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LE PRÉSIDENT CHILIEN JOSÉ ANTONIO KAST (À DROITE) SALUE LE PRÉSIDENT ARGENTIN JAVIER MILEI (À GAUCHE) LORS DE SA CÉRÉMONIE D’INVESTITURE À VALPARAISO, AU CHILI, LE 11 MARS 2026. PHOTO ADRIANA THOMASA |
Décryptage / La capitale du Chili accueille, ce jeudi 3 septembre, la nouvelle édition du Forum de Madrid. Impulsé par l’extrême droite espagnole, cet espace vise à combattre les gauches latino-américaines, et au-delà. [La « fachosphère » d'Atapuerca se déploie]
Luis Reygada Publié le 2 septembre 2026 7min
Après Bogota (Colombie), Lima (Pérou), Buenos Aires (Argentine), puis Asuncion (Paraguay), c’est Santiago, au Chili, qui accueille cette année la cinquième édition des Rencontres régionales du forum de Madrid. Au menu de ce nouveau sommet de l’extrême droite internationale, ce jeudi, une quarantaine d’orateurs provenant de plus de 25 pays.
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Figures de proue des droites radicales d’Amérique latine et espagnole, néolibéraux, ultra-conservateurs, responsables de think tanks, représentants de la société civile régionale, venus Europe et des États-Unis : tous prendront la parole avec l’objectif de renforcer la coordination internationale « des acteurs engagés pour la défense de la liberté, la démocratie, la souveraineté des nations ».
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TOUT COMME MILEI EN SON TEMPS, JOSÉ ANTONIO KAST (DE DOS) ET RODRIGO PAZ TENTENT DE PRENDRE LEURS DISTANCES AVEC FERNANDO CERIMEDO POUR ÉVITER QUE LEUR CAMP POLITIQUE NE SOIT ENCORE PLUS MIS À MAL. PHOTO CAPTURE D'ÉCRAN |
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Derrière ces promesses, c’est surtout celle de freiner « la montée de l’extrême gauche des deux côtés de l’Atlantique » qui sera au cœur des débats, encadrés par un fond idéologique aux relents cryptofascistes. Avec un niveau de violence préoccupant, la déclaration finale du sommet d’Asunción (Paraguay), en 2025, affichait noir sur blanc la volonté d’avancer vers la « défaite du socialisme ».
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Et cela grâce à l’union des forces conservatrices et réactionnaires face aux « multinationales du crime » que représenteraient les formations de gauche de la région, notamment les organismes comme le Forum de São Paulo, le Groupe de Puebla et l’Internationale progressiste. « Défense de la civilisation occidentale », renforcement de « la bataille culturelle face au wokisme, au progressisme et au néo-marxisme » : le même langage sera encore à l’honneur cette année au pays de Salvador Allende, dirigé depuis six mois par un nostalgique de pinochet, José Antonio Kast.
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Des réseaux transnationaux coordonnés
C’est d’ailleurs le président chilien qui doit prononcer le discours d’ouverture du Forum, juste avant l’intervention de son homologue argentin, le libertarien Javier Milei. Suivront les prises de parole de Sarah Rogers, sous-secrétaire d’État responsable de la diplomatie publique des États-Unis, et de Maria Antonieta Mejia, numéro deux du gouvernement du Honduras.
Avec le récent retour de la droite au pouvoir dans ce pays, le pays centre-américain fait partie des récentes prises (Chili, Pérou, Colombie) de la vague conservatrice qui submerge l’Amérique latine. La grande époque de la gauche portée par les Chavez, Morales, Correa, Kirchner, Castro, Mujica semble bien lointaine, à l’exception du Brésilien Lula, qui affrontera dans les urnes le mois prochain… l’extrême droite
Les victoires conservatrices se sont enchaînées en Argentine, au Pérou, en Bolivie, au Costa Rica, en Équateur, au Panama, en République dominicaine, au Salvador. Si chaque pays possède ses propres spécificités à même d’expliquer pourquoi les gauches n’ont pu se maintenir ou conquérir le pouvoir, nul ne peut nier le rôle joué par des réseaux transnationaux, coordonnés pour lutter contre les idées progressistes.
On y retrouve aux côtés des extrêmes droites latino-américaines celles d’Europe, d’Israël et des États-Unis, réunies autour de thématiques communes et de convergences stratégiques, en prenant soin de gommer les divergences idéologiques.
