14 novembre, 2019

MAURICE LEMOINE N’EST PAS SÛR QUE «LA DÉMISSION D’EVO MORALES ÉVITE UN BAIN DE SANG» EN BOLIVIE


   [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]


« COUP D’ÉTAT EN BOLIVIE »
DESSIN CARLOS LATUFF
Le seul survivant de la vague progressiste des années 2000 en Amérique latine, le Président bolivien Evo Morales, a démissionné le 10 novembre et fui au Mexique, après un scrutin présidentiel contesté. Sputnik a interrogé Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, et spécialiste engagé de la région.
  PHOTO EDUARDO VERDUGO 
Par Jean-Baptiste Mendès
Trois semaines de manifestations en Bolivie ont eu raison d’Evo Morales, dirigeant du pays depuis treize ans. En cause? Les résultats de l’élection présidentielle du 20 octobre donnaient vainqueur le Président sortant avec 47,08% des voix contre 36,51% pour son opposant, Carlos Mesa. Mais des irrégularités ont entaché le scrutin, suscitant de nombreuses protestations. C’est l’armée et la police qui lui ont donné le coup de grâce en lui retirant leur soutien, déclenchant sa démission à la télévision le 10 novembre.

Celui qui briguait un quatrième mandat a en outre qualifié de «décision politique» l’appel de l’Organisation des États américains (OEA) à l’organisation d’un nouveau scrutin. Deux jours plus tard, le Président démissionnaire a pu s’enfuir du pays grâce au soutien du Mexique, qui l’a accueilli en tant que réfugié politique. La gauche latino-américaine, dont l’ancien Président brésilien Lula et le Vénézuélien Nicolas Maduro, a qualifié de «coup d’État» cette séquence d. Quant aux États-Unis, Donald Trump puis Mike Pompeo ont reconnu la nouvelle Présidente par intérim de la Bolivie, la sénatrice de droite Jeanine Añez, «afin de mener sa nation durant cette transition démocratique.»

Afin de décrypter les enjeux de cette crise bolivienne qui a des conséquences sur l’ensemble de la région, Sputnik a tendu le micro à Maurice Lemoine, spécialiste engagé de l’Amérique latine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et auteur de Venezuela, Chronique d’une déstabilisation, (Éd. Le Temps des Cerises).

Sputnik France: Le Président bolivien Evo Morales a annoncé sa démission ce dimanche 10 novembre. Comment l’expliquer?

Maurice Lemoine: «Il a en réalité été poussé à la démission dans le cadre d’un coup d’État dans la mesure où depuis très longtemps, l’opposition bolivienne –on peut dire d’extrême droite– avait annoncé qu’elle ne reconnaîtrait pas l’élection. Dans la mesure où l’organisation des États américains qui est, tout le monde le sait, dans l’orbite de Washington, elle a émis un prérapport disant que le résultat de l’élection n’était pas conforme aux résultats annoncés. Mais lorsqu’on regarde ce rapport préliminaire, émis le 20 octobre, il ne dit pas qu’il y a eu une fraude massive et il ne dit pas qu’Evo Morales n’est pas arrivé en tête du scrutin.

Je vais vous lire la conclusion du rapport: “en tenant compte des projections statistiques, il est possible que le candidat Morales soit arrivé premier et le candidat Mesa, second. Néanmoins, il est statistiquement improbable que Morales ait obtenu les 10% de différence pour obtenir un second tour.” Ce qui veut tout simplement dire, dans cette configuration, si l’on accepte cette conclusion, qu’il y aurait dû y avoir un second tour. Or évidemment, l’opposition ne le souhaitait pas, l’OEA ne le souhaitait pas non plus, puisqu’elle a recommandé l’organisation de nouvelles élections et c’est le moment où se sont déclenchées de grandes violences dans le pays où la police s’est mutinée et où l’armée a retiré son appui au chef de l’État constitutionnel. Dans ces conditions, il n’avait pas d’autre choix que la démission.»

Sputnik France: Est-il soutenu par une majorité de la population?

Maurice Lemoine: « Bien sûr, mais il a démissionné. Et ça rappelle un petit peu le 11 avril 2002 avec Hugo Chavez, qui s’était laissé arrêter par les putschistes pour éviter un bain de sang. Ça ne signifie malheureusement pas que la démission d’Evo Morales va éviter un bain de sang. On ne sait pas encore ce qui va se passer.

