02 mars, 2026

APRÈS LE VENEZUELA ET L’IRAN, LES ÉTATS-UNIS MENACENT CUBA

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LA HAVANE.
[PHOTO D’ILLUSTRATION]

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Après le Venezuela et l’Iran, les États-Unis menacent Cuba / 
Dans un contexte de blocus énergétique imposé par Washington, Donald Trump a évoqué une possible «prise de contrôle» de Cuba, sans détails précis. Cette déclaration, sur fond de crise économique cubaine et de négociations secrètes, ravive les craintes d’une ingérence américaine accrue dans les affaires de l’île. / Les propos tenus par le président américain le 27 février avant un départ pour le Texas, soulignent une pression croissante sur La Havane, alors que les États-Unis invoquent une « menace exceptionnelle » pour justifier leur embargo. Donald Trump a affirmé que le gouvernement cubain « parle avec nous » et traverse « de très gros problèmes », laissant planer l’idée d’une transition sous influence américaine.

RT en français 2 mars 2026, 15:0

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Risques d’une nouvelle intervention

PHOTO NORLYS PEREZ

Selon des sources citées par le journal The Atlantic, Trump, dans l'élan de ses opérations militaires au Venezuela et en Iran, envisage un « un rachat amical » de Cuba, avec des discussions menées par le secrétaire d’État Marco Rubio, dans un contexte de chantage étasunien vis-à-vis de l’île, notamment en matière pétrolière.

AFFICHE MONO GONZALEZ

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR  

Ce dernier, d’origine cubaine, aurait contacté Raul Rodriguez Castro, petit-fils de l’ancien leader Raul Castro, via des canaux non officiels, court-circuitant le gouvernement politique officiel.

Pourtant, cette approche soulève de sérieuses interrogations. Comme le note le journal, une instabilité accrue pourrait déclencher un afflux de réfugiés vers les États-Unis, contredisant les politiques anti-immigration de l’administration. De plus, l’absence d’opposition existante pourrait potentiellement mener à un chaos régional.

De nombreux observateurs s’inquiètent des conséquences d’une telle volonté de la Maison Blanche qui risquerait de provoquer des répercussions inattendues et compliquerait les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine.

Le 25 février, lors d’un sommet de la Caricom à Saint-Kitts-et-Nevis, Rubio avait insisté pour que Cuba « change radicalement », tout en assouplissant temporairement les restrictions pétrolières pour des raisons qualifiées d'« humanitaires ». Mais ces gestes masquent une stratégie de pression maximale, alors que Cuba dénonce des infiltrations « terroristes » et a abattu une vedette en provenance de Floride.

Donald Trump affirme, de son côté, que l’île « n’a pas d’argent, pas de pétrole, rien », mais cette rhétorique cacherait, selon les observateurs, une ambition hégémonique, au risque d’aggraver les tensions dans les Caraïbes et de miner la souveraineté cubaine.

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« AURA-IL ENFIN SON
PRIX NOBEL DE LA PAIX ? »

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01 mars, 2026

IRAN : QUI EST L’AYATOLLAH ALIREZA ARAFI, NOMMÉ POUR ASSURER L’INTÉRIM DES FONCTIONS DE GUIDE SUPRÊME ?

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ALIREZA ARAFI, MEMBRE JURISTE DU CONSEIL DE DIRECTION,
 ASSUMERA TEMPORAIREMENT LES FONCTIONS DU GUIDE SUPRÊME EN IRAN.
PHOTO JOÃO HENRIQUE

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Iran : qui est l’ayatollah Alireza Arafi, nommé pour assurer l’intérim des fonctions de Guide suprême ? /  Alireza Arafi, membre juriste du conseil de direction, assumera temporairement les fonctions du Guide suprême en Iran. / Nommé conformément à la Constitution de l'Iran, l’ayatollah Alireza Arafi est désormais membre juriste du conseil de direction qui devra assumer temporairement les fonctions du Guide suprême iranien. Retour sur le parcours de ce membre du triumvirat qui dirige la République islamique. Lire aussi Iran : création d'un conseil de gouvernance pour assumer les fonctions de Guide suprême de l'Iran 

RT en français 1 mars 2026, 15:43 

L’agence de presse officielle iranienne ISNA a rapporté ce 1ᵉʳ mars que l’ayatollah Alireza Arafi avait été nommé membre juriste du conseil de direction qui devra assumer temporairement les fonctions du Guide suprême iranien, après l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei par une attaque israélo-américaine contre son bureau à Téhéran. 

