09 août, 2026

81ème ANNIVERSAIRE DE LA BOMBE ATOMIQUE À NAGASAKI : LES PARTISANS DU PACIFISME INQUIETS

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81ème anniversaire de la bombe atomique à Nagasaki : les partisans du pacifisme inquiets / La Première ministre japonaise Sanae Takaichi refuse de dire si elle entend maintenir la position connue sous le nom de trois principes non nucléaires. / Alors que le Japon commémore l'anniversaire des bombardements atomiques de 1945, ses dirigeants poussent à relancer le débat sur l'arme nucléaire, mettant au défi la longue tradition pacifiste du pays.

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81ème anniversaire de la bombe atomique à Nagasaki   les partisans du pacifisme inquiets
 

Par Gael Camba Publié le 09/08/2026 - 12:53 UTC+2•Mis à jour 13:55

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi refuse de dire si elle entend maintenir la position connue sous le nom de trois principes non nucléaires.

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► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Alors que le Japon commémore l'anniversaire des bombardements atomiques de 1945, ses dirigeants poussent à relancer le débat sur l'arme nucléaire, mettant au défi la longue tradition pacifiste du pays.

La Constitution japonaise renonce à l'usage de la force militaire offensive et les gouvernements successifs ont maintenu depuis des décennies un engagement à ne ni détenir, ni fabriquer, ni laisser introduire des armes nucléaires sur le territoire.

Cet engagement est aujourd'hui mis à rude épreuve, les voisins d'Asie de l'Est – notamment la Chine – renforçant leurs capacités militaires, tandis que persistent des doutes sur la fiabilité du principal garant de la sécurité de Tokyo, les États-Unis.

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi refuse de dire si elle entend maintenir la position connue sous le nom de trois principes non nucléaires, et le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a appelé le mois dernier à une "discussion sans tabou" sur le sujet.

En décembre, un haut responsable de l'administration, resté anonyme, a évoqué lors d'une séance "off the record" devant des médias locaux l'idée que le Japon devrait se doter de l'arme nucléaire.

Cette remarque a été largement relayée par les grands médias japonais, dont la chaîne publique NHK et le quotidien Asahi Shimbun, suscitant des critiques dans l'opinion.

Le pays a célébré jeudi le 81ème anniversaire du bombardement de Hiroshima et fait de même dimanche pour commémorer l'attaque contre Nagasaki.

Les frappes menées par les États-Unis en août 1945 ont fait plus de 210 000 morts, dont un grand nombre des suites de l'exposition aux radiations.

C'est à ce jour la seule fois où des armes atomiques ont été utilisées en situation de guerre, et l'un des derniers grands épisodes de la Seconde Guerre mondiale.

"Nouveau militarisme"

Le gouvernement Takaichi procède cette année à une refonte majeure de la stratégie nationale de défense face à l'essor des ambitions militaires chinoises.

La Première ministre a déjà levé l'interdiction, que le Japon s'était lui-même imposée, d'exporter des armes et augmenté les dépenses de défense, tout en plaidant pour une révision de la Constitution.

Ces orientations ont suscité des critiques de la part de la Chine, qui accuse le Japon de "nouveau militarisme" et Sanae Takaichi de céder aux exigences de l'extrême droite.

Elles ont également inquiété les survivants des bombardements de 1945, qui ont largement contribué à façonner la culture politique pacifiste du Japon d'après-guerre.

UNE IMMENSE COLONNE DE FUMÉE S'ÉLÈVE APRÈS L'EXPLOSION,
AU-DESSUS DE LA VILLE PORTUAIRE JAPONAISE DE NAGASAKI,
DE LA DEUXIÈME BOMBE ATOMIQUE JAMAIS UTILISÉE
EN TEMPS DE GUERRE, LE 9 AOÛT 1945.
PHOTO AP 

Tanaka, rescapé de Hiroshima, dit sa frustration de voir des responsables politiques comme Takaichi privilégier les capacités militaires au détriment de la diplomatie.

"On parle tellement de sécurité nationale. Et la construction de la paix par la diplomatie, qu'en fait-on ?" a-t-il déclaré.

Malgré l'obtention du prix Nobel de la paix 2024 pour leurs efforts, ils s'interrogent sur la poursuite de leur association nationale à mesure que leurs membres vieillissent.

En mars, le Japon ne comptait plus qu'un peu plus de 91 000 survivants des attaques de Hiroshima et Nagasaki, contre plus de 164 000 il y a dix ans. Leur âge moyen est de 86,7 ans.

"Cela ne fait que m'inquiéter"

Le débat porte désormais clairement sur l'avenir des principes non nucléaires, qui remontent à 1967.

Les partisans de Sanae Takaichi estiment que la dernière clause doit être modifiée pour permettre aux États-Unis d'acheminer des armes nucléaires au Japon et garantir ainsi la dissuasion régionale.

Hirofumi Yoshimura, dirigeant du Japan Innovation Party, partenaire de coalition du gouvernement Takaichi, a estimé que ce principe méritait d'être discuté dans le cadre de l'alliance de sécurité nippo-américaine.

"Bien sûr, nous devons œuvrer à construire un monde sans armes nucléaires", a déclaré Hirofumi Yoshimura aux journalistes lors de l'anniversaire du bombardement de Hiroshima.

