27 octobre, 2026

BRÉSIL. FLÁVIO BOLSONARO CONCÈDE SA DÉFAITE “APRÈS QUE TRUMP A SUGGÉRÉ QU’IL NE L’AIDERAIT PAS”

 [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 
Une leçon pour le monde / Après une lutte acharnée contre
 l'extrême droite brésilienne, l'ingérence de Donald Trump et des États-Unis,
la manipulation des géants du numérique  et la fraude électorale, 
Luiz Inácio Lula da Silva  a uni ses forces à celles de jeunes militants,
 à la mobilisation  populaire, à des personnalités politiques de centre-droit et à
l'utilisation stratégique des réseaux sociaux pour vaincre l'extrême droite
et être réélu président du Brésil. / Un exemple à suivre pour le reste du monde.
DESSIN  CUSTODIO

Politique Brésil / 
Courrier
international
Le président américain a déclaré que le vote de dimanche au Brésil “ressemblait à une nouvelle élection truquée” mais sans rien prévoir contre Lula. Bolsonaro a renoncé à demander l’annulation de l’élection. Les marchés brésiliens, inquiets des choix économiques à venir, se sont écroulés au lendemain du vote.

Courrier international Lecture 2 min. Publié le 27 octobre 2026 à 05h30, mis à jour le 27 octobre 2026 à 12h30

PHOTO KENT NISHIMURA

avant de s’envoler pour un nouveau meeting dans le Mississippi lundi soir, Donald Trump a commenté les résultats de l’élection présidentielle de la veille au Brésil. “Ça ressemblait à une nouvelle élection truquée, franchement”, a estimé le président américain, cité par The Hill. Lula, donné perdant, l’a emporté de plus de quatre millions de voix sur Flávio Bolsonaro grâce, entre autres, à une participation en hausse. “Les élections doivent être incontestables et celle-là m’a semblé très mauvaise. J’ai regardé l’élection, et ça m’a paru tellement corrompu. C’est terrible”, a ajouté Trump, tout en insistant sur le fait qu’il s’entendait bien avec Lula.

FLÁVIO BOLSONARO EST REVENU SUR SA DÉCLARATION PRÉCÉDENTE
SELON LAQUELLE IL CONTESTERAIT LE RÉSULTAT DE L'ÉLECTION.
 PHOTO TON MOLINA 

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR 

Coïncidence ou pas, le Washington Post constate que Bolsonaro a concédé sa défaite quelques minutes “après que Trump eut suggéré qu’il ne l’aiderait pas”, malgré sa bonne relation avec Jair Bolsonaro, son père, et ce que le quotidien qualifie de “scepticisme” face à l’issue du vote.

LA PHOTO MONTRE KK KASST EMBRASSANT LE FRONT DE L'ABOMINABLE
 PÉDOPHILE PAUL SCHÄFER, FONDATEUR DE COLONIA DIGNIDAD

► À lire aussi :    SCANDALE AU CHILI APRÈS LA REMISE EN LIBERTÉ DE DIZAINES DE DÉTENUS PÉDOPHILES

Dimanche soir, le candidat du parti libéral avait annoncé qu’il allait demander l’annulation de l’élection, en raison notamment du temps supplémentaire accordé dans certains bureaux de vote. “Je ne suis pas celui qui a perdu, c’est le système qui a gagné”, a affirmé Bolsonaro, prêt à “organiser l’opposition pour bâtir une forteresse contre le barbarisme”. En fin de journée, c’est sa formation politique qui a publié un communiqué disant que “nous reconnaissons le résultat de l’élection présidentielle proclamé par le Tribunal supérieur électoral”.

DESSIN CARLOS LATUFF

Le journal indique également qu’au-delà de la position de Trump, Bolsonaro a compris que son espoir d’annuler l’élection n’était pas très partagé, y compris dans son camp. Il va plutôt attaquer Lula en justice, l’accusant d’abus de pouvoir pour influencer le vote. “Une initiative classique de la part de candidats battus qui a rarement du succès au tribunal”, souligne le Post.

