14 avril, 2026

TRUMP S'EN PREND AU PAPE LÉON XIV APRÈS SON MESSAGE ANTIGUERRE

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LA DERNIÈRE PUBLICATION DE DONALD TRUMP, UNE IMAGE
GÉNÉRÉE PAR IA LE REPRÉSENTANT SOUS LES TRAITS DU CHRIST,
A SUSCITÉ UNE VAGUE DE CRITIQUES, Y COMPRIS DE LA PART
DE SES PARTISANS. MONTAGE : AFP VIA GETTY IMAGES,
 @REALDONALDTRUMP VIA TRUTH SOCIAL
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Les Echos
« Il fait joujou avec un pays qui souhaite se doter de l'arme nucléaire » : Trump s'en prend au pape Léon XIV après son message antiguerre / Le président des États-Unis n'a pas apprécié la déclaration de Léon XIV, qui appelait à fin des « démonstrations de force » et à la « médiation » ainsi qu'au « dialogue ».

Par Les Echos Publié le 13 avr. 2026 à 10:36Mis à jour le 13 avr. 2026 à 19:39

PHOTOMONTAGE DU CHRIST
 « BLASPHÉMATOIRE »

le président américain a visiblement été piqué au vif par les critiques du Pape Léon XIV sur la guerre en Iran. « Chers frères et sœurs, il existe certainement des responsabilités impératives qui incombent aux dirigeants des nations. Vers eux nous nous écrions : arrêtez ! Il est temps de faire la paix ! Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à la table où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières ! », a déclaré samedi le pape américain, lors d'une veillée de prière pour la paix à la basilique Saint-Pierre-de-Rome.

DEPUIS SON ÉLECTION EN MAI 2025, LÉON XIV, NÉ À CHICAGO,
A PRIS UNE POSITION CLAIRE CONTRE CERTAINES
DÉCISIONS DE L'ADMINISTRATION TRUMP.
PHOTO TIZIANA FABI

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Donald Trump s'est senti visé par cette critique voilée et n'a pas tardé à répondre. « Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. C'est quelqu'un de très progressiste, et c'est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité », a déclaré dimanche Donald Trump à des journalistes à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland.

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► À lire aussi :     LES ÉTATS-UNIS ORDONNENT À LEURS AMBASSADES DE FAIRE ÉQUIPE CONTRE L'« HOSTILITÉ » ÉTRANGÈRE ET D'UTILISER X POUR « CONTRER LA PROPAGANDE ANTI-AMÉRICAINE ».

Dans la foulée, Trump a publié sur les réseaux sociaux une image le représentant comme une figure semblable à Jésus-Christ. On l'y voit vêtu d'une toge blanche et rouge, apposer sa main sur le front d'un malade sur un lit d'hôpital, une lumière divine émanant de son autre paume, entouré de personnes en prière. En toile de fond : un drapeau américain, des avions de chasse et deux aigles

L'image, probablement créée à l'aide d'une intelligence artificielle, a provoqué de vives critiques et a été retirée de son compte Truth Social quelques heures après avoir été mise en ligne. Trump a reconnu lundi avoir publié l'image, affirmant avoir pensé qu'elle le montrait comme un médecin et qu'elle avait un rapport avec la croix rouge. Une capture d'écran est toujours disponible dans cet article du « New York Times ».

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Accusations contre le pape

Depuis son élection en mai 2025, Léon XIV, né à Chicago, a pris une position claire contre certaines décisions de l'administration Trump, tout en maintenant ouverts les canaux de communication. Lors de sa déclaration de samedi, le pape avait toutefois fait attention à ne citer aucun responsable politique par son nom et aucun pays en particulier. « Assez de l'idolâtrie du moi et de l'argent ! Assez des démonstrations de force ! Assez de guerres ! La véritable force se manifeste en servant la vie », a-t-il ainsi lancé.

Donald Trump a accusé le souverain pontife de « faire joujou avec un pays qui souhaite se doter de l'arme nucléaire », en référence à l'Iran. Peu après, le président américain a publié un long message sur son réseau Truth Social, accusant pêle-mêle Léon XIV de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien, de s'être opposé à l'opération militaire américaine au Venezuela en janvier et de rencontrer des sympathisants de l'ex-président démocrate Barack Obama, entre autres.

« Le pape Léon est FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère », débute le message du président américain. Il y soutient plus loin que Léon XIV a été nommé pape « simplement parce qu'il est Américain, et que (l'Eglise, NDLR) s'est dit que ce serait la meilleure façon de gérer le président Donald. J. Trump », affirmant : « Léon ne serait pas au Vatican si je n'étais pas à la Maison-Blanche. »

« Je ne veux pas d'un pape qui critique le président des Etats-Unis, car je fais exactement ce pour quoi j'ai été élu, DE FACON ECRASANTE, à savoir faire baisser la criminalité à des niveaux historiquement bas et créer le plus grand marché boursier de l'histoire », a aussi écrit le président républicain.