"Mais lorsque nous réfléchissons à la manière de garantir l'efficacité de la dissuasion nucléaire élargie dans le cadre de notre alliance avec les États-Unis, je pense que nous devrions... continuer à respecter le principe de "ni posséder ni fabriquer" des armes nucléaires", a-t-il ajouté.

"Quant à "ne pas en autoriser l'introduction", je pense qu'il y a tout de même une marge de discussion sur ce point."

Les critiques estiment que la ligne dure de Sanae Takaichi en matière de défense accroît les risques pour le Japon.

Après avoir assisté jeudi à la cérémonie annuelle à Hiroshima, Sanae Takaichi a participé à une rencontre télévisée avec des survivants.

Sous la pression des questions, elle a refusé de préciser si elle envisageait de modifier la trajectoire nucléaire du pays.

"Notre pays respecte actuellement les "trois principes non nucléaires'", a-t-elle répondu à une question directe de Tanaka, sans évoquer ce qu'elle pourrait faire ensuite.

"Cela", a déclaré Tanaka vendredi, "n'explique que la situation actuelle. Cela ne dit rien de l'avenir."

"Cela ne fait que m'inquiéter davantage. Je suis préoccupé."


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«DES OVNIS ATOMIQUES ?» : ZAKHAROVA RAILLE L'AMNÉSIE DU JAPON SUR LA RESPONSABILITÉ AMÉRICAINE À NAGASAKI 

LES CONSÉQUENCES DU BOMBARDEMENT ATOMIQUE DE
NAGASAKI  PAR L'ARMÉE AMÉRICAINE LE 9 AOÛT 1945.
[PHOTO D'ILLUSTRATION]

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RT France
Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe, a critiqué la Première ministre japonaise Sanae Takaichi pour n'avoir jamais cité les États-Unis lors de la commémoration de la tragédie de Nagasaki. Elle a ironisé sur cette censure politique, saluant au passage le courage du maire de la ville, le seul à avoir nommé l'agresseur. 

RT en français  9 août 2026, 14:24

Pour contourner la censure utiliser un réseau privé virtuel (VPN) / Comment utiliser le VPN gratuit et illimité du navigateur Opera ? 

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a fustigé la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Cette critique fait suite au discours prononcé par la responsable politique japonaise lors de la cérémonie commémorative en hommage aux victimes du bombardement atomique de Nagasaki, au cours de laquelle elle n’a pas mentionné les États-Unis comme étant le pays ayant largué les bombes atomiques sur les villes japonaises en 1945. 

« Autrement dit, selon les autorités japonaises actuelles, ce sont des ovnis atomiques qui se seraient abattus sur Hiroshima et Nagasaki ? », s’est interrogée Maria Zakharova sur sa chaîne Telegram. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a toutefois souligné que le maire de Nagasaki, Shiro Suzuki, avait « eu le courage » de déclarer sans détour que la bombe avait été larguée par « un avion militaire américain ». 

Outre Sanae Takaichi, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, n’a pas non plus mentionné les États-Unis dans son message. Une situation similaire s’était produite trois jours plus tôt à Hiroshima. Lors de la cérémonie du 6 août, ni Takaichi, ni le maire d’Hiroshima, Kazumi Matsui, n’ont désigné les États-Unis comme le pays ayant largué la bombe atomique sur la ville. En revanche, Matsui, citant les souhaits d’un survivant du bombardement atomique, a évoqué le conflit en Ukraine. Le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a qualifié de « honte » ce silence de la part des responsables japonais.

Une tragédie passée sous silence par les victimes 

En août 1945, des pilotes américains ont largué des bombes atomiques sur les villes japonaises d'Hiroshima et de Nagasaki. À Hiroshima, sur une population de 350 000 habitants, 140 000 personnes ont péri à la suite de l'explosion atomique et de ses conséquences. À Nagasaki, ce chiffre s'élevait à 74 000. La grande majorité des victimes du bombardement atomique étaient des civils. À l'occasion de l'anniversaire de ces événements tragiques – les 6 et 9 août –, des « cérémonies de la paix » sont organisées chaque année à Hiroshima et à Nagasaki.

Cependant, la participation des États-Unis à ces bombardements est, ces dernières années, systématiquement passée sous silence : la mention par le maire de Nagasaki de l’implication de l’armée américaine dans l’utilisation de l’arme atomique au Japon était une première depuis 2024. À l’époque, c’est le Premier ministre japonais de l’époque, Shigeru Ishiba, qui avait osé évoquer la responsabilité des États-Unis lors d’un débat entre les chefs des partis politiques. Dans son discours, il avait notamment souligné qu’il n’oublierait jamais le choc qu’il avait ressenti à l’école en voyant les images des conséquences de la bombe atomique larguée par les États-Unis sur Hiroshima.

À ce jour, Washington refuse de reconnaître sa responsabilité morale dans ces bombardements, continuant à les justifier par la « nécessité militaire ». Lors du sommet du G7 qui s’est tenu à Hiroshima en mai 2023, l’ancien président américain Joe Biden, tout comme Barack Obama avant lui en 2016, n’a pas présenté d’excuses pour les bombardements atomiques. Donald Trump, quant à lui, ne s’est jamais rendu aux mémoriaux d’Hiroshima ou de Nagasaki, malgré les invitations des autorités des deux villes, tant pendant son premier mandat qu’après son retour à la Maison Blanche.