LE PRÉSIDENT AMÉRICAIN DONALD TRUMP ET LE PRÉSIDENT BRÉSILIEN
LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA SE RENCONTRENT EN MARGE DU 47ème
SOMMET DE L'ASSOCIATION DES NATIONS DE L'ASIE DU SUD-EST (ASEAN)
À KUALA LUMPUR, EN MALAISIE, LE 26 OCTOBRE 2025. 
PHOTO EVELYN HOCKSTEIN 

“Une défaite pour le trumpisme”

Donald Trump n’avait pas pris parti officiellement en faveur de Bolsonaro durant la campagne, rappelle USA Today. Il l’avait toutefois invité à la Maison-Blanche, une rareté pour un candidat. “La défaite de Bolsonaro prive la Maison-Blanche d’un allié idéologique puissant à la tête d’une des plus grosses économies d’Amérique latine”, observe le quotidien. “La victoire de Lula au Brésil est une défaite pour le trumpisme”, confirme Time. Le président américain a “l’ambition de bâtir un hémisphère de gouvernements alignés sur ses politiques”.

LUIZ INACIO LULA DA SILVA PRONONCE UN DISCOURS DEVANT SES
PARTISANS APRÈS AVOIR REMPORTÉ LE SECOND TOUR DE L'ÉLECTION
 PRÉSIDENTIELLE À SAO PAULO, AU BRÉSIL, LE 25 OCTOBRE 2026.
PHOTO   JUAN BARRETO

Axios signale d’ailleurs que des alliés du président américain ont critiqué le résultat des urnes en criant à la fraude. Comme Steve Bannon, ancien proche conseiller de Donald Trump, qui lui demande de couper les liens des États-Unis avec le Brésil ou Andrew Kolvet, ex-producteur de Charlie Kirk, appelant à “mettre la pression en coulisse” sur Lula et son gouvernement. “L’attention prêtée à la défaite de Bolsonaro intervient alors que des militants Maga poussent Trump à prendre des mesures extraordinaires, comme la loi martiale, s’ils pensent que l’élection américaine est truquée”, pointe Axios.

Le Wall Street Journal a d’évidentes réserves sur Lula, qui va devoir “nettoyer la pagaille qu’il hérite de lui-même” pendant son nouveau mandat. Bolsonaro, perçu comme plus rigoureux en matière de dépenses publiques, avait la préférence des investisseurs. “Les marchés ne votent pas pour Lula au Brésil”, titre un éditorial.

LE PRÉSIDENT BRÉSILIEN, LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA,
CÉLÈBRE LUNDI SA VICTOIRE AU SECOND TOUR
DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE. 
PHOTO AMANDA PEROBELLI

L’index Bovespa, le principal index de la bourse locale, a chuté de 10 % à l’ouverture des marchés, au point de déclencher une interruption provisoire des échanges, relève le New York Times. Le géant Petrobras, une entreprise publique, a vu son action s’effondrer de 14 %, le groupe bancaire Itau 20 %. Le Real a lui perdu 8 % sur le dollar, sa chute la plus forte depuis 1999, précise le quotidien.

Loïc Pialat

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 

FLYER PCCH


SUR LE MÊME SUJET :

24 octobre, 2026

LE BRÉSIL N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

  [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 

« MANIFESTAÇÃO PRÓ-LULA » — MANIFESTATION EN SOUTIEN
À LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA, BRASÍLIA, 18 OCTOBRE 2026.
PHOTO FABIO RODRIGUES-POZZEBOM

Le Monde
Diplo
Dimanche 25 octobre, les Brésiliens départageront MM. Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro. Arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle le 4 octobre, le troisième fils de l’ancien président d’extrême droite voit son avance se réduire. À la veille du scrutin, les deux candidats sont au coude à coude dans les sondages.

La Valise diplomatique   23 octobre 2026

Dans les rues, les partisans de Lula se mobilisent pour favoriser la « remontada » du président sortant : étudiants, syndicats, militants des mouvements populaires (lire le reportage inédit d’Anne-Dominique Correa) et artistes multiplient les rassemblements contre Flávio Bolsonaro. À São Paulo, des livreurs de plate-forme ont même détourné les cortèges de motos popularisés par le sénateur de l’État de Rio de Janeiro. Ils soutiennent Lula tout en réclamant à son gouvernement les protections sociales qu’ils attendent toujours.

