31 mars, 2026

BLOCUS AMÉRICAIN ET CRISE ÉNERGÉTIQUE : UN PÉTROLIER RUSSE LIVRE DU BRUT À CUBA

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RT France
Blocus américain et crise énergétique : un pétrolier russe livre du brut à Cuba / Le pétrolier russe Anatoli Kolodkine est arrivé à Cuba avec une cargaison humanitaire destinée à atténuer une crise énergétique sévère. Cette livraison intervient alors que l’île fait face à des pénuries de carburant, à des coupures massives d’électricité et à de graves perturbations dans les services essentiels, en particulier dans les hôpitaux. 

RT en français 30 mars 2026, 17:41 © TASS 

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LE PÉTROLIER RUSSE ANATOLY KOLODKIN.
IMAGE D'ILLUSTRATION
le pétrolier russe Anatoli Kolodkine a atteint Cuba et attend désormais son déchargement au port de Matanzas. Le ministère russe des Transports a indiqué que le navire transportait 100 000 tonnes de pétrole brut dans le cadre d’une livraison humanitaire destinée à aider l’île à faire face à ses difficultés énergétiques.

VUE NOCTURNE DE LA HAVANE, SEULS QUELQUES BÂTIMENTS ÉTANT ILLUMINÉS.
/ LA HAVANE LORS D'UNE PANNE D'ÉLECTRICITÉ CE MOIS-CI.
PHOTO ADALBERTO ROQUE

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR 

Cette arrivée a eu lieu alors même que les États-Unis ont renforcé ces derniers mois la pression sur les approvisionnements énergétiques de Cuba. Washington a toutefois laissé entrer cette cargaison. Donald Trump a déclaré que les États-Unis ne s’opposaient pas à des livraisons ponctuelles de pétrole à caractère humanitaire, y compris depuis la Russie. Il a justifié cette position en expliquant que les Cubains avaient besoin « de survivre ». La cargaison, estimée à environ 730 000 barils, pourrait faire fonctionner, pendant près d’une semaine, les centrales thermoélectriques cubaines. 

EN FACE D’UN TERMINAL PÉTROLIER DU PORT
DE MATANZAS (CUBA), LE 30 MARS 2026.
    PHOTO RAMON ESPINOSA

Une crise énergétique devenue critique 

Cette livraison intervient dans un contexte de forte dégradation de la situation intérieure cubaine. Le réseau électrique national s’est effondré à trois reprises au cours du mois de mars, provoquant de longues coupures sur l’ensemble du territoire. Les informations disponibles font état d’une pénurie aiguë d’essence et de diesel, ainsi que d’un manque de produits alimentaires et de médicaments. 

Les conséquences touchent directement la population et les services publics. Plus de 100 000 personnes, dont plus de 11 000 enfants, sont toujours en attente d’une opération dans les hôpitaux cubains en raison de la crise énergétique. L’arrivée du brut russe apparaît comme un soutien concret au maintien des infrastructures vitales et aux besoins immédiats de la population. 

La situation locale s’est fortement détériorée après l’arrêt des livraisons vénézuéliennes à la suite de l’enlèvement du président Maduro, tandis que Washington a signé le 29 janvier un décret ouvrant la voie à des droits de douane contre les pays exportant du pétrole vers Cuba. 

Moscou met en avant une aide durable à Cuba 

Du côté russe, l’envoi du pétrolier représente une réponse nécessaire à une situation d’urgence. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a déclaré le 30 mars que la Russie considérait comme son devoir d’aider « les amis cubains », en fournissant les ressources nécessaires à la production d’électricité, aux soins médicaux et au fonctionnement des systèmes de base. Il a également indiqué que Moscou poursuivrait son travail sur d’autres livraisons énergétiques vers l’île. 

La Chine a également appelé les États-Unis à lever immédiatement les sanctions contre Cuba et a réaffirmé son soutien à La Havane. 

Dans ce cadre, l’arrivée du pétrolier russe ne se limite pas à une opération logistique : elle illustre aussi la volonté de la Russie de maintenir une aide concrète et visible à Cuba, au moment où l’île traverse une crise énergétique et humanitaire majeure.