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05 août, 2026

LE PRÉSIDENT SORTANT DE LA COLOMBIE, GUSTAVO PETRO, ALERTE SUR UN RISQUE DE « GUERRE CIVILE »

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GUSTAVO PETRO, À BOGOTA, LE 3 AOÛT 2026.
PHOTO IVAN VALENCIA
 

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Le Monde

International Colombie / Le président sortant de la Colombie, Gustavo Petro, alerte sur un risque de «guerre civile » après l’élection contestée de son successeur / Le dirigeant de gauche, menacé d’extradition aux États-Unis, craint que son pays ne s’embrase après la prise de pouvoir du nouveau chef d’État, d’extrême droite, qu’il accuse de fraude électorale.

Le Monde avec l'AFP  Publié hier à 05h11, modifié hier à 07h45  Temps de Lecture 1 min.

L’ancien président de la Colombie Gustavo Petro s’est inquiété, lundi 3 août, d’un risque de « guerre civile » après l’arrivée au pouvoir de son successeur, Abelardo de la Espriella, qui aurait, selon lui, triché pour être élu, et qui aurait pour projet de l’extrader aux Etats-Unis.

LE PRÉSIDENT COLOMBIEN GUSTAVO PETRO  S'EXPRIME LORS  D'UNE
CONFÉRENCE DE PRESSE ET DÉVOILE SON PORTRAIT PRÉSIDENTIEL,
 PEINT PAR JAIME ROJAS, À LA CASA DE NARIÑO À BOGOTÁ, EN COLOMBIE,
LE 3 AOÛT 2026 — QUELQUES JOURS AVANT DE QUITTER SES FONCTIONS.
PHOTO DE SEBASTIAN BARROS 

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

L’ancien président de la Colombie Gustavo Petro s’est inquiété, lundi 3 août, d’un risque de « guerre civile » après l’arrivée au pouvoir de son successeur, Abelardo de la Espriella, qui aurait, selon lui, triché pour être élu, et qui aurait pour projet de l’extrader aux États-Unis.

« Nous sommes face à une fraude et à un problème institutionnel indubitablement profond, et il s’agit de l’investiture du président illégitime », a lancé, en conférence de presse, le dirigeant de gauche, qui assure avoir des preuves, sans les publier pour autant.

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Abelardo de la Espriella, candidat de l’extrême droite, a remporté de justesse le second tour du scrutin présidentiel le 21 juin contre l’héritier de Gustavo Petro, Ivan Cepeda. La passation des pouvoirs doit avoir lieu vendredi à Cali, contrairement à la tradition, qui veut que la cérémonie se tienne à Bogota, devant le Parlement. Le groupe de la gauche au Congrès, mené par M. Cepeda, a annoncé qu’il boycotterait la cérémonie et appelé à manifester ce jour-là à Bogota, Cali et Barranquilla.

À lire aussi :   LE CANDIDAT D’EXTRÊME DROITE ABELARDO DE LA ESPRIELLA REMPORTE LA PRÉSIDENTIELLE. 

Recrudescence de violences

Entre 2019 et 2021, des dizaines de personnes ont trouvé la mort dans des mouvements de protestation appuyés par Gustavo Petro contre son prédécesseur, Ivan Duque (droite). Selon M. Petro, l’élection a été une « fraude électorale algorithmique, systématique et sur un volume de votes énorme », supposément orchestrée de l’étranger pour nuire à Ivan Cepeda.

M. de la Espriella, avocat novice en politique, avait reçu le soutien du président des États-Unis, Donald Trump, pendant la campagne. Il promet la manière forte contre le crime et les guérillas, qui se sont renforcées sous le mandat de Gustavo Petro, dont les efforts de négociations n’ont donné que peu de résultats. Le pays traverse actuellement sa pire recrudescence de violences depuis une décennie.

L’actuel président, qui dénonce une « ingérence » de M. Trump dans la politique colombienne, a laissé entendre lundi que M. de la Espriella projetait de l’extrader aux États-Unis sur la base de fausses accusations. Il s’est inquiété d’une possible « guerre civile » qui pourrait être déclenchée par le rejet, entre autres, de ce prétendu projet.

Le Monde avec AFP


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03 août, 2026

CEUTA : LE CHAOS ET LA TRAGÉDIE SONT INSTRUMENTALISÉS PAR L’EXTRÊME DROITE.


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DES MIGRANTS À CEUTA SONT ESCORTÉS PAR DES SOLDATS
ESPAGNOLS  VERS LA FRONTIÈRE MAROCAINE, DIMANCHE.
PHOTO BERNAT ARMANGUÉ

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The Guardian
Le point de vue du Guardian sur les événements de Ceuta : le chaos et la tragédie sont instrumentalisés par l’extrême droite. / ÉditorialAu lieu de pointer du doigt l'Espagne, les principaux dirigeants européens devraient faire preuve de solidarité envers son Premier ministre, Pedro Sánchez.

 Éditorial The Guardian   Lun. 3 août 2026 19h30 / Traduction automatique

On estime qu'au moins 72 personnes sont mortes la semaine dernière, la plupart noyées ou écrasées, alors qu'elles rejoignaient des dizaines de milliers d'autres personnes tentant de traverser à la nage les eaux marocaines pour rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta. Pourtant, l'ampleur de cette tragédie humaine est passée presque inaperçue, tandis que Donald Trump dénonce une « invasion » et que les responsables politiques européens instrumentalisent la crise à des fins politiques. Si l'on doutait encore de la manière dont l'extrême droite déforme de plus en plus les termes du débat sur la migration au sein de l'UE, les derniers jours l'ont apporté.