Lundi, le pape a indiqué à des journalistes ne pas avoir « l'intention d'entrer dans un débat avec [Donald Trump]. « Je ne suis pas un politicien. Le message est toujours le même : promouvoir la paix », a déclaré Léon XIV. Il a toutefois affirmé ne pas avoir « peur de l'administration Trump ».

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a jugé « inacceptables » les paroles adressées par le président américain au pape. « Le pape est le chef de l'Église catholique, et il est juste et normal qu'il invoque la paix et qu'il condamne toute forme de guerre », a estimé la cheffe du gouvernement italien.

Avec l'AFP

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FLYER  EL WATAN


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BRÉSIL : L’EX-CHEF DU RENSEIGNEMENT DE JAIR BOLSONARO, EN FUITE AUX ÉTATS-UNIS, ARRÊTÉ PAR L’ICE

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ALEXANDRE RAMAGEM LORS D’UN DÉBAT TÉLÉVISÉ, SUR PROJAC GLOBO,
 EN TANT QUE CANDIDAT AUX ÉLECTIONS MUNICIPALES
 DE RIO DE JANEIRO, AU BRÉSIL, LE 3 OCTOBRE 2024.
PHOTO MAURO PIMENTEL

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Le Monde

International / Brésil : l’ex-chef du renseignement de Jair Bolsonaro, en fuite aux États-Unis, arrêté par l’ICE / La police de l’immigration américaine, en collaboration avec la police fédérale brésilienne, a arrêté en Floride le fugitif, qui avait conspiré pour maintenir l’ancien président brésilien au pouvoir après sa défaite électorale en 2022.

Le Monde avec l'AFP Publié hier à 23h32 Temps de Lecture 1 min.

Alexandre Ramagem, un ancien chef des renseignements brésiliens condamné avec l’ex-président Jair Bolsonaro à la prison pour tentative de coup d’Etat, a été arrêté aux Etats-Unis où il avait fui, selon les autorités brésiliennes.

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Selon la police fédérale brésilienne (PF), « un Brésilien condamné par la Cour suprême a été arrêté à Orlando, en Floride, par la police américaine de l’immigration (ICE) ». Une source de la PF a confirmé à l’Agence France-Presse (AFP) qu’il s’agissait d’Alexandre Ramagem, condamné à seize ans de réclusion en septembre dernier.

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Sur le site internet officiel de la police américaine de l’immigration, il est simplement précisé qu’il est « retenu par l’ICE », sans autres détails. « Cette arrestation est le fruit d’une coopération policière internationale entre la Police fédérale et les autorités policières des États-Unis », a souligné la PF dans un communiqué.

Logiciel espion israélien

M. Ramagem, un ancien député âgé de 53 ans, « est considéré comme fugitif par la justice brésilienne après sa condamnation pour organisation criminelle armée, coup d’État et tentative d’abolition violente de l’État de droit », a précisé la police brésilienne. Le 11 septembre 2025, il a été condamné dans le procès au cours duquel l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro s’est vu infliger une peine de 27 ans de prison.

Ils ont été reconnus coupables d’avoir conspiré pour le maintien au pouvoir de M. Bolsonaro malgré sa défaite face au président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva au scrutin de 2022. Homme de confiance de Jair Bolsonaro, Alexandre Ramagem a dirigé sous sa présidence l’agence de renseignement Abin de juillet 2019 à mars 2022.

Dans une autre affaire, la police fédérale a recommandé l’an dernier son inculpation pour son implication présumée dans un réseau d’espionnage illégal au profit de M. Bolsonaro pendant son mandat. Les enquêteurs soupçonnent des fonctionnaires de l’Abin d’avoir utilisé un logiciel espion israélien dénommé FirstMile pour espionner des personnalités politiques de tous bords, des juges de la Cour suprême ou encore des journalistes.

Le Monde avec AFP


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13 avril, 2026

LE CHILI INVITE UNE ENTREPRISE DE DÉFENSE ISRAÉLIENNE AU SALON FIDAE2026

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PHOTOMONTAGE EL CIUDADANO
Le Chili invite une entreprise de défense israélienne au salon FIDAE2026 / Santiago. Le nouveau gouvernement chilien dirigé par José Antonio Kast a invité l’entreprise de défense publique israélienne Israel Aerospace Industries (IAI) au plus grand salon aéronautique d’Amérique latine. L’entreprise est accusée d’être directement impliquée dans la guerre et les crimes contre les droits de l’homme à Gaza et de fournir des armes pour les droits de l’homme et les crimes de guerre contre la minorité musulmane Rohingya au Myanmar. L’exposition a débuté mardi à l’aéroport de la capitale chilienne et se terminera ce dimanche. Depuis 1980, le FIDAE est devenu l’un des cinq plus grands salons de l’aéronautique. De plus en plus, elle sert également de vitrine pour la technologie militaire internationale.