UNE EXPLOSION EN MER AU LARGE D’HAÏFA, AU NORD D’ISRAËL,
LE 28 FÉVIER 2026. EN RIPOSTE AUX FRAPPES AMÉRICAINES ET
ISRAÉLIENNES, L’IRAN A TIRÉ DES MISSILES EN DIRECTION DE
L’ÉTAT  HÉBREU ET DES PÉTROMOOARCHIES DU GOLFE.
PHOTO RAMI SHLUSH

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR  

La nomination a été faite conformément à la Constitution iranienne qui stipule la création d'un conseil intérimaire composé du président de la République, Massoud Pezechkian, du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, et d’un juriste issu du Conseil des gardiens de la révolution. Ce triumvirat devra assurer la continuité des fonctions du Guide suprême jusqu’à l'élection d'un successeur définitif par l'Assemblée des experts. 

Le parcours de l’ayatollah Alireza Arafi 

Né en 1959, l’ayatollah Alireza Arafi est issu d'une famille de religieux de la ville de Meybod, dans la province de Yazd, au centre de l'Iran. Son père, l'ayatollah Mohammed Ibrahim Arafi, était proche du fondateur de la République islamique iranienne, l'ayatollah Rouhollah Khomeiny. Alireza Arafi avait été nommé en 2009 par le défunt ayatollah Ali Khamenei à la tête de l'université internationale Al-Mustafa de Qom, une fonction qu'il assumera jusqu'en 2018. 

En 2019, il est nommé par le guide suprême en tant que membre du Conseil des gardiens de la Constitution, composé de 12 membres, qui a le pouvoir de mettre son veto à toute politique gouvernementale ou à tout candidat politique. Il a d'ailleurs cumulé ce poste avec sa fonction de membre de l'assemblée des experts dès 2022. Prédicateur et écrivain, l’ayatollah Alireza Arafi a publié 24 livres et articles et parle couramment arabe et anglais. Il est une figure très respectée dans les milieux religieux iraniens. 

Le Conseil de transition prend les rênes de l'Iran sur fond d'attaques militaires menées par les États-Unis et Israël. Sa mission consistera essentiellement dans le maintien de la cohésion des appareils sécuritaire et religieux, tout en préparant la mise en place du processus de succession du guide suprême.

 FRISE DES ARCHERS

Assassinat de Khamenei : comment la CIA aurait guidé la main d’Israël  

L'AYATOLLAH ALI KHAMENEI, GUIDE SUPRÊME DE LA RÉVOLUTION ISLAMIQUE
 ET ANCIEN PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE D'IRAN, LE 17 JANVIER 2026
 [PHOTO D'ILLUSTRATION].

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Selon le New York Times, l’agence de renseignement américaine aurait partagé avec les Israéliens des données cruciales afin de leur permettre de «frapper» le successeur de Khomeini, ainsi que plusieurs hauts responsables iraniens, à l'occasion d’une réunion dans un complexe gouvernemental le matin du 28 février.

RT en français 1 mars 2026, 15:43  

« Les personnes informées de l'opération l'ont décrite comme le fruit d'un travail de renseignement de qualité et de mois de préparatifs ». Dans un article paru ce 1er mars, au lendemain de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, qui assurait la fonction de guide suprême de la République islamique depuis trente-six ans, le New York Times (NYT) est revenu sur l’« étroite collaboration » des services américains et israéliens ayant permis « l’élimination remarquablement rapide du guide suprême iranien ».

UNE IMAGE SATELLITE MONTRE DE LA FUMÉE NOIRE S'ÉLEVANT ET D'IMPORTANTS DÉGÂTS DANS LE COMPLEXE DU GUIDE SUPRÊME IRANIEN, L'AYATOLLAH ALI KHAMENEI, À LA SUITE DES FRAPPES MENÉES SAMEDI PAR LES ÉTATS-UNIS ET ISRAËL CONTRE L'IRAN.
CRÉDIT... AIRBUS, VIA REUTERS
Citant des sources « proches de l’opération », le quotidien américain est revenu sur la filature effectuée par la CIA du guide suprême et ex-président (1981 – 1989) de la République islamique d’Iran. Selon les sources du NYT, les Américains auraient mis à profit l’expérience acquise lors de la guerre des douze jours, afin de déterminer comment « le guide suprême et le Corps des gardiens de la révolution islamique communiquaient et se déplaçaient sous la pression ». Au cours de cette filature, l’agence américaine aurait appris la présence de l’ayatollah lors d’une réunion le matin du 28 février dans un complexe gouvernemental.