DES DIZAINES DE MILLIERS DE MAROCAINS ET D'AUTRES PERSONNES
SONT ENTRÉS DANS LA PETITE VILLE DE CEUTA, EN ESPAGNE,
LE JEUDI 30 JUILLET 2026.
PHOTO MARCOS MORENO

À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR  

Il est nécessaire d' approfondir la question des causes de cet épisode choquant. La désinformation sur les réseaux sociaux – orchestrée ou non – semble avoir joué un rôle prépondérant, suite à un arrêt de la Cour suprême espagnole interdisant le refoulement immédiat des migrants arrivant par la mer. Les autorités marocaines n'ont apparemment rien fait pour empêcher cet exode chaotique, qui a rappelé des incidents antérieurs de moindre ampleur et a attiré l'attention internationale sur un territoire dont Rabat conteste la souveraineté. Si des signes avant-coureurs d'une telle incursion existaient en ligne, aucune alerte n'a été donnée.

El rey de los pobres / El rey Mohammed VI juega con las vidas de los marroquíes,
 los españoles y los europeos. / ¡Es una fiesta en Ceuta!
EN WOLTERINK

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Le gouvernement espagnol, accaparé par la lutte contre les incendies de forêt, était totalement pris au dépourvu. Pourtant, la grande majorité des quelque 60 000 personnes qui avaient franchi la frontière vers Ceuta sont rentrées volontairement en Espagne dans les 48 heures, certaines ayant fait part de leur mécontentement aux journalistes quant au manque de travail, de salaires décents et de perspectives d'avenir dans leur pays. L'imprudence dangereuse de leurs actes a mis en lumière la frustration palpable qui règne au-delà des frontières de l'Europe, notamment chez les jeunes.

«Réhabilitation à titre posthume»
DESSIN JOEP BERTRAMS

La réaction de dirigeants comme l'Italienne Giorgia Meloni a été prévisible, mais profondément décevante. Dans une réaction excessive et ostentatoire, Mme Meloni a cherché à démontrer sa fermeté sur l'immigration irrégulière en suspendant temporairement l'accord de Schengen entre Rome et Madrid, alors même que Ceuta n'a jamais fait partie de l'espace Schengen et que l'Italie et l'Espagne ne partagent aucune frontière. Avec le chancelier allemand Friedrich Merz, elle figurait parmi les 22 signataires d'une lettre adressée à la Commission européenne, suggérant que la politique migratoire libérale du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez – qui, là encore, ne s'applique pas à Ceuta – compromet la sécurité de l'Europe.


«Rêver»
VIÑETA DE ENEKO

Ces prises de position sont essentiellement destinées à un public national. M. Merz, par exemple, doit faire face à une sérieuse concurrence de la part du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors de trois élections régionales imminentes , tandis que Mme Meloni doit gérer l' émergence d'un nouveau parti qui menace son aile droite. L'empressement de ces forces à instrumentaliser la question de l'immigration a été illustré par la rapidité avec laquelle la dirigeante de l'AfD, Alice Weidel, a affirmé que la « destination probable » de la plupart des personnes entrant à Ceuta était l'Allemagne.

Les déclarations hyperboliques et les accusations mutuelles ne feront qu'affaiblir la solidarité entre les nations européennes et entraver les efforts déployés pour relever efficacement les défis migratoires. Il est impossible de traverser la frontière entre Ceuta et l'Espagne continentale, ainsi que l'espace Schengen, sans passer par un point de contrôle. Il convient également de noter que le nombre de passages irréguliers aux frontières vers l'Europe a en réalité diminué de 40 % au premier semestre 2026 par rapport à l'année précédente, notamment grâce à des stratégies de prévention mieux coordonnées. Au lieu de s'en prendre à M. Sánchez, les principaux dirigeants européens devraient s'engager à coopérer avec l'Espagne afin de minimiser le risque qu'un tel drame ne se reproduise.

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27 juillet, 2026

L’ÈRE DES PROCONSULS

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(BLESSURES INVISIBLES), 2006
© JORGE JULIÁN ARISTIZÁBAL

Le Monde
Diplo
Déferlante des droites radicales en Amérique latine / L’ère des proconsuls / Il n’y a pas si longtemps, les États-Unis devaient soutenir des coups d’État militaires pour dompter une Amérique latine rebelle. Aujourd’hui, l’affaiblissement de la gauche et l’envol de la criminalité favorisent l’expansion d’une droite radicale dans la région. Tout autant que les généraux à lunettes noires d’hier, cette mouvance épouse les desseins de la Maison Blanche dans son « arrière-cour».