«  Attention ! Zuckerberg s'ingère dans les élections brésiliennes
 à la demande de Flávio Bolsonaro ! / L'ingérence de META (Zuckerberg)
dans l'élection présidentielle brésilienne ! »
DESSIN CARLOS LATUFF

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Quatre ans après sa défaite, le bolsonarisme conserve pourtant de puissants moyens pour reconquérir la présidence. La condamnation de son fondateur pour tentative de coup d’État n’a pas défait les alliances qui avaient assuré son ascension. L’agrobusiness, les églises évangéliques et une partie des forces de sécurité constituent autant de relais que l’alternance de 2022 n’a pas abolis.

DESSIN DE SELÇUK

► À lire aussi :    ÉLECTIONS BRÉSILIENNES, INGÉRENCES AMÉRICAINES

Dans un pays où près de 60 % de la population ne s’informe que sur les réseaux sociaux, l’extrême droite brésilienne est puissamment organisée. Ses opposants accusent les plates-formes américaines, notamment Meta (Facebook, Instagram, Whatsapp), de favoriser par ses algorithmes le camp de M. Bolsonaro. Saisie par l’équipe de campagne de Lula, le Tribunal suprême fédéral (TSF) a exigé des explications à l’entreprise, ainsi qu’à celle détenue par M. Elon Musk, X.

Aux États-Unis, le bolsonarisme compte sur d’autres appuis avérés : celui de M. Donald Trump et de son administration. Lors du débat du 18 octobre, Lula a dénoncé les démarches de M. Eduardo Bolsonaro auprès de l’administration américaine, qui ont contribué à l’imposition de sanctions de Washington contre le Brésil pour faire pression sur sa justice. Une curieuse conception de la souveraineté, dont se réclame pourtant l’extrême droite brésilienne.

Mais la souveraineté se joue également à l’intérieur des frontières. Au Brésil, 1 % des propriétaires détiennent près de la moitié des terres agricoles. Les sans-terre poursuivent leur combat pour une réforme agraire que la résistance des grands propriétaires contribue à maintenir inachevée. Leur poids économique se traduit aussi en influence politique, notamment au Congrès. Derrière les discours sur l’indépendance nationale subsiste ainsi la question de savoir qui décide de l’usage des terres, de l’exploitation des ressources et de la répartition des richesses. Quel que soit le vainqueur dimanche, ceux qui contrôlent ces dernières conserveront de solides moyens de défendre leurs intérêts.

Une dernière question demeure au sujet de cette élection dont les enjeux concernent le Brésil, mais également l’ensemble du continent : l’administration américaine reconnaîtra-t-elle les résultats dimanche soir en cas de victoire serrée de Lula ?


SUR LE MÊME SUJET :

21 octobre, 2026

ÉTATS-UNIS : UN MANDAT D’ARRÊT ÉMIS CONTRE L’ANCIEN PRÉSIDENT CUBAIN RAÚL CASTRO, 95 ANS

 [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 

 L’ANCIEN PRÉSIDENT CUBAIN RAÚL CASTRO.
[PHOTO D’ARCHIVES TASS

RT France
L’ancien président cubain Raúl Castro, âgé de 95 ans, est visé par un nouveau mandat d’arrêt délivré par un tribunal de l’État de Floride, après son inculpation fédérale en mai. La décision survient alors que Washington accentue sa pression sur La Havane, qui avait dénoncé les accusations américaines comme une «méprisable provocation politique».

RT en français Publié le 19 oct. 2026, 20:16

Pour contourner la censure utiliser un réseau privé virtuel (VPN) / Comment utiliser le VPN gratuit et illimité du navigateur Opera ? 
Une juge de Floride a délivré un mandat d’arrêt contre l’ancien président cubain Raúl Castro dans une affaire remontant à 1996. La décision, prise au niveau de l’État, a été signée par Ariana Fajardo Orshan, du 11ème circuit judiciaire de Floride, à Miami, le 19 octobre.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Les faits datent du 24 février 1996, lorsque l’aviation cubaine avait abattu deux avions Cessna 337 appartenant à l’organisation d’exilés cubains Brothers to the Rescue, basée à Miami. Quatre personnes avaient été tuées, dont trois ressortissants américains.