Des renseignements qui auraient poussé, toujours selon les sources du NYT, Israël et Washington a « modifier le calendrier de leur attaque ». Fort de ces informations, des avions de Tsahal ont tiré des missiles sur ce complexe gouvernemental, tuant Khamenei et « décimant » les hauts gradés du renseignement iranien. « La CIA a transmis à Israël des renseignements qui offraient une "grande fidélité" quant à la position de l'ayatollah Khamenei, selon des personnes informées de ces renseignements », peut-on notamment lire.

Quand Washington et Tel-Aviv s'exemptent du droit international

« Il n'a pu échapper à nos services de renseignement et à nos systèmes de surveillance extrêmement sophistiqués », avait fanfaronné Donald Trump sur son réseau social, au soir de cette frappe israélienne. « En étroite collaboration avec Israël, ni lui ni les autres dirigeants tués avec lui n'ont rien pu faire », avait poursuivi le président américain, estimant qu’il s’agirait là de « l'occasion la plus précieuse pour le peuple iranien de reprendre le contrôle de son pays ».

Ce n’est pas la première fois, lors d’une offensive unilatérale contre un pays souverain, que les États-Unis et leurs alliés se permettent de purement et simplement tuer des dirigeants. Dans un message adressé à son homologue iranien Massoud Pezeshkian, le président russe Vladimir Poutine a dénoncé un « assassinat cynique, contraire à toutes les normes de la morale humaine et du droit international ». Ce même « droit international », qu’invoquent habituellement et de manière immodérée les chancelleries occidentales dans le cadre d’autres conflits à travers le monde. 

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«  AL TRUMPONE »

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28 février, 2026

ISRAËL ET LES ÉTATS-UNIS LANCENT DES FRAPPES CONTRE L'IRAN

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DES TRACES D'INTERCEPTION D'UN MISSILE DE DÉFENSE AÉRIENNE
SONT VISIBLES AU-DESSUS DE JÉRUSALEM, LE 28 FÉVRIER 2026.
PHOTO AFP

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Israël et les États-Unis lancent des frappes contre l'Iran / Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé ce 28 février avoir mené des «frappes préventives» en Iran. Une campagne de bombardements à laquelle les États-Unis participent. Des explosions ont été signalées à Téhéran et dans d'autres villes du pays. Cette attaque survient au lendemain de pourparlers entre les États-Unis et l’Iran.

RT en français 28 févr. 2026, 10:14

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I

FRAPPE CONTRE TÉHÉRAN,
LE 28 FÉVRIER 2026
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sraël Katz a également annoncé la fermeture de l’espace aérien de son pays, qui s’attend à une réplique iranienne. Les sirènes ont retenti à Jérusalem et les habitants de l’État hébreu ont été avertis sur leurs téléphones d’une « alerte extrêmement grave ». « L'espace aérien du pays est entièrement fermé jusqu'à nouvel ordre », a annoncé de son côté Majid Akhavale, porte-parole de l'Organisation de l'aviation civile iranienne, cité par l'agence de presse Tasnim.

UNE EXPLOSION EN MER AU LARGE D’HAÏFA, AU NORD D’ISRAËL,
LE 28 FÉVIER 2026. EN RIPOSTE AUX FRAPPES AMÉRICAINES ET
ISRAÉLIENNES, L’IRAN A TIRÉ DES MISSILES EN DIRECTION DE
L’ÉTAT  HÉBREU ET DES PÉTROMOOARCHIES DU GOLFE.
PHOTO RAMI SHLUSH

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR  

Selon une source officielle citée par Reuters, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, aurait été transféré vers un « lieu sécurisé ». La télévision iranienne, citée par l'agence TASS, a annoncé que Téhéran s'apprêtait à riposter contre Israël.

DE LA FUMÉE S'ÉLÈVE AU-DESSUS DU CENTRE-VILLE DE
TÉHÉRAN  APRÈS UN BOMBARDEMENT DE L'ARMÉE ISRAÉLIENNE.

« Des dizaines de frappes américaines » 

Au-delà de Tsahal, qui a ouvert les hostilités, les forces américaines participeraient également à l’attaque contre l’Iran. « Les États-Unis participent aux frappes israéliennes contre l’Iran », ont déclaré deux sources à Associated Press, confirmant une information du New York Times qui évoque des « dizaines de frappes américaines ». Selon un responsable américain cité par le quotidien, l'objectif de Washington «pour le moment est l'appareil militaire iranien».