par Christophe Ventura  

CHRISTOPHE VENTURA 

«Indépendants  ? Non, non ! Aucun pays au monde ne peut être indépendant en ce moment ! » M. Abelardo de la Espriella, arrivé en tête du dépouillement initial de l’élection présidentielle du 21 juin en Colombie (1), est encore candidat quand il répond aux questions du pasteur Miguel Arrázola (2). Dans un pays où 18 % de la population se déclare évangélique (3), l’influent fondateur de l’Église chrétienne familiale Rivières de vie de Carthagène interroge « le Tigre » (le surnom que M. de la Espriella, « catholique œcuménique », s’est lui-même choisi) sur la relation qu’il entend bâtir avec les États-Unis. Et tout particulièrement avec le président Donald Trump, à la suite des tensions qui ont envenimé les rapports de ce dernier avec son homologue de gauche Gustavo Petro (4). « C’est la première fois qu’un président colombien [sera] républicain », répond-il, sourire aux lèvres. M. de la Espriella poursuit : « Je suis républicain aux États-Unis. (…) J’ai voté pour M. Trump à l’élection [de 2024]. » Fringuant avocat de 47 ans, l’homme affiche trois nationalités : colombienne, italienne et américaine. Il a obtenu la dernière en 2023 après avoir vécu dix ans en Floride et pourrait devenir le second président sud-américain à en disposer, après M. Daniel Noboa (Équateur).

À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR  

M. de la Espriella revendique haut et fort sa loyauté envers M. Trump. Fidèle à lui-même, ce dernier n’a pas manqué de s’ingérer dans la campagne colombienne pour indiquer aux électeurs le nom du candidat qu’il voulait voir inscrit sur leur bulletin de vote du 21 juin, condition pour que Washington maintienne sa coopération (financière, économique, sécuritaire) avec Bogotá. Dans le cadre de la politique néocoloniale de la Maison Blanche vis-à-vis de son « arrière-cour », la Colombie est donc une pièce maîtresse.

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« Je veux un plan Colombie II et que les bases américaines reviennent », a ainsi annoncé M. de la Espriella en référence au plan qui, au prétexte de faire la guerre au « narcotrafic », avait permis aux États-Unis de déployer des troupes dans le pays entre 2000 et 2015, notamment pour lutter contre les guérillas. Durant la campagne, il a promis de reconstituer la puissance militaire nationale, de détruire les champs de production de coca, de démanteler les groupes armés et les cartels avec l’aide des États-Unis et d’Israël. Son objectif : en finir avec la stratégie de « paix totale » de son prédécesseur, qui a échoué (5).

Dépérissement moral

Le scrutin colombien s’inscrit, en tout état de cause, dans la séquence plus large d’une déferlante de la droite radicale en Amérique latine : élection de M. Nayib Bukele au Salvador en 2019 (il est réélu en 2024), de M. Javier Milei en Argentine en 2023, de M. Noboa en Équateur en 2023 (réélu en 2025) ou encore de M. José Antonio Kast au Chili (2025). Protéiforme, le courant politique qu’incarnent ces derniers présente certaines constantes : néolibéralisme, poigne en matière sécuritaire, esprit de revanche vis-à-vis des forces de gauche, alignement géopolitique sur Washington et, le plus souvent, proximité personnelle avec M. Trump. Pendant la campagne en Colombie, celui-ci affirmait : « Les résultats de cette élection sont très importants pour le futur de la Colombie et de ses relations avec les États-Unis compte tenu (…) du soutien politique qu’il [M. de la Espriella] m’a apporté, à moi personnellement » (Truth Social, 3 juin 2026). Ce qui importe au président américain, c’est de disposer d’un dirigeant aux ordres en Colombie. À une autre époque, on aurait parlé de « proconsul ».

Le grand virage vers les marges extrêmes de la droite d’une région hier considérée comme un laboratoire pour la gauche s’explique en partie par les échecs de cette dernière (facilités, entre autres, par les ingérences américaines) quand elle a dominé la scène politique locale, des années 2000 au début des années 2020. Si l’Amérique latine lui doit d’importantes avancées sociales et démocratiques, elle n’est pas parvenue à transformer durablement les structures économiques et sociales qui alimentent depuis toujours les inégalités et engendrent la pauvreté. Sa stratégie, fondée sur un plus grand partage des richesses adossé à l’augmentation de la rente issue de l’exportation de ressources naturelles, s’est épuisée.

Cette situation a alimenté une désaffection à l’égard des forces progressistes, particulièrement au sein des secteurs populaires, des classes moyennes vulnérables et des jeunes, ces derniers n’ayant connu que la gauche au pouvoir. La dynamique s’est accentuée à mesure que la génération de dirigeants des années 2000 (de Hugo Chávez, au Venezuela, à M. Evo Morales en Bolivie ou Mme Cristina Fernández en Argentine) n’a pas été relayée par des figures jouissant d’une popularité comparable et que les forces de gauche subissaient de multiples « guerres judiciaires ».

La crise financière internationale de 2008, aggravée par la pandémie de Covid-19 (2020-2021), qui a plongé la région dans sa pire récession depuis un siècle, a enfermé tous les pays du sous-continent dans un régime de croissance atone alors que le commerce international ralentissait. La guerre d’Ukraine engagée par la Russie (2022) et celle contre l’Iran provoquée par les États-Unis et Israël (2026) nourrissent les poussées inflationnistes qui rongent les pouvoirs d’achat en Argentine, en Bolivie, en Colombie ou au Venezuela. Par-delà leurs spécificités, tous les pays sont confrontés aux mêmes problèmes socio-économiques : l’informalité qui touche près de la moitié des actifs (et prive d’autant les ressources fiscales des États), l’augmentation des inégalités, du nombre des travailleurs pauvres et de la précarité, qui affecte les classes moyennes et populaires. Selon la Banque mondiale, 32 % de la population latino-américaine est exposée au risque de tomber dans une pauvreté qui concerne déjà 25 % des individus (6).