 LA HABANA, EL 17 DE MAYO
FOTO YAMIL LAGE

► À lire aussi :    L’IMPÉRIALISME, RAÚL CASTRO ET LA FABLE DES « FRÈRES DU SECOURS »

L’organisation repérait des migrants cubains tentant de rejoindre les États-Unis par la mer. Elle menait aussi des actions contre le gouvernement cubain, notamment en larguant des tracts au-dessus de l’île.

Les circonstances de l’incident restent contestées. Washington affirme que les appareils ont été abattus au-dessus des eaux internationales. Cuba soutient, de son côté, qu’ils avaient violé son espace aérien et que les activités de l’organisation représentaient une menace pour sa sécurité nationale.

Des accusations rejetées par La Havane

À l’époque des faits, Raúl Castro était ministre cubain de la Défense. Frère cadet de Fidel Castro, il a ensuite dirigé le pays de 2008 à 2018, avant de céder la place à l’actuel président Miguel Díaz-Canel.

Le mandat survient près de cinq mois après les accusations portées le 20 mai 2026 contre l’ancien dirigeant et cinq autres personnes. Les poursuites fédérales comprennent quatre chefs de meurtre, deux de destruction d’aéronefs et un de complot visant à tuer des ressortissants américains. Les cinq autres accusés sont d’anciens membres de l’appareil militaire cubain, dont trois pilotes.

Le nouveau mandat délivré en Floride porte, quant à lui, sur une accusation de complot en vue de commettre un meurtre au premier degré.

Les autorités cubaines avaient rejeté les accusations américaines de mai, dénonçant une «méprisable provocation politique».

Une décision sur fond de pressions américaines contre Cuba

Ce nouvel épisode judiciaire survient dans un contexte de fortes tensions entre Washington et La Havane. Un haut responsable de l’administration Trump avait déclaré que les poursuites engagées en mai s’inscrivaient dans une campagne de pression contre l’île.

Les relations se sont notamment dégradées après l’intervention américaine au Venezuela en janvier 2026, qui a conduit à la capture de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, l’un des principaux alliés du gouvernement cubain. Washington a aussi annoncé des mesures visant les pays qui approvisionnent Cuba en pétrole.

Pour sa part, la Russie maintient son opposition aux sanctions américaines visant l’île. En février, le président russe Vladimir Poutine a jugé ces restrictions inacceptables, tout en soulignant les liens historiques particuliers unissant les deux pays.

 [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

20 octobre, 2026

ACCULÉ APRÈS LE FIASCO DU 17 OCTOBRE, LE POUVOIR SE DÉFAUSSE SUR LFI

  [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
  
SÉBASTIEN LECORNU ET LAURENT NUÑEZ, À L’ASSEMBLÉE NATIONALE
 LE LE PLUS GRAND PLAISIR DE L’EXTRÊME DROITE. / 6 OCTOBRE 2026. 
PHOTO ERIC TSCHAEN 

Mediapart
Depuis un mois le pouvoir tente d’étouffer la contestation sociale par le mépris, la répression et le discrédit. Au lendemain d’une mobilisation massive marquée par des scènes de chaos sans précédent, il essaie grossièrement de faire peser sur La France insoumise la responsabilité de l’embrasement. Pourle plus grand plaisir de l’extrême droite.

Mathieu Dejean, Pauline Graulle et Ellen Salvi 18 octobre 2026 à 12h33

À la une / Manifestations du 17 octobre 2026 
 
DESSIN AUREL

Incapable de répondre aux revendications lycéennes et à la convergence des colères qui s’est matérialisée samedi 17 octobre, voilà désormais le pouvoir au bord du précipice. Après avoir eu recours à un maintien de l’ordre à la brutalité inédite à l’encontre de la jeunesse, affiché sa morgue à l’égard des appels à se mobiliser samedi – « Les manifestations ne vont pas rouvrir le détroit d’Ormuz », avait dit Emmanuel Macron – et usé d’une gestion erratique des autorisations à manifester, le gouvernement s’est laissé dépasser par les événements.