Dans une vidéo publiée sur Truth Social, le président américain a annoncé que l’armée américaine avait lancé une « opération de combat majeur », évoquant notamment la prise d’otage de l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979 ainsi que l’attaque de 1983 par les « proxys de l’Iran » contre les troupes américaines de Force multinationale de sécurité à Beyrouth.

« Vous devez déposer les armes, vous serez traités équitablement et bénéficierez d’une immunité totale, ou vous serez confrontés à une mort certaine », a-t-il lancé aux forces armées et à la police, promettant de « détruire » les capacités balistiques de l’Iran ainsi que de « réduire à néant » sa marine. L'heure de votre liberté est proche », a-t-il ajouté à destination des Iraniens.

Ces frappes surviennent au lendemain de pourparlers entre Américains et Iranien. Un round de discussion à l’issue duquel Donald Trump avait déclaré qu'il n'était « pas très content » de la teneur des négociations et qu'il n'avait pas pris de « décision finale » sur de possibles frappes américaines contre l'Iran.

« Je ne suis pas content quant au fait qu'ils [les Iraniens] ne veulent pas nous donner ce que nous devons avoir, je ne suis pas très content. Nous verrons ce qu'il va se passer », a déclaré aux journalistes le président des États-Unis. Les craintes de frappes en Iran avaient redoublé dans la soirée du 27 février, après l’appel lancé par plusieurs chancelleries occidentales, dont Washington, Paris et Berlin, à leurs ressortissants de quitter Israël.

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«  AL TRUMPONE »

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SUÈDE. LE MEURTRIER D’OLOF PALME A ENFIN UN NOM ET UN VISAGE

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PHOTOGRAPHIE REUTERS / GUARDIAN DESIGN

 1986 - 28 février - 2026
Olof Palme, 40ème anniversaire de sa mort

Selon les conclusions du juge d’instruction, l’assassin du premier ministre social-démocrate en 1986 ne serait ni un barbouze sud-africain ni une brebis galeuse des services suédois, mais un modeste employé d’une société d’assurances de Stockholm.

Par Thomas Lemahieu
STIG ENGSTRÖM L’ASSASSIN D’OLOF PALME
PHOTO BERTIL ERICSON
Comme il en avait l’habitude quand il allait au cinéma, Olof Palme avait congédié son escorte, le 28 février 1986. Premier ministre suédois à l’époque, cette figure de proue du puissant Parti social-démocrate depuis 1968 était adulée par les uns, ou honnie par les autres, pour des raisons diamétralement symétriques : avoir financé les sandinistes au Nicaragua, le Front Farabundo Marti de libération nationale au Salvador et surtout le Congrès national africain de Mandela en Afrique du Sud, qualifié de « putain de meurtrier » le dictateur espagnol Franco, soutenu le Viêt-cong contre les États-Unis, mais aussi les moudjahidine afghans contre l’URSS, conspué le régime de Batista et vanté la révolution à Cuba…



HANS HOLMER, RESPONSABLE DE L'ENQUÊTE SUR L'ASSASSINAT
D'OLOF
PALME MONTRE DEUX REVOLVERS SMITH & WESSON 357 
PHOTO HAKAN RODEN
Dans son propre pays, ce transfuge de classe – il était d’extraction aristocratique – avait consolidé le modèle de protection sociale et de redistribution égalitaire, suscitant l’ire du magazine conservateur Contra, qui avait transformé son visage en cible pour fléchettes.


OLOF PALME EN 1985. PHOTO INGRID ROSSI
Malgré tout, Olof Palme ne craignait rien : dans la paisible Suède, le dernier assassinat politique remontait à 1792, quand le roi Gustave III succomba sous les balles de nobles conjurés lors d’un bal masqué à l’Opéra. Olof Palme a eu tort. À la nuit tombée, ce soir de février 1986, il est mort, en plein centre de Stockholm, abattu d’une balle de magnum 357.