Par vagues, les mécontentements populaires s’expriment régulièrement depuis la fin des années 2010 sans que les gouvernements apportent de solutions durables aux revendications et demandes sociales. Les manifestations et les mouvements sociaux se succèdent jusqu’à atteindre des niveaux insurrectionnels : au Chili, en Colombie ou en Équateur entre 2019 et 2021, ainsi qu’en Bolivie en 2026.

De telles situations ont contribué aux « votes sanction », favorables à la droite radicale, alors même que la région traverse un cycle électoral intense. Tous les pays latino-américains ont en effet connu depuis 2021 des scrutins présidentiels et législatifs. D’autres se dérouleront en 2026 (Brésil en octobre, Haïti en août et décembre), puis en 2027 (Salvador — législatives —, Guatemala, Mexique — législatives de mi-mandat —, Argentine).

Or, si une large partie de la population estime que la gauche n’a pas fait assez pour transformer les sociétés dont elle a pris la direction, les classes dominantes considèrent, elles, qu’elle a déjà trop accompli : il s’agit donc de reprendre les choses en main. À commencer par l’État. Cette droite entend ainsi prendre le problème à la racine, défendant l’idée que l’exercice du pouvoir par la gauche aurait conduit à un dépérissement moral et institutionnel : gangrène bureaucratique ; parasitisme des programmes sociaux et de ceux destinés aux peuples autochtones, aux femmes et aux minorités de genre ; entraves à la liberté entrepreneuriale.

En Colombie, M. de la Espriella entend réduire « de 40 % » la taille de l’État en quatre ans. Il promet, comme le détaille son programme de campagne, d’engager la « grande révolution de la dérégulation », de créer un « pays de propriétaires », de baisser massivement les impôts, d’attirer les investissements étrangers pour exploiter les ressources naturelles du pays (pétrole, gaz, minerais, eau). Et, pourquoi pas, de dollariser l’économie. Au Chili, M. Kast et son « gouvernement d’urgence » entendent, eux, « rompre » avec les politiques de M. Gabriel Boric par le biais d’une « méga-réforme » et d’un processus de « reconstruction nationale » reposant sur une recette assez peu innovante : baisse des impôts, audit et réduction des dépenses publiques, fusion ou réduction des ministères et des administrations, austérité, etc. Dans la même veine, M. Noboa a divisé par deux le nombre de ministères dans son pays (de vingt à dix), pris des mesures en faveur de la flexibilisation du travail et des investisseurs étrangers dans plusieurs secteurs : services technologiques et intelligence artificielle avec la création de zones franches ; exploitation minière ; énergie… Un peu partout, des tronçonneuses sont brandies par la main droite de l’État afin d’amputer la gauche.

Pour la plupart de ces dirigeants, les économies escomptées doivent financer des politiques de militarisation de la lutte contre le crime organisé. Des perspectives réjouissantes pour les industries sécuritaires de Washington et Tel-Aviv. M. Bukele entend, lui, convertir ses investissements dans la sécurité en gains économiques (stabilité, attractivité pour les investisseurs étrangers, développement de nouveaux secteurs comme le tourisme ou l’économie numérique). De telles orientations ont une autre fonction : contrôler, voire discipliner, le corps social dans une période de restriction des ressources disponibles (travail, revenus, services).


Il faut aussi produire un discours qui permette de donner envie à la majorité des électeurs de poser la tête sur le billot. Dans ce domaine, la droite a su tirer profit des nouveaux fléaux qu’affrontent les sociétés latino-américaines. L’expansion du crime organisé liée à l’intensification du trafic de drogue international a profondément modifié les équilibres régionaux. La production de cocaïne atteint des niveaux historiques (environ 1 000 tonnes en 2015, plus de 3 700 en 2023), en premier lieu en Colombie, qui concentre à elle seule deux tiers des aires de culture de la coca dans le monde. Le total de la surface destinée à sa production dans le pays a été multiplié par cinq depuis 2013. Dans le monde, 25 millions de personnes ont consommé cette substance en 2023, contre 17 millions en 2013, soit une augmentation de près de 50 % (7). Les réseaux criminels étendent désormais leur toile et opèrent sur l’ensemble du territoire latino-américain pour produire et acheminer vers le reste de la planète l’ensemble des stupéfiants qu’elle consomme (cocaïne, héroïne, drogues de synthèse, marijuana). Conséquence : l’Amérique latine est la région la plus violente du monde (hors terrains de conflits militaires). Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « avec environ 9 % de la population mondiale, l’Amérique latine et la Caraïbe enregistrent près d’un tiers des homicides commis dans le monde. On estime qu’environ la moitié de ces homicides sont liés, directement ou indirectement, à des organisations criminelles et à des gangs (8) ».


Cette progression des violences et des homicides a placé la question sécuritaire au premier rang des préoccupations populaires. À cela s’ajoutent la persistance de la corruption, qui mine la crédibilité des institutions, ainsi que les effets des mouvements migratoires provoqués par la crise vénézuélienne, mais aussi par les situations cubaine et haïtienne, lesquelles alimentent les flux migratoires vers de nombreux pays (Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Mexique, Panama).

