31 décembre, 2025

IL Y A 29 ANS AU CHILI : « L’ÉVASION DU SIÈCLE» DE PRISONNIERS RÉVOLUTIONNAIRES

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ILLUSTRATION CONTRE ATTAQUE

 1996  -30 décembre - 2025 

Il fait chaud ce 30 décembre 1996 à Santiago, capitale du Chili. Au-dessus de la prison la plus sécurisée du pays, un hélicoptère vrombit, approche de la cour et repart avec quatre prisonniers révolutionnaires. C’était il y a 29 ans. Récit.

Par Contre Attaque

En 1973, un général d’extrême droite, Augusto Pinochet, renverse le gouvernement de gauche légitimement élu. Commence une période de terreur : les militaires arrêtent des milliers de militant-es, les torturent, les font disparaître. Pinochet, soutenu par les États-Unis, impose au pays une politique ultra-libérale et dictatoriale. Les communistes chiliens s’organisent. Ils n’ont pas réussi à empêcher le coup d’État d’extrême droite et veulent organiser la riposte. Ils s’entraînent à la guérilla et à la clandestinité, s’arment et créent en 1983 le “Front patriotique Manuel Rodríguez” (FPMR).

INSPECTION DE L'HÉLICOPTÈRE UTILISÉ POUR L'ÉVASION
CAPTURE D'ÉCRAN

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Les actions du “Front” combinées aux luttes sociales contribuent à affaiblir Pinochet. Une transition démocratique a lieu après un référendum en 1988. Le dictateur doit quitter le sommet du pouvoir, mais reste commandant des forces armées. La situation reste fragile, précaire, incertaine. Le FPMR poursuit ses actions, notamment des attaques contre les anciens tortionnaires de la dictature.

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Ce sont pour ces actions que quatre prisonniers politiques du FPMR sont derrière les barreaux de la prison de haute sécurité du Chili en 1996 : Mauricio Hernández Norambuena, Ricardo Palma Salamanca, Patricio Ortiz Montenegro et Pablo Muñoz Hoffman.

Leurs camarades ont organisé l’opération “Vuelo de justicia”, “le vol de la justice”, une évasion en hélicoptère. Plus fort qu’un film d’action, cette opération réalisée en 58 secondes, sans faire de blessé ni de mort, va durablement marquer l’esprit des chiliens.

Des militants du FPMR s’entraînent secrètement à conduire un hélicoptère, puis se font passer pour des touristes dans le cadre d’un vol de loisir et simulent un malaise en vol. Ils forcent l’appareil à se poser, virent le commandant de bord et prennent possession de l’hélicoptère. Ils y accrochent une nacelle suspendue, une sorte de gros panier pouvant contenir plusieurs hommes et renforcé pour arrêter les balles. Plein gaz vers la prison.

Au-dessus de Santiago, ils s’approchent du complexe pénitentiaire avec des armes automatiques. À 15h l’hélicoptère est au-dessus de la prison et envoie quelques rafales de fusil pour intimider les gardiens, qui ne résistent pas et courent se mettre à l’abri.

Les prisonniers politiques sont dans la cour et ont laissé un seau jaune pour signaler leur présence à l’hélicoptère. L’appareil descend, la nacelle s’approche du sol avec précision. Deux prisonniers parviennent à entrer dedans. Deux autres restent accrochés dans le vide, suspendus au panier, avant que l’hélicoptère ne reparte. Un vol à 200 km/h au-dessus de la capitale, tenu à bout de bras à une nacelle elle-même suspendue à un hélicoptère ! L’un d’eux crie qu’il va lâcher prise à environ 500 mètres d’altitude. Il tient bon. L’engin se pose sur un terrain de football d’un parc en-dehors de la ville. Une voiture les attend, remplie d’armes, moteur en marche. Les fugitifs parviennent à s’évanouir dans la nature. Aucune goutte de sang n’a été versée. Les télévisions parlent en boucle du coup d’éclat.

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L’un d’eux, Mauricio, sera repris et emprisonné longuement au Brésil. Transféré à Santiago en août 2019 dans le cadre d’une procédure d’extradition, il voit naître la grande révolte qui a démarré la même année au Chili et qui perdure aujourd’hui. Il écrit de sa cellule : “L’avenir continue d’être ouvert par le peuple en participant à des dialogues et débats collectifs et fraternels”. Ricardo a obtenu l’asile politique en France en novembre 2018. Pablo continue de vivre dans la clandestinité et Patricio a obtenu l’asile politique en Suisse en 2005.

Des fresques de cette “évasion du siècle”, de ce “vol pour la justice” représentant l’improbable et héroïque évasion dans un hélicoptère emportant un panier rempli de prisonniers, fleurissent encore aujourd’hui, 26 ans après, sur les murs du Chili.