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 « ULTIMATUM À L'IRAN : TRUMP CHANGE D'AVIS »
DESSIN  PATRICK CHAPPATTE



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30 mars, 2026

UN PÉTROLIER RUSSE TRANSPORTANT DE L'AIDE HUMANITAIRE ARRIVE À CUBA

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VUE NOCTURNE DE LA HAVANE, SEULS QUELQUES BÂTIMENTS ÉTANT ILLUMINÉS.
/ LA HAVANE LORS D'UNE PANNE D'ÉLECTRICITÉ CE MOIS-CI.
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RT

Un pétrolier russe transportant de l'aide humanitaire arrive à Cuba / Le pétrolier russe Anatoly Kolodkin transporte environ 100 000 tonnes de pétrole destinées à l'aide humanitaire pour l'île. / Le pétrolier russe Anatoly Kolodkin est arrivé à Cuba et attend actuellement d'être déchargé au port de Matanzas, selon le ministère russe des Transports. / Le navire transporte environ 100 000 tonnes de pétrole destinées à l'aide humanitaire. Le pétrolier navigue sous pavillon russe et sans escorte militaire. Il a été escorté par un navire de guerre de la marine russe lors de sa traversée de la Manche, mais après son entrée dans l'Atlantique, le pétrolier a poursuivi sa route de manière autonome.

Actualidad RT  30 mars 2026, 07h51 GMT

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LE PÉTROLIER RUSSE ANATOLY KOLODKIN.
IMAGE D'ILLUSTRATION

il s'agit du premier pétrolier à arriver à Cuba depuis trois mois, après que les États-Unis ont contraint le Venezuela et le Mexique à interrompre leurs livraisons d'énergie à l'île. Cuba n'a reçu aucune cargaison de pétrole depuis le 9 janvier, ce qui a déclenché une crise énergétique. Le Mexique avait effectué la dernière livraison, mais a ensuite interrompu ses livraisons sous la pression de Washington.

« Victoire : La victoire, au prix de
 la mort et de la destruction 
»

DESSIN MORO.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Auparavant, le président américain Donald Trump avait déclaré qu'il n'avait aucune objection à ce que des pays, y compris la Russie, fournissent du pétrole à Cuba. « Cela ne nous dérange pas de laisser quelqu'un recevoir une cargaison parce qu'ils en ont besoin. Ils doivent survivre », a-t-il déclaré aux journalistes. « Si un pays veut envoyer du pétrole à Cuba maintenant, je n'y vois aucun inconvénient, que ce soit la Russie ou non », a-t-il ajouté. « Je préfère l'autoriser, qu'il vienne de Russie ou de tout autre pays, parce que les gens ont besoin de chauffage, de climatisation et de tout le reste », a-t-il réaffirmé.

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« Solidarité inébranlable »

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé la semaine dernière que son pays était préoccupé par l'escalade des tensions autour de Cuba et qu'il resterait solidaire du gouvernement de l'île caribéenne.

Parallèlement, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a réaffirmé le soutien de Moscou à La Havane le 19 mars et a révélé que les autorités russes examinaient les moyens d'aider la nation caribéenne. « Nous sommes en dialogue constant avec les dirigeants cubains et, bien sûr, nous discutons de la manière d'aider l'île dans cette situation difficile », a-t-il déclaré.

Dans des déclarations plus tôt ce mardi, le porte-parole a également affirmé que la Russie était prête à fournir « toute l'assistance possible » à la nation caribéenne. « Toutes ces questions sont abordées avec nos homologues cubains », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, le ministère russe des Affaires étrangères a exprimé sa « vive préoccupation » face à l'escalade des tensions autour de Cuba et a réitéré son soutien au gouvernement cubain et à son « peuple frère » face au blocus et aux pressions de Washington. Moscou a réaffirmé sa « solidarité indéfectible » avec la nation caribéenne, qui fait face à des « défis sans précédent » découlant directement de l'embargo commercial, économique, financier et, plus récemment, énergétique, imposé par les États-Unis.

Menace américaine contre Cuba

Le 29 janvier, le président américain Donald Trump a signé un décret déclarant l'« urgence nationale » en réponse à la menace « inhabituelle et extraordinaire » que, selon Washington, Cuba ferait peser sur la sécurité des États-Unis et de la région. Le texte accuse le gouvernement cubain de s'être allié à de « nombreux pays hostiles », d'abriter des « groupes terroristes transnationaux » et d'autoriser le déploiement sur l'île de « capacités militaires et de renseignement sophistiquées » russes et chinoises.

