crise, les conséquences commencent à se faire sentir sur l'économie chilienne, considérée comme une des plus robustes d'Amérique du sud. La monnaie s'est dépréciée pour la troisième journée consécutive pour tomber à son plus bas historique, un dollar s'échangeant contre 802,63 pesos, malgré l'annonce la veille par la Banque centrale d'une injection de 4 milliards de dollars. Le ministre des Finances, Ignacio Briones, a annoncé que la vague de contestation pourrait entraîner la perte de 300.000 emplois d'ici la fin du premier trimestre 2020.

12 novembre, 2019

UN COUP D’ÉTAT PAS ORDINAIRE EN BOLIVIE


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DESSIN PAOLO LOMBARDI
Les conditions pour tenir de nouvelles élections en Bolivie sont loin d’être réunies dans ce pays andin où la violence des divisions accompagnait toujours lundi la démission, forcée par l’armée, du président Evo Morales dimanche. Une chute précipitée en partie par les irrégularités détectées lors du dernier scrutin présidentiel, mais surtout par l’élite économique et religieuse bolivienne qui souhaite reprendre le contrôle du pays afin d’enrayer les réformes réalisées depuis 13 ans dans un esprit d’inclusion sociale par le premier chef d’État indigène bolivien.
MARIE-CHRISTINE DORAN
« Nous ne sommes pas devant un coup d’État ordinaire, laisse tomber à l’autre bout du fil la spécialiste de l’Amérique du Sud Marie-Christine Doran, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ce n’est pas l’usure du pouvoir ni un bilan tragique qui viennent de forcer la sortie d’Evo Morales. C’est le résultat d’une résistance de l’élite qui, depuis 13 ans, a perdu ses privilèges. Elle s’est radicalisée en passant par les mouvements de la droite religieuse évangélique. Aujourd’hui, le départ de Morales, c’est la revanche de cette élite, mais également la possibilité pour elle de rétablir une morale chrétienne » dans un pays qui, pour plusieurs Boliviens, se serait donc ouvert trop vite aux différences.

La voix la plus audible de l’opposition, celle de Luis Fernando Camacho, leader de la junte civique de Santa Cruz, un groupe d’extrême droite dirigé par des entrepreneurs miniers et des propriétaires terriens, n’a d’ailleurs pas caché ses ambitions en la matière en appelant à rien de moins qu’à la dissolution de toutes les institutions politiques de Bolivie, dont le Parlement, le Sénat et même la Cour suprême, plutôt qu’à la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel. Cette droite « religieuse et dangereuse», dit Mme Doran, a l’appui de la police dont plusieurs membres affichaient dimanche et lundi des crucifix au cou afin de témoigner de leur allégeance à ce courant politique.

Comme dans d’autres pays d’Amérique du Sud touchés par la « vague rose » — ce retour de la gauche au pouvoir à la charnière du XXIème siècle et dont Evo Morales était un des derniers représentants en poste —, la Bolivie s’est démocratisée en accordant plus de droits aux indigènes, aux agriculteurs, aux pauvres ou aux communautés LGBTQ. Elle a aussi fait école sur le plan environnemental en inscrivant la nature dans une nouvelle logique de droit afin de faciliter sa protection. Des réformes décriées et qualifiées de « tyrannie » par les tenants de la droite conservatrice du pays qui désormais orchestre la contestation.

Au lendemain de la démission de Morales, la police a d’ailleurs commencé à retirer le whipala, le drapeau aux sept couleurs des peuples indigènes, des bâtiments publics de Bolivie.

« Je viens d’apprendre qu’il y a eu un coup d’État en Bolivie et que le camarade [Evo Morales] a été obligé de démissionner », a écrit sur Twitter l’ex-président brésilien et victime de cette même droite radicale dans son propre pays, Luiz Inácio Lula da Silva. Il vient de sortir de prison après avoir purgé 18 mois d’une peine de huit ans pour corruption, peine qu’il a toujours qualifiée d’abusive. « Il est lamentable que l’Amérique latine ait une élite économique qui ne sait pas accepter la démocratie et l’inclusion sociale des plus pauvres. »

Neutralité canadienne


AGENCE FRANCE-PRESSE LES FORCES DE L'ORDRE 
BOLIVIENNE SE SONT JOINTS 
AUX MANIFESTATIONS POPULAIRES. 
PHOTO DANIEL WALKER 
Contacté par Le Devoir, le cabinet de la ministre des 
Affaires étrangères du Canada Chrystia Freeland n’a pas souhaité qualifier de « coup d’État » le départ d’Evo Morales. Ottawa dit plutôt appuyer « la volonté démocratique du peuple bolivien ». « Nous prenons note de la démission du président Morales et continuerons d’appuyer la Bolivie pendant cette transition et les nouvelles élections », a dit Mme Freeland par voie de communiqué en appelant « tous les acteurs politiques et sociaux en Bolivie [à faire] preuve de retenue, et à éviter la violence et la confrontation ».

Lundi, Evo Morales avait passé la journée retranché au centre du pays dans son fief politique de la région de Cochabamba, le coeur de la production de coca où cet indigène a gravi les échelons du pouvoir, de la misère des champs jusqu’au palais présidentiel en passant par le mouvement syndical. Il y a appelé ses partisans à la résistance contre ce qu’il qualifie d’attaque contre la démocratie bolivienne. « Vous ne m’avez jamais lâché et je ne vous lâcherai pas, a-t-il écrit sur Twitter. Le monde et les patriotes boliviens vont condamner ce coup d’État ».

En soirée, il a annoncé qu’il s'envolait pour le Mexique, pays qui lui a accordé l’asile, après sa démission Des médias locaux avaient annoncé quelques minutes plus tôt qu’un avion militaire mexicain s’était posé sur un aéroport de la région de Cochabamba. «Frères et soeurs, je pars pour le Mexique», a twitté l’ancien président peu après 21h30 heure locale.

Présidence par intérim


DESSIN ENEKO LAS HERAS
Rappelons que la chute de M. Morales a été accélérée par l’enquête de l’Organisation des États américains (OEA) qui a confirmé que le dernier scrutin présidentiel était entaché d’irrégularités. L’ex-président y a été donné vainqueur au premier tour, attisant la colère de la droite et des manifestants dans les rues. M. Morales a proposé dimanche de déclencher un nouveau scrutin, avant de démissionner pour mettre fin à la violence dans les régions prospères du pays.

Lundi, l’OEA a appelé « à la paix et au respect de la loi » pour résoudre la crise politique en Bolivie et demandé « une réunion urgente » du Parlement bolivien « pour garantir le fonctionnement des institutions et nommer de nouvelles autorités électorales pour garantir un nouveau processus électoral ». La nomination du président par intérim revient au Parlement, où les partisans d’Evo Morales sont majoritaires, et ce, après la démission en bloc du vice-président Álvaro García, mais aussi de la présidente et du vice-président du Sénat tout comme du président de la Chambre des députés, qui devaient légalement prendre en charge la transition.

Les opposants ont d’ailleurs sauté sur l’occasion de cette vacance de pouvoir pour proclamer Jeanine Áñez, deuxième vice-présidente et leader du parti d’opposition Unidad Democrática, comme cheffe d’État par intérim. Cette anti-Morales a annoncé lundi la tenue de nouvelles élections, pour le 22 janvier prochain, dans un climat qui en rendait encore lundi soir la perspective incertaine.