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AFFICHE DE DEMANDE DE MISE EN LIBERTÉ
MAURICIO HERNÁNDEZ NORAMBUENA
WIKIPÉDIA
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30 décembre, 2025

DONALD TRUMP RÉAFFIRME QUE DE PREMIÈRES FRAPPES TERRESTRES ONT EU LIEU AU VENEZUELA, "CONTRE DES CARTELS DE LA DROGUE"

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DONALD TRUMP À PALM BEACH, EN FLORIDE,
 AUX ETATS-UNIS, LE 28 DÉCEMBRE 2025.
PHOTO JOE RAEDLE
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Le Monde

International / Venezuela / Donald Trump réaffirme que de premières frappes terrestres ont eu lieu au Venezuela, "contre des cartels de la drogue" / 
Le président des États-Unis dit qu’une zone de mise à quai pour des bateaux impliqués dans le narcotrafic a été visée. / Lors de sa rencontre avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, Donald Trump a réaffirmé, lundi 29 décembre, que les États-Unis avaient détruit une zone de mise à quai pour des bateaux présentés comme impliqués dans le narcotrafic au Venezuela, dans ce qui pourrait être la première frappe au sol menée par Washington depuis le lancement de sa campagne militaire contre le trafic de drogue en Amérique latine.
[« Donroe »: le corollaire Trump à la doctrine Monroe] Fake news et violences contre Venezuela

Le Monde avec l'AFP Publié hier à 21h24  Temps de Lecture 1 min.

Interrogé sur une allusion à une telle frappe dans un entretien diffusé vendredi, le président américain a déclaré, lundi, en Floride : « Il y a eu une grande explosion sur la zone de mise à quai où ils chargent les bateaux de drogue. (…) Nous avons détruit tous les bateaux et maintenant nous avons frappé la zone. C’est la zone de mise en œuvre. C’est là qu’ils agissaient. Et cette zone n’existe plus », a-t-il déclaré, sans donner le lieu de cette frappe. « C’était sur le rivage », a-t-il ajouté, sans dire qui a mené l’opération, armée ou CIA.

FLYER JL MÉLENCHON
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Dans une interview avec le milliardaire John Catsimatidis, l’un de ses soutiens, sur la station de radio new-yorkaise WABC, vendredi, le président républicain avait affirmé que les États-Unis avaient frappé une « grande installation » servant selon lui à la production de bateaux utilisés pour le narcotrafic. « Ils ont une grande usine ou une grande installation (…) d’où viennent les navires », avait-il dit, avant d’ajouter : « Il y a deux nuits, nous l’avons détruite. Donc nous les avons frappés très durement. »

SIMON BOLIVAR, BÂILLONNÉE PAR LES MÉDIAS MAINSTREAM

Deux morts dans une nouvelle frappe dans le Pacifique, lundi

Le gouvernement vénézuélien n’a fait aucun commentaire officiel depuis ces annonces. Les États-Unis exercent une forte pression sur Caracas depuis des mois, cherchant à pousser au départ le président Nicolas Maduro, accusé par Washington d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic.

Les forces américaines ont bombardé des embarcations accusées de transporter de la drogue, faisant plus de 100 morts dans les Caraïbes et le Pacifique. La dernière en date a été menée, lundi, dans l’est du Pacifique contre un navire « impliqué dans des opérations de narcotrafic », selon l’armée, tuant deux personnes. Jusqu’à présent, l’administration américaine n’a pas apporté de preuves démontrant que les embarcations visées transportaient effectivement de la drogue.

Washington a également déployé un important dispositif militaire dans les Caraïbes et imposé au Venezuela un blocus visant des navires pétroliers sous sanctions. Nicolas Maduro dément les accusations américaines, et assure que les États-Unis cherchent à le renverser pour s’emparer du pétrole vénézuélien, principale ressource du pays.

Le Monde avec l'AFP


GUSTAVO PETRO EN BOGOTÁ, COLOMBIA, EL 29 DE DICIEMBRE.
 PHOTO ESTEBAN VEGA

MAJ Courrier international 

Courrier
international
Le président colombien affirme que Washington a bombardé une fabrique de cocaïne au Venezuela. Dans un long message sur X, Gustavo Petro a suggéré mardi qu’il s’agissait d’une installation de l’Armée de libération nationale (ELN), guérilla colombienne qui contrôle en partie la région productrice de cocaïne du Catatumbo, frontalière du Venezuela et proche du port de Maracaibo, où a eu lieu, d’après lui, la frappe. “Le président n’a pas nommé l’entreprise, mais il existe à Maracaibo une usine nommée Primazol, qui importe des matières premières et qui, depuis le 24 décembre, a publié plusieurs communiqués niant avoir été bombardée cette nuit-là”, note El País. L’entreprise a affirmé qu’un incendie s’est déclaré après un problème électrique. Donald Trump avait auparavant confirmé une première frappe terrestre américaine sur la côte vénézuélienne, mais sans en préciser le lieu exact.

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m. trump, pirate des caraïbes 
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DÉCÈS DE BRIGITTE BARDOT : LA CLASSE POLITIQUE DIVISÉE SUR UN HOMMAGE NATIONAL

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DÉCÈS DE BRIGITTE BARDOT 

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RT France
Décès de Brigitte Bardot : la classe politique divisée sur un hommage national / Le décès de l’icône du cinéma français, survenu le 28 décembre à l’âge de 91 ans, suscite un débat passionné au sein de la sphère politique autour d’un possible hommage national, alors que l’actrice avait exprimé son souhait d’une cérémonie intime et simple.

