13 mars, 2026

CHILI / LE NOUVEAU PRÉSIDENT D’EXTRÊME DROITE VA GRACIER DES POLICIERS CONDAMNÉS POUR LA RÉPRESSION DE 2019

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DESSIN DE KICHKA PARU DANS I24NEWS, TEL-AVIV

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Ouest France

Chili : le nouveau président d’extrême droite va gracier des policiers condamnés pour la répression de 2019 / À peine investi, le nouveau président du Chili, José Antonio Kast, a déclaré jeudi qu’il graciera des policiers et des militaires condamnés pour la répression de manifestations au Chili en 2019, qui a fait 30 morts.

Raphaël Laurent Modifié le 13/03/2026 à 14h36

DESSIN ALEX FALCÓ CHANG

Automne 2019. Dans un Chili encore traumatisé par la dictature militaire du général Pinochet (1973-1990), la moindre étincelle sociale peut se transformer en mouvement d’ampleur. Le pays connaît depuis les années 1990 une croissance économique soutenue mais au prix de très fortes inégalités sociales. L’annonce début octobre 2019 de la hausse (relativement faible) du ticket de métro et de bus dans la capitale chilienne, Santiago, provoque des manifestations, organisées principalement par des étudiants. Très vite, les revendications évoluent : réduction des inégalités, lutte contre la corruption, plus de moyens pour l’éducation et pour la santé… Des manifestations gigantesques se déroulent dans les grandes villes du pays.

DESSIN LAUZAN

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Le 19 octobre, le gouvernement de Sebastián Piñera, premier président de droite depuis le retour de la démocratie en 1990, déclare l’État d’urgence, déploie l’armée dans les rues et instaure un couvre-feu dans 10 villes du pays, dont la capitale. Mais les manifestations ne faiblissent pas. Le 25 octobre, près de 3 millions de Chiliens descendent dans la rue. Un record.

L’AMNISTIE DES MANIFESTANTS DE LA RÉVOLTE SOCIALE EMBARRASSE LE GOUVERNEMENT CHILIEN

Au moins 30 morts et 2 500 blessés

Si le mouvement a conduit à l’organisation d’un référendum sur un changement de constitution ainsi que sur la convocation d’une assemblée constituante chargée de sa rédaction, la répression policière a été brutale. Au moins 30 morts, 2 500 blessés (dont 1 400 par arme à feu) et 5 000 arrestations. L’Institut national des droits de l’homme (INDH), un organisme public indépendant, fait état de plus de 145 plaintes devant les tribunaux pour tortures et traitements inhumains et dégradants de la part des forces de l’ordre. Selon un rapport du parquet, entre le 18 octobre 2019 et le 31 mars 2020, plus de 35 000 délits ont été enregistrés dont plus d’un tiers correspond à des crimes commis par des agents de l’État. Il n’existe pas de chiffre officiel concernant les policiers condamnés pour répression pendant les manifestations de 2019, mais des dizaines de condamnations ont été rapportées dans la presse locale.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2025, le candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, avait affirmé qu’il accorderait une grâce « à tous » les policiers emprisonnés pour des délits commis durant cette période, car il les estime « persécutés ». En décembre 2025, l’ultraconservateur remportait largement la présidentielle face à la candidate de gauche. Officiellement investi mercredi, il a annoncé jeudi qu’il gracierait les policiers et les militaires condamnés pour la répression de manifestations au Chili en 2019.