Effectivement, il y a un vrai problème, c’est qu’il y a actuellement des mobilisations très importantes en Bolivie qui sont en train de se mettre en place et qui sont annoncées. Il faut le rappeler, dans cette élection, même si elle est contestée, le résultat, c’est que 47,08% des Boliviens ont voté pour Evo Morales. Même si l’on accepte l’hypothèse qu’il y aurait eu des irrégularités, ça le met quand même à 45% des Boliviens. Il était très clairement en tête. Évidemment, il serait très naïf de penser que ces 45-47 % de Boliviens vont accepter que leur Président soit renversé d’un simple coup d’État, dans la mesure où Morales devait terminer de toute façon son mandat le 22 janvier de l’an prochain.»

Sputnik France: Le pays a-t-il été déstabilisé par l’étranger, notamment les États-Unis?

Maurice Lemoine: « Je ne vais pas tomber dans la parano ou dans le discours classique. Je note simplement que le premier qui a reconnu la Présidente autoproclamée en Bolivie, comme on a un Président autoproclamé au Venezuela, c’est Donald Trump.»

Sputnik France: Et ce 12 novembre, Evo Morales a été exfiltré par le Mexique, qui craignait pour sa vie. La menace était-elle réelle?

Maurice Lemoine: «Je suis un peu effaré devant le traitement de la crise bolivienne par les médias et l’appareil médiatique en général. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac, il y a évidemment des exceptions. C’est que nulle part, je n’ai vu titrer “coup d’État”, alors que c’est un coup d’État, qui plus est, c’est un coup d’État fasciste. Devant l’organisation des États américains, il y a un certain nombre de pays qui ont dénoncé un coup d’État, qui sont le Mexique, l’Uruguay. Le Président récemment élu d’Argentine, Alberto Fernandez, a également dénoncé un coup d’État, donc c’est un certain nombre de grandes nations sud-américaines qui ont dénoncé ce coup d’État.

Effectivement, Evo Morales a été exfiltré, il faut employer ce terme, d’abord grâce au Mexique qui l’a accueilli en tant que réfugié politique, grâce également à l’intervention du Président Fernandez, qui n’est pas encore en exercice en Argentine. Et puis d’une manière un peu surprenante, mais après tout c’est très bien, le Président de droite du Paraguay qui a permis à un avion militaire mexicain de récupérer Morales en passant par le Paraguay. Sachant par exemple qu’un pays comme l’Équateur qui, il n’y a pas très longtemps, était gouverné par la gauche et dont le Président a complètement tourné casaque, a fait un virage à 180 degrés en direction des États-Unis, a interdit le survol de son territoire par cet avion mexicain qui venait sauver le Président constitutionnel de la Bolivie, parce qu’il y avait une menace très sérieuse sur la vie d’Evo Morales.»

Sputnik France: Au même moment, le sommet des BRICS est organisé au Brésil par Jair Bolsonaro, alors que l’ex-Président Lula vient d’être libéré. Dans le cadre de la crise bolivienne, quels sont les enjeux de ce sommet?

Maurice Lemoine: «La réunion des BRICS est intéressante dans la mesure où dans ces cinq pays, Russie, Inde, Brésil, Chine et Afrique du Sud, il n’y en a qu’un qui soutient le coup d’État contre Evo Morales, c’est le Brésil de Bolsonaro, qui accueille cette conférence. De la même manière, le Brésil est le seul qui soutient le Président autoproclamé Juan Guaido, donc il va forcément y avoir une tension entre le Brésil et les quatre autres pays.


Il y a eu une conséquence imprévue à cette affaire. Dans le contexte de ce coup d’État contre Evo Morales en Bolivie, des militants d’extrême droite présents au Brésil ont envahi l’ambassade du Vénézuéla. Dans un premier temps, le Président Bolsonaro a trouvé cela très amusant et très bien. Et puis, sous la pression de ses diplomates, il s’est rendu compte que ça allait le mettre dans une position difficile, précisément dans le cadre de cette réunion des BRICS. Il a donc ordonné que l’ambassade du Vénézuéla soit libérée de ces envahisseurs.

La réunion des BRICS va être très intéressante, la Russie a condamné le coup d’État contre Evo Morales, la Russie continue à soutenir Nicolas Maduro au Venezuela, a d’excellentes relations avec Cuba. Le Brésil se trouve effectivement dans une situation un peu compliquée, dans la mesure où Lula a lui aussi condamné le coup d’État contre Evo Morales, de sorte que d’une certaine manière, Bolsonaro est complètement isolé dans cette histoire.»