Alexandre Leclerc 12 avril 2026

ALEXANDRE LECLERC

Avec la décision de dernière minute du gouvernement d’autoriser la réadmission de Kast, le plus grand fabricant israélien d’équipements de défense, cela rompt avec les normes fixées pour le salon par les deux gouvernements précédents. Le gouvernement conservateur de droite de Sebastian Piñera a exclu les entreprises militaires russes du FIDAE en 2022 en raison de la guerre d’agression contre l’Ukraine, et le gouvernement de Gabriel Boric a refusé d’autoriser Israël à exposer au salon en 2024 sur la base des mêmes principes. L’exposition ne doit pas servir de plateforme pour la promotion de la technologie militaire émanant d’États dont les capacités militaires sont utilisées dans le contexte de graves violations avérées des droits de l’homme et du droit international. Cette décision a reçu un large soutien de tous les partis et de la communauté internationale au Chili (a rapporté America21).

LE CHILI INVITE UNE ENTREPRISE DE DÉFENSE ISRAÉLIENNE AU SALON FIDAE2026

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En raison du caractère étatique de l’IAI, le Chili contribue à la promotion d’une institution qui fait structurellement partie de l’État dont la politique d’occupation a été déclarée illégale par la Cour internationale de Justice (CIJ) en juillet 2024, affirment les médias. Le rapport 2025 de la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la Palestine, Francesca Albanese, attribue explicitement l’IAI aux entreprises qui soutiennent « l’économie de l’occupation, de l’apartheid et du génocide ».

► À lire aussi :     LES ÉTATS-UNIS ORDONNENT À LEURS AMBASSADES DE FAIRE ÉQUIPE CONTRE L'« HOSTILITÉ » ÉTRANGÈRE ET D'UTILISER X POUR « CONTRER LA PROPAGANDE ANTI-AMÉRICAINE ».

Des pays européens comme la France, l’Espagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont sévèrement restreint, voire totalement interdit, la participation des entreprises israéliennes aux grandes expositions aérospatiales depuis 2023, et le commerce de biens militaires a été suspendu ou bloqué.

► À lire aussi :     CUBA / PREMIÈRES LIBÉRATIONS APRÈS L’ANNONCE DE LA GRÂCE ACCORDÉE À PLUS DE 2 000 PERSONNES

La communauté palestinienne du Chili, la plus grande en dehors du Moyen-Orient avec un demi-million de personnes, a réagi négativement à la nouvelle de la présence de l’IAI à la FIDAE 2026 dans une déclaration publique, la qualifiant de « transgression inacceptable, grave, douloureuse et morale ». Cette décision « rompt avec la tradition de l’État chilien, affecte l’intérêt national primordial, affaiblit sa position dans le monde et représente une provocation directe et une insulte à une communauté de plus d’un demi-million de Chiliens».

► À lire aussi :     JEFFREY EPSTEIN À PARIS

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DESSIN CARLOS LATUFF


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04 avril, 2026

CUBA / PREMIÈRES LIBÉRATIONS APRÈS L’ANNONCE DE LA GRÂCE ACCORDÉE À PLUS DE 2 000 PERSONNES


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DES DÉTENUS SONT LIBÉRÉS DE LA PRISON
DE LA LIMA À LA HAVANE LE 3 AVRIL 2026. 
PHOTO YAMIL LAGE
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La Croix
Cuba : premières libérations après l’annonce de la grâce accordée à plus de 2 000 personnes / 
Des premiers détenus ont été libérés de la prison de La Lima à La Havane vendredi 3 avril 2026, après l’annonce de la grâce accordée à 2 010 détenus la veille. Il s’agit de la deuxième vague de libérations en moins d’un mois, alors que le pays fait face à une pression accrue des États-Unis.

La Croix (avec l'AFP) Modifié le 3 avril 2026 à 17h58 Lecture : 2 min

Les autorités de Cuba ont commencé à libérer des prisonniers vendredi après avoir annoncé la veille la grâce de 2 010 détenus, la deuxième vague de libérations en moins d’un mois alors que La Havane fait face à une pression accrue de la part des États-Unis.

► À lire aussi :     LES ÉTATS-UNIS ORDONNENT À LEURS AMBASSADES DE FAIRE ÉQUIPE CONTRE L'« HOSTILITÉ » ÉTRANGÈRE ET D'UTILISER X POUR « CONTRER LA PROPAGANDE ANTI-AMÉRICAINE ».

Une vingtaine de prisonniers ont été libérés dans la matinée, ont constaté des journalistes de l’AFP. À leur sortie de la prison de La Lima, dans l’est de La Havane, plusieurs personnes libérées pleuraient et embrassaient les proches qui les attendaient.