Suite à ces allégations, des droits de douane ont été annoncés sur les exportations de pétrole des pays exportateurs vers Cuba, accompagnés de menaces de représailles contre ceux qui s'opposeraient au décret présidentiel.

Cette mesure intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et La Havane, qui a toujours rejeté ces accusations et averti qu'elle défendrait son intégrité territoriale. Le président cubain a réagi en déclarant que « cette nouvelle mesure démontre la nature fasciste, criminelle et génocidaire d'une cabale qui a instrumentalisé les intérêts du peuple américain à des fins purement personnelles ».

Le 7 mars, Trump a annoncé qu'« un grand changement est imminent pour Cuba », ajoutant que le pays « arrive au bout du chemin ».

Les États-Unis maintiennent un embargo économique et commercial contre Cuba depuis plus de soixante ans. Cet embargo, qui affecte gravement l'économie du pays, a été renforcé par de nombreuses mesures coercitives et unilatérales de la Maison Blanche.

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 « ULTIMATUM À L'IRAN : TRUMP CHANGE D'AVIS »
DESSIN  PATRICK CHAPPATTE


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29 mars, 2026

CHILI : LA « JOURNÉE DU JEUNE COMBATTANT »

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L'AFFICHE FUT PUBLIÉE PAR LA 
COMMISSION DE LA JEUNESSE 
DU CODEPU EN 1988

1985 - 29 mars - 2026
La « Journée du Jeune Combattant » est le nom donné au Chili pour commémorer l'assassinat des frères Eduardo (20 ans) et Rafael (18 ans) Vergara Toledo, militants du Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR), par les Carabiniers du Chili dans la commune de Estación Central le vendredi 29 mars 1985,​ pendant la dictature militaire dirigée par Augusto Pinochet. Le même jour, Paulina Aguirre Tobar (20 ans), membre du MIR, a également été exécutée et le professeur Manuel Guerrero Ceballos et le sociologue José Manuel Parada Maluenda, membres du Parti communiste et victimes du cas Égorgés.

À
RAFAEL ET EDUARDO VERGARA TOLEDO
 
 Santiago, chaque année, des manifestations sont organisées en mémoire de Rafael et Eduardo Vergara Toledo, deux frères assassinés en 1985 par la police de Pinochet. 

Les frères Vergara Toledo, militants du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), ont été interceptés et poursuivis avant d'être criblés de balles par des agents de l'état avec un fusil G 510-4, une mitraillette Uzi et leurs armes de service, le 29 mars 1985.

Ces deux jeunes du quartier Villa de Francia, Rafael Mauricio 18 ans et Eduardo Antonio 20 ans sont devenus des symboles de la lutte contre le régime militaire du dictateur Augusto Pinochet. En leur honneur, le Jour du Jeune Combattant est commémoré chaque année le 29 mars. (FAL)

Une militante oubliée 

Paulina Aguirre était lycéenne et militante de MIR quand  la « Central Nacional de Información » (CNI), police politique chilienne pendant la dictature militaire d'Augusto Pinochet, l’a assassinée dans le cadre d’un faux affrontement. Elle n’avait que 20 ans. Elle fut abattue dans le secteur d’El Arrayán la nuit même où Rafael et Eduardo  furent assassinés.

« Il y a encore 8 ou 5 ans, ma fille était très présente dans les campagnes du Jeune Combattant. Puis sa figure a disparu, la seule représentante féminine ; ils n’ont gardé que les Vergara, les hommes. Cela m’a mis très mal à l’aise, je n’ai jamais compris cette attitude. Peut-être parce que je n’étais pas au Chili », dit Luis Aguirre Smith, père de Paulina. La lycéenne a été assassinée le même jour que Rafael et Eduardo Vergara Toledo : le 29 mars 1985, le « Jour du Jeune Combattant ».

« Je suis un peu féministe, il faut souligner l’aspect féminin de la résistance. Des centaines de compagnes sont mortes en résistance. Si vous prenez l’image de ma fille, il n’en restera pas une dans le souvenir. Et ce sont des centaines de femmes! » répète Aguirre.(El Ciudadano)

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FLYER CONVERGENCIA SOCIAL 
« HEURTS ET ARRESTATIONS LORS DE LA 

28 mars, 2026

POLITIQUE. DANS UN NOUVEL ACCÈS DE “MÉGALOMANIE”, TRUMP VA SIGNER LES BILLETS DE BANQUE AMÉRICAINS

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LE PRÉSIDENT AMÉRICAIN DONALD TRUMP SIGNE UN DOCUMENT À LA MAISON-BLANCHE,
LE JOUR DE SON INVESTITURE À WASHINGTON, LE 20 JANVIER 2025.
PHOTO CARLOS BARRIA


Politique États-Unis Donald Trump / Politique. Dans un nouvel accès de “mégalomanie”, Trump va signer les billets de banque américains / La signature de Donald Trump figurera sur tous les billets de banque américains. Une première pour un président en exercice et une nouvelle preuve de la “mégalomanie” du milliardaire, selon la presse internationale.