BOLIVIE. TRUMP ADOUBE JEANINE AÑEZ, LE COUP D’ÉTAT EST PARACHEVÉ


   [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]


« COUP D’ÉTAT EN BOLIVIE »
DESSIN CARLOS LATUFF
La sénatrice de l’opposition qui s’est autoproclamée présidente a été reconnue par Washington.
FACEBOOK DE JEANINE AÑEZ CHAVEZ
La doctrine Monroe qui vise à placer les pays américains sous l’influence des États-Unis vit toujours. Mercredi, l’administration de Donald Trump a reconnu la sénatrice Jeanine Añez Chavez comme présidente intérimaire de Bolivie pour combler le vide laissé par la démission d’Evo Morales. La boucle est bouclée. Autre pays à considérer la bénéficiaire du coup d’État comme légitime à son poste : le Brésil de Jair Bolsonaro, président d’extrême droite et principal bénéficiaire du coup d’État constitutionnel contre Dilma Rousseff.

LA PRÉSIDENTE DU SÉNAT, ADRIANA SALVATIERRA,
FUT EMPÊCHÉE DE REJOINDRE LE SÉNAT, MARDI.
PHOTO 
ABI - AGENCIA BOLIVIANA DE INFORMACIÓN
Mardi, la deuxième vice-présidente du Sénat s’était autoproclamée cheffe d’État à l’occasion d’une session parlementaire où le quorum requis n’était pas respecté. Les parlementaires du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d’Evo Morales, majoritaires, ont boycotté la session, craignant pour leur sécurité. La présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, qui aurait logiquement dû par voie constitutionnelle, succéder à Morales, a annoncé mercredi qu’elle n’avait pas démissionné – contrairement à ce qui avait été annoncé – et qu’elle avait été empêchée de rejoindre le Sénat, mardi. Dimanche, Evo Morales, dont l’élection au premier tour le 20 octobre était contestée, comme cela s’est vu ailleurs par la droite dans la rue, avait démissionné sous la pression de l’armée afin, selon ses mots, « d’éviter un bain de sang ».

Evo Morales s’est dit prêt à « revenir pour pacifier » le pays


JEANINE AÑEZ S'AUTOPROCLAME 
« PRÉSIDENTE PAR INTÉRIM » DE BOLIVIE
DESSIN CARLOS LATUFF
Dès mercredi, Jeanine Añez Chavez a présenté sa nouvelle équipe gouvernementale, nombre de ministres d’Evo Morales ayant, eux aussi, démissionné car attaqués à leur domicile. Toute ressemblance avec une situation ayant existé ailleurs n’est pas fortuite. Le premier geste du nouveau «gouvernement » bolivien a été, jeudi, de reconnaître Juan Guaido comme chef d’État légitime du Venezuela. Celui-ci, président de l’Assemblée nationale, s’était autoproclamé premier dirigeant du Venezuela en janvier 2019, avec l’appui de Washington et de nombreuses capitales occidentales.

L’ascension de Jeanine Añez Chavez ne passe pas. Des manifestations, accompagnées d’affrontements, se sont tenues à La Paz et El Alto. Un jeune a été tué par balle, mercredi, dans le village de Yapacani, lors de heurts entre manifestants refusant le coup d’État et la police.

Depuis le Mexique où il a trouvé refuge, le président Andrés Manuel Lopez Obrador lui ayant accordé l’asile, Evo Morales s’est dit prêt avec ses proches, mercredi, lors d’une conférence de presse, à « revenir pour pacifier » le pays, « si notre peuple nous le demande ». Il a assuré que « nous reviendrons tôt ou tard ». Dans un entretien au quotidien El Pais, il a laissé entendre qu’en cas de nouveau scrutin, il ne serait pas candidat. Il déplore toutefois : « J’ai renoncé, mais la violence continue. »
Gaël De Santis

CHILI : MOBILISATION UN AN APRÈS LA MORT D'UN INDIEN MAPUCHE TUÉ PAR LA POLICE

En pleine crise sociale au Chili, plusieurs mobilisations ont eu lieu jeudi 14 novembre pour commémorer la mort d'un jeune Indien mapuche tué il y a un an lors d'une opération policière dans le sud du pays.
Par Le Figaro avec l'AFP
Ces mobilisations interviennent alors que les accusations de violations des droits de l'Homme perpétrées par les forces de l'ordre se sont multipliées depuis l'éclatement de la contestation le 18 octobre, poussant l'ONU à envoyer une mission d'enquête. Des affiches reproduisant le visage de Camilo Catrillanca, 24 ans, tué le 14 novembre 2018 dans la région de l'Araucanie ont été placardées à proximité de l'emblématique Plaza Italia, devenu le point de rassemblement des manifestations massives qui rythment désormais quasi-quotidiennement la vie de la capitale.