LE GOUVERNEMENT CUBAIN A ANNONCÉ AVOIR GRACIÉ PLUS
DE 2 000 DÉTENUS POUR PÂQUES, JEUDI 2 AVRIL 2026.
 (PHOTO D’ILLUSTRATION)  ALEJANDRO ERNESTO 

Certains émergeaient de l’établissement pénitentiaire avec leurs affaires dans des valises et sacs à dos, quand d’autres portaient un simple baluchon sur l’épaule.

« Une très grande bénédiction »

« C’est une très grande bénédiction, cette grâce est vraiment bien tombée pour un paquet de détenus », a témoigné Damian Fariñas, âgé de 20 ans. Il explique avoir été surpris par la nouvelle. Le jeune homme avait déjà effectué un an et huit mois de prison, pour vol avec effraction. Jeudi soir, le gouvernement cubain avait annoncé une vague de grâces présentée comme un « geste humanitaire » à l’occasion de la Semaine sainte.

LA GUERRE DES NERFS
DESSIN LEFRED-THOURON

La Havane n’a pas mentionné de lien avec les discussions en cours avec les États-Unis, mais cette décision est intervenue quelques jours après que le président américain Donald Trump a desserré un blocus pétrolier de facto contre Cuba en autorisant un pétrolier russe à livrer du brut à l’île communiste en manque de carburant.

L’administration Trump a réclamé un changement de système sur l’île de 9,6 millions d’habitants, dirigée par les communistes, et le président américain a laissé entendre qu’il pourrait « prendre Cuba ». Mais les deux parties ont également tenu des pourparlers récemment.

La libération de prisonniers politiques est depuis longtemps une exigence centrale des États-Unis à l’égard de Cuba.

PHOTO TASS

► À lire aussi :           BLOCUS AMÉRICAIN ET CRISE ÉNERGÉTIQUE : UN PÉTROLIER RUSSE LIVRE DU BRUT À CUBA 

Le gouvernement cubain n’a pas identifié les prisonniers graciés ni précisé les infractions qu’ils avaient commises, mais il a indiqué que les libérations seraient fondées sur la nature des crimes, la bonne conduite en prison, des raisons de santé et la durée de la peine déjà purgée. Il a précisé que les personnes libérées n’incluraient pas celles ayant commis des meurtres, des agressions sexuelles, des crimes liés à la drogue, des vols avec violence ou des « délits contre l’autorité ».

Les autorités ont indiqué que parmi les libérés figureraient des jeunes, des femmes et des détenus de plus de 60 ans, ainsi que « des étrangers et des citoyens cubains résidant à l’étranger »

01 avril, 2026

LES ÉTATS-UNIS ORDONNENT À LEURS AMBASSADES DE FAIRE ÉQUIPE CONTRE L'« HOSTILITÉ » ÉTRANGÈRE ET D'UTILISER X POUR « CONTRER LA PROPAGANDE ANTI-AMÉRICAINE ».

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The Guardian
Politique étrangère
 étasunienne / Les États-Unis ordonnent à leurs ambassades de faire équipe contre l'« hostilité » étrangère et d'utiliser X pour « contrer la propagande anti-américaine ». / Un télégramme signé par Marco Rubio et consulté par The Guardian suggère que des membres du personnel travaillent avec l'unité des opérations psychologiques du Pentagone.

Joseph Gedeon à Washington Lun. 30 mars 2026 23:52  

MARCO RUBIO À L'AÉROPORT DU BOURGET,
PRÈS DE PARIS, EN FRANCE, VENDREDI.
PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI

les États-Unis ont ordonné à toutes les ambassades et tous les consulats américains dans le monde de lancer des campagnes coordonnées contre la propagande étrangère et soutiennent X d'Elon Musk comme un outil « innovant » pour y contribuer.

MARCO RUBIO, SECRÉTAIRE D'ÉTAT, EN COMPAGNIE DE
DONALD TRUMP À LA MAISON-BLANCHE AU DÉBUT DU MOIS.
PHOTO WILL OLIVER

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Le télégramme, signé lundi par le secrétaire d'État Marco Rubio et obtenu par le Guardian, suggère également que les ambassades et les consulats collaborent avec l'unité des opérations psychologiques de l'armée américaine pour lutter contre la désinformation galopante. Il énonce des instructions détaillées sur la manière dont le personnel des ambassades doit contrer ce qu'il décrit comme des efforts étrangers coordonnés visant à nuire aux intérêts américains à l'étranger.

 ILLUSTRATION ANAIS MIMS


Cette situation survient alors que les États-Unis sont en guerre contre l'Iran, dont le gouvernement gère depuis des décennies l'un des appareils de désinformation d'État les plus sophistiqués et prolifiques au monde, et que les opérations d'influence russes et chinoises continuent de cibler les alliés américains en Europe, en Asie et en Amérique latine.