RT en français 30 déc. 2025, 15:04

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Depuis l’annonce du décès de Brigitte Bardot, le 28 décembre, dans sa propriété de La Madrague à Saint-Tropez, la question d’un hommage national divise profondément la classe politique. L’actrice, qui incarna la liberté et la beauté féminine dans des films comme Et Dieu… créa la femme, avait pourtant clairement indiqué ne pas désirer de telles célébrations protocolaires.

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Éric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République (UDR), a été le premier à exhorter le président Emmanuel Macron à honorer celle dont le visage inspira la Marianne des années 1960. Le député a également relayé une pétition allant dans ce sens.

Cette demande met en lumière le rayonnement exceptionnel de Brigitte Bardot, symbole éternel de la beauté et de la sensualité françaises, mais l’icône ne fait pas l’unanimité. À gauche, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, s’y est opposé, tout en reconnaissant son statut d’« actrice iconique ». Il a rappelé que les hommages nationaux récompensent des « services exceptionnels rendus à la Nation » et a accusé l’actrice d’avoir « tourné le dos aux valeurs républicaines et d’avoir été multi-condamnée par la justice pour racisme ».

Les proches rappellent ses dernières volontés Des proches et témoins de la star insistent sur ses dernières volontés. Wendy Bouchard, journaliste et amie de longue date, a déclaré sur TF1 : « Elle était tout sauf dans la recherche de médailles, d’insignes, de protocoles. Ça part probablement d’un bon sentiment, mais je ne suis pas sûre qu’elle, qui vivait dans la simplicité et dans le dénuement, ait voulu cet hommage national. » 

Steven Bellery, qui l’avait interviewée en mai pour BFM, a confirmé : elle menait une « vie de fermière », préférant l’intimité à la pompe officielle, et envisageait au plus un hommage local à Saint-Tropez. Les obsèques se dérouleront le 7 janvier à l’église Notre-Dame de l’Assomption de Saint-Tropez, suivies d’une inhumation privée au cimetière marin, malgré son souhait exprimé de reposer à La Madrague auprès de ses animaux. 

Dans une formule restée dans les mémoires, elle avait confié au journal Le Monde sa crainte qu’« une foule de connards risquerait d’abîmer la tombe » de ses parents et de ses grands-parents. Celle qui refusa de se faire vacciner contre le Covid-19 en pleine psychose sanitaire aura néanmoins un hommage à Saint-Tropez, organisé par la Fondation Brigitte Bardot, qu’elle a créée en 1987.

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m. trump, pirate des caraïbes 
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29 décembre, 2025

KAST / LA « VOIE DÉMOCRATIQUE » VERS LE PINOCHETISME

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DESSIN PITCH COMMENT 

Contretemps
Victoire de Kast au Chili : la « voie démocratique » vers le pinochetisme / Avec la victoire présidentielle de José Antonio Kast au Chili, le pinochetisme revient au pouvoir par la voie électorale, articulant restauration néolibérale, autoritarisme moral et anticommunisme comme réponse à la crise chilienne. Pablo Abufom et Karina Nohales analysent cette nouvelle situation.

Karina Nohales et Pablo Abufom Silva 29 décembre 2025  

Karina  Nohales  et Pablo Abufom 
PHOTOMONTAGE ARAUCA RIA
Dimanche 14 décembre, le candidat d’extrême droite José Antonio Kast s’est imposé avec une large avance (58,2 %) au second tour de l’élection présidentielle face à sa rivale, la candidate de la coalition au pouvoir et militante du Parti communiste, Jeannette Jara (41,8%).

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Ce résultat est conforme aux prévisions des principaux instituts de sondage, en particulier le CADEM, dont les estimations publiées le 29 novembre ont prédit avec une précision remarquable le résultat final. Il confirme également une tendance politique plus large, visible depuis les primaires de juin au sein de la coalition gouvernementale. Comme nous l’avons souligné à l’époque :

« Le défi pour la candidature de Jeannette Jara est énorme à plusieurs niveaux. Le premier et le plus important consiste à transformer les 825 835 voix obtenues lors de ces primaires en 7 millions de voix nécessaires pour s’imposer au second tour de l’élection présidentielle, où, pour la première fois depuis 2012, s’appliquera le vote obligatoire, une modalité qui, de l’avis général, a favorisé la droite. »

Après le premier tour de l’élection présidentielle, nous avions souligné que « les résultats électoraux du dimanche 16 novembre montrent clairement l’ampleur de la victoire de la droite. À l’élection présidentielle, ce bloc a obtenu 50,3 % des voix, réparties entre José Antonio Kast (23,9 %, Parti républicain), Johannes Kaiser (13,9 %, Parti national libertarien) et Evelyn Matthei (12,5 %, Chile Vamos) ».

Avec un taux de participation de 85 % des inscrits, Jeannette Jara a vu son score électoral progresser d’environ 1,7 million de voix entre le premier et le second tour. Cette progression s’est avérée pourtant clairement insuffisante face à celle de Kast, qui a gagné plus de 4 millions de nouveaux électeurs en arrivant en tête dans toutes les régions du pays sans exception.

