22 septembre, 2026

UNE DU JOUR. À BERLIN, LES CONSERVATEURS BATTUS PAR ELIF ERALP, CANDIDATE DE GAUCHE RADICALE

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LA UNE DE LA “TAGESZEITUNG”,
QUOTIDIEN ALLEMAND DE GAUCHE,
AU LENDEMAIN DE LA VICTOIRE
À BERLIN D’ELIF ERALP, CANDIDATE
DU PARTI DE GAUCHE DIE LINKE. TAZ

Courrier
international
Ce lundi 21 septembre, la Tageszeitung (TAZ) consacre sa une aux cris de joie d’Elif Eralp et de son équipe. La candidate du parti de gauche radicale Die Linke est arrivée en tête de l’élection régionale dans le Land de Berlin, avec près de 26 % des voix, loin devant la CDU − parti du maire-gouverneur sortant, Kai Wegner −, qui obtient environ 19 % des suffrages.

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Source : Die Tageszeitung  Lecture 2 min. Publié le 21 septembre 2026 à 12h25, mis à jour le 21 septembre 2026 à 12h42

ELIF ERALP, TÊTE DE LISTE DU
PARTI ALLEMAND DIE LINKE, LORS
D’UN DÉBAT TÉLÉVISÉ,  APRÈS
 LES ÉLECTIONS RÉGIONALES,
À BERLIN, LE 20 SEPTEMBRE 2026.
PHOTO RALF HIRSCHBERGER

La CDU expropriée !” s’exclame le quotidien de gauche, en référence à l’une des propositions phares de celle qui a battu les conservateurs. Elif Eralp entend en effet exproprier les grandes sociétés immobilières pour nationaliser 220 000 logements de la ville, où les loyers ont bondi de 70 % en dix ans.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR 

Dimanche, la formation d’extrême gauche a laissé loin derrière elle le Parti social-démocrate (SPD), qui, avant de perdre la mairie de Berlin au profit de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) en 2023, fut pendant des décennies la force politique dominante de la capitale allemande. Elle a aussi battu le parti du maire sortant et du chancelier fédéral, Friedrich Merz, qui obtient 19,2 % des voix, en recul de 9 points. Die Linke surclasse également les Verts, qui pointent à 14,3 % (− 4,1 points), et surtout le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), qui réalise toutefois une percée dans la capitale, avec 15,8 % des voix (+ 6,7 points). D’après les dernières estimations de résultats données dimanche soir, la seule coalition possible serait une alliance de Die Linke avec le SPD et les Verts. 

La victoire d’Elif Eralp consacre ainsi le renouveau de la  consacre ainsi le renouveau de la formation d’extrême gauche allemande. /  DÉCRYPTAGE - La femme politique du parti Die Linke d’origine turque est en position favorable pour diriger l’hôtel de ville de la capitale.

Dimanche soir, à Berlin, sous des lumières rouges, la foule des militants de Die Linke réunie dans la salle des fêtes du quartier de Kreuzberg a célébré sur une musique orientale la victoire de sa candidate, l’avocate de 45 ans d’origine turque Elif Eralp. Pour la première fois depuis la réunification allemande, l’extrême gauche est en passe de gouverner la ville-État depuis la mairie en briques de Berlin, communément appelée la « Rotes Rathaus » (« la mairie rouge »), qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

Au micro, sur la scène, la tête de liste a commenté son score impressionnant de 25,7 % des suffrages :  «Nous n’allons pas laisser cette ville aux fascistes et aux extrémistes de droite qui nous divisent, qui nous haïssent et répandent la haine. Ensemble, nous allons nous battre pour un futur radieux ! » Un large succès obtenu à l’issue une campagne inspirée par celle de Zohran Mamdani, le maire de New York, dont Elif Eralp a recruté le stratège. Une campagne…

► À lire aussi :    L'ALLEMAGNE INTERDIT LE MAGAZINE D'EXTRÊME DROITE "COMPACT"

La candidate avait mis la crise du logement au cœur de sa campagne − arborant même un collier de lettres formant les mots “encadrement des loyers” − et créé une dynamique semblable à celle qui a permis l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York.

Une victoire “en trompe-l’œil”

Le score de Die Linke “devrait suffire pour former une alliance de gauche” à la tête du Land de Berlin, “avec une femme issue de l’immigration [turque] à sa tête”, souligne la TAZ. De quoi confirmer “la réputation de Berlin comme laboratoire du progressisme” dans le pays.