Courrier international Lecture 2 min. Publié le 28 mars 2026 à 01h58, mis à jour le 28 mars 2026 à 09h26

donald Trump “a consacré une grande partie de son second mandat à tenter de laisser son empreinte sur Washington”, observe Vanity Fair. “Il a couvert les bâtiments officiels d’immenses bannières à son effigie, a fait apposer son nom sur les murs en marbre de Carrare du Kennedy Center, et a paré la Maison-Blanche d’accents dorés, tout en faisant démolir l’aile Est pour y construire une salle de bal de plus de 8 000 mètres carrés”, poursuit le magazine new-yorkais.

« UN SALE TEMPS »
DESSIN NÉSTOR SALAS

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Ce n’était visiblement pas suffisant et “l’administration Trump franchit une nouvelle étape sans précédent vers l’omniprésence de sa marque : le département du Trésor prévoit d’ajouter la signature du président sur la monnaie américaine”, révèle la revue.

L’autographe de Donald Trump figurera désormais sur tous les billets de banque américains, remplaçant pour la première fois depuis 165 ans celui du Trésorier. “Le processus d’élaboration des nouvelles plaques d’impression est en cours et les nouveaux billets seront mis en circulation dans les mois à venir”, en commençant par la coupure de 100 dollars, précise Vanity Fair.

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Trump “adore apposer son nom sur tout”

Ce sera la première fois dans l’histoire des États-Unis que la signature du président en exercice figurera sur la monnaie américaine. La signature de Donald Trump remplacera celle du Trésorier Brandon Beach et figurera à côté de celle du ministre du Trésor, Scott Bessent.

Avec ce “plan extravagant” visant “un autre symbole américain”, le dollar rejoint donc “la longue liste d’objets sur lesquels le président a apposé son nom, ou qu’il a tout bonnement baptisés du sien”, s’agace The Daily Beast.

Et à quoi Donald Trump doit-il cet honneur ? “Nous connaissons déjà la véritable réponse : Trump est un mégalomane qui adore apposer son nom sur tout”, tacle New York Magazine. “Et l’explication officielle ne cherche guère à dissimuler ses relents de “cher leader”. Selon [le Trésorier Brandon] Beach, Trump mérite de voir son nom figurer sur tous les billets de banque américains, car il nous a conduits vers un ‘renouveau économique de l’Âge d’Or’”.

LA COMMISSION DES BEAUX-ARTS A VOTÉ EN FAVEUR DE L'UTILISATION
 DE CE PROFIL DU PRÉSIDENT DONALD TRUMP POUR UNE PIÈCE
DE 1 DOLLAR  EN L'HONNEUR DU 250E ANNIVERSAIRE DU PAYS. 
COMMISSION DES BEAUX-ARTS

Pièce de monnaie commémorative

“Avez-vous bien profité, jusqu’à présent, du ‘renouveau économique de l’Âge d’Or’ ? ”, ironise la très conservatrice National Review, alors que les prix ne cessent d’augmenter dans les supermarchés américains et que la guerre en Iran a fait exploser le prix de l’essence.

Si j’apposais mon nom sur la monnaie américaine, j’éviterais de mettre en œuvre une politique susceptible d’exacerber l’inflation et de déprécier la valeur de cette monnaie”, persifle son journaliste Jim Geraghty, qui se rassure comme il peut : “Au moins, le président Trump n’appose pas son visage sur la monnaie américaine” – juste sa signature.

Vraiment ? Comme le rappelle Vanity Fair, “la semaine dernière, la Commission des beaux-arts — composée exclusivement de membres nommés par Trump — a approuvé une pièce commémorative en or 24 carats, à l’effigie de Trump, pour célébrer le 250e anniversaire de la nation”.