Le jeune homme avait reçu une balle dans la nuque dans une zone rurale où patrouillaient des policiers chargés d'enquêter sur des vols de véhicules. La police avait d'abord indiqué qu'il était mort lors d'un affrontement et qu'aucune caméra de surveillance n'avait pu filmer la scène, alors que la réglementation chilienne prévoit que les opérations policières soient filmées. Les autorités ont finalement annoncé qu'il existait bien des images de vidéo, mais qu'elles avaient été détruites par un policier. Plusieurs policiers ont été inculpés et l'affaire avait coûté son poste au chef de la police de l'époque. Le père de la victime, Marcelo Catrillanca, a appelé en début de journée à des manifestations pacifiques «pour que l'esprit de mon fils puisse reposer en paix et que les forces de police n'aillent pas trop loin». Une cérémonie traditionnelle a eu lieu sur la Plaza Italia, où a été déposée une «guñelve», une étoile symbolique de la culture mapuche. À Temuco, capitale de la région de l'Araucanie, à 800 km au sud de Santiago, où vivent la majorité des Indiens mapuche, peuple autochtone le plus important du Chili, des heurts ont eu lieu entre manifestants et la police.

La vague de contestation sans précédent qui secoue depuis près d'un mois le Chili a fait 22 morts, dont cinq après l'intervention des forces de sécurité, et plus de 2.000 blessés, dont près de 200 touchés aux yeux. Alors que le gouvernement du président conservateur Sebastian Piñera peine toujours à trouver une issue à la crise, les conséquences commencent à se faire sentir sur l'économie chilienne, considérée comme une des plus robustes d'Amérique du sud. La monnaie s'est dépréciée pour la troisième journée consécutive pour tomber à son plus bas historique, un dollar s'échangeant contre 802,63 pesos, malgré l'annonce la veille par la Banque centrale d'une injection de 4 milliards de dollars. Le ministre des Finances, Ignacio Briones, a annoncé que la vague de contestation pourrait entraîner la perte de 300.000 emplois d'ici la fin du premier trimestre 2020.


12 novembre, 2019

UN COUP D’ÉTAT PAS ORDINAIRE EN BOLIVIE


   [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
DESSIN PAOLO LOMBARDI
Les conditions pour tenir de nouvelles élections en Bolivie sont loin d’être réunies dans ce pays andin où la violence des divisions accompagnait toujours lundi la démission, forcée par l’armée, du président Evo Morales dimanche. Une chute précipitée en partie par les irrégularités détectées lors du dernier scrutin présidentiel, mais surtout par l’élite économique et religieuse bolivienne qui souhaite reprendre le contrôle du pays afin d’enrayer les réformes réalisées depuis 13 ans dans un esprit d’inclusion sociale par le premier chef d’État indigène bolivien.
MARIE-CHRISTINE DORAN
« Nous ne sommes pas devant un coup d’État ordinaire, laisse tomber à l’autre bout du fil la spécialiste de l’Amérique du Sud Marie-Christine Doran, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ce n’est pas l’usure du pouvoir ni un bilan tragique qui viennent de forcer la sortie d’Evo Morales. C’est le résultat d’une résistance de l’élite qui, depuis 13 ans, a perdu ses privilèges. Elle s’est radicalisée en passant par les mouvements de la droite religieuse évangélique. Aujourd’hui, le départ de Morales, c’est la revanche de cette élite, mais également la possibilité pour elle de rétablir une morale chrétienne » dans un pays qui, pour plusieurs Boliviens, se serait donc ouvert trop vite aux différences.

La voix la plus audible de l’opposition, celle de Luis Fernando Camacho, leader de la junte civique de Santa Cruz, un groupe d’extrême droite dirigé par des entrepreneurs miniers et des propriétaires terriens, n’a d’ailleurs pas caché ses ambitions en la matière en appelant à rien de moins qu’à la dissolution de toutes les institutions politiques de Bolivie, dont le Parlement, le Sénat et même la Cour suprême, plutôt qu’à la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel. Cette droite « religieuse et dangereuse», dit Mme Doran, a l’appui de la police dont plusieurs membres affichaient dimanche et lundi des crucifix au cou afin de témoigner de leur allégeance à ce courant politique.

Comme dans d’autres pays d’Amérique du Sud touchés par la « vague rose » — ce retour de la gauche au pouvoir à la charnière du XXIème siècle et dont Evo Morales était un des derniers représentants en poste —, la Bolivie s’est démocratisée en accordant plus de droits aux indigènes, aux agriculteurs, aux pauvres ou aux communautés LGBTQ. Elle a aussi fait école sur le plan environnemental en inscrivant la nature dans une nouvelle logique de droit afin de faciliter sa protection. Des réformes décriées et qualifiées de « tyrannie » par les tenants de la droite conservatrice du pays qui désormais orchestre la contestation.

Au lendemain de la démission de Morales, la police a d’ailleurs commencé à retirer le whipala, le drapeau aux sept couleurs des peuples indigènes, des bâtiments publics de Bolivie.