Attention, prévient toutefois le journal : il s’agit d’une victoire “en trompe-l’œil” pour la gauche, qui “ne peut pas faire oublier” la percée historique de l’extrême droite dans deux autres Länder. Dimanche 20 septembre, soit deux semaines après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, le parti est également arrivé en tête dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dans le nord-est du pays.

Même à Berlin, l’AfD, arrivée en troisième position, a presque doublé son score par rapport au précédent scrutin et obtient 16,3 % des suffrages (contre 9 % lors de l’élection de 2023).

Certes, les deux Länder appelés aux urnes dimanche pourraient être dirigés par des coalitions de gauche, et pas seulement Berlin − car en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la sociale-démocrate Manuela Schwesig, candidate à sa réélection, talonne l’AfD et devrait pouvoir continuer de gouverner grâce à un jeu d’alliances. Pour autant, la percée de l’extrême droite est historique dans le pays − et inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 Die Tageszeitung (Berlin)

Le journal Tageszeitung, ou TAZ, est né en 1978 à Berlin-Ouest en réaction au terrorisme d’extrême gauche de la Fraction armée rouge (RAF). Se démarquant de la presse traditionnelle, il s’est imposé comme le quotidien de gauche des féministes, des écologistes et des pacifistes.

Le journal est partenaire du Monde diplomatique, dont il édite l’édition allemande.

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15 septembre, 2026

WASHINGTON RECONNAÎT POUR LA PREMIÈRE FOIS AVOIR DÉPLOYÉ DES ARMES EN ORBITE

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IA  IMAGE

RT France
Les États-Unis confirment disposer de systèmes d’armes opérationnels dans l’espace, sans en révéler la nature. Washington présente ces capacités comme une réponse à la militarisation croissante de l’espace, notamment par la Chine.

RT en français 15 sept. 2026, 14:40

En savoir plus sur RT en français: https://francais.rt.com/international/138062-washington-reconnait-pour-premiere-fois-avoir-deploye-armes-en-orbite  

Pour contourner la censure utiliser un réseau privé virtuel (VPN) / Comment utiliser le VPN gratuit et illimité du navigateur Opera ? 
Les États-Unis disposent désormais officiellement d’armes déployées dans l’espace.

L’annonce a été faite le 14 septembre par le secrétaire américain à l’Air Force, Troy Meink, avant d’être confirmée par l’US Space Force.

Washington affirme posséder des « systèmes de contrôle spatial armés en orbite », capables de protéger les forces américaines contre des actions hostiles. Leur nature exacte et leurs capacités restent toutefois classifiées.

DES MEMBRES DE L’US SPACE FORCE À LA BASE DE
VANDENBERG  (CALIFORNIE), LE 18 DÉCEMBRE 2025.
PHOTO DAVID DOZORETZ

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR 

Un changement de discours

Cette reconnaissance marque un tournant dans la communication du Pentagone.

Jusqu’ici, les autorités américaines évoquaient ouvertement la nécessité pour les États-Unis de pouvoir mener des opérations de combat dans l’espace, mais sans confirmer aussi explicitement la présence d’armes américaines déjà déployées en orbite.

La notion de « contrôle spatial » utilisée par l'armée américaine recouvre un éventail de capacités. Elle peut désigner des moyens cinétiques, capables de détruire physiquement une cible, mais aussi des systèmes non cinétiques destinés à brouiller, perturber ou neutraliser les communications ou les fonctions d’un satellite adverse.

La Chine au cœur des justifications américaines

Washington justifie cette évolution par la montée en puissance des capacités spatiales d’autres puissances, en particulier de la Chine.

Pékin développe notamment des technologies permettant d’interférer avec des satellites, voire de les détruire.

Début septembre, Reuters avait documenté le développement, par les États-Unis et la Chine, de satellites capables de manœuvrer à proximité d’autres engins spatiaux.

Ces capacités dites de rendez-vous et de proximité peuvent avoir des applications civiles, mais également militaires, notamment dans le cadre d’opérations de surveillance, d’interférence ou de neutralisation de satellites.

Le projet « Golden Dome »

L’annonce intervient également alors que l’administration de Donald Trump développe son projet de bouclier antimissile baptisé « Golden Dome ».

Ce programme doit notamment s’appuyer sur des intercepteurs placés dans l’espace. Il s’agit d’un système distinct de celui évoqué par Troy Meink, mais le responsable américain a indiqué que certains équipements étaient déjà prêts pour des essais en vol.