RASSEMBLEMENT SUR LA PLACE DE LA RÉPUBLIQUE
À PARIS LE 17 OCTOBRE 2026
.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

« Il y a eu une sous-estimation totale du mouvement de la part du renseignement, reconnaît une source ministérielle auprès de Mediapart. Il y a eu beaucoup plus de monde que ce qui était anticipé, des poches de

bordel partout… Cela n’a rien à voir avec les Gilets jaunes. Il était impossible de gérer ça pour les forces de l’ordre. » La fébrilité du pouvoir est compréhensible. Le 6 octobre, après une journée massive de mobilisation lycéenne, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, se défendait sur France Inter d’avoir « perdu le contrôle » : « Perdre le contrôle, c’est si jamais vous aviez des hordes de personnes qui défilaient dans les centres-villes, qui pillent des magasins, qui commettent des exactions. » Moins de deux semaines plus tard, la phrase résonne comme un immense aveu d’échec.

Au point qu’à Marseille (Bouches-du-Rhône), où des dégradations massives ont eu lieu et où des manifestant·es ont fait intrusion dans le hall de l’hôtel de ville, le maire socialiste Benoît Payan a explicitement mis en cause la légèreté du gouvernement dans le désastre du jour. « Il a fallu que j’appelle le président de la République, le premier ministre et le ministre de l’intérieur [...] pour leur demander des renforts ! », s’est indigné l’édile, qui a demandé à être reçu par le premier ministre, avec le maire de Lyon, Grégory Doucet, et celui de Paris, Emmanuel Grégoire.

Le pouvoir acculé

Toute la journée du 17 octobre, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a réuni une cellule de crise avant d’aller rencontrer des policiers dans les rues de Paris, aux côtés de Laurent Nuñez. L’accueil fut pour le moins glacial. Des appels à la démission de celui-ci commençaient déjà à être lancés en raison du fiasco de la journée. « Cela me paraît très compliqué pour Nuñez, mais on ne change pas de ministre de l’intérieur en pleine crise », commente la source ministérielle précédemment citée. Sébastien Lecornu réunira une autre cellule de crise dimanche à 19 heures et Emmanuel Macron s’exprimera une heure plus tard dans une allocution.

Comme un signe patent de la déconnexion du pouvoir, le chef de l’État et son épouse s’affichaient la veille de la manifestation dans une loge du concert de Céline Dion avec Hélène Arnault, l’épouse du milliardaire Bernard Arnault : « Ça c’est un truc qui rend hystéro les gens. C’est comme s’il ouvrait une bouteille de Ruinart face caméra, c’est le même niveau de provocation », ajoute ce même conseiller.

Outre le caractère massif des manifestations qui se sont déroulées partout en France (plus d’un demimillion de personnes ont défilé), c’est le niveau de violence qui a soufflé l’exécutif. En témoignent les vidéos de la mairie de Limoges (Haute-Vienne) incendiée, de même que l’office de tourisme de Lyon (Rhône) ; les pillages dans les magasins à Paris ou Bordeaux (Gironde), mais aussi les nombreuses images de violences policières qui circulent depuis samedi soir – et sur lesquelles nombre de responsables politiques n’ont rien à dire. 

« Je pense que la violence qui s’exerce va finir par tuer le mouvement. Un peu à la façon des Gilets jaunes et de l’Arc de Triomphe. »

Une source dans le camp présidentiel, il y a une dizaine de jours

À Saint-Étienne (Loire), un manifestant de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade. À Paris, un homme frappé à terre a été laissé inconscient par des policiers, tandis que le journaliste de Blast Mathias Enthoven a fini à l’hôpital avec un éclat de grenade de désencerclement dans le ventre. Et ce ne sont que quelques cas parmi de nombreux autres.

Partout, les coups de matraques se sont abattus sans discernement et les charges sans sommation ont été monnaie courante. « Mais ce qui tourne en boucle dans les médias dominants, ce sont les bâtiments saccagés. Lu sur une pancarte aujourd’hui : “Sédatés par Bolloré, il serait temps de se révolter.” C’est en cours : le mouvement ne s’est pas laissé intimider », a réagi la députée Clémentine Autain sur X. 

Face aux dégâts, les représentant·es des forces de l’ordre et du Rassemblement national (RN) ont passé leur soirée à commenter les scènes de violence sur les chaînes d’information en continu, éclipsant les images des cortèges qui se sont déroulés pour l’essentiel dans une ambiance joyeuse et festive. Une focalisation médiatico-politique qui n’est pas pour déplaire à l’exécutif, empêtré dans un mouvement social qui rappelle à certains celui des Gilets jaunes, mais « en pire », et qui a donc intérêt à mettre un coup d’arrêt à la massification de la contestation. 

