17 octobre, 2026

JOURNÉE DU 17 OCTOBRE, À PARIS : «MACRON, LA VOILÀ TA RÉPUBLIQUE EN MARCHE ! »

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DANS LA CAPITALE BRETONNE COMME AILLEURS, LE MOUVEMENT
LYCÉEN A ÉTÉ DUREMENT RÉPRIMÉ CES DERNIÈRES SEMAINES.
PHOTO JULIEN MARSAULT 

L'Humanité
Ce samedi 17 octobre, des dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé parisien. Dans la vapeur des lacrymos, les colères et les générations ont convergé autour de revendications communes (hausse des salaires, avenir de la jeunesse, svices publics…) et d’un même rejet de la politique menée depuis 2017. / L’histoire retiendra peut-être que l’ère macroniste s’achève comme elle a commencé : dans un nuage de gaz lacrymogène. En septembre 2017, les salariés battaient le pavé contre les ordonnances visant à détricoter le droit du travail. Et depuis septembre 2026, c’est une flambée de colères qui a éclaté lors de la bien nommée « rentrée sociale », pour trouver un point de convergence ce samedi 17 octobre, où des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Paris, face à un dispositif policier impressionnant. [ « Les consignes sont claires : tenir jusqu'à essoufflement du mouvement » ] *

Cyprien Boganda et Arthur Dumas Publié le 17 octobre 2026 7min

Un usage frénétique de gaz lacrymogènes tirés directement dans la foule

Aujourd’hui, c’est un peu comme si toutes les générations de citoyens excédés par 10 ans de macronisme s’étaient donné rendez-vous dans les rues de la capitale. Face à eux, les forces de l’ordre ont eu la main très lourde. Sur la place de la République, où devaient s’élancer les cortèges de manifestants (lycéens, syndicalistes, Gilets jaunes, étudiants…), c’est un dispositif hors norme qui a été mis en place dès midi. Tous les journalistes de l’Humanité présents ont constaté un usage frénétique de gaz lacrymogènes, le plus souvent tirés directement au beau milieu de la foule. Plusieurs grenades assourdissantes ont également été tirées lors d’affrontements avec les manifestants.

À la une / Manifestations du 17 octobre 2026 
 
DESSIN AUREL

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Pas de quoi entamer la bonne humeur d’Oriane et Eliot, 21 et 22 ans, keffieh autour du cou pour l’une, chapka noire pour l’autre, qui marchent côte à côte. Recalés de Parcoursup, ils expliquent avoir dû s’exiler à Bruxelles après le bac pour poursuivre leurs études de sciences politiques. « De plus en plus de jeunes Français se retrouvent en Belgique pour étudier, car la sélection est beaucoup moins impitoyable que chez nous », glissent-ils.

MANIFESTATION À PARIS, LE 17 OCTOBRE 2026.
PHOTO CYRIL ZANNETTACCI

Les deux sont politisés, mais ils en sont arrivés au même point par des parcours radicalement différents. Née dans une famille aisée (ses deux parents sont chercheurs universitaires) mais penchant clairement à gauche (sa grand-mère est militante communiste), Oriane enchaîne les manifs depuis sa tendre enfance. Eliot, lui, a milité un temps chez les Jeunes avec Macron (JAM) : enivré par les promesses de renouvellement de 2017, il s’est réveillé un matin avec la gueule de bois des grandes désillusions. « J’ai été enfumé par la rhétorique macroniste, analyse-t-il à froid aujourd’hui. Je pense que c’est sa politique fiscale qui m’a dégoûté. Tout ce pognon déversé dans les poches des plus riches… » « Tu es devenu de gauche en me rencontrant, c’est tout », se marre sa pote.

À PARIS, LE 17 OCTOBRE 2026.
PHOTO MARION VACCA

« On se mobilise pour nos enfants »

S’ils manifestent aujourd’hui, c’est parce qu’ils partagent les revendications de la jeunesse révoltée (plus de moyens pour les lycées, abolition de Parcoursup, recrutement d’enseignants dans les lycées…), mais aussi parce qu’ils se disent écœurés par le système économique dominant. « Le néolibéralisme a asphyxié ma mère, assène Eliot. Elle bossait chez un opticien et voyait son patron rouler dans une voiture de luxe. Quant à moi, j’ai fait une partie de ma scolarité dans un lycée délabré, à Coulommiers (Seine-et-Marne) et aujourd’hui je galère. Je ne m’en sors que parce que je vis chez mon copain à Bruxelles… »