Le développement de ces capacités témoigne d’une volonté américaine de renforcer la capacité de défense et d’action militaire dans l’espace.

Une nouvelle étape dans la course aux armements spatiaux ?

Le Traité sur l’espace extra-atmosphérique de 1967 interdit le placement en orbite d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive. En revanche, il n’interdit pas explicitement le déploiement en orbite d’armes conventionnelles.

Sur le plan juridique, la situation demeure donc différente selon la nature des systèmes concernés.

Mais la reconnaissance américaine pourrait avoir des conséquences géopolitiques importantes.

Elle risque notamment d’alimenter la course aux armements spatiaux, chaque puissance pouvant invoquer les capacités de ses adversaires pour justifier le développement et le déploiement de nouveaux systèmes militaires.

L’espace, longtemps présenté comme un domaine essentiellement scientifique et stratégique, devient ainsi de plus en plus ouvertement un nouveau théâtre de confrontation militaire entre grandes puissances.

RT en français


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« SATELLITE »
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14 septembre, 2026

FÊTE DE L’HUMANITÉ : UN THÉÂTRE DE SOLIDARITÉ AVEC CUBA

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PHOTO PRENSA LATINA

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Prensa Latina
Paris, 14 septembre 2026.  La solidarité avec Cuba et la condamnation d’un blocus renforcé imposé par les États-Unis à cette îl se démarquent aujourd’hui comme le point fort de 25 scènes de débat de la 91ème édition de la Fête de L'Humanité.

Prensa Latina 14 septembre 2026 16:13

fabien Roussel, secrétaire national et candidat présidentiel du Parti communiste de France (PCF), le grand hôte de cet événement, a accordé une importance particulière à Cuba en recevant et partageant avec des membres d’une délégation cubaine.

FLYER CUBA

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR 

Roussel a souligné la résistance et l’esprit de lutte du peuple cubain et dénoncé l’insistance de la Maison Blanche à mettre à genous par la force le peuple du pays caribéen avec l’application d’une politique d’asphyxie économique qui comprend un blocus énergétique depuis janvier dernier.

► À lire aussi :    LA FÊTE DE L’HUMA S’EST ACHEVÉE

UN VISITEUR AU STAND DU CHILI
À LA FÊTE DE L'HUMANITÉ 2026

Les plus hauts dirigeants des communistes français ont également fait de fermes déclarations de soutien à Cuba, au PCC et à la révolution du pays antillais.

La délégation cubaine, conduite par Marydé Fernández López, membre du comité du Parti communiste de Cuba (CCPCC), a partagé la scène avec Roussel devant des centaines de personnes sur le stand du Conseil national du PCF.

Le plus grand forum de la gauche, au moins en Europe, et avec une participation d’environ 570 000 personnes, pour la plupart jeunes, est devenu le théâtre d’expressions de solidarité et de concrétisation des idées sur la meilleure façon d’aider le pays caribéen.

Les associations européennes de solidarité ont soutenu la juste cause du peuple cubain dans sa lutte contre plus de six décennies d’embargo génocidaire, mais elles ont également annoncé des envois de dons à Cuba, victime de cette politique d’étranglement de Washington.

Les déclarations de soutien à Cuba et de dénonciation des tentatives nord-américaines de nier l’exemple de justice sociale exprimées par le sénateur et directeur du journal L’Humanité, Fabien Gay, ont également constitué un moment émouvant.

Lors d’un événement de masse dans la tente Agora du journal, qui organise cet événement depuis 1930, Aleida Guevara, fille du Ché Guevara, a prononcé une intervention sensationnelle pour rejeter le harcèlement de Washington contre l’île. peo/mem/to


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12 septembre, 2026

CHILI L’INCENDIE D’UNE MAISON DE RETRAITE FAIT 16 MORTS.

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Courrier
international
Toutes les victimes sont des personnes âgées. BiobioChile rapporte que l’établissement El Edén, situé à Pitrufquén, environ 700 kilomètres au sud de la capitale Santiago, “n’avait pas d’autorisation d’exploitation” et qu’il n’y avait “qu’un seul soignant pour ses 26 résidents”. 

des plaintes avaient déjà été déposées après des dysfonctionnements observés dans la maison de retraite. Les autorités sanitaires de la région avaient également été alertées de différents problèmes au sein de l’établissement.
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FENÊTRE SUR COUR

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07 septembre, 2026

L'OPÉRATION « XXème SIÈCLE »