Le télégramme enjoint aux ambassades et consulats de poursuivre cinq grands objectifs : contrer les messages hostiles, élargir l’accès à l’information, dénoncer les agissements de l’adversaire, donner la parole aux acteurs locaux qui soutiennent les intérêts américains et promouvoir ce qu’il appelle « raconter l’histoire de l’Amérique ». Les ambassades sont invitées à recruter des personnalités influentes, des universitaires et des responsables communautaires à l’étranger pour diffuser des messages de contre-propagande, une approche visant à donner aux discours financés par les États-Unis une dimension locale et authentique plutôt qu’une orientation centralisée.

« Ces campagnes visent à rejeter la faute sur les États-Unis, à semer la division parmi les alliés, à promouvoir des visions du monde alternatives contraires aux intérêts américains, et même à saper les intérêts économiques et les libertés politiques des États-Unis », indique le câble. « En utilisant les plateformes numériques, les médias contrôlés par l'État et des opérations d'influence, elles constituent une menace directe pour la sécurité nationale des États-Unis et alimentent l'hostilité envers les intérêts américains. »

Il est à noter que le télégramme demande aux bureaux diplomatiques de coordonner leur travail avec « les opérations psychologiques du département de la Guerre » – l’unité militaire plus communément connue sous le nom de Miso, ou opérations de soutien à l’information militaire, anciennement Psyop, qui fait partie du Pentagone.

Un porte-parole du département d'État a déclaré au Guardian que Sarah B. Rogers, la sous-secrétaire à la diplomatie publique nommée en mars , avait fait de la lutte contre la propagande étrangère « anti-américaine » « une priorité absolue » et que le département adopterait « une position ferme sur cette question pernicieuse » en « exploitant pleinement tous les outils de notre arsenal diplomatique ».

Le porte-parole n'a pas abordé directement le soutien apporté à X dans le télégramme ni sa directive de coordination avec les unités d'opérations psychologiques militaires.

Le département d'État a également noté que Rogers avait déjà attiré l'attention du Congrès dans un rapport distinct identifiant Code Pink et plusieurs autres organisations militantes de gauche comme vecteurs d'opérations d'influence chinoises aux États-Unis.

Il est rare que le département d'État associe ouvertement diplomatie publique et opérations psychologiques militaires. Cependant, des tentatives similaires de contrer la désinformation étrangère ne sont pas nouvelles, même si les administrations précédentes les finançaient par le biais du Centre d'engagement mondial (GEC). Ce dernier a perdu son financement juste avant le retour de Donald Trump au pouvoir et est devenu le symbole de la prétendue censure des discours conservateurs – bien que sa mission ait toujours été de cibler la désinformation étrangère hors des États-Unis. Le GEC était autrefois l'interlocuteur privilégié entre le département d'État et le MISO du Pentagone pour la lutte contre la désinformation étrangère, mais cette responsabilité incombe désormais à l'ensemble des ambassades et des postes consulaires, dont beaucoup sont déjà en sous-effectif par rapport à la population et situés dans des environnements hostiles.

Historiquement, les influenceurs locaux et les leaders communautaires ont été mobilisés pour contrer la propagande anti-américaine à l'échelle mondiale. C'est également une tactique éprouvée employée par le Kremlin, comme l'a révélé le GEC lors d'une opération menée en 2024 et baptisée « Initiative africaine ».

L'année dernière, le FBI a dissous son groupe de travail sur l'influence étrangère et le département d'État a fermé le centre de lutte contre la manipulation et l'ingérence de l'information étrangère.

Le câble soutient également nommément la plateforme X d'Elon Musk – et plus particulièrement sa fonctionnalité Community Notes – comme un instrument « innovant » et « participatif » pour lutter contre la désinformation et « contrer les opérations de propagande anti-américaines sans compromettre la liberté d'expression ni la vie privée ».

Cette approbation intervient alors que l'Union européenne a déjà infligé à X une amende de 120 millions d'euros (137,5 millions de dollars) en vertu de sa loi sur les services numériques pour pratiques trompeuses – la première amende de ce type en vertu de cette loi – et a ouvert des enquêtes supplémentaires sur les outils d'IA et les algorithmes de recommandation de la plateforme.

Musk, propriétaire de X, a joué un rôle de conseiller spécial influent dans l' administration Trump par le biais du soi-disant département de l'efficacité gouvernementale (Doge).

Le télégramme ordonne au personnel de l'ambassade de veiller à ce que l'aide étrangère américaine soit clairement identifiée, et enjoint aux postes consulaires d'utiliser un « marquage proéminent mettant en avant le drapeau » afin que les publics étrangers sachent quand l'aide ou le programme provient du gouvernement américain.

Il est également demandé aux bureaux et ambassades du monde entier d’accroître la disponibilité d’informations internationales et d’analyses indépendantes traduites dans les langues locales, ce qui revient à charger les ambassades de devenir des centres de distribution pour les médias en langue étrangère dans les pays où, comme le souligne le télégramme, « la propagande anti-américaine est omniprésente ou où l’information est restreinte ».