« Je viens d’apprendre qu’il y a eu un coup d’État en Bolivie et que le camarade [Evo Morales] a été obligé de démissionner », a écrit sur Twitter l’ex-président brésilien et victime de cette même droite radicale dans son propre pays, Luiz Inácio Lula da Silva. Il vient de sortir de prison après avoir purgé 18 mois d’une peine de huit ans pour corruption, peine qu’il a toujours qualifiée d’abusive. « Il est lamentable que l’Amérique latine ait une élite économique qui ne sait pas accepter la démocratie et l’inclusion sociale des plus pauvres. »

Neutralité canadienne


AGENCE FRANCE-PRESSE LES FORCES DE L'ORDRE 
BOLIVIENNE SE SONT JOINTS 
AUX MANIFESTATIONS POPULAIRES. 
PHOTO DANIEL WALKER 
Contacté par Le Devoir, le cabinet de la ministre des 
Affaires étrangères du Canada Chrystia Freeland n’a pas souhaité qualifier de « coup d’État » le départ d’Evo Morales. Ottawa dit plutôt appuyer « la volonté démocratique du peuple bolivien ». « Nous prenons note de la démission du président Morales et continuerons d’appuyer la Bolivie pendant cette transition et les nouvelles élections », a dit Mme Freeland par voie de communiqué en appelant « tous les acteurs politiques et sociaux en Bolivie [à faire] preuve de retenue, et à éviter la violence et la confrontation ».

Lundi, Evo Morales avait passé la journée retranché au centre du pays dans son fief politique de la région de Cochabamba, le coeur de la production de coca où cet indigène a gravi les échelons du pouvoir, de la misère des champs jusqu’au palais présidentiel en passant par le mouvement syndical. Il y a appelé ses partisans à la résistance contre ce qu’il qualifie d’attaque contre la démocratie bolivienne. « Vous ne m’avez jamais lâché et je ne vous lâcherai pas, a-t-il écrit sur Twitter. Le monde et les patriotes boliviens vont condamner ce coup d’État ».

En soirée, il a annoncé qu’il s'envolait pour le Mexique, pays qui lui a accordé l’asile, après sa démission Des médias locaux avaient annoncé quelques minutes plus tôt qu’un avion militaire mexicain s’était posé sur un aéroport de la région de Cochabamba. «Frères et soeurs, je pars pour le Mexique», a twitté l’ancien président peu après 21h30 heure locale.

Présidence par intérim


Rappelons que la chute de M. Morales a été accélérée par l’enquête de l’Organisation des États américains (OEA) qui a confirmé que le dernier scrutin présidentiel était entaché d’irrégularités. L’ex-président y a été donné vainqueur au premier tour, attisant la colère de la droite et des manifestants dans les rues. M. Morales a proposé dimanche de déclencher un nouveau scrutin, avant de démissionner pour mettre fin à la violence dans les régions prospères du pays.

Lundi, l’OEA a appelé « à la paix et au respect de la loi » pour résoudre la crise politique en Bolivie et demandé « une réunion urgente » du Parlement bolivien « pour garantir le fonctionnement des institutions et nommer de nouvelles autorités électorales pour garantir un nouveau processus électoral ». La nomination du président par intérim revient au Parlement, où les partisans d’Evo Morales sont majoritaires, et ce, après la démission en bloc du vice-président Álvaro García, mais aussi de la présidente et du vice-président du Sénat tout comme du président de la Chambre des députés, qui devaient légalement prendre en charge la transition.

Les opposants ont d’ailleurs sauté sur l’occasion de cette vacance de pouvoir pour proclamer Jeanine Áñez, deuxième vice-présidente et leader du parti d’opposition Unidad Democrática, comme cheffe d’État par intérim. Cette anti-Morales a annoncé lundi la tenue de nouvelles élections, pour le 22 janvier prochain, dans un climat qui en rendait encore lundi soir la perspective incertaine.

CHILI : LES DONNÉES PERSONNELLES DE MILLIERS DE POLICIERS PIRATÉES ET DIFFUSÉES


  [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 
CYBERATTAQUE CONTRE LES VIOLENCES POLICIÈRES 
L’administration policière a été la cible d’une vague de piratages, en représailles aux violences commises durant l’état d’urgence. Des informations sensibles ont été dérobées et publiées.
Ajouter une légende
Alors que le Chili a été le théâtre d’un important mouvement de contestation en octobre, réprimé dans la violence, des hackeurs ont mis en ligne, le 10 novembre, un annuaire interactif comprenant les données professionnelles et personnelles de plus de vingt-neuf mille carabineros (« carabiniers »), les membres de la police nationale chilienne.