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LE 7 SEPTEMBRE 1986, UN INCROYABLE ATTENTAT, 
BAPTISÉ OPERACION « SIGLO XX  », FUT ORGANISÉ 
PAR LE FRONT PATRIOTIQUE MANUEL RODRÍGUEZ (FPMR),
 BRAS ARMÉ DU PARTI COMMUNISTE DU CHILI CONTRE PINOCHET, 
L'ATTENTAT N’ÉCHOUE QUE DE JUSTESSE

1986 - 7 septembre - 2026
40ème anniversaire de la tentative de tyrannicide

L
PHOTO ARCHIVE QUOTIDIEN LA NACIÓN
e 7 septembre 1986 : Le général Pinochet échappe à un attentat, du Front Patriotique Manuel Rodriguez, (FPMR) qui fait cinq morts. 
L'opération portait déjà un nom : opération «Siglo XX». L'opération «XXème siècle» parce qu'elle devait changer le cours de l'Histoire.

05 septembre, 2026

SUR LA VIOLENCE SPÉCULATIVE DE L’IA


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IMAGE REFIK ANADOL

Le Grand
Continent
L’extrême droite a trouvé dans l’intelligence artificielle générative une nouvelle arme. / Notes sur la politique réactionnaire du déjà-vu. / Pièces de doctrines Puissances de l'IA / Au cours de l’été 2025, mon fil d’actualité sur les réseaux sociaux a été inondé d’images de foules désordonnées se dirigeant vers les ports et les places européennes pour les saccager 1.

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Point de vue : Vous êtes à Barcelone en 2050
 #barcelone #espagne #2050 #pride #veo3
La propagande d'extrême droite de la fachosphère

Auteur Donatella Della Ratta  Date 4 septembre 2026

Ce sont de véritables vagues barbares qui s’abattent sur les charmants Navigli de Milan, capitale de la mode, en les réduisant à des tas d’ordures. Elles prennent d’assaut les célèbres Ramblas de Barcelone et répandent des déchets dans toute l’Europe, de Liverpool à Berlin en passant par Copenhague.

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Rien de tout cela n’est bien sûr « vrai » : il s’agit de vidéos générées par l’intelligence artificielle qui prétendent donner un aperçu de la vie dans les villes européennes en 2050. Ces clips, réalisés selon les règles des formats courts très populaires sur les réseaux sociaux, s’inspirent du genre du voyage dans le temps filmé en POV (point de vue à la première personne). [POV signifie « Point of View » en anglais, ce qui correspond à « point de vue » en français.

► À lire aussi :    CHILI : « L’ORDRE » DE KAST, OU COMMENT LA DÉMOCRATIE DEVIENT ENCOMBRANTE

Ces contenus reproduisent une grammaire visuelle reconnaissable et facilement reproductible : que l’on se réveille dans la Rome antique dans la peau d’un gladiateur, au sein du Vatican dans les habits du pape ou dans le Paris du futur, ces images invitent à « vivre » l’histoire à la première personne, en tant que participant plutôt qu’en tant que spectateur.

Peu importe que cette histoire soit totalement fictive, tant dans sa version passée que dans celle du futur : il s’agit d’une sorte de fast history produite pour attirer l’attention et récolter des likes plutôt que pour documenter ou informer. 

Les producteurs de ces contenus se défendent en affirmant que leur objectif est de stimuler la curiosité du public et de l’inciter à aller plus loin. Or, c’est précisément dans leur nature spéculative assumée que réside le danger.

Ces vidéos peuvent difficilement être confondues avec des images « réelles ». Sur les plans esthétique et narratif, elles sont ouvertement présentées comme des fictions qui réinventent le passé ou imaginent des scénarios alternatifs, présents ou futurs. Elles ne cherchent donc pas à tromper, à la différence des deep fakes. Elles donnent plutôt une forme visible à des fantasmes et à des possibilités, les rapprochant ainsi de notre horizon perceptif, les rendant familières et, progressivement, concevables.

L’esthétique POV renforce encore davantage le sentiment d’« y être », de vivre un témoignage expérientiel. Qu’il s’agisse de l’Italie de 1922, imaginée avec tous les stéréotypes de la dolce vita : l’épouse attentionnée qui sert le petit-déjeuner au lit, le match de foot entre amis sur une belle place monumentale où l’on sert du café et des glaces, ou de celle de 2050, prise d’assaut par des hordes de migrants qui transforment la beauté italienne en un triomphe de chaos, de détritus, de femmes voilées de noir jusqu’aux yeux et d’hommes barbus en prière de soumission à l’islam, le mécanisme est le même. 

