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| MIAMI, FLORIDE, LE 28 OCTOBRE 2026. LE CANDIDAT D’EXTRÊME DROITE DÉFAIT À LA PRÉSIDENCE BRÉSILIENNE FLAVIO BOLSONARO ARRIVE À L’AÉROPORT MIAMI-OPA LOCKA EXECUTIVE AVEC SA FAMILLE. PHOTO JOE RAEDLE |
Au terme d’une rocambolesque cavale, Flavio Bolsonaro s’est exilé aux États-Unis. Le candidat de l’extrême droite défait dans les urnes le 25 octobre par Lula, espère ainsi fuir de la justice, qui a ouvert un dossier sur un possible financement étranger de sa campagne présidentielle.
L'Humanité
Cathy Dos Santos Publié le 28 octobre 2026 6min
Le dénouement de la présidentielle du 25 octobre est digne d’une telenovela qu’affectionnent particulièrement les Brésiliens. Le protagoniste n’est autre que Flavio Bolsonaro. Après deux jours de folles rumeurs, de démentis sur fond d’ordres judiciaires – bien réels, eux –, l’épilogue est tout aussi rocambolesque : Flavio Bolsonaro, qui briguait les plus hautes fonctions du pays continent, s’est enfui pour échapper à la justice.
« Chasman y Chirolitas » (ou « Chasman y Chirolita ») fait référence au duo de ventriloquie le plus célèbre de l'histoire de la télévision et du spectacle en Argentine, composé de l'artiste Ricardo Chasman et de sa marionnette Chirolita. |
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR
Après avoir été défait dans les urnes au terme d’une « remontada » spectaculaire du président de gauche, Lula, le candidat du Parti libéral (PL) et poulain de Donald Trump a trouvé refuge aux États-Unis. Ce qu’a confirmé le département d’État puisqu’il lui a délivré des visas d’entrée.
La nouvelle star de l’extrême droite brésilienne s’est carapatée via l’Argentine, ce que des médias locaux avaient annoncé avant d’être démentis mardi par les autorités, puis a fait escale en Équateur, dirigé d’une main de fer par le président milliardaire Daniel Noboa. Il est désormais exilé en Floride, fief du trumpisme et de l’anticastrisme.
Financement et ingérance étrangère
Tout est allé très vite. Mardi, le juge de la Cour suprême Flavio Dino a ordonné l’ouverture d’une enquête sur un possible financement étranger de la campagne du candidat d’extrême droite.
Le juge, qui a précisé avoir été saisi par plusieurs formations, dont le Parti des travailleurs de Lula, a demandé à la police fédérale d’établir si Rockbridge Network, un groupe d’influence conservateur américain cofondé par le vice-président des États-Unis J. D. Vance, a « participé à des tractations visant à l’obtention de soutien financier en faveur de la campagne présidentielle de Flavio Bolsonaro ».
Le magistrat a également évoqué d’autres formes d’ingérence, telles que des soupçons d’« asymétries délibérées et (de) manipulation algorithmique par des entreprises d’Internet visant à favoriser ou à nuire à des candidatures dans le processus électoral brésilien », notamment Meta.
Lula et le PT avaient porté plainte dans l’entre-deux-tours, contre le géant technologique états-unien auprès de l’Organisation des États américains (OEA) pour « ingérence » dans la présidentielle afin de favoriser le candidat de l’extrême droite.
Deux frères en fuite
Lundi encore, dans une vidéo postée sur Instagram, Flavio Bolsonaro jurait ses grands dieux qu’il n’avait « jamais pensé à quitter le pays ». « Je vais me défendre de cette aberration », promettait-il. La fiction a rattrapé la réalité.
Quelques heures plus tôt, la justice lui avait ordonné de remettre ses passeports, après les déclarations tenues samedi, la veille du scrutin, par son frère, Eduardo Bolsonaro, exilé au Texas pour échapper à la justice au Brésil, dans lesquelles il disait que le candidat du PL devrait quitter le pays en cas de défaite.
Ces propos auraient réveillé les soupçons du juge du tribunal suprême Alexandre de Moraes, bête noire des Bolsonaro pour avoir fait condamner le patriarche et ancien président du Brésil, Jair Bolsonaro, pour son rôle dans le coup d’État avorté de 2023, lorsque ses partisans avaient sauvagement investi la place des Trois-Pouvoirs à Brasilia. Faute de restitution desdits passeports, le magistrat a ordonné leur annulation.
Sentant l’étau se resserrer, le chef de file de l’extrême droite a précipité son départ et franchi la frontière avec l’Argentine, pays aux mains d’un autre ami, Javier Milei.
