14 février, 2020

AU CHILI, LA RUE MOBILISÉE CONTRE LA RÉPRESSION POLICIÈRE

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PHOTO CLAUDIO REYES
Selon le rapport d’un institut public publié le 12 février, près de 10 000 personnes ont été détenues au Chili depuis le début du mouvement social, en octobre. 
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Ce sont des chiffres d’autant plus inquiétants qu’ils émanent directement d’une agence autonome de l’État. Selon un rapport rendu public par l’Institut national des droits humains (INDH), 9 787 personnes, dont plus de 1 000 enfants et adolescents, ont été détenues au Chili depuis le début du mouvement de contestation sociale, né en octobre d’une hausse du coût des transports en commun. L’INDH a aussi révélé avoir enregistré des plaintes portant sur des cas de torture de personnes incarcérées. Des accusations qui corroborent celles d’organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch.

Le recours massif à l’internement illustre la stratégie répressive adoptée par le président de droite Sebastian Piñera pour mater la mobilisation. «  Le gouvernement Piñera a joué la carte de la répression, dans la rue, dans les camions des carabiniers, dans les commissariats, voire pendant un temps dans les sous-sols des métros », dénonce Franck Gaudichaud, professeur des universités en histoire de l’Amérique latine à Toulouse. Qui insiste sur la situation spécifique des femmes, nombreuses à témoigner de viols ou d’agressions sexuelles de la part des forces de l’ordre. «  La violence sexuelle est au cœur de la répression, d’autant que le mouvement féministe est l’acteur central du mouvement populaire », indique-t-il.

En l’espace de quelques mois, au moins 30 personnes ont péri et plusieurs milliers ont été blessées, dont au moins 400 aux yeux. La répression policière s’est donc rapidement imposée comme un élément central des revendications des manifestants, avec la question sociale et la révision de la Constitution héritée du dictateur Augusto Pinochet (qui fera l’objet d’un référendum le 26 avril). La rue réclame désormais la mise en place d’une commission indépendante sur les violations des droits humains capable de faire la lumière sur les crimes commis et de poursuivre en justice les auteurs de violences.

Ces derniers jours, plusieurs événements ont alimenté la critique à l’égard des forces de répression. Le 29 janvier, la mort d’un supporter de football heurté par un véhicule de police à la sortie d’un stade a déclenché la colère populaire et des manifestations dans plusieurs villes du pays. Le 8 février, plusieurs milliers de protestataires se sont réunis sur la célèbre Plaza Italia pour dire leur opposition à la réintégration de Felipe Guevara, l’intendant métropolitain de Santiago, critiqué pour ses mesures de sécurité.

Pour l’heure, l’exécutif chilien ne semble pas avoir pris la mesure de la gravité de la situation. Il a annoncé un programme de formation en «  gestion de l’ordre public et dialogue avec les protestataires » destiné à 2 600 carabiniers. Qui pourront se réjouir, samedi 15 février, du passage d’une manifestation de soutien à la police dans les rues de Santiago du Chili.