CAPTURE D'ÉCRAN
Le site a été mis en ligne en russe et en anglais, par quatre internautes se présentant comme russes et soutenant la révolte chilienne, qui dure depuis le début d’octobre. Signé « From Russia with Love », il a pour slogan, en russe, « donner des armes aux Chiliens ». Il comprend des informations, comme le prénom, le nom, le sexe, la date de recrutement, le poste de police, le grade, mais aussi le domicile de plusieurs centaines d’officiers de police, ainsi qu’une carte interactive permettant de les situer, a pu constater Le Monde mardi 12 novembre.

Trois intrusions informatiques en quelques jours


La mise en ligne de cet annuaire fait suite à trois piratages massifs de sites de l’administration policière nationale, ayant eu lieu du 25 au 28 octobre. Les informations personnelles des carabineros ont été dérobées et mises en ligne durant la première attaque informatique, sous la forme initiale d’un tableur.

Ces piratages, confirmés par les médias locaux, ont été revendiqués dès le 25 octobre par la branche chilienne d’Anonymous, nébuleuse libertaire issue du forum 4chan, réputée depuis le début des années 2010 pour ses attaques informatiques militantes contre des grandes firmes et des gouvernements autoritaires.

Selon le site d’investigation chilien Ciper, les pirates ont également eu accès le 28 octobre à de nombreux autres documents « contenant des informations sensibles, comme l’armement de certaines unités, les cibles d’intérêt des services de renseignement et des données sur la protection des autorités. » Trois cent douze notes internes et plus de 10 000 documents d’archives ont fuité, précise CNN. Le site officiel des carabineros a été temporairement mis hors ligne après la découverte de la brèche. « Ne dirigez jamais vos armes contre votre propre sang, ou vos données seront exposées », revendiquait sur Twitter l’un des principaux comptes liés à Anonymous au Chili.

Réponse à la répression


Ces intrusions informatiques ciblées font suite à la violente crise sociale qui agite le pays depuis la mi-octobre et la répression des manifestations par les forces de l’ordre. Le pays a notamment été placé en état d’urgence du 18 au 28 octobre. Les organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé à cette occasion de nombreux abus perpétrés par les carabineros : passages à tabac, torture, violences sexuelles. Les violences policières subies par des manifestants ont également été documentées dans des médias internationaux, comme le New York Times.

Après trois semaines de manifestations, le président chilien, Sebastian Piñera, a annoncé, dimanche 10 novembre, préparer un projet de modification de la Constitution, promulguée sous la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Il s’agit de l’une des revendications des manifestants.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
CYBERATTAQUE
SUR LE MÊME SUJET :

LE PRÉSIDENT CHILIEN PROMET DE MODIFIER LA CONSTITUTION


  [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

PLACE SALVADOR À ALLENDE PARIS LE 21/10/2019 
Le gouvernement chilien a annoncé que le Congrès serait chargé d'écrire une nouvelle Constitution, cédant ainsi aux revendications des manifestants. Le texte devrait être ensuite soumis à un référendum.  
   « LE CHILI VA SE DOTER D'UNE NOUVELLE CONSTITUTION, 
UNE VICTOIRE POUR LES MANIFESTANTS »
[ Cliquez sur la flèche pour voir la vidéo ] 
France 24 avec Reuters 

C'est une victoire pour les manifestants. Au Chili, le gouvernement a accepté de rédiger une nouvelle Constitution pour remplacer l'actuelle datant de la dictature militaire d'Augusto Pinochet.

AU CHILI, LA MOBILISATION RESTE FORTE ET PÈSE SUR L'ÉCONOMIE


 [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 

MANIFESTATION CONTRE LE GOUVERNEMENT, 
LE 11 NOVEMBRE 2019 À SANTIAGO DU CHILI  
PHOTO JAVIER VERGARA
Santiago du Chili (AFP) - Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont une nouvelle fois descendus dans les rues mardi au Chili pour réclamer au gouvernement de profondes réformes sociales, une persistance de la crise sociale qui commence à peser sur l'économie du pays.
PHOTO RODRIGO ARANGUA
Plus de 80.000 personnes ont défilé dans le centre de Santiago à l'appel de plusieurs organisations sociales, a annoncé le sous-secrétaire à l'Intérieur, Rodrigo Ubilla, qui a également évoqué "quelques incidents violents isolés".

Les manifestants, brandissant des drapeaux chiliens et des banderoles syndicales, se sont rassemblés sur l'emblématique Plaza Italia, dans le centre de la capitale, pour se rendre ensuite au siège de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), plus puissant syndicat du pays, a constaté l'AFP.