Courrier international

Courrier international


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25 mars, 2026

CINQUANTE ANS APRÈS LE COUP D’ÉTAT MILITAIRE ARGENTIN, UN LIEU DE MÉMOIRE EMBLÉMATIQUE DE LA TORTURE SOUS LA DICTATURE ATTAQUÉ PAR JAVIER MILEI

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DES PORTRAITS DE PERSONNES DISPARUES PENDANT LA DICTATURE (1976-1983)
SONT EXPOSÉS DANS L’ANCIENNE ECOLE DE MÉCANIQUE DE LA MARINE,
RECONVERTIE EN MUSÉE, À BUENOS AIRES, EN SEPTEMBRE 2023.
PHOTO LUIS ROBAYO/AFP

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Le Monde

INTERNATIONAL : ARGENTINE / Cinquante ans après le coup d’État militaire argentin, un lieu de mémoire emblématique de la torture sous la dictature attaqué par Javier Milei / RÉCIT Devenue un musée, l’ancienne École de mécanique de la marine de Buenos Aires, qui a servi de centre de détention et de torture, commémore le coup d’État du 24 mars 1976 dans un climat de tension en raison des coupes du président Javier Milei dans le budget des politiques mémorielles portant sur les crimes de la junte (1976-1983).

Par Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante) Publié hier à 05h00, modifié hier à 10h41 Temps de Lecture 7 min.

DESSIN SERGIO LANGER

« Les prisonniers étaient menottés et cagoulés. S’ils avaient besoin d’aller aux toilettes, ils criaient, et on leur jetait un seau… » Guillermo Amarilla Molfino est guide, et c’est ainsi qu’il explique l’horreur des actes commis durant la dictature (1976-1983) dans les locaux de l’ancienne École de mécanique de la marine (ESMA) de Buenos Aires, à une classe de lycéens médusés. Après avoir parcouru le sous-sol, destiné aux tortures, les adolescents se pressent aux abords de compartiments aménagés au sein même de l’ancienne caserne (casino de oficiales). Ici, des sédatifs étaient administrés aux prisonniers, dont beaucoup furent ensuite jetés des avions militaires dans l’estuaire de La Plata ou dans l’océan Atlantique (les « vols de la mort »). Des officiels dormaient sur place, deux étages plus haut. 

«Il s'avère maintenant que si vous avez un rabbin comme guide spirituel,
vous pouvez être un fasciste légitime, un fasciste casher.? .»

DESSIN SERGIO LANGER

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

De prime abord, rien ne laisse soupçonner l’horreur. Pourtant, cinquante ans après le coup d’État du 24 mars 1976, ce lieu emblématique raconte mieux que tout autre les années de plomb argentines, les politiques de mémoire pionnières engagées dans le pays et le travail de sape inédit entamé par l’actuel gouvernement ultralibéral de Javier Milei, depuis son arrivée au pouvoir, en 2023.

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Cette même année, le musée est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Il est considéré comme « hautement représentatif de la répression illégale des opposants et dissidents armés et non armés, menée et coordonnée par les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970-1980 et fondée sur la disparition forcée de personnes », étaye l’institution de l’Organisation des Nations unies. Les visages souvent jeunes des détenus morts ou disparus ici sont imprimés sur la structure en verre surplombant l’entrée de l’ancien centre de détention.

Le lieu est désormais un espace de mémoire au sein d’un vaste complexe. Un terrain de 17 hectares grillagés, parsemé de platanes et d’élégantes bâtisses, où fonctionnaient à plein régime, pendant les sept années de dictature, tant l’appareil répressif que la formation militaire.

L’ENTRÉE DE L’ÉCOLE DE MÉCANIQUE DE LA MARINE, QUI A SERVI
DE LIEU DE DÉTENTION ET DE TORTURE D’OPPOSANTS
À LA DICTATURE ARGENTINE (1976-1983).
 À BUENOS AIRES, LE 12 SEPTEMBRE 2023.
PHOTO LUIS ROBAYO

« C’est un lieu de mémoire avant tout collectif, qui permet de donner une voix à ceux qui ont été réduits au silence », avance posément Guillermo Amarilla Molfino. Le quadragénaire porte l’histoire de la dictature dans sa chair. D’après les restitutions des organisations de droits humains, ses parents, militants de gauche, ont peut-être transité par la caserne militaire avant d’être emmenés vers un autre centre. Sa mère, qui était enceinte, lui a donné naissance en 1980, en détention. L’enfant, placé en adoption forcée, ne saura la vérité sur son identité que vingt-neuf ans plus tard : Guillermo fait partie des 500 bébés volés sous la junte. Ses parents n’ont jamais été retrouvés. Ils font partie des 30 000 personnes mortes ou disparues des mains des militaires, 5 000 rien que dans ce centre, selon le décompte des organisations.