L’analyse de la répartition des votes par sexe et par âge permet de préciser encore davantage cette dynamique. Kast a obtenu ses meilleurs résultats auprès de l’électorat masculin dans toutes les tranches d’âge, mais il a également enregistré des résultats particulièrement élevés auprès des femmes de 35 à 54 ans. Jara, en revanche, s’est imposée auprès des électrices de moins de 35 ans et de plus de 54 ans, ce qui lui a valu un soutien plus fragmenté et socialement localisé.

Qui est José Antonio Kast ?

José Antonio Kast n’est pas un outsider. Il a milité pendant plus de deux décennies au sein du parti historique du pinochetisme, l’Union démocratique indépendante (UDI), a été député pendant seize années consécutives (2002-2018) et s’est présenté à trois reprises comme candidat à la Présidence.

En 2016, il a démissionné de l’UDI, arguant que le parti avait abandonné son projet fondateur – ultraconservateur sur le plan moral, catholique sur le plan culturel et néolibéral sur le plan économique – en cherchant à élargir sa base et en modérant son discours. Peu après, en 2017, il a lancé sa propre plate-forme présidentielle, Acción Republicana, qui s’est officiellement constituée en 2019 en tant que parti politique sous le nom de Partido Republicano, qui est sa dénomination actuelle.

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Dans la continuité de cette trajectoire, Kast a été l’un des signataires de la « Charte de Madrid » en 2020, une initiative lancée par l’extrême droite internationale dans le but explicite de freiner « l’avancée du communisme » en Amérique latine.

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Kast est le plus jeune des dix enfants d’un couple d’émigrés allemands Kast-Rist. Son père, Michael Kast, était officier dans les forces armées hitlériennes, la Wehrmacht, et affilié au Parti national-socialiste. Ses parents et plusieurs de ses frères et sœurs ont investi dans des exploitations agricoles dans la région centrale du Chili.

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Il existe également des enquêtes journalistiques et judiciaires documentées qui relient des membres de la famille Kast à des activités criminelles de la Centrale nationale d’information (CNI) pendant la dictature de Pinochet, notamment leur participation à des patrouilles civiles aux côtés des forces de répression du régime et à des opérations associées à de graves violations des droits humains, dont des disparitions forcées.

Le frère aîné de José Antonio, Miguel Kast, économiste formé à l’université de Chicago, a occupé des postes clés sous la dictature de Pinochet. Il a été ministre du Travail, puis président de la Banque centrale. En tant que ministre du Bureau de la planification nationale (ODEPLAN) entre 1978 et 1980, il a été l’un des principaux promoteurs de la catégorie d’« extrême pauvreté », qui avait pour objectif de ne faire bénéficier d’aides sociales que les secteurs les plus pauvres. Cela a permis d’institutionnaliser une politique de dépenses sociales réduites au minimum, ne permettant que d’assurer la survie, en parfaite cohérence avec le programme d’ajustement structurel et de démantèlement de l’État social promu par la dictature.

JAIME GUZMAN, ENTRE MARTYR DE LA
DROITE DURE ET ICÔNE ROSE
 

Issu d’une famille et d’une formation politique ultra-catholiques, Kast se considère comme un disciple fidèle du principal idéologue de la dictature chilienne et fondateur de l’UDI, l’ancien sénateur Jaime Guzmán, aujourd’hui décédé. Guzmán défendait une position extrême sur l’avortement:

« La mère doit donner naissance à l’enfant même s’il est anormal, même si elle ne le désirait pas, même s’il est le fruit d’un viol ou même si sa naissance doit provoquer sa propre mort ».

En tant que député, Kast s’est systématiquement opposé à l’extension des droits civils et sexuels. Il a voté contre le mariage entre personnes du même sexe et contre la loi anti-discrimination. Il a milité activement contre l’éducation sexuelle intégrale. Il s’est opposé à la distribution gratuite de la pilule du lendemain et a défendu l’abrogation de la législation en vigueur qui autorise l’avortement dans trois cas.

Cette orientation s’est également traduite dans ses propositions programmatiques. Lors de sa deuxième candidature à la Présidence, Kast a préconisé la suppression du ministère de la Femme et de l’Égalité des genres, son remplacement par un ministère de la Famille et la restriction de certaines aides sociales – particulièrement importantes pour les femmes pauvres – aux seules femmes mariées.

En 2017, dans le cadre de sa première campagne présidentielle, son épouse, Pía Adriasola, a raconté lors d’une interview, alors qu’elle souhaitait retarder une grossesse avant d’avoir son troisième enfant (le couple en a neuf), qu’elle avait consulté un médecin qui lui avait prescrit le recours à la pilule. Lorsqu’elle a fait part de cette décision à Kast, celui-ci aurait réagi en lui disant : « Tu es folle ? C’est impossible ». Il l’a ensuite emmenée voir un prêtre qui lui a dit que l’utilisation de la pilule était interdite.

En août de la même année, José Antonio Kast a été adoubé comme candidat par des associations de militaires à la retraite et par des organisations de familles de personnes condamnées pour crimes contre l’humanité. Lors d’un meeting organisé au Théâtre Caupolicán, il a déclaré :

« Je m’appelle José Antonio Kast, et je défends, oui, fièrement, l’œuvre du gouvernement militaire, et je pense, oui, que de nombreux militaires et membres des Forces Armées sont victimes de persécutions et je m’engage, oui, si je suis élu Président, à protéger les Forces Armées » et à gracier « tous ceux qui sont injustement ou inhumainement emprisonnés ».