Plus de 700 « espaces américains » – les centres culturels, les bibliothèques et les pôles d’échanges financés par le gouvernement américain dans des pays du monde entier – doivent être repositionnés, sous cette direction, comme des plateformes d’information non censurée et promus explicitement comme des « zones » de liberté d’expression.


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JEFFREY EPSTEIN À PARIS

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JEFFREY EPSTEIN ET GHISLAINE MAXWELL,
DANS LEUR JET PRIVÉ,  SUR UNE PHOTO
RENDUE PUBLIQUE PAR LE MINISTÈRE
 DE LA JUSTICE AMÉRICAIN,
LE 19 DÉCEMBRE 2025.
PHOTO US DEPARTMENT OF JUSTICE 

Le Monde
Diplo
Entre-soi, démesure et impunité / Jeffrey Epstein à Paris / Généralement traitée comme un fait divers, l’« affaire Epstein » mérite d’être examinée d’un point de vue sociologique. Car les millions de documents rendus publics par la justice ne renseignent pas seulement sur une exception criminelle : ils éclairent les fonctionnements d’une certaine fraction de l’élite, habituée des quartiers huppés. Comme le 16e arrondissement parisien.

par Monique Pinçon-Charlot 

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par Monique Pinçon-Charlot • Lu par Morgane Hainaux
LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
« JEFFREY EPSTEIN À PARIS »
Illustration
« Le Monde diplomatique » 

Jeffrey Epstein est né en 1953 dans une famille juive modeste de Brooklyn, un quartier populaire de New York, d’un père jardinier municipal et d’une mère assistante maternelle. Mais il devient vite extrêmement riche, en sachant tirer profit des rencontres fructueuses accumulées au fil des années (1).
DEVANT LES PROPRIÉTÉS PARISIENNES
DE JEFFREY EPSTEIN, AVENUE FOCH.
PHOTO FRANCOIS MORI

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR  

Sa relation avec M. Douglas Leese, un marchand d’armes britannique installé aux États-Unis, se révèle déterminante : il l’introduit au sein de l’oligarchie du Royaume-Uni, et son fils Nick le présente aux jeunes talents de Wall Street. Le milliardaire Leslie Wexner, rencontré à la même époque, lui ouvre également de nombreuses portes, notamment en lui confiant la gestion d’une partie de son patrimoine. En 1987, à seulement 34 ans, Epstein entre au conseil d’administration de la prestigieuse New York Academy of Art, ce qui lui permet d’étoffer son carnet d’adresses dans les mondes des arts et de la finance. Entouré de nombreux clients et amis richissimes, il amasse une telle fortune qu’il ne tarde pas à s’offrir un Boeing 727, puis une des îles Vierges, Little Saint James, dotée d’un statut très avantageux sur le plan fiscal. Rapidement, il vit entre plusieurs pays où il entretient de solides réseaux.

VOICI DONALD TRUMP. IL EST ACCUSÉ D'AVOIR
 VISITÉ UNE ÎLE AVEC DES MINEURES. OUPS.

La réussite d’Epstein tient largement à sa capacité à combiner les ingrédients traditionnels de la mayonnaise oligarchique. Fréquenter ainsi les puissants lui permet de s’enrichir, très vite, et lui autorise un mode de vie fondé sur l’appropriation de multiples ressources — parfois jusqu’aux formes les plus extrêmes de prédation, y compris des violences sexuelles contre de très jeunes femmes — avec un sentiment d’impunité.

Les jets privés, un moyen de transport cinquante fois plus polluant que le train et cinq à quatorze fois plus qu’un vol commercial, constituent l’un des symboles les plus visibles de cet entre-soi défiant le « petit peuple » (2). En voyageant ainsi, les « premiers de cordée » ne courent aucun risque de croiser « ceux qui ne sont rien », selon les mots du président français Emmanuel Macron. Pour garantir leur tranquillité, les ultrariches disposent d’infrastructures spécifiques, comme l’aéroport du Bourget près de Paris, ou celui de Farnborough dans la banlieue de Londres. Les contrôles y sont suffisamment souples pour éviter toute file d’attente ; on peut même se faire déposer en limousine au pied de l’avion.

Capable de transporter vingt à trente passagers en « configuration VIP », le Boeing 727 d’Epstein se pose pour la première fois à Paris en 1996.

Six ans plus tard, le milliardaire achète un appartement d’environ huit cents mètres carrés dans la capitale française, au deuxième étage d’un imposant immeuble de l’avenue Foch, à deux pas de l’Arc de triomphe. Soit dans la partie la plus huppée du XVIe arrondissement, celle qui correspond au code postal 75116, le 75016 étant traditionnellement considéré comme celui des « moins riches des riches ». Le prestige se niche dans ce type de détails.

