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L'HumanitéLe président argentin est arrivé ce lundi 28 septembre dans la capitale, à l’occasion d’un événement destiné à promouvoir les investissements dans son pays. Le chef d’État brun-libertarien doit être reçu jeudi par Emmanuel Macron à l’Élysée l représente l’antithèse des valeurs que la diplomatie française est supposée promouvoir à travers le monde, mais c’est pourtant le tapis rouge que le président Emmanuel Macron lui déroulera jeudi 1er octobre à l’Élysée. [«Le dernier tango à paris » ]
DESSIN SERGIO LANGER
Luis Reygada Publié le 28 septembre 2026 6min
Figure majeure du trumpisme en Amérique latine, valet de pied des intérêts de Washington et de Tel-Aviv dans la « sous-région », le président argentin, Javier Milei n’est pas seulement un dirigeant vulgaire et souvent grotesque. Sa servilité ne ferait de lui qu’un clown s’il n’était pas aussi dangereux.
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| EMMANUEL MACRON RECEVRA LE PRÉSIDENT D'EXTRÊME DROITE D'ARGENTINE CE JEUDI 1ER OCTOBRE. PHOTO JULIEN MUGUET |
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR
Certes, il y a les intérêts liés à l’exploitation du lithium dans le Cône Sud, où les entreprises françaises sont déjà présentes. Ou encore la possibilité d’une commande de trois submersibles au constructeur tricolore Naval Group, pour un montant dépassant les 2 milliards d’euros. De quoi détourner le regard face à la politique que son invité inflige à sa population, et aux valeurs qu’il porte depuis maintenant deux ans et dix mois ?
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À coups d’autoritarisme de plus en plus prononcé, Javier Milei construit peu à peu son modèle de société rêvée où les lois du marché s’imposent. Dans la pensée du président « anarcho-libertarien », la « liberté » est en fait réservée à celle des capitaux. Rien pour ses opposants, « le cancer de la gauche », et au-delà pour une population dont il voudrait voir toutes les dimensions de la vie marchandisées : santé, logement, éducation, logement, relations de travail, environnement, etc.
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Le projet de Milei : l’expression contemporaine « postfasciste »
Pour le politologue argentin José Alejandro Molano López (université de Rosario), le projet de Javier Milei reflète l’expression contemporaine de « rationalité fasciste » ou « postfasciste », fondée sur « une utopie hyper-individualiste et compétitive » qui, contrairement à ce qu’elle prétend, génère « davantage d’inégalités et de vulnérabilité, en dissolvant les liens sociaux qui permettent de résister aux logiques d’exclusion » devenues la norme.
Ainsi, la nature du projet politique réactionnaire de Javier Milei méprise les normes démocratiques, et son discours anti-étatique « prônant l’ordre et la pureté » vise à « discipliner la société », analyse encore Molano López, « par la criminalisation de la contestation, le discrédit des institutions et la désignation d’ennemis intérieurs – minorités, migrants, mouvements féministes, syndicats – (…) promouvant une vision autoritaire de la communauté politique ».
Aucune contorsion diplomatique ne permet au président Emmanuel Macron de se voiler la face. Javier Milei est ouvertement ancré à l’extrême droite, et trop bien situé dans le haut de la pestilentielle vague ultra-réactionnaire qui submerge actuellement l’Amérique du Sud. N’a-t-il pas profité, début septembre, du sommet de l’internationale brune organisé à Santiago du Chili pour glorifier le coup d’État du 11 septembre 1973 et « la période de stabilité et de croissance qui a suivi le renversement du communiste Allende » ?
À la trappe, les violations des droits humains du pinochétisme : de quoi perpétuer ses habitudes négationnistes et révisionnistes qui consistent à faire de la relativisation des crimes de la dictature militaire argentine (1976-1983, 30 000 disparus) une politique d’État.