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En Argentine, plus de 700 centres de détention clandestins ont fonctionné pendant la dictature. Dans cet appareil de terreur, l’ESMA occupe une place à part. « Il présente différentes caractéristiques exceptionnelles. L’une d’elles est le projet de récupération des prisonniers, maintenus en vie et forcés de travailler pour les militaires, avec l’écriture de rapports ou de revues de presse, par exemple », souligne Marina Franco, historienne à l’université nationale de San Martin. Par ailleurs, « il s’agit d’un lieu d’où ont été menés des délits économiques uniques, avec l’appropriation de biens de prisonniers à grande échelle », ajoute cette spécialiste de l’histoire du centre. « Ce qui est frappant ici, c’est la façon dont l’aspect illégal et inhumain a coexisté avec ce qui était donné à voir à la société, à savoir une école militaire », souligne Giselle Tepper, membre de l’association Hijos (« enfants »), fondée par des Argentins cherchant à connaître la vérité sur le sort de leurs parents disparus ; le siège de l’association est situé au sein d’un ancien bâtiment militaire de l’ESMA.

FAÇADE D'ENTRÉE DU MUSÉE ET LIEU DE MÉMOIRE DE L’ESMA - ANCIEN CENTRE
CLANDESTIN  DE DÉTENTION, DE TORTURE ET D’EXTERMINATION
PHOTO  ALBANO GARCÍA
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Cent quarante enfants retrouvés

À l’entrée du siège de Hijos, une buvette a repris le nom et les codes de la bande dessinée culte L’Eternaute (adaptée en série, sortie en 2025 sur Netflix), dont l’auteur, l’Argentin Hector German Oesterheld, ses quatre filles et trois de ses gendres ont disparu sous la dictature. Pour accéder au café, à partir de l’entrée principale de l’ex-ESMA, le visiteur croise de nombreux panneaux explicatifs retraçant les heures sombres de la dictature. Ici, une image des Mères et Grands-Mères de la place de Mai, leur iconique foulard blanc sur la tête, ces femmes qui, en pleine dictature, avaient commencé à interpeller la junte pour retrouver leurs proches enlevés par les militaires. Partout, des images de disparus, beaucoup d’étudiants, de jeunes parents…

Le café, tout comme l’ex-ESMA en général, témoigne d’une mémoire que les associations pour les droits humains s’attachent à garder « vivante », c’est-à-dire active et intégrant la société. Mais il est aussi la trace du travail mémoriel – unique en Amérique latine – auquel s’est livrée l’Argentine, sous le mot d’ordre « mémoire, vérité et justice », après le départ des militaires et le rétablissement de la démocratie, en 1983.

Avant de laisser le pouvoir, les membres de la junte avaient cherché à s’autoamnistier. Mais cela n’empêchera pas le président Raul Alfonsin (1927-2009), chef de l’État de 1983 à 1989, de permettre la tenue d’un premier procès de la junte, en 1985, qui donnera lieu à cinq condamnations. Cependant le processus judiciaire se trouve paralysé dès l’année suivante, les militaires étant exemptés de poursuites. Le président Carlos Menem (1989-1999, droite) fait libérer les condamnés par décret en 1990.

Le tournant mémoriel intervient en 2003, avec l’élection du président de gauche Nestor Kirchner (1950-2010), qui, dès son arrivée au pouvoir, ouvre la voie à la réouverture des procès. L’année suivante, le 24 mars 2004, au jour du 28e anniversaire du coup d’État, le président décide de faire de l’ESMA un lieu de mémoire. Il y prononce un discours fondateur et « demande pardon au nom de l’État ».

Infatigables, les Mères et Grands-Mères de la place de Mai, alors pleinement soutenues par le pouvoir, poursuivent la recherche de leurs petits-enfants, notamment grâce à une banque de données génétiques des familles de disparus, qui permet de répondre scientifiquement aux doutes de certains Argentins sur leurs origines. Cent quarante enfants volés ont été retrouvés. En parallèle, les procès, avec leurs milliers d’heures de témoignages de victimes, permettent de faire la lumière sur les années de plomb. Plus de 1 200 personnes, appartenant aux forces armées et de l’ordre ainsi que des civils, impliquées dans les crimes contre l’humanité ont été condamnées.