Epstein côtoie ainsi d’autres grandes fortunes, des oligarques russes ou proche-orientaux, à proximité des ambassades et des sièges de holdings financières. Une plaque dorée bien visible sur l’avenue Foch indique à chaque passant que l’entrée de service se trouve au numéro 1, rue Chalgrin. Ce système évite de croiser le petit personnel, tout en facilitant la circulation discrète de certains visiteurs, qui peuvent ainsi contourner le hall principal.

Le pouvoir social étant aussi un pouvoir sur l’espace, nul ne s’étonnera que la largeur de l’avenue Foch dépasse celle des Champs-Élysées (cent vingt mètres, contre soixante-dix). L’artère a été doublée par des contre-allées, initialement affectées aux cavaliers désirant se rendre en toute sécurité à l’orée du bois de Boulogne, au bout de l’avenue. Les riches s’arrogent ainsi tout l’espace qu’ils estiment leur être dû, dans la ville comme dans la société (3). Beaux quartiers, jets privés, îles paradisiaques ou palaces constituent autant d’enclaves permettant de s’extraire du commun et de développer une sociabilité et une solidarité mondaines à l’échelle planétaire.

Enclaves mondaines

Les médias dominants — souvent détenus par des milliardaires — ont transformé l’« affaire Epstein » en un fait divers scabreux et racoleur. Une telle lecture tend à masquer le fonctionnement réel d’une classe sociale qui concentre tous les pouvoirs (économique, social, culturel…) et vit à l’écart du reste de la population, qu’elle domine et exploite à sa guise. L’entre-soi oligarchique favorise un sentiment de supériorité et un climat de « pas vu, pas pris » propice aux renvois d’ascenseur. Selon des courriels rendus publics, Epstein prête ainsi son jet privé à M. Jack Lang, alors président de l’Institut du monde arabe (IMA), pour qu’il se rende au Maroc, tandis que l’ancien ministre aide le milliardaire dans ses recherches immobilières à Marrakech. « Le prix est de 5 400 000 euros, offshore », lui précise ainsi l’ancien ministre dans un message de mars 2015, au sujet d’un riad dans la Palmeraie. M. Lang a rencontré l’homme d’affaires au début des années 2010, lors d’un dîner organisé en l’honneur du réalisateur Woody Allen.

Cette agrégation de semblables évoluant dans les hautes sphères participe de l’opulence. La richesse de chacun renforce celle de tous les autres, selon un fonctionnement en vase clos qui exclut tout « ruissellement » vers les classes moyennes ou populaires. Loin d’être un simple fait divers, l’affaire Epstein rend visible la mécanique d’un monde social d’ordinaire protégé par de nombreux secrets — fiscal, bancaire, défense ou encore, le plus récent, le « secret des affaires ». « Pour vivre heureux, vivons cachés », nous a-t-on souvent répété lors de nos enquêtes dans le monde de la grande bourgeoisie. Cette vie à l’abri des regards nourrit un sentiment d’impunité chez ces milliardaires auxquels le système capitaliste offre une liberté presque totale, notamment celle de s’approprier les formes du vivant à des fins de profit et de plaisir. Rappelons que depuis l’arrivée à l’Élysée, en 2017, de M. Macron, ancien associé-gérant de la banque Rothschild, la fortune cumulée des milliardaires français a doublé, pour représenter aujourd’hui un magot de 220 milliards d’euros détenus par trente-deux personnes, soit l’équivalent de dix mille postes d’enseignant financés pendant près de quatre cents ans (4).

Plutôt qu’une anomalie, l’« affaire Epstein » apparaît comme le produit logique d’un système de domination et d’exploitation inhérent au capitalisme mondialisé. Si elle frappe par son ampleur et la brutalité des crimes révélés, elle n’est pas un cas isolé. Des scandales mêlant argent, pouvoir et violences sexuelles jalonnent l’histoire récente des élites économiques et politiques. Les illégalismes de l’oligarchie sont parfois révélés au grand jour, à coup d’« Offshore Leaks », de « LuxLeaks », de « SwissLeaks » ou encore de « Panama Papers ». Mais une affaire en remplace une autre, étonnamment semblable, d’où surgit la suivante, sans qu’elles soient mises en relation (5). Comme dans le poème de Robert Desnos : « Le pélican de Jonathan / Au matin, pond un œuf tout blanc / Et il en sort un pélican / Lui ressemblant étonnamment. / Et ce deuxième pélican / Pond, à son tour, un œuf tout blanc / D’où sort, inévitablement / Un autre, qui en fait autant / Cela peut durer pendant très longtemps / Si l’on ne fait pas d’omelette avant ».

Afin d’éviter que certains ne se mettent aux fourneaux, les puissants se serrent les coudes dans ce que Pierre Bourdieu appelait une « orchestration sans chef d’orchestre (6) ». Les réseaux personnels des dominants s’insèrent dans un ensemble d’organisations internationales, de clubs privés, de clubs de golf, de think tanks et parfois de partis politiques. Ces cercles de pouvoir se dupliquent d’un pays à l’autre et favorisent une solidarité internationale entre membres des élites.