L'APPEL À UNE "GRÈVE GÉNÉRALE"  
"Il y a beaucoup de mécontentement sur de nombreux sujets (...) l'éducation, la santé, l'exploitation des ressources naturelles. Tout ce qu'a proposé le président (Sebastian Piñera) est insuffisant, c'est une farce !", a dénoncé Karen Delgado, une manifestante de 29 ans.

La manifestation s'est déroulée dans le calme, à l'exception de quelques incidents en fin de cortège lorsque les forces de l'ordre ont brièvement fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants près du palais présidentiel de La Moneda.

L'appel à une "grève générale" dans les secteurs publics avait été lancé par une centaine d'organisations sociales, dont la CUT et de nombreux syndicats des secteurs de l'éducation, de la santé, des services portuaires et douaniers.

De nombreuses écoles étaient fermées et les cours dans les universités n'ont pas repris depuis l'éclatement de la crise sociale le 18 octobre, déclenchée par une hausse du prix du ticket de métro dans la capitale.

Des barricades ont été érigées sur plusieurs artères de la ville, gênant la circulation. Les transports publics fonctionnaient toutefois quasi normalement et aucune perturbation n'était constatée à l'aéroport international de Santiago.


MANIFESTATION CONTRE LE GOUVERNEMENT, 
LE 12 NOVEMBRE 2019 À SANTIAGO DU CHILI  
PHOTO AFP 
La mobilisation restait également forte dans le reste du pays, dans les villes d'Arica, Antofagasta (nord), Puenta Arenas (sud), Concepcion (centre), Rancagua et Valparaiso, où siège le Parlement qui a suspendu ses activités pour la journée.

- Chute historique du peso -


Conséquence de la persistance de cette vague de contestation sans précédent dans un pays loué jusque-là pour sa stabilité, la monnaie chilienne a chuté à la mi-journée mardi à un plus bas historique (-5,3%), un dollar s'échangeant à 800 pesos.

Le précédent record à la baisse remontait au 10 octobre 2002, 761 pesos étant alors nécessaires pour obtenir un billet vert. La Bourse de Santiago était également en baisse, de 3,38% à la mi-journée.

L'APPEL À UNE "GRÈVE GÉNÉRALE"  
"C'est un signe d'inquiétude que nous suivons avec beaucoup d'attention", a réagi le ministre des Finances, Ignacio Briones. La Banque centrale a indiqué de son côté qu'une telle baisse était "attendue dans un contexte de plus grande incertitude" en raison notamment de la persistance de la crise.

Près d'un mois après le début de la fronde sociale, la mobilisation ne faiblit pas, malgré plusieurs concessions du gouvernement, impensables encore il y a quelques semaines.

Le président conservateur Sebastian Piñera a notamment accepté une modification de la Constitution, héritée de la période de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), une forte revendication des manifestants.

Le gouvernement a également conclu deux accords avec l'opposition sur le budget 2020 et pour une réforme fiscale destinés à financer les mesures sociales annoncées pour tenter d'apaiser la colère sociale.

Mais les syndicats réclament des réformes plus profondes, notamment du système de retraite, totalement privatisé, une hausse du budget de la santé publique et une augmentation du salaire minimum.

PHOTO ATON
Pour tenter de trouver une sortie de crise consensuelle, le chef de l'État a également rencontré les ex-présidents de centre-gauche Eduardo Frei (1994-2000) et Ricardo Lagos (2000-2006).

Il s'est aussi entretenu par téléphone avec l'ex-présidente socialiste Michelle Bachelet (2006-2010 et 2014-2018), désormais Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.

Parmi les secteurs économiques les plus touchés figurent notamment le commerce et le tourisme. Selon la Chambre de commerce de Santiago, les ventes ont chuté en moyenne de 50% dans la capitale depuis le début de la contestation.

Le gouvernement indique que la baisse du PIB en octobre devrait atteindre 0,5%.

11 novembre, 2019

CHAOS DANS LA CAPITALE BOLIVIENNE APRÈS LE «COUP D'ÉTAT» DÉNONCÉ PAR EVO MORALES

  [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
UNE FEMME ENVELOPPÉE DU DRAPEAU BOLIVIEN PRIE DEVANT
LA CATHÉDRALE DE LA PAZ, APRÈS L'ANNONCE DE
LA DÉMISSION D'EVO MORALES, LE 10 NOVEMBRE 2019.
PHOTO 
Des scènes de violence ont éclaté à La Paz et à El Alto, une ville proche de la capitale bolivienne, à la suite de la démission du président Evo Morales, lâché par l'armée et la police. Des manifestants ont notamment envahi l'ambassade du Vénézuéla.
   «  DÉMISSION D’EVO MORALES : «ON EST FACE À UN COUP D’ÉTAT», ASSURE MAURICE LEMOINE »
[ Cliquez sur la flèche pour voir la vidéo ] 
Scènes de violence et de chaos dans la nuit du 10 au 11 novembre, après l'annonce de la démission du président bolivien Evo Morales, qui a dénoncé un «coup d'État».