Parmi ces condamnés figure Miguel Krassnoff Martchenko, officier au moment du coup d’État de 1973, puis agent de la Direction nationale du renseignement (DINA) – la police secrète de la dictature – et condamné à plus de 1 000 ans de prison dans vingt-sept procédures pour enlèvement, torture et disparition forcée. Kast, qui a rendu visite à Krassnoff en prison, a été interrogé à plusieurs reprises au cours de cette dernière campagne présidentielle sur son intention de le gracier. Il a invariablement refusé de répondre.

Tout cela permet de qualifier José Antonio Kast de défenseur explicite et cohérent de l’œuvre de la dictature de Pinochet, non seulement en termes de revendication symbolique de sa geste anticommuniste, mais également en tant que tentative délibérée de se réapproprier le cadre programmatique pinochetiste pour faire face aux multiples crises que traverse aujourd’hui la société chilienne.

Son programme combine une main de fer pour rétablir « l’État de droit », la déréglementation et la marchandisation des services sociaux afin « d’améliorer les conditions d’investissement et de création d’emplois », et une conception de la société fondée sur la place centrale de la famille, la prééminence de la propriété privée, l’entrepreneuriat individuel et le contrôle patriarcal sur les femmes et les enfants.

Que peut-on attendre du prochain gouvernement ?

En 2023, après l’échec du processus constitutionnel engagé à la suite des soulèvements sociaux, une deuxième tentative de réforme constitutionnelle a eu lieu. Ce nouveau projet était, à presque tous les égards, l’antithèse du précédent. Le conseil constitutionnel mis en place était composé de cinquante membres, dont vingt-deux appartenaient au Parti républicain, qui présidait également l’instance.

Le projet de constitution émanant de cet organe, élaboré à l’image et en conformité avec l’idéologie républicaine, consistait en une sorte de retour au texte original de la Constitution pinochetiste de 1980, purgé des réformes introduites pendant la période démocratique. Le projet a été rejeté lors du référendum de décembre 2023 par 55,7 % des voix. Ce résultat a mis fin au cycle constitutionnel ouvert en 2019. Cependant, le processus a permis de tester le degré de dogmatisme du projet républicain et de faire émerger plusieurs personnalités politiques qui, selon toute vraisemblance, joueront un rôle important au cours des quatre prochaines années de gouvernement.

Le soir même de son élection, dans son premier discours en tant que président élu, Kast a opté pour un ton modéré. Il a proclamé son respect pour la démocratie, pour ses adversaires politiques et pour la pluralité, a manifesté une prétendue volonté de trouver des accords et a reconnu l’apport des Présidents qui l’ont précédé. Il a même semblé faire sienne la « politique de consensus » qui a caractérisé la gouvernance post-dictatoriale : une forme de gouvernement soutenue par un centre-gauche partisan de l’économie sociale de marché et par une droite qui, progressivement, avait tenté de prendre ses distances avec l’héritage explicite du pinochetisme pour gérer la transition démocratique.

Cependant, cette rhétorique conciliante contraste fortement avec les premières orientations programmatiques de son équipe. Le plan annoncé pour les trois premiers mois du gouvernement reprend la rhétorique de Kast pendant la campagne et s’articule autour de quatre axes centraux : contre-réforme fiscale, déréglementation, offensive contre le travail et ajustement budgétaire.

En matière fiscale, Kast propose de revenir sur la réforme mise en œuvre pendant le second mandat de Michelle Bachelet, en réduisant les impôts des moyennes et grandes entreprises et en supprimant l’impôt sur les bénéfices individuels des entrepreneurs. Il s’agit d’une orientation qui renforce le caractère régressif du système fiscal et assure un transfert de revenus vers les secteurs les plus riches.

En matière de réglementation, le programme de Kast vise à démanteler les entraves existantes au pouvoir du capital, en mettant particulièrement l’accent sur la déréglementation des cadres de protection de l’environnement et l’assouplissement des restrictions applicables au secteur immobilier. Il s’agit d’un programme largement promu par les grandes entreprises, qui ont popularisé ces dernières années le néologisme « permisologie » pour dénoncer les multiples procédures d’évaluation de l’impact environnemental auxquelles sont astreints les investissements ayant des effets négatifs potentiels sur les biens protégés par la législation en vigueur.

Au cœur de l’attaque contre le travail, l’objectif central consiste à réduire les capacités de contrôle et de sanction face aux pratiques anti-syndicales et anti-ouvrières, en affaiblissant la Direction du Travail. À cela s’ajoute l’intention explicite de restreindre l’application de la loi sur les 40 heures, approuvée par le gouvernement actuel, annulant ainsi le progrès limité que cette norme représentait pour placer la question du temps de vie au centre de la lutte du mouvement ouvrier.