LFI, bouc-émissaire tout trouvé

Il y a une dizaine de jours déjà, une source dans le camp présidentiel confiait ainsi à Mediapart espérer un pourrissement dû aux violences : « Je pense que la violence qui s’exerce va finir par tuer le mouvement. Un peu à la façon des Gilets jaunes et de l’Arc de Triomphe [celui-ci avait été pillé à la suite d’une manifestation des Gilets jaunes, le 1er décembre 2018 à Paris – ndlr], c’est le moment où l’opinion publique avait évolué sur le sujet. » 

« La présence de personnalités comme Raphaël Arnault au sein du groupe LFI pose de graves questions sur la proximité avec la violence politique. »

Éléments de langage de Matignon

En première ligne des responsabilités, Sébastien Lecornu a rapidement trouvé une parade : imputer la responsabilité de la situation à La France insoumise (LFI) et son leader, Jean-Luc Mélenchon. Rapidement, les éléments de langage ont été diffusés en interne pour cibler LFI, un parti sommé de « choisir son camp » : « Soit on est du côté de la République et des forces de l’ordre, soit on est du côté des casseurs », estimait Matignon samedi soir, allant jusqu’à citer la présence du député Raphaël Arnault, ancien porte-parole de la Jeune Garde, dans le groupe insoumis – « [Celle-ci] pose de graves questions sur la proximité avec la violence politique. »  

Vers 19 h 30, le premier ministre a répondu directement au chef de file des insoumis sur X. Le message initial de Jean-Luc Mélenchon se voulait pourtant un appel au calme : « Dans Paris, le commandement aberrant a ouvert la porte au chaos. Les chefs ne savent plus que faire, la troupe a peur et se déchaîne. Je ne sais pas qui entendra ma voix dans de telles circonstances, mais mon message est clair : ceux qui partagent notre combat n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage. » 

Mais Sébastien Lecornu y a vu une opportunité de faire diversion. « On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C’est VOTRE responsabilité politique », a-t-il écrit. Une « polémique politicienne » fustigée par JeanLuc Mélenchon en réponse, rappelant les « consignes de répression sauvages » du Normand. 

ÉRIC COQUEREL, JEAN-LUC MÉLENCHON, BALLY BAGAYOKO,
FARIDA AMRANI, MANON AUBRY ET CLAIRE LEJEUNE, DANS
LE CORTÈGE DE LA FRANCE INSOUMISE LORS DE LA
MANIFESTATION CONTRE LA « VIE CHÈRE » 
 À PARIS, LE 17 OCTOBRE 2026.
PHOTO MATTHIEU RONDEL

Le premier ministre savait qu’en agissant de la sorte, il pourrait compter sur de nombreux soutiens dans un espace politique qui a pris pour habitude de sortir LFI de la légitimité républicaine. Au début du mois d’octobre, Matignon avait ainsi affirmé que les mobilisations lycéennes étaient manipulées par « La France insoumise et ses proxys de l’ultragauche ». 

« La journée d’aujourd’hui ne ressemble pas à ce que nous avons connu dans le passé. Il faut le dire. C’était un appel à manifester qui était essentiellement porté par l’extrême gauche, l’ultragauche », a déclaré sur BFMTV le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, alors que les appels à manifester le 17 octobre, partis des réseaux sociaux, ne provenaient d’aucune organisation sociale ou politique constituée. 

Alors que depuis des semaines LFI s’est engagée, avec le reste de la gauche, dans le mouvement lycéen, dénonçant à maintes reprises les violences policières inédites à son encontre, Jean-Luc Mélenchon se retrouve donc de nouveau la cible de la droite et de l’extrême droite, qui voient là l’occasion de se présenter en garantes de l’ordre face à un candidat qui multiplie les démonstrations de force à l’approche de la présidentielle. 