Pas de certitudes, ni sur le mobile ni sur les éventuels complices

« OLOF PALME  UN GRAND AMI DU CHILI » 
OLOF PALME ET BEATRIZ ALLENDE  À STOCKHOLM, SUÈDE 1973
Depuis l’attentat, le pays cherche le coupable. Et cette fois, il pense l’avoir trouvé. La justice vient, mercredi matin, de clore officiellement l’enquête qui avait été rouverte en 2016. Elle avait débuté par un fiasco policier : les enquêteurs ont détruit ou égaré des éléments le jour du crime, puis sont partis sur des pistes farfelues comme celle de Kurdes du PKK ou plus prometteuses comme celle des services secrets sud-africains alliés à des brebis galeuses de l’espionnage suédois (une piste qui sera suivie notamment par Stieg Larsson, le journaliste d’investigation qui deviendra plus tard l’auteur de la fameuse trilogie Millénium). Trente-quatre ans plus tard, l’affaire qui a, selon l’expression courante à Stockholm, fait « perdre son innocence » à la Suède, s’achève en eau de boudin. 


LE PREMIER MINISTRE SUÉDOIS, OLOF PALME, LE 12 DÉC 1983
PHOTO ANDERS HOLMSTROM / AP
Avec, certes, le nom d’un assassin : Stig Engström, un employé de bureau dans une société d’assurances, Skandia, à quelques pas du lieu du meurtre en 1986, qui gravitait dans « les cercles critiques des idées de Palme ». Celui qui était, dans les gazettes, baptisé «l’homme de Skandia » («Skandiamannen ») a refait surface en mars 2018, quand un journaliste suédois a révélé son passé dans l’armée et sa parfaite connaissance du maniement des armes à feu. Mais alors qu’Engström s’est suicidé en 2000 sans avoir jamais été réinterrogé par la police, son ex-épouse avait, elle, alors récusé cette piste, mettant en avant sa « poltronnerie ».

L'AVENUE SVEAVÄGEN, GRANDE ARTÈRE DE STOCKHOLM,
UNE TACHE DE SANG LÀ OÙ OLOF PALME A ÉTÉ
ABATTU DE DEUX BALLES DANS LE VENTRE
PHOTO SCANPIX SWEDEN / AFP
Le parquet suédois n’a donc pas  de certitudes absolues, ni sur le mobile ni sur les éventuels complices. « On ne peut exclure qu’il y ait eu une forme de complot, mais nous avons passé beaucoup de temps à examiner cette thèse sans rien trouver qui puisse l’étayer », avance Krister Petersson, le juge d’instruction chargé de boucler cette dernière investigation. Mais, selon le magistrat, si l’enquête avait été menée correctement en 1986, il ne fait pas de doute que le suspect aurait été arrêté à l’époque et l’arme du crime retrouvée. Interrogé par la radio publique suédoise, l’un des fils d’Olof Palme, Marten, a endossé l’hypothèse de la justice de son pays : « Je pense qu’Engström est coupable. » Le dossier est clos, mais les mystères ne sont pas levés.
Thomas Lemahieu
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OLOF PALME
GRAFFITI VÄSTERÅS

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« NOCTURNO EN EL ESPEJO » (NOCTURNE DANS LE MIROIR), 2024 
 GISELLE LUCÍA NAVARRO


Que peut faire La Havane face à Washington ? / 
Cuba, si seule / Après le Venezuela, Cuba. M. Donald Trump poursuit sa politique agressive en Amérique latine. En interdisant à Caracas d’approvisionner La Havane en pétrole, il place le pays communiste, déjà ébranlé par une série de crises ravageuses, dans une situation économique et sociale intenable. En espérant lui faire mordre la poussière.

par Christophe Ventura  

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LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
 « CUBA, SI SEULE »
par Christophe Ventura • Lu par Morgane Hainaux 

Le Monde diplomatique Que peut faire La Havane face à Washington ? / Cuba, si seule

Est-ce la fin de la révolution cubaine ? Le président américain Donald Trump et son secrétaire d’État Marco Rubio semblent bien décidés à la faire advenir. En quête d’un nouveau trophée impérial, ils appliquent la méthode testée avec succès contre le Venezuela, l’allié numéro un de La Havane et son premier soutien économique depuis les années 2000. Pour un adversaire des États-Unis en Amérique latine, M. Trump et son administration n’envisagent qu’un destin : la soumission. Mais deux chemins peuvent y conduire. La première voie est celle de la négociation — avec un pistolet sur la tempe —, qui doit aboutir à un « accord », aux conditions américaines. Si cette première option s’avère impraticable, la seconde s’impose, comme ce fut finalement le cas à Caracas : l’utilisation de la force brute. C’est alors M. Trump qui fixe, seul, les règles, donne le tempo et siffle la fin de la partie. Le locataire de la Maison Blanche dispose d’un atout redoutable dans la confrontation : son imprévisibilité. À tout moment, il peut changer d’avis et frapper. La mise en scène de son « imperium » est dorénavant bien huilée, presque ritualisée. M. Trump a pris l’habitude de partager ses humeurs du jour avec quelques journalistes. Une intervention militaire à Cuba ? « Ce ne serait pas une opération très difficile comme vous pouvez l’imaginer. Mais je ne pense pas que cela sera nécessaire » (16 février 2026).