Enfin, pour ce qui concerne la réduction des dépenses fiscales, la proposition a été délibérément superlative : une réduction de 6 milliards de dollars ! L’ampleur du montant a rapidement suscité des questionnements et des demandes de précision. Face à cela, l’un des porte-parole de la campagne a explicitement justifié le refus de détailler les ajustements : « Évidemment, nous n’allons pas les publier, car cela provoquerait une paralysie immédiate. Si on dit « je mets fin au programme X », on va avoir des émeutes dans la rue.»

Au-delà de cette franchise cynique, les premières mesures annoncées se réduisent à des formulations vagues : promesses de réduire les « dépenses politiques », d’accroître l’efficacité budgétaire, de renforcer les pouvoirs du Contrôleur général de la République concernant les dépenses des municipalités et de supprimer les postes qualifiés d’« emplois politiques ». Dans l’ensemble, il s’agit d’un programme d’ajustement dont le contenu concret reste délibérément opaque, mais dont les effets prévisibles pèseront sur l’emploi public, les politiques sociales et les capacités de régulation de l’État.

Au premier jour, un Kast protocolaire et international

Lundi 15 décembre, dès le lendemain de son élection, Kast s’est rendu au palais de La Moneda et a tenu des réunions avec les représentants des partis qui ont soutenu sa candidature. Rien d’inhabituel sur le plan institutionnel.

Les signaux politiques les plus importants de la journée sont toutefois venus de la scène internationale. Kast a reçu les félicitations explicites de figures centrales de ce qu’on appelle « l’internationale fasciste» : Javier Milei, Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont ouvertement célébré sa victoire électorale et l’ont présenté comme un allié dans l’offensive contre le socialisme en Amérique latine. Le Wall Street Journal s’est exprimé dans le même sens, interprétant la victoire de Kast comme faisant partie d’une « mauvaise saison démocratique pour le socialisme en Amérique latine », affirmant que la vague de « violence gauchiste » et de stagnation économique serait en train de reculer.

Tout indique que Kast deviendra l’un des acteurs de la recomposition de la droite latino-américaine aujourd’hui au pouvoir, avec au moins deux conséquences qui constituent des signaux d’alerte. Il s’agit d’abord d’une adhésion sans nuance à la nouvelle orientation de la politique étrangère américaine, le « corollaire Trump à la doctrine Monroe », dont l’objectif immédiat est le changement de régime au Venezuela et l’appropriation de ses ressources énergétiques.

C’est aussi le début d’un processus de renormalisation des relations avec Israël, quitte à mettre en péril l’engagement historique du Chili en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination. Cet engagement s’est récemment traduit par la participation du Chili à la plainte déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice pour génocide, ainsi que par la suspension de certaines instances de coopération diplomatique et militaire avec l’État occupant.

Dans le concert dissonant de l’extrême droite mondiale, chaque pays apporte sa propre tradition et sa forme spécifique de légitimation. Au Chili, tout indique que cette forme est le pinochetisme. C’est là que l’extrême droite trouve son passé glorifié, ses expériences de gouvernement les plus accomplies du point de vue des classes dominantes et la mémoire stratégique – économique, militaire et culturelle – qui lui permet de s’inscrire dans le nouveau scénario mondial.

Que signifie la victoire de Kast dans l’histoire du Chili ?

Le gouvernement de José Antonio Kast sera le premier gouvernement démocratique du pinochetisme. Sa victoire concrétise, pour la première fois, l’aspiration longtemps soutenue par les fondateurs de l’Union démocratique indépendante, le parti créé par Jaime Guzmán avec Miguel Kast et d’autres figures centrales du catholicisme autoritaire de la dictature. Kast incarne le retour de ce projet, désormais actualisé par l’expérience de la vague réactionnaire internationale et par les nouvelles sensibilités d’une extrême droite plus jeune, réunie autour d’une même ligne idéologique et politiquement désinhibée.

Il convient de prêter attention au rôle que joueront les cadres historiques de l’UDI dans la formation du gouvernement et des cabinets ministériels. Tout comme le Frente Amplio, encore inexpérimenté, a eu recours à l’époque aux cadres de la Concertación pour assurer le fonctionnement de l’appareil d’État, il est probable qu’un Parti républicain relativement jeune doive s’appuyer sur ses anciens partenaires, d’anciens ministres de la dictature et du piñérisme, porteurs d’une expérience essentielle pour gouverner dans des conditions de conflit social et de restauration conservatrice.

Mais la victoire de Kast n’exprime pas seulement la victoire électorale du pinochetisme. Lors de cette élection, l’anticommunisme s’est également imposé comme facteur structurant du sens politique commun. Sans aucun doute, la campagne s’est articulée autour de la peur de la violence, du chômage et du coût de la vie, phénomènes systématiquement attribués à la délinquance, au trafic de drogue, à la corruption et à l’immigration. La question décisive est de savoir pourquoi ces angoisses se sont cristallisées politiquement autour de Kast et contre Jeannette Jara.

À notre avis, la colonne vertébrale qui a unifié ces craintes était une idée simple et persistante : même s’il y a des aspects inquiétants chez Kast, « le communisme est pire » et un gouvernement communiste conduirait inévitablement à plus de misère. Le ciment idéologique de ces peurs induites était la menace – inexistante en réalité – d’un gouvernement dirigé par une communiste, associé mécaniquement au Venezuela, à Cuba, à l’Unité populaire ou à l’Union soviétique.