Peu à peu, ces enjeux ont déplacé le centre de gravité du débat public. Les questions liées à la justice sociale, à la redistribution, à l’environnement ou à l’élargissement des droits ont perdu de leur centralité au profit de celles concernant la sécurité, la lutte contre la corruption de l’État et des personnels politiques ou le contrôle des frontières. Les droites régionales et leurs pôles radicaux ont su investir ces thématiques. Elles ont construit, notamment sur les réseaux sociaux et au travers de nombreux espaces de sociabilité (églises et confréries, clubs de sport, associations familiales, etc.), des discours articulés autour d’une obsession, le retour à l’ordre. Dans toutes ses déclinaisons : moral, religieux, social, sécuritaire. La « bataille culturelle » (contre l’avortement, les droits des femmes, l’homosexualité, le « globalisme », le « marxisme culturel », le « narco-communisme », etc.) tient ici lieu de ciment à des coalitions hétéroclites d’un point de vue sociologique (9).

Des alliances incertaines

Pourtant, le bataillon des « proconsuls » de M. Trump (10) n’est peut-être pas aussi puissant que ce dernier pourrait l’espérer. Dans les faits, aucun, mis à part le président salvadorien, n’a obtenu seul la majorité lors de son élection. Minoritaires, certains le sont également au sein de leur assemblée. Ils se sont imposés à la faveur d’alliances avec d’autres droites radicales, les droites traditionnelles et le centre droit, ainsi que grâce au ralliement des votes rejetant d’abord l’adversaire de gauche en lice. Au sein des pouvoirs législatifs, MM. Kast et Milei dépendent d’accords négociés projet par projet. En Colombie, M. de la Espriella ne dispose pas de formation représentée à la Chambre ou au Sénat. Face à un camp progressiste ayant mobilisé près de la moitié des électeurs au second tour de la présidentielle, il devra, si sa victoire est confirmée, s’appuyer sur les partis de la droite traditionnelle (Parti conservateur, Centre démocratique de M. Álvaro Uribe, Parti social d’unité nationale — ou Parti de la U —, Changement radical) ainsi que sur les élus du Parti libéral.

Alors que rien n’est joué pour la présidentielle brésilienne (contrairement, selon toute vraisemblance, à celle du Pérou), les attelages hétérogènes qui soutiennent ces pôles radicaux des droites latino-américaines frappent par leur fragilité. Combien de temps les populations soutiendront-elles des pouvoirs qui leur préfèrent M. Trump ?

Christophe Ventura

Journaliste.

Notes :

(1) À l’heure où nous mettions sous presse, la victoire de M. de la Espriella n’avait pas été proclamée officiellement. Le dépouillement initial indiquait des résultats serrés. Le candidat de gauche, M. Iván Cepeda, avait présenté plus de 57 000 réclamations.

(2) Lors d’un entretien sur Radio Centro (Guayaquil) le 6 juin 2026.

(3) « La democracia resiliente », Informe Latinobarómetro 2024, Santiago du Chili, 1er mai 2025.

(4) Lire Maurice Lemoine, « Conquêtes et déconvenues des années Petro », Le Monde diplomatique, juin 2026.

(5) Lire Loïc Ramirez, « En Colombie, une impossible “paix totale” », Le Monde diplomatique, juin 2026.

(6) Cité dans « Democracias bajo presión : Reimaginar los futuros de la democracia en America Latina y el Caribe 2026 », (PDF), PNUD, New York, 11 mai 2026.

(7) « World drug report 2025 », Nations unies, New York, 2026, www.unodc.org

(8) Lucía Dammert et Carolina Sampó, « What do we know about organized crime in Latin America and the Caribbean », (PDF), PNUD, New York, 2025, www.undp.org

(9) Lire « M. Trump, pirate des Caraïbes », Le Monde diplomatique, janvier 2026.

(10) Qui, contrairement aux procurateurs romains, ne jouissent pas tous d’un titre de nationalité au sein de l’empire qu’ils servent.


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DESSIN SELÇUK 
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26 juillet, 2026

DES DOCUMENTS DE LA CIA CONTREDISENT TRUMP SUR LES ÉLECTIONS VÉNÉZUÉLIENNES

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Investig'Action
Lors de son discours sur l’état de l’Union prononcé jeudi 16 juillet, le président américain Donald Trump a affirmé que des documents déclassifiés de la CIA (Agence centrale de renseignement) apportaient la preuve d’une prétendue fraude électorale par voie électronique au Venezuela sous les gouvernements d’Hugo Chávez et de Nicolás Maduro. Or, ces documents, déclassifiés par la Maison Blanche, contredisent cette accusation.

Telesur 26 juillet 2026

TRUMP TENANT UN PETIT
 GLOBE TERRESTRE EN SOUPLE.
 ILLUSTRATION PHOTOGRAPHIQUE
DE PHILOTHEUS NISCH

Trump a déclaré que son discours visait à renforcer la confiance des citoyens américains dans le système électoral de leur pays. Cependant, plusieurs médias américains ont estimé qu’il avait consacré une bonne partie de son discours à discréditer les élections américaines. De même, les affirmations de Trump concernant le système électoral vénézuélien étaient en contradiction avec le contenu des dossiers auxquels il faisait référence.