La complexité d’une période historique est réduite à une tonalité émotionnelle, « à l’image de » (in the style of), selon la formule désormais habituelle avec laquelle on prompt l’IA pour générer des images : la nostalgie traduite en esthétique, l’idéalisation visuelle d’une année, 1922, qui coïncide avec la montée du fascisme en Italie et le début de ses conséquences désastreuses que nous connaissons tous grâce à l’histoire factuelle. Mais si le passé historique est reconstruit comme une ambiance esthétique, l’avenir est encore plus inquiétant. Des théories du complot telles que celle du grand remplacement ou des fantasmes sur la future soumission de l’Europe à une domination islamique non mieux précisée — la « dhimmitude » théorisée par Bat Ye’or, pseudonyme de Gisèle Littman, dans des ouvrages comme Eurabia — acquièrent, grâce à l’IA, une forme visuelle immédiate et virale, encore renforcée par des formats immersifs.

« C’EST LÀ QUE SE JOUE LA VÉRITABLE PARTIE : IL NE S’AGIT PAS
DE MONTRER  LE MONDE TEL QU’IL EST, MAIS D’EN RENDRE VISIBLES
CERTAINES  CONFIGURATIONS POSSIBLES, EN FAMILIARISANT LE REGARD
POUR RENDRE LEUR RÉALISATION, D’UNE CERTAINE MANIÈRE, INÉVITABLE. ».
 
ILLUSTRATION REFIK ANADOL

Comment l’IA fabrique les souvenirs du futur

Lorsque j’ai vu pour la première fois les vidéos documentant les événements survenus à Ceuta les 30 et 31 juillet, avec l’arrivée tragique de plus de 70 000 migrants sur les côtes de l’exclave espagnole, ces images m’ont semblé étrangement familières. J’ai éprouvé une sensation de déjà-vu, comme si j’avais déjà assisté à ces événements, comme si ces scènes avaient déjà défilé sous mes yeux. Puis, je me suis souvenue des vidéos POV de 2025. 

► À lire aussi :    CEUTA : LE CHAOS ET LA TRAGÉDIE SONT INSTRUMENTALISÉS PAR L’EXTRÊME DROITE.

Des hordes de personnes prenant littéralement d’assaut la côte, des déchets éparpillés sur la plage et sur les places de la petite ville : la construction visuelle d’un véritable assaut, d’une prise, accompagnée, dans de nombreux cas, de bandes sonores et d’un langage évoquant explicitement le siège. En regardant et en revoyant ces vidéos factuelles de l’été 2026, j’ai compris ce qui était arrivé à mon regard l’été précédent. Les vidéos subjectives avaient fonctionné comme une sorte d’entraînement visuel. Elles ne m’avaient pas convaincue de leur réalité, mais elles avaient silencieusement refaçonné mon regard, en conditionnant ma compréhension des événements, les rendant familiers et donc reconnaissables lorsqu’ils se sont présentés sous forme d’images factuelles. Comme une prophétie visuelle qui n’attendait que d’être validée par les bribes d’une réalité empirique. C’est « normal », c’est « naturel » que cela finisse ainsi : tôt ou tard, les migrants prendront d’assaut l’Europe.

C’est ce qu’on pourrait appeler la violence spéculative : une forme insidieuse qui se niche dans les replis des images générées par l’IA, précisément celles qui ne prétendent pas être vraies et qui, pour cette raison, peuvent circuler sans entrave sur Internet et les réseaux sociaux. Ce sont des images qui donnent une forme visuelle à des mondes et des concepts problématiques, comme le grand remplacement, la remigration et d’autres imaginaires suprémacistes et xénophobes. Mais une fois traduites dans l’esthétique presque naïve du style de l’IA, elles se propagent sous forme de parodies, de blagues, de railleries et de contenus apparemment inoffensifs. Jusqu’à ce qu’elles deviennent « réelles », c’est-à-dire jusqu’à ce que quelque chose de ce qu’elles ont sans cesse préfiguré fasse irruption dans le réel, validant ainsi l’image et la rendant iconique et prophétique. 

La nouvelle politique du regard, que les droites extrêmes du monde entier semblent avoir appris à maîtriser avec une efficacité particulière, ne s’intéresse pas à la représentation du réel, mais plutôt à la fabrication de son anticipation stratégique. 