Ainsi, les critiques souvent justifiées à l’égard de la gestion gouvernementale actuelle et des difficultés quotidiennes de larges secteurs sociaux ont été subsumées sous un argument profondément irrationnel : l’anticommunisme comme héritage vivant de la dictature, forgé dans le contexte de la guerre froide et toujours efficace dans l’imaginaire populaire chilien.

Dans les semaines qui ont suivi la défaite de la gauche, les analyses rétrospectives des causes et des responsables de la défaite ont abondé. Cela étant, la gauche chilienne sera contrainte de repartir à zéro. Les ajustements tactiques testés ces dernières années ne suffiront plus. Le scénario est très complexe et pourrait devenir encore plus contradictoire si se confirme une augmentation des investissements dans l’industrie du cuivre, stimulée par une demande mondiale accrue, qui ouvrirait un éventuel mégacycle favorable au nouveau gouvernement. En outre, l’absence d’élections pendant au moins trois ans donne à Kast une marge de manœuvre importante pour imposer son programme comme axe central de la politique nationale.

Dans ce contexte, les défis immédiats pour la classe ouvrière chilienne se concentreront sur deux fronts étroitement liés : la résistance aux réformes régressives du nouveau gouvernement et la capacité à articuler une opposition sociale qui ne soit plus soumise à la direction progressiste responsable de ce qui apparaît aujourd’hui comme quatre années perdues dans la lutte contre la montée de l’extrême droite. Le cycle qui s’ouvre exige plus que des défenses partielles : il impose une recomposition stratégique de la gauche chilienne à la hauteur de ce nouveau moment historique.

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Cet article est initialement paru en castillan dans Jacobin América Latina. Traduit de l’espagnol (chilien) par Contretemps, revue et corrigée par Robert March.

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Le Chili bascule fortement à droite / Le candidat d’extrême droite
José Antonio Kast remporte l’élection présidentielle chilienne.
DESSIN ANNE DERENNE

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26 décembre, 2025

AU HONDURAS, NASRY ASFURA REMPORTE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE GRÂCE AU SOUTIEN DE DONALD TRUMP

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NASRY ASFURA, CANDIDAT DU PARTI NATIONAL DU HONDURAS
À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE, À TEGUCIGALPA,  LE 30 NOVEMBRE 2025.
PHOTO JOHNY MAGALLANES

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Le Monde

International / Honduras / Au Honduras, Nasry Asfura remporte l’élection présidentielle grâce au soutien de Donald Trump / Après vingt-cinq jours d’un décompte chaotique des suffrages, le candidat du Parti national a été déclaré vainqueur face à son adversaire du Parti libéral. Il l’emporte à l’issue d’une campagne marquée par la grâce accordée par le président américain à l’ancien président Juan Orlando Hernandez, condamné pour trafic de drogue.

Par Anne Vigna (Mexico, correspondante)

Les élections générales du 30 novembre, au Honduras, ont réservé plus d’une surprise, la plus pénible étant l’attente de vingt-cinq jours qui aura été nécessaire pour certifier la victoire de Nasry Asfura, 67 ans, candidat du Parti national du Honduras (PNH, droite), après une série d’incidents techniques qui pourront donner lieu à des contestations.

UNE AFFICHE DE CAMPAGNE DE NASRY ASFURA, CANDIDAT DE DROITE
SOUTENU PAR LE PRÉSIDENT TRUMP, A ÉTÉ PLACARDÉE LE MOIS DERNIER
 DANS UNE RUE DE TEGUCIGALPA, AU HONDURAS.
PHOTO DE DANIELE VOLPE 

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Cet entrepreneur du BTP, qui fut maire de la capitale, Tegucigalpa, de 2014 à 2022, a finalement été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle, mercredi 24 décembre, avec 40,27 % des suffrages, soit seulement 27 000 voix de plus que son adversaire, Salvador Nasralla, du Parti libéral (39,54 % ). Nasry Asfura, surnommé « Tito », petit-fils d’immigrés palestiniens, a promis de rompre les relations avec la Chine pour relancer celles avec Taïwan, auxquelles le Honduras avait mis un terme en 2023.

LE CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE NASRY ASFURA DU PARTI NATIONAL
PREND UN SELFIE À SON ARRIVÉE AU SIÈGE DE SON PARTI
À TEGUCIGALPA, AU HONDURAS, LE MERCREDI 10 DÉCEMBRE 2025.
PHOTO MOISES CASTILLO

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L’intervention la plus inattendue a été l’ingérence du président américain, Donald Trump, trois jours avant le scrutin, pour soutenir Nasry Asfura. « La victoire d’Asfura ne peut se comprendre sans l’intervention des États-Unis dans le processus électoral, qui lui a donné un appui décisif sur ses concurrents », estime Joaquin Mejia Rivera, chercheur à l’ONG Alliance pour la paix et la justice.

Donald Trump a promis une relation différente avec le Honduras en cas de victoire de son poulain. La promesse compte, alors que près de 50 000 Honduriens vivant aux États-Unis sont menacés d’expulsion par le locataire de la Maison Blanche.