Du haut de sa morgue, Javier Milei se veut aussi en donneur de leçons, et agite un mirage pour attirer les investissements européens lors de l’Argentina Week, organisée du 30 septembre au 2 octobre à Paris. Mais s’il a la critique facile – en réalité calquée sur le récit-fable « MAGA (Make America Great Again) » – vis-à-vis d’un Vieux Continent qu’il fantasme « en train de couler » en raison de l’immigration, d’un « État-providence pervers », de la régulation ou encore du « wokisme », comme il l’a encore répété lors d’un entretien accordé à LCI le 21 septembre, son bilan est pourtant tout sauf flatteur, bien au contraire.
Le processus d’endettement le plus violent au monde
Pas une semaine en Argentine sans son lot de manifestations, et pour cause : ses coupes budgétaires à la tronçonneuse mettent à genoux services publics, transports, éducation, universités, recherche, culture et tout ce qui ressemble à des politiques sociales. Le pseudo-paladin au discours antisystème s’est très rapidement retrouvé accusé des mêmes mécanismes corrupteurs que ceux qu’il promettait de détruire.
Son projet d’ajustement – véritable thérapie de choc visant à faire de l’État le gardien d’immeuble d’une Argentine transformée en braderie proposée aux vautours de la finance internationale – n’est maintenu à flot que grâce au processus d’endettement le plus violent au monde : 50 milliards d’euros de crédits en cours auprès du Fonds monétaire international.
Mais seule compte la macroéconomie pour un Milei déconnecté des tracas de ses concitoyens. Il jubile face à une inflation qui ralentit (ramenée de 161 % à environ 33 % interannuel), toutefois, derrière ces chiffres, qui ne favorisent que quelques secteurs comme l’agriculture, les mines et les services financiers, les Argentins subissent chômage, insécurité et une pauvreté de nouveau à la hausse au premier semestre 2026 : elle frappe 32,3 % de la population, selon les chiffres officiels publiés jeudi 24 septembre.
Le plan austéritaire vire au cauchemar
Au début de ce mois, l’influente Union industrielle argentine (qui revendique près d’un quart de l’emploi du pays) rappelait que « l’économie ne se mesure pas seulement à l’inflation ». Certains secteurs accusent une chute jusqu’à 30 points en termes d’activité, et l’industrie aurait perdu 90 000 emplois salariés depuis fin 2023.
De leur côté, les syndicats comptent quelque 30 000 PME ayant baissé le rideau, ainsi qu’au moins 300 000 emplois détruits, tous secteurs confondus. Cette année, la croissance ne devrait pas dépasser 2,1 % pour 2026, bien loin des 5 % escomptés par le gouvernement.
Le plan austéritaire vire au cauchemar, comme la chronique d’un « industricide » pourtant annoncé, et le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure. Avec un salaire minimum frappé d’une baisse de près de 40 % en termes réels par rapport à novembre 2023, des gens s’endettent pour pouvoir tout simplement manger.
Mais tout va très bien dans le monde imaginaire du président Milei, qui parie sur la « destruction créatrice » de l’économiste austro-américain Joseph Schumpeter (1883-1950) pour faire de son pays une des premières puissances mondiales en trente ans.
D’ici là, la réalité est tout autre et ressemble plus à une société dystopique dans laquelle règne la loi de la jungle : est-ce cela que cache aussi le projet « disrupteur » d’Emmanuel Macron ? À quelques mois de la fin de son mandat, quel message donne-t-il en invitant cet allié sud-américain de Marine Le Pen ? Peut-être un avant-goût de ce qui pourrait demain nous être imposé.
Droits humains : le négationnisme à l’œuvre
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement du président Javier Milei mène un travail de sape contre les politiques de mémoire, un affront permanent pour toute association des victimes de la dictature – parmi lesquelles on compte aussi des Français. Contactée par l’Humanité, la directrice du Centre d’études légales et sociales de Buenos Aires (CELS), Paula Litvachky, fustige un gouvernement dont les discours « nient, relativisent et justifient les crimes commis entre 1976 et 1983 pour motiver le démantèlement des politiques mémorielles mises en place depuis le retour de la démocratie ». Déjà en 2024, son organisation dénonçait une volonté de « relégitimer » la répression barbare du régime militaire, avec le risque, en réécrivant l’histoire du terrorisme d’État instauré au prix de 30 000 vies, « d’ouvrir la porte à de nouveau chapitres répressifs ».
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