LES MÈRES DE LA PLACE DE MAI DÉFILENT DANS LES RUES DE BUENOS AIRES
POUR DEMANDER DES INFORMATIONS SUR LES PERSONNES DISPARUES
PENDANT LA DICTATURE (1976-1983), LE 21 MARS 1985.
PHOTO JORGE DURAN

Le travail mémoriel sur les crimes de la dictature est incontestablement à mettre au crédit de Nestor Kirchner (2003-2007) et de son épouse et successeure, Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015). Si leur successeur de droite, Mauricio Macri (2015-2019), n’intègre pas le slogan « mémoire, vérité et justice » à son logiciel politique, il ne remet pas pour autant profondément en question la continuité des politiques mémorielles, ni celle des procès.

Mais l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, en 2023, marque la remise en cause de ce consensus historique. Les procès se poursuivent, certes, mais ils sont ralentis ; entre autres « parce que le gouvernement bloque l’accès aux archives », dénonce Veronica Torras, présidente de Memoria Abierta, un ensemble d’organisations œuvrant pour l’accès aux documents de l’époque. Selon un relevé du Centre d’études légales et sociales (CELS, ONG de défense des droits humains), le budget alloué à la banque des données génétiques, crucial pour retrouver les origines des enfants volés, a chuté de près de 60 % en 2026 par rapport à 2023. Quant aux budgets consacrés à l’entretien et à la conservation des lieux de mémoire, ils n’ont pas été exécutés en 2024. Ils ont ensuite connu des coupes oscillant de 50 % à 100 % en 2025, relève le CELS.

Une « vidange silencieuse »

Ainsi, au sein du Musée de la mémoire de l’ESMA, différents projecteurs ne sont plus réparés, rendant impossible la diffusion de vidéos, notamment sur les procès. Sur les panneaux, les mentions incluant le féminin « prisonnières », destiné à rendre visible la violence infligée aux femmes, ont été supprimées. Entre les licenciements et les départs motivés par des salaires bas, le nombre d’employés du musée a été divisé par deux. Les jours d’ouverture ont été réduits à quatre par semaine, contre six auparavant. « On ne peut plus répondre favorablement à l’ensemble des demandes de visites scolaires. Et, sans vidéos explicatives, la transmission de la mémoire est entravée », souligne une cadre du musée, sous le couvert de l’anonymat. Au sein de l’ex-ESMA, le centre culturel Conti, particulièrement dynamique, a été désossé, et a fermé début 2025. Le gouvernement assure procéder à l’« analyse de la programmation ».

L’ancien secrétariat des droits humains, converti en sous-secrétariat par Javier Milei, a vu son nombre d’employés réduit de 60 % depuis 2023, selon Octavio Rampoldi, délégué du syndicat ATE au sein du sous-secrétariat. Quant aux effectifs des archives, dont le siège est situé à l’ex-ESMA, ils ont baissé dans les mêmes proportions, gênant notamment, selon le délégué syndical, le travail de numérisation.

DES PORTRAITS DE PERSONNES DISPARUES PENDANT LA DICTATURE (1976-1983)
SONT EXPOSÉS DANS L’ANCIENNE ECOLE DE MÉCANIQUE DE LA MARINE,
RECONVERTIE EN MUSÉE, À BUENOS AIRES, EN SEPTEMBRE 2023.
PHOTO LUIS ROBAYO/AFP

Les attaques portées à ce lieu emblématique de la mémoire des crimes de la dictature ont provoqué des réponses à la hauteur de son importance symbolique. Au mois d’octobre 2025, des rescapés des années de plomb et des organisations de droits humains ont organisé une « accolade » sur les lieux du musée, en manifestation de leur rejet des coupes budgétaires. Selon Giselle Tepper, le gouvernement organise une « vidange silencieuse des politiques de mémoire. C’est grave, car on a besoin de raconter le passé pour que l’histoire ne se répète pas ». Pour beaucoup, ce définancement tient à des ressorts idéologiques plus que financiers : le gouvernement de Javier Milei mènerait à l’ex-Esma et dans les autres lieux de mémoire une « bataille culturelle » contre les idées progressistes et les droits humains.