« Si Nasry Asfura ne gagne pas, les États-Unis ne gaspilleront pas leur argent. Nous pouvons travailler ensemble pour lutter contre les narco-communistes et apporter au peuple du Honduras l’aide dont il a besoin », avait écrit le président américain sur son réseau social, Truth Social, le 27 novembre. Par « narco-communiste », Donald Trump désignait les représentants du Parti Liberté et refondation (Libre, gauche), à la tête du Honduras depuis 2022 avec la présidente Xiomara Castro.

« Nasry, celui des Burros Asfura, est le chouchou de Donald Trump »
DESSIN GARABATOS

La troisième surprise de ce scrutin à un seul tour aura été le mauvais score de la gauche, qui a récolté 19,2 % des suffrages, alors que sa candidate, Rixi Moncada, était donnée au coude-à-coude avec les deux autres favoris dans les sondages. Elle a terminé finalement loin derrière eux, et son parti a également perdu des sièges au Congrès, passant de 50 à 35 élus sur 128.

« La défaite de Rixi Moncada s’explique aussi par le fait que Donald Trump a artificiellement installé la peur du communisme qu’elle était censée représenter, analyse Joaquin Mejia Rivera. Les scandales qui ont éclaboussé le gouvernement de Xiomara Castro ont aussi été sanctionnés par les électeurs. Avec l’intervention du président américain, il s’est créé un cocktail parfait pour que le Parti national revienne au pouvoir malgré son passé récent d’autoritarisme et ses liens avérés avec le narcotrafic. »

« Donald Trump tente de modeler l'Amérique latine à son image»
Photo-illustration by Newsweek/Getty

Parti déchiré

Rixi Moncada a eu beau s’indigner de cette « ingérence », Donald Trump a continué de publier des messages sur Truth Social pendant la longue phase d’attente des résultats et tandis que Salvador Nasralla, arrivé second, prenait un temps le dessus sur Nasry Asfura. « On dirait que le Honduras essaie de changer les résultats de son élection présidentielle. S’ils le font, il y aura un prix à payer », avait menacé le président américain au lendemain du scrutin, le 1er décembre.

Salvador Nasralla, 72 ans, avait défendu un programme aussi libéral que celui d’Asfura, et promettait de s’inspirer des méthodes autoritaires de lutte contre la délinquance du président salvadorien, Nayib Bukele, partenaire et ami de Donald Trump. Mais il s’était lui-même allié avec la gauche aux élections de 2021, devenant le vice-président de Xiomara Castro jusqu’en avril 2024 ; un geste suffisant pour en faire à jamais un traître. Le locataire de la Maison Blanche avait ainsi écrit sur son réseau social qu’il ne « faisait pas confiance » à cet ancien présentateur de télévision.

La plus problématique des surprises a été la grâce accordée par Donald Trump, à la veille du scrutin, à l’ancien président Juan Orlando Hernandez (2014-2022), condamné aux États-Unis en 2024 à quarante-cinq années de prison pour trafic de drogue. L’ancien dirigeant du Parti national a été libéré, le 1er décembre, et il n’envisage pas de rentrer au Honduras, où il est accusé de trafic de drogue et de fraude électorale à l’occasion de sa réélection en 2017.

Il avait été extradé aux États-Unis par Xiomara Castro pour éviter qu’un prochain président hondurien le libère – un coup de plus infligé à la gauche et à tout un pays. Le 8 décembre, le parquet général hondurien a émis un mandat d’arrêt international contre Juan Orlando Hernandez.

« La grâce a été un séisme dans la société, alors que la condamnation du président était un symbole très fort contre le narcotrafic, estime l’analyste politique Thelma Mejia. Mais cette décision désastreuse de Trump n’a pas eu d’impact sur le vote exprimé, qui montre clairement un retour à droite. Cela confirme le classement du Honduras dans les pays les plus conservateurs du continent : selon le Latinobarometro [institut de sondage qui couvre l’Amérique latine], plus de 42 % de la population se définit à droite et à peine 15 % à gauche. »

Le président élu, Nasry Asfura, s’était bien félicité du soutien de Donald Trump, mais il s’est ensuite démarqué de cette grâce inopinée, en assurant que Juan Orlando Hernandez « doit répondre de ses crimes devant l’État du Honduras ».

Le PNH, qui a remporté la présidence, a certes gagné cinq sièges, mais cela ne suffit pas à lui assurer une majorité au Parlement. Il compte désormais 49 élus sur 128, et devra donc négocier pour gouverner avec le Parti libéral, autrefois allié de la gauche, passé de 22 à 41 sièges. Les discussions ne seront pas faciles : non seulement Salvador Nasralla ne reconnaît pas la victoire de Nasry Asfura, mais son parti politique s’est de surcroît déchiré pendant la phase de recomptage des votes. Salvador Nasralla exigeait de recompter plus de 8 000 procès-verbaux et non 2 700, comme le Conseil national électoral l’a finalement décidé avec l’appui du Parti libéral.

Le retour au pouvoir du PNH, qui témoignait pourtant de l’infiltration du narcotrafic au plus haut niveau de l’État et était accusé de fraude électorale en 2017, mettra un terme à l’expérience de la gauche le 27 janvier 2026.

Anne Vigna (Mexico, correspondante)


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 DANS JACOBIN N° 11

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