20 octobre, 2006

Les deux mémoires de la Villa Grimaldi




La Villa Grimaldi s'est soudainement trouvée de nouveau à la une de la presse chilienne cette semaine. Situé dans les environs de Santiago, ce lieu de triste mémoire a servi de centre de détention et de torture pendant la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). A l'époque, plusieurs bâtiments abritaient les personnes arrêtées et interrogées par les membres de la police politique chilienne. Transformée en 'Parc pour la paix' après le retour de la démocratie, la Villa Grimaldi abrite désormais un monument sur lequel sont gravés les noms de 226 personnes qui ont disparu après avoir été transférées dans ce centre. Plus de 4 500 personnes sont passées par la Villa Grimaldi entre 1973 et 1978. Et l'une d'entre elles n'était autre que l'actuelle présidente chilienne Michelle Bachelet. Détenue dans ce camp avec sa mère en 1975, elle est revenue pour la première fois sur ces lieux le 14 octobre.

"Emue, tout en retenant ses larmes, elle a parcouru ce parc dans lequel est conservée la mémoire de l'horreur", rapporte Manuel Délano, correspondant au Chili du quotidien espagnol El País. Il revient sur la douloureuse histoire de celle qui occupe depuis quelques mois la présidence du Chili. "Michelle Bachelet a été torturée, mais elle a toujours dit qu'elle l'avait été moins que d'autres, et qu'elle n'avait pas subi de tortures à l'électricité. Comme elle était alors étudiante en médecine, elle s'occupait dans sa cellule des femmes qui revenaient des séances de torture." Trente ans après, Michelle Bachelet ne parle pratiquement pas de ce qu'elle a pu vivre dans cet endroit. Et elle n'a pas dérogé à cette règle lors de sa récente visite, préférant rendre hommage à toutes les victimes et souligner que les "valeurs humaines ont réussi à venir à bout des actes de folie et de barbarie".

Les responsables de cette horreur se trouvent dans le collimateur de la justice chilienne, qui poursuit plusieurs bourreaux de la Villa Grimaldi. Et, pour la première fois, l'homme qui dirigeait alors le pays d'une main de fer, Augusto Pinochet, a été lui aussi interrogé cette semaine sur plusieurs affaires de violations des droits de l'homme commises dans ce centre. Il a été entendu le 18 octobre pendant une heure par le juge Alejandro Solis, qui lui a notamment demandé s'il était au courant de ce qui se passait dans l'enceinte de la Villa Grimaldi. L'ancien dictateur, qui aura 91 ans le mois prochain, s'est contenté de répondre qu'il ne se souvenait de rien. Une fois de plus, sa mémoire lui joue des tours.