C’est là que se joue la véritable partie : il ne s’agit pas de montrer le monde tel qu’il est, mais d’en rendre visibles certaines configurations possibles en les confiant aux formes esthétiques les plus contemporaines et les plus omniprésentes, du photoréalisme synthétique à la slop de l’IA, et en familiarisant le regard pour rendre leur réalisation, d’une certaine manière, inévitable.

La violence spéculative agit précisément dans cet intervalle : elle ne fausse pas nécessairement le présent, mais prépare le regard collectif à reconnaître et accepter un futur possible parmi d’autres. Elle émerge là où l’imagination est mise au service de la préparation d’un projet violent impliquant l’expropriation, la déportation ou l’effacement de populations ou de territoires, et devient ainsi une véritable arme de gouvernement.

« LA VIOLENCE SPÉCULATIVE AGIT DANS CET INTERVALLE : ELLE NE
FAUSSE PAS NÉCESSAIREMENT LE PRÉSENT, MAIS PRÉPARE LE REGARD
COLLECTIF À RECONNAÎTRE ET ACCEPTER UN FUTUR POSSIBLE PARMI D’AUTRES.
 ELLE ÉMERGE LÀ OÙ L’IMAGINATION EST MISE AU SERVICE DE LA
 PRÉPARATION D’UN PROJET VIOLENT IMPLIQUANT L’EXPROPRIATION,
LA DÉPORTATION OU L’EFFACEMENT DE POPULATIONS OU DE
TERRITOIRES, ET DEVIENT AINSI UNE VÉRITABLE ARME DE GOUVERNEMENT. ».
ILLUSTRATION REFIK ANADOL

Le style prophétique

La vidéo générée par l’IA et partagée par Donald Trump en février 2025, qui montrait la bande de Gaza dévastée par la guerre se transformant en une luxueuse station balnéaire, en est un exemple paradigmatique. Dans ces images, on ne voit ni sang, ni décombres, ni destruction explicite. Au contraire, le cadre visuel mobilise le langage séduisant de la prospérité et de la régénération urbaine, présentant un fantasme de paix qui se concrétise à travers des investissements immobiliers. La violence n’apparaît nulle part, et pourtant elle sous-tend silencieusement l’ensemble du scénario. Sous la surface lisse de ces images se cache en effet un fondement tacite de génocide, de nettoyage ethnique et de déportation forcée : cet avenir radieux présuppose l’élimination physique ou géographique de la majeure partie de la population de Gaza, une idée d’ailleurs évoquée à plusieurs reprises par Trump lui-même, et de manière encore plus explicite par Benjamin Netanyahu.

Lorsque la vidéo du projet « Gaza Riviera » a commencé à circuler, suscitant une vague d’indignation généralisée, elle a été qualifiée de satire grotesque, de fantasme orientaliste et d’énième provocation dans le style désormais bien connu de Trump. Pourtant, lorsque le « Plan de paix pour Gaza en 20 points » a été officiellement présenté et approuvé en octobre 2025 par une coalition internationale, rares ont été ceux qui ont relevé les similitudes.

Reformulé dans un langage apparemment plus sobre et bureaucratique, son contenu ne s’écartait pas beaucoup de la vision générée par l’IA : la paix y était présentée comme une opportunité d’investissement immobilier et de profit, privant les Palestiniens de tout droit de regard sur l’avenir de leur terre et de leur propre vie.

Ce qui, peu de temps auparavant, semblait scandaleux avait franchi silencieusement — par la répétition et la normalisation — le seuil qui sépare l’imaginaire spéculatif de la réalité politique. Cela ne signifie toutefois pas que l’IA générative soit la cause du Plan de paix pour Gaza en 20 points, ni que les images se traduisent automatiquement en politiques sur le terrain.

Il en va de même pour Ceuta. Les vidéos POV ne remplissent pas la fonction ouvertement propagandiste des deep fakes, qui falsifient la réalité ou tentent de s’y substituer. Elles l’anticipent plutôt : elles en construisent silencieusement certaines configurations possibles en les présentant comme des visions spéculatives, et donc comme des fictions apparemment inoffensives, qui sont difficiles à classer comme de la propagande. On ne sait pas encore à quels preuves le Premier ministre espagnol Sánchez fait référence lorsqu’il accuse Israël ou la Russie d’avoir contribué à amplifier la crise de Ceuta par le biais de la désinformation. Ce qu’on sait, c’est qu’avec ces images de violence spéculative, nous sommes confrontés à quelque chose de plus subtil et sophistiqué que les fake news, précisément parce que ces images ne s’inscrivent pas immédiatement dans le registre du factuel. Elles n’informent pas que quelque chose s’est produit alors que ce n’est pas le cas ; elles nous montrent ce qui pourrait se produire, en nous habituant à reconnaître cette vision bien avant que cela n’arrive.