« Les élus de La France insoumise portent ce soir une immense responsabilité », a écrit sur X le député Les Républicains (LR) Laurent Wauquiez, quand son collègue eurodéputé François-Xavier Bellamy a carrément appelé à « dissoudre » LFI – comme l’avait déjà fait le patron du parti de droite, Bruno Retailleau, il y a quelques jours. Éric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République (UDR), allié au RN, a quant à lui demandé la révocation du maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko. 

Relayant un tweet de Rima Hassan datant de juillet 2025, représentant le tableau La Liberté guidant le peuple avec le drapeau palestinien, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus y est aussi allé de sa saillie antiLFI : « Que personne n’ose dire que LFI n’a pas une part de responsabilité dans ces violences qui ont terrorisé le pays hier. Honte à ces ingénieurs du chaos. Ils devront rendre des comptes devant la justice et devant l’Histoire. »

Le débat public a atteint un tel niveau sur les réseaux sociaux que l’ancien député divers gauche Paul Giacobbi est allé jusqu’à évoquer « des sections d’assaut jeanlukiennes [sic] » dans la rue. Quant au député RN Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale, il a jugé de bon ton d’insulter ses adversaires politiques. « Ferme la stp », a-t-il par exemple demandé à la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier. Celle-ci avait exprimé son « ras-le-bol de la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays », qui met en danger « manifestants et policiers », après avoir assisté à la manifestation à République.

Le RN en embuscade

Le RN, qui diffusait samedi soir un visuel du visage de Marine Le Pen sous le slogan « La France apaisée », a repris son antienne de la « gauche coupable, les macronistes complices ». La candidate à la présidentielle s’est fendue d’un seul tweet sur X : « Les revendications sociales légitimes ont une nouvelle fois été prises en otage par l’extrême gauche et les discours des députés de JeanLuc Mélenchon qui, en légitimant la violence, en considérant l’ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos. » 

« Ces scènes de dévastation illustrent la “nouvelle France” que des irresponsables veulent fédérer. »

Jordan Bardella, président du RN, sur X

Quant à son lieutenant Jordan Bardella, toujours empêtré dans l’affaire de ses écrits antisémites de jeunesse, il a vu dans les « scènes de dévastation » ni plus ni moins que l’illustration de la « nouvelle France » prônée par le candidat insoumis. Autrement dit, la « convergence d’un terrorisme d’ultragauche et de populations délinquantes de banlieue », a-t-il commenté, omettant bien évidemment de rappeler les liens de son propre parti avec des groupuscules d’extrême droite violents. 

Dans le reste de la gauche, on se gardait d’accabler aussi directement LFI. Raphaël Glucksmann s’est contenté de déplorer que « les centaines de milliers de manifestants pacifiques venus protester contre la vie chère et l’injustice, pour l’éducation et pour défendre leur dignité voient ce soir leurs revendications et leurs demandes légitimes assourdies par le fracas des casseurs ». Marine Tondelier a quant à elle fait part de ses « grosses pensées pour les centaines de milliers de personnes qui ont manifesté dans le calme et la joie avec l’espoir que ça change ». 

Seul le député socialiste Jérôme Guedj a semblé faire un pas dans le sens du gouvernement, attaquant « les mouvements politiques organisés qui à bas bruit ou ouvertement légitiment ou encouragent la violence ». Beaucoup à gauche s’inquiètent pourtant surtout du profit que le RN pourrait tirer de cette crise. Sans voix sur le sujet de l’éducation et encalminée dans l’affaire Bardella, Marine Le Pen a bien saisi l’opportunité de faire oublier ses propres turpitudes dans la séquence, et de se présenter comme la seule capable de répondre à la demande d’autorité.  

Au milieu de la nuit de samedi à dimanche, l’ancien insoumis Alexis Corbière, cofondateur de L’Après, postait un message dépité, voyant poindre la tenaille dans laquelle la gauche se retrouve enserrée : « Depuis neuf ans, inlassablement nous ne cessons de répéter que la politique injuste et arrogante de Macron fait monter la colère populaire, que cela va mal finir… Ils nous rient au nez. Puis, la colère éclate. Ils ne rient plus, et nous traitent de responsables du chaos. » 

Les appels à poursuivre la mobilisation le 5 novembre, jour de manifestation contre le projet de budget fixé par cinq syndicats, sont déjà lancés. 