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| «Fugitif » DESSIN CARLOS LATUFF |
Une longue liste d’affaires scabreuses
Ce énième déboire judiciaire est venu s’ajouter à une longue liste d’affaires scabreuses qui éclabousse Flavio Bolsonaro. Il serait mouillé dans une enquête de blanchiment d’argent lié à des paris sportifs. Il est surtout au cœur d’un vaste écheveau politico-judiciaire, l’affaire « Banco Master », qui a conduit à l’arrestation du banquier Daniel Vorcaro, après que son établissement a cumulé des milliards de dettes.
Faveurs et largesses à gauche comme à droite ? Sans nul doute. Flavio Bolsonaro a été contraint de reconnaître qu’il avait reçu des millions de dollars dont la finalité était de financer un film à la gloire de son père intitulé Dark Horse. Mais cet argent aurait peut-être été détourné au profit de… Eduardo Bolsonaro, contraint de fuir le pays à la suite de ces agissements contre la justice lors du procès du paternel.
Le scandale, qui a également touché le fils aîné de Lula, n’épargne pas non plus la justice. Le juge Alexandre de Moraes, à l’origine de la condamnation du chef de la famille, s’est retrouvé mêlé aux scandales après la divulgation de messages échangés avec Daniel Vorcaro, sur ordre du juge André Mendonça, ancien ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, et nommé par ses soins à la Cour suprême.
La presse brésilienne fait ses gros titres de ce baroud. Selon O Globo, la fugue de Flavio Bolsonaro était planifiée avant même son sérieux revers électoral. Dans son camp, le dépit cohabite avec la morgue. Le sénateur et coordinateur de sa campagne, Rogério Marinho, a fait part de sa « surprise ».
« Nous avons parlé avec Flavio de la nécessité, avec les 60 millions de votes obtenus, d’assumer le rôle de leader de l’opposition, a-t-il tenté d’expliquer. Nous avons clairement un gouvernement qui a fait mal au pays. Nous étions vigilants pour cette fin d’année et pour les quatre années à venir pour faire notre part (de travail) selon le mandat (que nous a confié) une partie de la population. »
À Brasilia, sur la place des Trois-Pouvoirs, prise d’assaut il y a quelques années par les affidés de Jair Bolsonaro et qui lui vaut aujourd’hui d’être assigné à résidence, Lula a fêté mardi ses 81 ans avec une foule de partisans.
Pour l’occasion, le président au quatrième mandat s’est fendu d’une cinglante repartie : « Qui ne doit rien n’a pas peur. La démocratie se respecte dans la victoire comme dans la défaite. Le Brésil est notre maison et c’est ici que nous devons affronter les défis, respecter la justice et défendre la souveraineté de notre pays. Le Brésil, c’est sa seconde patrie. La première, c’est de lécher les bottes des États-Unis. » Clap de fin.
BRÉSIL. COMMENT FLÁVIO BOLSONARO A FUI VERS LES ÉTATS-UNIS EN JET PRIVÉ AVEC “L’AIDE DE LA MAISON-BLANCHE”
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| FLÁVIO BOLSONARO DESCEND D’UN AVION À SON ARRIVÉE À L’AÉROPORT OPA LOCKA EXECUTIVE DE MIAMI, EN FLORIDE, LE 28 OCTOBRE 2026. PHOTO RICARDO ARDUENGO |
Courrier
internationalAprès sa défaite à la présidentielle brésilienne, dimanche, face à Lula, le sénateur conservateur, visé par une série d’enquêtes judiciaires, est arrivé mercredi en Floride, où il s’est autoproclamé “leader” du Brésil. “The New York Times” et “The Wall Street Journal” font état de l’implication de Jason Miller, un conseiller du président américain Donald Trump.
Courrier international Lecture 3 min. Publié le 30 octobre 2026 à 06h00, mis à jour le 30 octobre 2026 à 06h19
Le jet privé à bord duquel Flávio Bolsonaro est arrivé à Miami, mercredi, malgré son interdiction de quitter le Brésil, “avait été affrété par un responsable de la Maison-Blanche”, révèle jeudi 29 octobre The New York Times.
Selon le quotidien américain, le sénateur conservateur brésilien de 45 ans, qui n’a pas reconnu sa défaite à l’issue de l’élection présidentielle du 25 octobre face à Luiz Inácio Lula da Silva, a fui avec sa famille aux États-Unis dans un avion affrété par Jason Miller, un conseiller du président américain Donald Trump. “Mardi soir, (Flávio Bolsonaro) s’est envolé d’Argentine pour l’Équateur afin de faire le plein, puis pour Miami, à bord d’un jet privé affrété par Jason Miller, un responsable de la communication de la Maison-Blanche, selon une source proche du dossier”, écrit le New York Times. La Maison-Blanche ne s’est pas exprimée à ce sujet.