S’il est difficile de remonter à l’identité réelle et aux affiliations politiques de leurs auteurs, leur orientation idéologique apparaît claire.

De cet univers d’histoire synthétique émerge la construction d’un ennemi composite, capable de condenser en une seule figure des éléments souvent incompatibles entre eux, comme la défense des droits LGBTQ+ et l’islam ultraconservateur, agrémentés de l’activisme pro-palestinien et de la dictature absolue du véganisme. Dans l’une de ces vidéos consacrées à l’Europe de demain, on peut voir, par exemple, un Moscou privé de Poutine qui se serait tragiquement islamisé, tandis qu’une Ukraine sans Zelensky est imaginée comme un lieu prospère, pacifié et démocratique.

Face à cette menace, les partis censés sauver la « civilisation européenne » semble prendre les traits d’un bloc nationaliste, pro-Poutine et pro-Netanyahou, proche de l’univers MAGA. Ce n’est pas un hasard si les protagonistes de ces vidéos portent souvent des t-shirts arborant le slogan « Make America Great Again », comme pour évoquer, par analogie, une prétendue grandeur européenne perdue : un continent idéalisé, antérieur aux migrations de masse et au multiculturalisme, dont l’intégrité serait aujourd’hui constamment menacée. C’est cette même Europe mythifiée qui refait surface dans l’imaginaire trumpien, d’Elon Musk à Marco Rubio : non pas un lieu historique ayant réellement existé, mais un passé imaginaire de civilisation grandiose en proie à l’islam et aux migrations.

Pour endiguer la barbarisation imminente du continent, il est donc proposé de restaurer de prétendues valeurs européennes, suggérées visuellement à travers l’imaginaire synthétique de l’IA. L’une de ces vidéos, intitulée Tu te réveilles à Belgrade en 2050, résume avec une efficacité particulière la recette pour survivre à la redoutée conquête musulmane, constituant ainsi une sorte de manuel visuel de résistance à l’altérité. On y voit un centre de détention destiné aux migrants et aux demandeurs d’asile, une église, emblème de la persistance de l’identité chrétienne, un homme mangeant un sandwich au porc, et enfin, une place publique impeccablement ordonnée et propre. Dans cette succession apparemment banale d’images, le contrôle des frontières, le christianisme, la consommation de viande de porc et la propreté urbaine sont élevés au rang de piliers d’une civilisation assiégée dont la survie dépendrait de la capacité à défendre ses frontières — territoriales, religieuses, culturelles et même alimentaires — contre une altérité perçue comme une menace constante.

Ce « conservatisme visuel », qui se manifeste dans le POV de Belgrade à travers des symboles explicites, peut prendre des formes bien plus discrètes et apparemment apolitiques. L’année dernière, le quotidien Haaretz a relevé des similitudes esthétiques significatives, et donc sur le plan des valeurs véhiculées, entre certains contenus utilisés pour influencer les élections roumaines de 2024 et ceux destinés aux élections israéliennes d’octobre prochain. Dans les deux cas, le photoréalisme de l’intelligence artificielle est utilisé pour construire des scènes de vie quotidienne idéalisée – anniversaires, nouveau-nés, aliments fraîchement récoltés dans des champs luxuriants – qui semblent n’avoir aucun rapport avec la politique.

Et pourtant, c’est précisément cette innocence apparente qui en constitue la force. Agissant comme de véritables appâts visuels, ces contenus attireraient des utilisateurs peu méfiants dans le dédale des groupes Facebook ou WhatsApp, pour les orienter progressivement vers des réseaux et des récits de nature explicitement politique, rattachables aux agendas de ce que l’article qualifie d’« acteurs étrangers », parmi lesquels figure la Russie. 

Si des opérations de ce type sont encore, au moins en partie, démasquables — comme le montre le cas roumain, où le premier tour des élections présidentielles de 2024 a été annulé, notamment sur la base de preuves d’ingérence étrangère par le biais d’outils numériques —, qu’en sera-t-il, en revanche, des images de violence spéculative ? Dans ces cas-là, il est encore possible d’identifier de faux profils, de reconstituer des réseaux d’influence et, peut-être, d’attribuer des responsabilités.