Mathieu Dejean, Pauline Graulle et Ellen Salvi

 [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

 PHOTO ALAIN APAYDIN


SUR LE MÊME SUJET :

19 octobre, 2026

BRÉSIL / META A VINGT-QUATRE HEURES POUR PROUVER QUE LA PLATEFORME RÉSERVE LE MÊME TRAITEMENT À LULA ET À FLAVIO BOLSONARO

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 

«  Attention ! Zuckerberg s'ingère dans les élections brésiliennes
 à la demande de Flávio Bolsonaro ! / L'ingérence de META (Zuckerberg)
dans l'élection présidentielle brésilienne ! »
DESSIN CARLOS LATUFF

INTERNATIONAL / BRÉSIL / 
Le Monde
Election présidentielle au Brésil : Meta a vingt-quatre heures pour prouver que la plateforme réserve le même traitement à Lula et à Flavio Bolsonaro / 
Le président de gauche a accusé la plateforme américaine de restreindre la circulation de ses contenus sur Instagram et WhatsApp.

Le Monde avec AFP Publié le 19 octobre 2026 à 15h59, modifié le 19 octobre 2026 à 16h22 / Temps de Lecture 1 min.

FLAVIO BOLSONARO ET LULA,
 À SAO PAULO (BRÉSIL),
 LE 18 OCTOBRE 2026 
 PHOTO ANDRE PENNER

La justice électorale a donné vingt-quatre heures à Meta pour prouver que la plateforme réserve un traitement égalitaire sur ses réseaux aux campagnes du président sortant, Luiz Inacio Lula da Silva, et de son adversaire d’extrême droite, Flavio Bolsonaro.

« Alors, Flávio ? Tu vas lever le secret ? /
 - Putain, voyons ! / Là, tu me compliques la vie »
DESSIN CARLOS LATUFF

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Dans le cas contraire, Meta, propriétaire de Facebook, Instagram et WhatsApp, devra payer une amende d’un million de reales (environ 176 000 euros) par jour, selon un document du tribunal consulté par l’Agence France-Presse (AFP).

Le président de gauche Lula, 81 ans, en quête d’un quatrième mandat, et Flavio Bolsonaro, 45 ans, sont à égalité dans les sondages à quelques jours du deuxième tour.

Lula a dénoncé « l’interférence » de Meta dans l’élection brésilienne après avoir été devancé de peu au premier tour par Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro. Le président de gauche a accusé la plateforme américaine de restreindre la circulation de ses contenus sur Instagram et WhatsApp.

Par ailleurs, Lula a mis en garde contre la « sélectivité » des algorithmes du modèle d’intelligence artificielle de WhatsApp. Ce modèle refuserait selon lui de générer du contenu électoral qui lui soit favorable, ce qui ne serait pas le cas pour Bolsonaro. Son parti a saisi la justice électorale ainsi que l’Organisation des Etats américains.

Des « incidents » techniques selon Meta

Meta a nié tout parti pris dans les élections. L’entreprise a reconnu la désactivation par erreur d’annonces de campagne de Lula, l’attribuant à des « incidents » techniques qui n’affectent pas seulement le Brésil.

Jeudi, un juge du tribunal supérieur électoral a ordonné à la plateforme américaine d’appliquer les mêmes règles aux deux candidats. Le tribunal a interdit à Meta de réduire de façon inégale la portée des contenus électoraux, les recommandations et les résultats des recherches. Il était également demandé à Meta de ne favoriser aucun candidat avec son outil d’intelligence artificielle, comme l’ont dénoncé des usagers. L’arrêt du tribunal prévoyait déjà une amende de 500 000 reales par jour (88 000 euros) en cas de non-respect.

Dans sa nouvelle décision, le tribunal électoral a conclu que Meta n’avait pas prouvé qu’il avait mis en œuvre la majorité des injonctions antérieures. « La persistance de l’absence de mise en œuvre [des décisions], à quelques jours du second tour, met en évidence l’insuffisance de l’amende », selon cette décision antérieure.

Pendant la campagne, Lula a affirmé que le gouvernement américain tentait d’interférer dans les élections en faveur de Flavio Bolsonaro, dont le père et ancien président, Jair Bolsonaro (2019-2023), est un allié de Donald Trump.

Le Monde avec AFP


SUR LE MÊME SUJET :