Sous la bannière « Une nouvelle ère pour l’Ibéro-Amérique », le Forum de Madrid à Santiago trahit à peine le rôle de l’extrême droite espagnole dans cette expansion réactionnaire. Disenso, le groupe de réflexion vertement anticommuniste du parti néofranquiste Vox, est en effet à la manœuvre.
Cultivant la nostalgie colonialiste de la « grande Espagne » chère à Franco, voilà plusieurs années que le parti dirigé par Santiago Abascal, proche du clan Le Pen, tisse sa toile de l’autre côté de l’Atlantique, en prêchant l’émergence d’une « ibérosphère » en croisade contre les « narco-socialistes ».
« Cette capacité à organiser des réseaux transcontinentaux d’extrême droite en dépit des différences programmatiques est un phénomène nouveau », analyse Jean-Jacques Kourliandsky. Dans un dossier portant sur l’essor de l’extrême droite en Amérique latine (mai 2026), le directeur de l’observatoire de l’Amérique latine et des Caraïbes de la Fondation Jean-Jaurès souligne « l’impulsion décisive » donnée par Vox, qui offre une légitimation internationale à des personnalités politiques de deuxième rang afin d’imposer leurs idées dans les urnes.
Fort d’un budget annuel de plusieurs millions d’euros, le think tank Disenso, qui propose « une articulation optimale entre idéologie et conquête du pouvoir », n’est pas étranger aux victoires de Kast ou de Milei.
Une identité politique autour d’idées fascisantes
L’impact de la nouvelle politique étrangère des États-Unis dans la région depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025 n’est pas en reste. Une table ronde est d’ailleurs organisée ce jeudi autour de ce sujet avec la participation de l’ambassadeur états-unien au Chili, Brandon Judd, et du président du puissant think tank Heritage Foundation, Kevin Roberts.
« Trump a rendu bien plus explicite l’interventionnisme yankee. Celui-ci est flagrant dans les derniers processus électoraux au cours desquels il a ouvertement soutenu – et manœuvré – pour favoriser ”ses” candidats », explique Danna Vargas, avocate et membre du Sommet social des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes.
« Mais, au-delà de cette ingérence ”classique”, Trump contribue à construire une identité politique continentale autour de certaines idées fascisantes : main ferme, militarisation de la sécurité, rejet du progressisme, criminalisation du migrant, réduction de l’État, régression des droits conquis par les femmes, négation du changement climatique, diplomatie pro-israélienne… Le tout s’appuyant sur un récit très fort contre l’ennemi intérieur supposé, ”la gauche”, poursuit-elle. Cela a profondément changé les règles du jeu et renforce la dynamique de l’extrême droite latina. »
Du Mexique à la Patagonie, les ennemis de la gauche n’ont évidemment pas attendu les opérateurs de Vox pour passer à l’action. Depuis plus de quinze ans, l’Amérique latine est le théâtre de scandales impliquant des experts en communication, capables de louer leurs sulfureux services pour freiner les idées progressistes.
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Dernière en date, l’affaire Fernando Cerimedo, consultant argentin. Son arrestation en août dernier en Bolivie pour tentative de féminicide a de nouveau mis en lumière les réseaux occultes de l’extrême droite sud-américaine et leur tendance à piétiner la ligne de la légalité et les règles du jeu démocratique à coups de fake news et de campagne sale sur les réseaux sociaux.
« Coups d’État, guerre psychologique, campagnes de désinformation, persécutions politiques… De nombreux moyens ont toujours été déployés par les droites pour empêcher les peuples d’avancer vers des projets de transformation sociale, explique la communiste colombienne Carolina Tejada. Ce qui est nouveau aujourd’hui, ce sont les outils technologiques utilisés. »
Rejoindre la lutte contre « le terrorisme politique d’extrême gauche »
Enfin, les récentes prises de position de Washington – qui a fait du communisme « la plus grande menace qui pèse sur les États-Unis » – sont un carburant précieux pour les droites au sud du rio Grande. En juillet, le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé un tournant stratégique majeur dans la politique étrangère états-unienne et invité les représentants de plus de 60 gouvernements à rejoindre la lutte globale contre le « terrorisme politique d’extrême gauche ».
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