The Wall Street Journal avait aussi fait état, peu auparavant, de l’implication de Jason Miller. D’après le journal, “en collaboration avec Eduardo, le frère cadet de Flávio Bolsonaro, qui dispose d’un réseau influent, un petit groupe comprenant Jason Miller, conseiller de Trump, a affrété un jet privé pour le transporter de l’Argentine en Floride”.
Visé par une série d’enquêtes au Brésil, notamment pour des soupçons de blanchiment d’argent, Flávio Bolsonaro s’était “envolé pour les États-Unis après que la police brésilienne lui a demandé lundi de remettre ses passeports”, retrace le New York Times.
“Un petit cercle d’alliés influents de Trump”
L’opération “complexe” visant à exfiltrer Flávio Bolsonaro de son domicile de Brasilia vers les États-Unis s’est concrétisée lundi, “moins de 24 heures après sa défaite” à la présidentielle, “alors que ses alliés s’inquiétaient d’une possible arrestation”, relève le Wall Street Journal, qui décrit comment le sénateur a fui le Brésil notamment grâce à “un ami à la Maison-Blanche”. “Cette fuite, qui reposait en grande partie sur la tromperie et les leurres, a déclenché un jeu de devinettes mondial qui a même laissé certains des plus proches alliés de Bolsonaro à Washington et au Brésil dans l’ignorance quant au lieu où il se trouvait.”
Outre ceux d’“un petit cercle d’alliés influents de Trump” et “de hauts responsables américains”, le Wall Street Journal évoque aussi les efforts “du président argentin Javier Milei” pour aider Flávio Bolsonaro et sa famille à se rendre aux États-Unis.
Pour El País, cette fuite “démontre l’existence d’un bloc latino-américain non seulement idéologiquement aligné sur Trump, mais aussi prêt à agir selon sa logique, au mépris des traités internationaux”, “les gouvernements argentin et équatorien (ayant) collaboré pour faire sortir du Brésil (Flávio Bolsonaro), en contournant la loi brésilienne”.
À son arrivée en Floride, mercredi, le fils de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro s’est autoproclamé “président élu légitime” du Brésil, dans une lettre “au peuple brésilien et à la communauté internationale”, avant de supprimer son message et de le republier en se désignant comme le “leader” du Brésil. Il a dénoncé une supposée “fraude électorale” et a dit qu’il comptait “diriger” l’opposition brésilienne depuis son exil américain - une déclaration désapprouvée au Brésil jusque dans son camp.
Interrogé mercredi au sujet des propos de Flávio Bolsonaro, Donald Trump a déclaré : “On lui a accordé un permis d’entrée sur le territoire, alors on verra bien. Mais je ne m’en mêlerai pas. C’était une élection très étrange, ça c’est sûr.”
Risque d’aggravation des tensions avec Lula
Selon un responsable américain cité par le New York Times, Flávio Bolsonaro devrait prochainement demander le statut de résident permanent aux États-Unis, “autrement dit une carte verte”.
Le frère cadet de Flávio Bolsonaro, Eduardo Bolsonaro, qui réside au Texas “et entretient des liens étroits avec l’administration Trump”, a obtenu le statut de résident permanent aux États-Unis en juillet, note le New York Times. “Alors que la procédure prend généralement des années pour les immigrants, il a bénéficié d’une approbation accélérée.”
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| DES POLICIERS ONT FORMÉ UN CORDON DE PARAPLUIES POUR ESCORTER BOLSONARO ET SA FAMILLE DE L'AVION À UN VÉHICULE À MIAMI. PHOTO JOE RAEDLE |
L’alliance “personnelle” entre les Trump et les Bolsonaro, “les deux familles politiques les plus puissantes de l’hémisphère a profondément modifié les relations entre les États-Unis et le Brésil”, remarque le Wall Street Journal. Le quotidien rappelle qu’en 2025, Donald Trump a imposé des droits de douane élevés au Brésil, invoquant le traitement réservé à Jair Bolsonaro, condamné à vingt-sept ans de réclusion pour tentative de coup d’État contre Lula en 2022. Et qu’il a sanctionné le juge de la Cour suprême qui avait interdit à ce dernier de quitter le Brésil.
Mais, prévient le New York Times, “l’aide apportée par la Maison-Blanche à M. Bolsonaro pourrait aggraver les tensions entre l’administration Trump et M. Lula, qui a accusé M. Trump d’ingérence dans les affaires intérieures du Brésil”.
Courrier international
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| DESSIN CARLOS LATUFF |
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