LA NOTE DE LA CIA, DATÉE DU 29 JUIN, RECONNAÎT QUE
« D’AUTRES FACTEURS EXPLIQUENT MIEUX LES RÉSULTATS ÉLECTORAUX »
 AU VENEZUELA ET QUE SES SOURCES ÉTAIENT LIMITÉES
(CAPTURE D’ÉCRAN)

À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Au cœur de cet ensemble de documents déclassifiés figure une note de la CIA datée du 29 juin 2026, qui analyse les informations recueillies pendant près de deux décennies concernant la capacité du gouvernement vénézuélien à s’ingérer dans les élections par le biais des machines à voter. Entre 2004 et 2020, ces rapports faisaient état de « préoccupations persistantes » concernant la manipulation des systèmes de vote électronique, sans qu’aucune vérification n’ait été effectuée, note le Washington Post.

Ce que le rapport reconnaît

Concernant ces soupçons, la CIA « n’a pas confirmé de manière définitive qu’une fraude électronique à grande échelle ait été menée à bien lors d’élections vénézuéliennes spécifiques », et son évaluation de base indiquait que « d’autres facteurs expliquaient mieux les résultats électoraux ». Le document attribuait toutefois aux responsables vénézuéliens « une certaine capacité à manipuler les systèmes de vote électronique », sans preuve que cette technologie — principalement mise au point par la société Smartmatic — ait été utilisée pour fausser une élection quelconque.

Le rapport ajoutait que les allégations concernant des techniques avancées provenaient de « sources limitées » et que les vulnérabilités détectées restaient théoriques.

LA PRESSE AMÉRICAINE DÉMENT LE RÉCIT PRÉSIDENTIEL ;
LE WASHINGTON POST QUALIFIE D’« OBSESSION » CE QUE TRUMP
PRÉSENTE COMME UNE FRAUDE, ET QUE SA PROPRE CIA
RECONNAÎT NE PAS AVOIR CONFIRMÉ
(CAPTURE D’ÉCRAN)

La presse américaine dément le récit présidentiel ; le Washington Post qualifie d’« obsession » ce que Trump présente comme une fraude, et que sa propre CIA reconnaît ne pas avoir confirmé (capture d’écran)

La CIA s’est également penchée sur les élections en dehors du Venezuela et a écarté la possibilité que Caracas puisse s’ingérer dans des élections à l’étranger. « Ni Smartmatic ni le gouvernement vénézuélien n’avaient la capacité — c’est-à-dire le niveau de contrôle ou d’accès requis — de manipuler le résultat d’une élection en dehors du Venezuela », indique le document. Cela répond à une théorie selon laquelle le Venezuela aurait truqué les élections américaines, théorie que l’entourage de Trump ne cesse de répandre depuis qu’il a perdu sa candidature à la réélection face à Joe Biden en 2020.

Cette théorie a vu le jour au lendemain des élections américaines de 2020, lorsque les avocats Rudy Giuliani et Sidney Powell ont accusé les fabricants de machines à voter Dominion Voting Systems et Smartmatic d’être en réalité, en secret, des entreprises vénézuéliennes dont l’objectif était de manipuler les votes en faveur du commandant Chávez, affirmant que ces sociétés avaient favorisé la victoire de Joe Biden grâce à une programmation cachée. Le Washington Post a souligné que ni Trump ni ses alliés n’avaient à ce jour fourni de preuves d’une ingérence du Venezuela dans une élection américaine.

Cette absence de preuves a été constatée au sein même des services de renseignement américains. Un rapport de 2021 concluait qu’« aucune information ne suggère que le régime vénézuélien actuel ou les régimes précédents aient été impliqués dans des tentatives visant à compromettre l’infrastructure électorale américaine ». Ce rapport a été rédigé par John Ratcliffe, le directeur du renseignement national nommé par Donald Trump lui-même.

Trump contredit la CIA

Jeudi, Trump a réitéré sa théorie, pourtant démentie. Il a affirmé avoir publié « des documents montrant que la CIA avait obtenu des informations concernant un complot spécifique visant à manipuler les résultats » en faveur du gouvernement du président Nicolás Maduro. Il en a conclu que « c’est exactement ce qui s’est passé » lors des élections vénézuéliennes de 2020, affirmant que des méthodes avaient été mises au point pour altérer le décompte des voix sans laisser de traces. Le New York Times a qualifié ces affirmations de déformation des conclusions de sa propre agence de renseignement.

Alors que le document fait état de soupçons non confirmés, le discours de Trump proclame des certitudes. Là où la CIA écarte toute preuve, Trump prétend en détenir. Une accusation maintenue pendant six ans, réfutée par les documents censés la prouver, s’avère n’être que de la propagande.

Trump a appliqué cette même théorie à d’autres gouvernements. Dans ce même discours, il a qualifié la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord d’« adversaires » et leur a attribué la capacité de compromettre l’« infrastructure électorale » des États-Unis.

La réponse de la Russie fait écho à l’essence même de l’affaire vénézuélienne. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que Trump s’appuyait sur « des informations anonymes et infondées » provenant des services de renseignement et que plusieurs enquêtes menées par les services de renseignement américains avaient conclu que la Russie « n’avait exercé aucune influence » sur les élections américaines. Il a souligné que Moscou n’intervenait jamais dans les affaires intérieures d’autres pays, un traitement qu’elle attend des autres nations.

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