L'AFP, citant la presse bolivienne, rapporte que de nombreux autobus et des domiciles de personnalités avaient été incendiés dans la capitale La Paz et dans une ville à proximité de celle-ci, El Alto. Le service municipal de transport public de La Paz a ainsi annoncé dans la nuit que des dizaines de manifestants étaient «entrés dans [leurs] installations et [étaient] en train d'incendier les autobus». Les médias ont montré que 15 véhicules étaient en flammes dans le centre d'entretien des autobus.

De plus, l'AFP rapporte que plusieurs dizaines de personnes ont semé la terreur au cours de la nuit dans le quartier aisé d'Achumani, dans le sud de La Paz.

Au milieu de la nuit, des patrouilles de l'armée ont commencé à parcourir les rues de La Paz et d'El Alto, selon l'agence. En revanche, les policiers, dont de nombreuses unités s'étaient mutinées ces derniers jours contre le président Morales, n'effectuaient pas de patrouilles, sans que leur absence ne soit expliquée par leur commandement.

Attaque des domiciles d'Evo Morales et d'anciens ministres


L'ancien président, dont la presse ignore où il se trouve à ce jour, a dénoncé l'attaque de son domicile, dans la nuit du 10 au 11 novembre : «Des groupes violents ont attaqué mon domicile. Les putschistes détruisent l'Etat de droit.»

Un ancien ministre, Juan Ramon Quintana, a également déclaré à la télévision que son domicile avait été pillé par des inconnus qui auraient emporté tous ses documents.

De même, le président de l'Assemblée nationale bolivienne, Victor Borda, a démissionné le 10 novembre après l'incendie de son domicile par des manifestants, tandis que César Navarro, ministre des Mines démissionnaire, a déclaré que son frère avait été pris en otage à son domicile de Potosi (sud-ouest).

En outre, Waldo Albarracin, recteur de l'université d'État de La Paz et à la tête d'un collectif de citoyens qui a œuvré aux demandes de démission d'Evo Morales, a déclaré que sa maison avait été incendiée et détruite par «une foule» de membres du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d'Evo Morales.

L'ambassade du Venezuela occupée par des manifestants cagoulés

Également dans la capitale, le siège de l'ambassade du Venezuela a été occupé par des manifestants. L'ambassadrice du Vénézuéla Crisbeylee Gonzalez a déclaré à l'agence de presse bolivienne ABI : «Équipés de dynamite, des manifestants cagoulés avec des boucliers ont pris l'ambassade du Vénézuéla en Bolivie. Nous allons bien et sommes à l'abri, mais ils veulent faire un massacre. Aidez-nous à dénoncer cette barbarie».

Le 11 novembre, le président vénézuélien Nicolas Maduro avait condamné «catégoriquement le coup d'Etat survenu contre le frère président Evo Morales», de même que le chef d'Etat cubain, Miguel Diaz-Canel, qui a évoqué un «coup d'État violent et lâche de la droite contre la démocratie en Bolivie».

Une femme enveloppée du drapeau bolivien prie devant la cathédrale de La Paz, après l'annonce de la démission d'Evo Morales, le 10 novembre 2019.«Coup d'État», prise d’otages, incendies et démissions : que se passe-t-il en Bolivie ?


Evo Morales dénonce un «coup d'État civil-politique-militaire»  


Dénonçant un «coup d'État civil-politique-militaire» avec le concours de groupes violents, Evo Morales a présenté sa démission ce 10 novembre. Le président socialiste, dont la réélection est contestée par l'opposition, avait d'abord proposé, en vain, de nouvelles élections pour sortir de la crise et lever les doutes. Mais, lâché par l'armée et la police, il a finalement exposé les raisons de son départ lors d'une allocution télévisée : «J'ai décidé de démissionner de mon poste pour que [les opposants] Carlos Mesa et Luis Camacho cessent de maltraiter et de porter atteinte à des milliers de frères.» Rappelant ses responsabilités en tant que «président indigène et président de tous les Boliviens», il a ajouté : «J'ai l'obligation de rechercher la paix et cela me fait très mal que nous nous affrontions entre Boliviens.»

L'opposition ne reconnaît pas les résultats de l'élection présidentielle du 20 octobre qu'Evo Morales déclare avoir remportée dès le premier tour.


SUR LE MÊME SUJET :