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Depuis l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien Nicolás Maduro, le 3 janvier dernier, point d’orgue d’une intervention militaire américaine aussi massive qu’illégale, Washington a ordonné à Caracas l’arrêt immédiat de ses livraisons de pétrole à Cuba. Une situation à laquelle ce pays, qui dépend du Venezuela sur le plan énergétique, et qui subit depuis la pandémie de Covid-19 une sévère crise socio-économique, ne peut faire face. L’administration américaine le sait.

Cuba est ainsi prisonnière d’un piège à double mâchoire. D’un côté, l’acharnement revanchard d’un empire qui veut laver l’affront que l’île lui a infligé en résistant pendant six décennies, et détruire tout ce qu’elle symbolise (l’indépendance, la révolution, le communisme). De l’autre, sa propre incapacité à résoudre, depuis la fin de la guerre froide, les problèmes structurels que soulève son modèle politique et économique.

Au début des années 2000, déjà, Fidel Castro — à la tête du pays entre 1959 et 2006 — se souvenait. « Lorsque l’URSS et le camp socialiste d’Europe ont disparu, Cuba a été assommée par la violence du coup. Du jour au lendemain, la grande puissance s’était effondrée, elle nous avait laissés seuls, tout seuls (1). » Et le dirigeant historique de la révolution cubaine de poursuivre : « Nous avions perdu tous les marchés pour notre sucre, et nous ne recevions plus de denrées alimentaires, de combustible, plus rien. (…) Du jour au lendemain, plus de carburant, ni de matières premières, ni de nourriture, ni d’articles de toilette ; plus rien du tout. » À Cuba, on produisait peu, et ce qui l’était — essentiellement le sucre à l’époque, ainsi que du tabac ou des agrumes — voyageait en cargos vers Moscou et les pays du camp socialiste.

En mars 2016, la pression de l’une des deux mâchoires semble se relâcher. Le président américain Barack Obama effectue une visite historique dans l’île. Aucun de ses prédécesseurs n’avait longé la promenade du Malecón depuis Calvin Coolidge en 1928. La Havane et Washington étaient engagés depuis fin 2014 dans un processus inédit de normalisation de leurs relations, conduit par M. Raúl Castro pour la partie cubaine. En 2015, les ennemis rouvrent leurs ambassades dans leurs capitales respectives, cinquante-quatre ans après la rupture diplomatique en janvier 1961, qui précéda d’une année (février 1962) la décision américaine d’imposer au pays caribéen un embargo (un « blocus », selon La Havane) toujours en vigueur aujourd’hui.

M. Obama considère alors que la politique inaugurée par son illustre prédécesseur John F. Kennedy, et maintenue, d’allègements en renforcements, par les huit présidents qui lui ont succédé, a échoué. Il assouplit les sanctions contre le pays, ce qui contribue notamment à densifier le tourisme et à faciliter l’entrée de devises et les exportations américaines. À l’époque, « l’actualisation du modèle économique et social cubain de développement socialiste » conçue par M. Raúl Castro repose essentiellement sur ces trois piliers (2). La spécialisation de Cuba dans le secteur du tourisme (de luxe et de masse), l’entrée contrôlée de capitaux internationaux pour stimuler la croissance et le développement local, ainsi que l’arrivée massive de dollars (devise avec laquelle il est prévu d’organiser la parité progressive du peso national) doivent assurer l’avenir de la révolution. Et écarter la seconde mâchoire de l’étau.

Cette orientation s’accompagne de l’ouverture progressive de l’économie, permettant l’émergence d’un artisanat local et de petits commerces privés. Enfin, les services médicaux cubains continuent de s’exporter dans plusieurs pays, comme c’est déjà le cas au Venezuela depuis les années 2000, assurant à La Havane un moyen de paiement pour ses importations énergétiques. Caracas satisfait alors la quasi-totalité des besoins de Cuba en pétrole et devient son premier partenaire commercial : 45 % de son commerce extérieur, équivalent à 20 % de son produit intérieur brut en 2014 (3).