Plus largement, Javier Milei s’oppose au consensus historique autour de la dictature. Ce dernier repose notamment sur la reconnaissance du terrorisme d’État et de l’asymétrie entre les moyens de la junte et les opposants au régime. Lors des deux dernières commémorations du coup d’État, le gouvernement a publié sur ses réseaux sociaux des vidéos prônant une « mémoire complète », révisant ce consensus. Et, au mois d’août 2024, des députés du parti présidentiel ont rendu visite en prison à des personnes condamnées pour crime contre l’humanité commis pendant la dictature. « Pour le gouvernement, c’est aussi une façon d’affirmer que l’autoritarisme, la violence de l’État et la répression sont nécessaires, alors que l’Argentine se dirige actuellement vers une démocratie illibérale », dénonce Marina Franco.

À rebours des assauts du gouvernement, une majorité d’Argentins – 71 % selon un récent sondage de l’université de Buenos Aires et du CELS – ont une évaluation négative de la junte. La même proportion juge nécessaire la poursuite des militaires. Sous les platanes de l’ex-ESMA, Guillermo Amarilla Molfino assure qu’il y a aussi « urgence » à retrouver les enfants volés de la dictature, bientôt quinquagénaires. « Car reconstruire une identité demande du temps », confie-t-il, près de vingt ans après avoir retrouvé la sienne.

Flora Genoux Buenos Aires, correspondante

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["Un petit président" face à une grande dame]
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Monde
Le nouveau gouvernement d'extrême droite de José Antonio Kast a retiré mardi le soutien du Chili à la candidature de l'ancienne présidente socialiste Michelle Bachelet au poste de secrétaire générale de l'ONU. / 
L'ex-cheffe de l'État chilienne (2006-2010 et 2014-2018) avait été proposée par le gouvernement du président de gauche Gabriel Boric (2022-2026), ensemble avec le Mexique et le Brésil. 
["Un petit président" face à une grande dame]

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Même sans l'appui du nouveau chef de l'État, Mme Bachelet peut maintenir sa candidature avec le soutien de ces deux pays.

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DESSIN BECS

"Le gouvernement du Chili informe qu'il a décidé de retirer le soutien du Chili à la candidature de l'ex-présidente Michelle Bachelet au poste de secrétaire générale des Nations unies", a écrit le ministère chilien des Affaires étrangères dans un communiqué.

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"La dispersion des candidatures des pays d'Amérique latine et les divergences avec certains des acteurs clés qui déterminent ce processus rendent cette candidature non viable et compromettent ses chances de succès", a-t-il ajouté.

M. Kast a dit à la presse, sans plus de précisions, que l'appui à la candidature de l'ex-présidente aurait "un coût important" pour le Chili.

Le gouvernement a toutefois expliqué que, si Michelle Bachelet maintenait sa candidature, il ne soutiendrait aucun autre candidat.

L'ancienne cheffe de l'État chilienne a fait savoir dans un communiqué qu'elle "poursuivrait le travail commun avec les gouvernements du Brésil et du Mexique, qui ont proposé (son) nom en réaffirmant la nature collective de ce projet".

Michelle Bachelet figure parmi les candidats susceptibles de succéder au Portugais Antonio Guterres, dont le second mandat s'achève le 31 décembre.

Agée de 74 ans et pédiatre de profession, Michelle Bachelet est la seule femme à avoir accédé à la présidence du Chili.

Elle a ensuite été directrice exécutive d'ONU Femmes (2010-2013), puis haute commissaire des Nations unies aux droits de l'homme (2018-2022).

En 80 ans, aucune femme n'a occupé le poste le plus élevé de l'ONU et un seul représentant de l'Amérique latine a été désigné : le diplomate péruvien Javier Pérez de Cuéllar, qui a exercé ces fonctions entre 1982 et 1991.

En vertu d'une règle non-écrite mais qui n'a pas toujours été respectée, le secrétariat général est attribué à tour de rôle aux grandes régions de la planète.

Ce serait en théorie cette fois au tour de l'Amérique latine, avec la forte probabilité qu'une femme soit désignée.

La diplomate argentine Virginia Gamba, l'ancienne vice-présidente du Costa Rica Rebeca Grynspan, le directeur - argentin - de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi et l'ancien président sénégalais Macky Sall, sont également candidats.