« DANS UNE CULTURE CONTEMPORAINE HYPERVISUELLE ET ACCÉLÉRÉE,
 OÙ LA VIRALITÉ ET LA CIRCULATION PRODUISENT DE LA VISIBILITÉ
SANS NÉCESSAIREMENT PRODUIRE DE VÉRITÉ, CES IMAGES
 FONCTIONNENT COMME DES PROJETS PERFORMATIFS, DES
HORIZONS OPÉRATIONNELS, DES ARMES D’UNE GUERRE MENÉE
 À TRAVERS LA SPÉCULATION VISUELLE SUR L’AVENIR, TANT SUR
 LES PLANS ESTHÉTIQUE ET SÉMANTIQUE QUE POLITIQUE ET
 FINANCIER. ELLES N’ONT PAS BESOIN D’ÊTRE VRAIES
 POUR PRODUIRE DES EFFETS DANS LE RÉEL. ».
 ILLUSTRATION REFIK ANADOL

Les images n’ont pas besoin d’être vraies 

Mais de quoi pourrions-nous accuser les POV sur les invasions barbares de l’Europe ? Ces vidéos sont toujours là, sur les chaînes YouTube, dans les Reels d’Instagram, disséminées sur le Web. Elles ne falsifient pas un événement qui s’est réellement produit, elles n’usurpent pas l’identité de quelqu’un, elles ne prétendent même pas documenter la réalité. Comment alors formuler une accusation précise contre le déjà-vu que ces images peuvent instiller chez celui qui les observe, lorsqu’il se retrouve, des mois ou des années plus tard, face à des images factuelles qui semblent soudainement les confirmer ?

C’est précisément dans cette ambiguïté, dans cet espace liminal où les images se préparent à anticiper l’avenir – et, à travers des formes visuelles contemporaines, captivantes et immédiatement partageables, à le suggérer comme plausible, voire inévitable – que prospère la violence spéculative. C’est précisément parce qu’elles sont difficilement détectables par les dispositifs traditionnels de vérification, de censure ou de modération que ces images peuvent acquérir visibilité et pérennité, s’ancrant dans le paysage numérique et contribuant à remodeler la manière dont la connaissance visuelle et, par extension, la mémoire, sont produites et conservées.

Le régime visuel synthétique inauguré par l’IA générative est un régime dans lequel la plausibilité, la répétition et la viralité peuvent devenir des critères de légitimation plus puissants que la véracité. Mais le point essentiel est précisément celui-ci : les images de violence spéculative n’ont pas besoin de se faire passer pour réelles, car elles ne fonctionnent pas selon la logique binaire qui oppose le vrai et le faux. Elles ne demandent pas à être crues. Elles demandent seulement à être vues, répétées et mémorisées.

Comment oublier des images synthétiques comme celles du Colisée, où les dirigeants de la gauche italienne sont mis à mort par le député européen Vannacci se faisant passer pour un empereur romain ? Nous les avons toutes vues et avons tous contribué à les faire circuler : par dégoût et indignation pour certains, par approbation et applaudissements pour d’autres, et pour montrer l’absurdité à laquelle notre civilisation semble être parvenue pour d’autres encore – en oubliant souvent que ces mêmes images, qui nous arrachent un rire, consomment également de l’eau, de l’énergie et d’autres ressources matérielles nécessaires à leur production. « C’est de la satire irréelle et créée par l’IA », a rétorqué Vannacci avec dédain lorsqu’on lui a demandé de prendre ses distances par rapport à la vidéo, en l’opposant à la « vraie violence » qui, selon lui, serait au contraire le fait de la gauche, en référence aux images des affrontements survenus à Bologne après la manifestation organisée à la suite du décès d’Abderrahim Fakir.

En reléguant les images du Colisée au domaine de l’irréel, Vannacci peut échapper à toute accusation : ce n’est que de la fiction, de la satire, de l’IA. Mais dans l’écosystème visuel et synthétique qui se développe à travers la diffusion massive de l’IA générative, pouvons-nous encore nous fier aux catégories factuel/fictionnel, vrai/faux ? Dans une culture contemporaine hypervisuelle et accélérée, où la viralité et la circulation produisent de la visibilité sans nécessairement produire de vérité, ces images fonctionnent comme des projets performatifs, des horizons opérationnels, des armes d’une guerre menée à travers la spéculation visuelle sur l’avenir, tant sur les plans esthétique et sémantique que politique et financier. Elles n’ont pas besoin d’être vraies pour produire des effets dans le réel.

Sources

Donatella Della Ratta vient de publier Violenza speculativa Come l’IA ci sta abituando all’orrore chez Einaudi.

 

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