Non capitaliste mais dépendant

Lorsque M. Obama se rend sur place — une décision décriée par ses opposants, mais également dans son propre camp —, les autorités se prennent à croire qu’une nouvelle période s’ouvre enfin. Mais l’« actualisation du modèle socialiste » ne prévoit toujours pas un changement de la matrice productive du pays pour couvrir ses besoins essentiels en matière énergétique, alimentaire, d’équipements industriels, etc. Tout devait provenir des devises captées grâce au déploiement de cette nouvelle stratégie.

Dans une lettre publiée dans Granma, le journal du Parti communiste de Cuba, Fidel Castro s’adresse, quelques jours après son départ, au président américain, qui n’avait pas souhaité le rencontrer durant sa visite, ainsi que, de manière plus indirecte, au gouvernement dirigé par son frère cadet. Dans ce document intitulé « Le frère Obama », il fait part de son scepticisme quant au rapprochement engagé avec Washington. Et s’interroge sur la stratégie économique du pays.

L’ancien dirigeant, qui décédera quelques mois plus tard, le 25 novembre 2016, prend les paris : « Je tiens (…) à souligner que nous sommes capables de produire les denrées alimentaires et les richesses matérielles dont nous avons besoin grâce aux efforts et à l’intelligence de notre peuple. Nous n’avons pas besoin que l’empire nous fasse des cadeaux. » Au sujet du secteur touristique, envisagé comme moteur de la mutation du régime économique national, il se montre réticent : une activité consistant à « montrer les beautés des paysages » et offrir les « délices culinaires » de l’île aux étrangers ne mérite « aucune attention » si elle ne rapporte pas une abondance de dollars au pays.

Ces remarques sont formulées une vingtaine d’années après la « période spéciale en temps de paix ». Cuba importe alors toujours l’essentiel de ce qu’elle consomme (80 % de ses aliments, son énergie, ses équipements, etc.) et exporte toujours le peu qu’elle produit (sucre, tabac, agrumes, minerais). Mais désormais, en dehors des services médicaux vers le Venezuela et quelques autres pays, c’est principalement à destination de la Chine et de l’Espagne. Dix ans plus tard, la dépendance économique reste patente.

Rien ne s’est en réalité passé comme prévu depuis la tentative de normalisation. Disposé au rapprochement avec La Havane, M. Obama ouvre concomitamment, en 2015, une nouvelle page des relations des États-Unis avec le Venezuela : l’ère des sanctions débute sous sa présidence. Le locataire de la Maison Blanche veut faire taire ses détracteurs, opposés à sa politique envers Cuba. Normaliser les relations avec La Havane, oui, mais à la condition de se montrer ferme avec un autre adversaire, plus puissant : la révolution bolivarienne. Les sanctions deviennent meurtrières à partir de 2019, sous M. Trump. L’économie du pays, déjà en crise, s’effondre à mesure que Washington interdit à Caracas l’accès au marché énergétique mondial. Les effets se font sentir jusqu’à La Havane. De 100 000 barils par jour en moyenne dans les belles années, les livraisons de pétrole vénézuéliennes fondent progressivement pour atteindre 32 000 à 35 000 barils en 2024, entre 26 000 et 27 000 en 2025 (4)… et zéro à partir de janvier 2026, lorsque Caracas est placé sous la férule de Washington. Pour leur part, les réformes engagées par M. Raúl Castro n’ont que partiellement été mises en œuvre, et produisent de multiples distorsions (inflation, création d’inégalités sociales inconnues auparavant) (5).

Sur le plan économique, ces dix dernières années ont durement rappelé à Cuba les limites d’un projet de relance conçu autour d’une stratégie centrale : renforcer l’insertion dans le capitalisme mondialisé, ses secteurs d’activité, ses flux monétaires et financiers, d’un pays non capitaliste et dépendant. Un pays qui compte, de surcroît, parmi les plus étatisés de l’ancien monde socialiste. À Cuba, depuis six décennies, une planification centralisée appliquée avec rigorisme prend en charge quasiment toutes les activités de la vie économique et sociale, de l’agriculture au salon de coiffure, en passant par la cordonnerie, la formation universitaire ou l’ingénierie civile. L’État emploie toujours deux tiers de la force de travail.