À PARIS, LE 17 OCTOBRE 2026.
PHOTO MARION VACCA

Tout autour d’eux, une foule grossit, composée de jeunes rigolards dont les slogans crépitent comme un feu d’artifice (Parcoursup, la Palestine, les violences policières…), de salariés brandissant des banderoles syndicales (CGT, Solidaires…) et de quelques groupes de Gilets jaunes. Éric et Magalie ont à peu près le triple de l’âge de certains manifestants (62 et 51 ans exactement), mais ont tenu à faire le déplacement. Jeune retraité, le premier continue à bosser dans l’audiovisuel pour arrondir ses fins de mois. Psychologue, la seconde se dit « extrêmement bien payée mais solidaire de ceux qui ont peu ». « On se mobilise pour nos enfants, lancent-ils en chœur. Ils en ont marre et on les comprend aisément : entre le manque d’avenir, l’écroulement de la biodiversité et la montée du fascisme, il y a de quoi devenir dingues. »

Il ne faut pas les prier trop longtemps pour qu’ils se lâchent contre le pouvoir macroniste et la stratégie actuelle de l’exécutif. « Ah, parce qu’il y a une stratégie ?, fait mine d’interroger Éric. En dehors d’enfumer tout le monde et de mettre des flics partout, je ne vois pas… » « Ce que vous avez devant vous aujourd’hui, c’est le bilan de 10 ans de macronisme, souffle Magalie. C’est une vraie catastrophe – l’extrême droite aux portes du pouvoir, tout le monde en colère, les policiers partout… »

MANIFESTATION À PARIS, LE 17 OCTOBRE 2026, DANS 
LE CADRE D’UN APPEL À LA MOBILISATION NATIONALE. 
PHOTO GUILLAUME SALIGOT

« Tu comprends les jeunes qui veulent tout casser »

Une armée de CRS harnachés comme pour aller au front surgissent d’on ne sait où, sous les regards accablés du duo. « On vient de la place de la République, où on est tombés sur des Robocops et une espèce de tank que je n’ai jamais vu, grimace Magalie. Quand tu vois le déploiement policier aujourd’hui, tu comprends que les jeunes aient envie de tout casser. »

Dans le cortège nourri qui s’avance vers la place de Clichy, on chante à tue-tête et on rivalise d’imagination en matière de slogans : « Beethoven est devenu sourd mais pas à cause d’une grenade », brandit quelqu’un, tandis qu’un autre s’adresse directement au chef de l’État – « Macron, fais comme moi, taxe tes potes ! » – et qu’une bande de jeunes se disent « fâchés, fauchés mais pas fachos ».

Plus discret, Jules, syndicaliste CGT bossant chez Météo France, marche sans faire de vagues. « Si le monde du travail ne rejoint pas le mouvement en faisant grève, les lycéens ne gagneront pas, croit savoir le trentenaire. Mon syndicat s’est beaucoup mobilisé aux côtés des jeunes depuis le début du mouvement, notamment pour former un rempart entre eux et la police. Contre le budget d’austérité, il ne faut surtout pas se battre chacun dans son coin. »

AUJOURD’HUI, C’EST UN PEU COMME SI TOUTES LES GÉNÉRATIONS
DE CITOYENS ÉPUISÉS PAR 10 ANS DE MACRONISME S’ÉTAIENT
DONNÉ RENDEZ-VOUS DANS LES RUES DE LA CAPITALE.
PHOTO GUILLAUME SALIGOT 

« Utilisation du 49-3, culte du chef et absence totale d’écoute »

Une entêtante odeur de poudre flotte dans l’air, issue des vapeurs mélangées des feux d’artifice et de la lacrymo, tandis que les manifestants marchent vers le nord-ouest. Deux copines souriantes, la vingtaine, assurent que les vacances qui commencent n’auront pas raison de l’ardeur des manifestants. L’une d’entre elles brandit une photo d’Emmanuel Macron les bras levés à angle droit, barrée de la mention « Absolute dictature ».


Pour elle, le terme n’est pas usurpé, quand elle additionne « utilisation du 49-3, culte du chef, absence totale d’écoute de la colère populaire. » Sa copine, qui doit lâcher 850 euros par mois pour son 19m2 en plein Paris, ne digère toujours pas le gel des APL (aides au logement) prévu dans le Budget 2027 : « C’est honteux que ce soit les plus modestes qui se fassent tabasser ». Une manifestante déboule soudain, regard déterminé, slogan imparable : « Macron, la voilà ta République en marche ! »


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