La publication en 2026 de millions de documents issus de l’enquête américaine sur Epstein a confirmé l’ampleur internationale de ses réseaux. Ces archives mettent en évidence une sociabilité traversant les milieux politiques, financiers, scientifiques et culturels de plusieurs continents. Epstein doit, par exemple, son entrée à la Commission trilatérale aux faveurs du magnat du pétrole David Rockefeller dans les années 1990, d’après ce qu’il affirme lors d’un entretien avec M. Steve Bannon, ancien conseiller de M. Donald Trump. Cette organisation privée rassemble de hauts dirigeants de la finance et de la politique issus des principales puissances occidentales (États-Unis, Europe et Japon). En 1975, deux ans après sa création, elle dénonçait les « excès de la démocratie » qu’exprimaient à ses yeux les manifestations contestataires de l’époque (7).

Cet univers fermé repose sur un système de sélection sociale dans lequel les riches choisissent eux-mêmes ceux qui sont dignes d’« en être ». Ainsi, lorsque Epstein sollicite le soutien de l’aristocrate et avocat Matthieu de Boisséson pour faciliter l’entrée de M. Lang à l’Union interalliée, prestigieux club du 8e arrondissement de Paris, la tentative échoue : l’accès à ces lieux demeure strictement contrôlé. L’essentiel ne réside pas tant dans l’échange de services, le don et le contre-don, que dans la certitude de chaque membre du groupe de pouvoir compter, en cas de besoin, sur la solidarité de tous les autres. Dans cette logique quasi collectiviste des élites, chacun protège les autres et entretient la cohésion du cercle.

« Aux riches, écrit Bourdieu, le monde social donne ce qu’il y a de plus rare, de la reconnaissance, de la considération, c’est-à-dire tout simplement de la raison d’être (8). » Mais cette reconnaissance engendre un sentiment de supériorité, vécu comme mérité et donc naturel, qui fait perdre le sens de la mesure, au point de percevoir les règles et les lois comme facultatives. Ainsi, M. Lang a pu accepter, dans les années 2000 et 2010, des costumes offerts par la marque italienne Francesco Smalto, pour un prix estimé à 500 000 euros, sans les déclarer au déontologue de l’Assemblée. Son avocat évoquera de simples « activités de représentation », et l’enquête sera classée. Les archives rendues publiques début 2026 mentionnent M. Lang et sa fille Caroline à 673 reprises. On y découvre notamment la trace d’un don de 5 millions d’euros accordé par voie testamentaire à Mme Lang quelques jours avant la mort en prison d’Epstein, en août 2019.

Est-ce en raison de ses origines modestes qu’Epstein a soigneusement consigné l’ensemble de ses courriels échangés depuis la France, le Maroc, les États-Unis ou le Royaume-Uni, comme autant de garanties potentielles ? Dans ces milieux où la discrétion est la règle, l’archivage systématique peut devenir une arme, une monnaie de chantage, un moyen de pression. Ces traces écrites fragilisent la solidarité tacite qui protège habituellement l’oligarchie.

Au-delà des dérives individuelles d’un milliardaire et de ses proches, l’« affaire Epstein » éclaire le fonctionnement d’un univers social fondé sur l’entre-soi, la cooptation et la protection mutuelle. Un monde où l’extrême concentration des richesses et du pouvoir nourrit un sentiment d’impunité — et où, parfois, un testament, quelques archives suffisent à fissurer l’édifice de silence qui le protège.


Monique Pinçon-Charlot

Sociologue et ancienne directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Notes :

(1) Les données concernant la biographie de Jeffrey Epstein ont été empruntées à la presse.

(2) Cf. le chapitre « Le joyau de la couronne : les jets privés » de l’ouvrage Les Riches contre la planète. Violence oligarchique et chaos climatique, Textuel, Paris, 2025.

(3) Cf. la réédition en 2025 de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Dans les beaux quartiers, paru au Seuil en 1989, par deux maisons d’édition, Rue de l’échiquier et Les Voix urbaines, avec une préface d’Éric Vuillard.

(4) « Focus France. Résister au règne des plus riches » (PDF), Oxfam France, Paris, janvier 2026.

(5) Cf. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Tentative d’évasion (fiscale), Zones, Paris, 2015.

(6) Pierre Bourdieu, Le Sens pratique, Paris, Minuit, 1980.

(7) Lire Olivier Boiral, « Pouvoirs opaques de la Trilatérale », Le Monde diplomatique, novembre 2003.

(8) Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Paris, 2003.

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par Monique Pinçon-Charlot • Lu par Morgane Hainaux
LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
« JEFFREY EPSTEIN À PARIS »


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