Sur le plan politique, la première élection de M. Trump en 2016 a douché les espoirs et coupé court au projet de normalisation. Au cours de son premier mandat, le président républicain a imposé 243 mesures coercitives à La Havane, visant toutes à assécher le tourisme, les investissements étrangers ou les transferts d’argent de la diaspora cubaine — laquelle se trouve essentiellement en Floride (1,8 million de Cubains sur les 2,5 millions établis aux États-Unis) (6). M. Trump réinscrit en 2021 l’île sur la liste des pays soutenant le terrorisme. L’administration du président démocrate Joseph Biden maintient l’essentiel du dispositif. Le pays, qui affronte dans le même temps l’épidémie de Covid-19, est KO debout.

Démarre alors la séquence qui mène jusqu’à la crise actuelle. Cette dernière démontre que Cuba n’est toujours pas parvenue à construire sa souveraineté économique. Depuis des décennies, experts et militants se déchirent sur la question de savoir si cette situation est le fait d’abord de l’embargo, ou des politiques et de l’idéologie du gouvernement. Aujourd’hui, ces débats paraissent secondaires. Car Cuba, au bord de la rupture, est entrée dans une nouvelle étape.

L’île est « seule », pour reprendre le mot de Fidel Castro. La Chine et la Russie ne semblent pas être en mesure de s’interposer, et n’en manifestent pas la volonté ardente, face à l’hostilité carnassière du président Trump et de M. Rubio, dont l’essentiel de la carrière politique est guidée par la volonté d’obtenir un changement de régime dans le pays que ses parents ont quitté avant la révolution. Le Venezuela est hors jeu. Pour complaire à Washington, le Guatemala a stoppé, en février 2026, son programme d’accueil des médecins cubains. Sous pression, le Nicaragua, allié historique de La Havane, a quant à lui mis fin à l’exemption de visa jusque-là accordée aux citoyens cubains qui transitaient par son territoire pour se rendre aux États-Unis. Les dernières décisions de la Maison Blanche, notamment celle qui menace de sanctions douanières tout pays fournissant du pétrole à Cuba, pétrifient. Si dans les années 1990 le pays pouvait compter sur le soutien de l’Algérie, de l’Angola ou des pays latino-américains, ce ne sera pas le cas cette fois. Sauf si Washington l’autorisait de nouveau dans le cadre d’une « négociation » à venir avec le pouvoir de M. Miguel Díaz-Canel.

Grandes fortunes revanchardes

Nul ne peut prédire l’avenir à Cuba, mais les termes d’une éventuelle discussion sont connus. La Havane pourrait tenter de sauver son système politique tout en accédant aux exigences de son adversaire en matière économique. Par exemple, l’ouverture du pays aux millions de dollars prêts à se déverser de Floride, où trépignent de grandes fortunes cubano-américaines revanchardes. La voie est étroite, et l’emprunter produirait des divisions internes au cas où certains, au sein de l’appareil d’État, seraient prêts à aller plus loin pour donner des gages à Washington sur les questions politiques (libération des prisonniers, autorisation d’organisations de la « société civile », prélude à celle d’une opposition locale) — une perspective à laquelle d’autres, notamment parmi les militaires, résisteraient. Et du côté de Washington ? Y envisage-t-on d’enlever le président Díaz-Canel pour mettre Cuba sous tutelle, comme c’est le cas du gouvernement de Mme Delcy Rodríguez au Venezuela, avant de convertir l’île en nouvelle Floride, avec ses rivieras, ses hôtels de luxe et ses golfs ? Il y a encore quelques mois, l’hypothèse aurait pu sembler saugrenue.

LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 

 « CUBA, SI SEULE »
par Christophe Ventura • Lu par Morgane Hainaux 

Christophe Ventura


Journaliste.

Notes :

(1) Ignacio Ramonet, Fidel Castro. Biographie à deux voix, Fayard - Galilée, Paris, 2007.

(2) Lire Renaud Lambert, « Ainsi vivent les Cubains », Le Monde diplomatique, avril 2011.

(3) « Cuba y una posible pérdida del sostén venezolano : vulnerabilidades macroeconómicas y riesgos políticos », Real Instituto Elcano, Madrid, 5 février 2026.

(4) Ibid

(5) Lire Maïlys Khider, « Bonjour, où puis-je trouver des “perritos” ? », Le Monde diplomatique, novembre 2023.

(6) Karen Esquivel, « Más estadounidenses que nunca, tan latinos como siempre : la diversidad de la inmensa comunidad hispana en EE.UU. », CNN Espanol, 18 novembre 2025.


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 « AU VENEZUELA, UNE CRISE SANS FIN »
par Christophe Ventura • Lu par Aude Rouannet 
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L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE
ILLUSTRATION ARAUCO RÍA