08 février, 2021

EXCLUSIF. ENTRETIEN AVEC ANDRÉS ARAUZ, FAVORI DU SECOND TOUR DES PRÉSIDENTIELLES EN ÉQUATEUR

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PHOTO KALA MORENO PARRA

Arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle, le candidat socialiste défend une ligne de rupture avec le plan d’austérité négocié entre le FMI et le sortant, Lenin Moreno.

par Rosa Moussaoui

Quelle sera votre priorité la plus urgente, si vous êtes élu ?

ANDRÉS ARAUZ 

La priorité sera de répondre aux besoins économiques les plus urgents des familles équatoriennes. Pour cela, nous verserons dès la première semaine de l’entrée en fonction de notre gouvernement une allocation de 1 000 dollars à un million de familles. Nous allons nous concentrer sur cela. Nous allons également travailler en urgence sur la fourniture du vaccin à la majorité de la population, en commençant par les professionnels de la santé.

Vous voulez rompre avec l’austérité dictée par le Fonds monétaire international (FMI). Mais quelles seraient vos marges de manœuvre, dans un contexte de crise globale, où les cours du pétrole sont au plus bas ?

ANDRÉS ARAUZ Nous refusons d’accepter les conditions actuelles du FMI telles qu’elles ont été négociées avec le président sortant, Lenin Moreno, parce qu’elles affectent directement les poches des familles. Nous allons proposer notre propre programme économique, et si le FMI veut nous soutenir il est le bienvenu. Mais à nos conditions. Nous avons des marges de manœuvre importantes. Nous voulons par exemple rapatrier rapidement les fonds déposés par des Équatoriens à l’étranger pour financer notre développement.

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Qu’est-ce qui vous distingue de Rafael Correa ? Vous dites vouloir en faire votre conseiller, mais c’est un animal politique. Quelle serait votre marge d’autonomie ?

ANDRÉS ARAUZ Comme je l’ai dit, je souhaite qu’il devienne mon principal conseiller. Mais il a manifesté son intention de rester en Belgique, où il vit, de ne plus s’impliquer de façon aussi active dans le processus politique en Équateur. Évidemment, nous tiendrons compte de ces critères. La différence principale, c’est que nous allons proposer une rénovation générationnelle, impliquer la jeunesse et les femmes en politique, et travailler à un approfondissement du pouvoir populaire. C’est-à-dire nous engager dans une gestion gouvernementale associant les organisations sociales, le mouvement indigène, les syndicats, les étudiants, pour construire un projet politique plus durable.

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Que feriez-vous pour combattre la corruption ?

ANDRÉS ARAUZ Nous allons balayer la corruption de bas en haut et faire passer des réformes critiques. D’abord avec la création d’une banque de données publiques ouverte, accessible, avec des informations concernant l’État facilement disponibles et analysables par les chercheurs et les journalistes. Ensuite en mettant en place un système garantissant véritablement l’indépendance de la justice. Pour éviter que les accusations de corruption ne servent de prétexte à la persécution politique au détriment des aspects économiques : marchés publics, évasion fiscale, sorties de capitaux, gestion obscure de sociétés offshore établies dans les paradis fiscaux.

Maints conflits ont opposé Rafael Correa et la Confédération des nationalités indigènes d’Équateur (Conaie). Quelle relation souhaitez-vous construire avec le mouvement indigène ?

ANDRÉS ARAUZ La meilleure possible ! En fait, nous avons déjà de très bonnes relations, sur la base du respect mutuel et d’un programme à long terme. La Constitution de la République stipule elle-même, dans son premier article, que l’Équateur est un État plurinational et pluriculturel. Avancer dans cette direction est donc un mandat constitutionnel. Notre relation sera bonne, axée sur l’intérêt de la grande majorité et l’approfondissement de l’État plurinational.

La dollarisation prive l’Équateur de sa souveraineté monétaire et d’un instrument de politique économique. Comment sortir de cette situation ?

ANDRÉS ARAUZ Il n’est pas recommandable, pour l’Équateur, de sortir de la dollarisation. Parce que le dollar est aussi un ancrage monétaire international, c’est-à-dire que la force du dollar au niveau mondial ne peut être comparée à celle d’une monnaie nationale. S’il est clair que cela génère des problèmes de compétitivité pour l’Équateur, il est également vrai que cela nous donne plus de stabilité, de certitude, avec la possibilité d’une planification à long terme et la réduction des risques pour les familles comme pour les entreprises. Nous devrons donc travailler avec le dollar, en recherchant des flexibilités au sein de ce régime : vitesse de circulation de la monnaie, accès au crédit, nouveaux moyens de paiement rendus possibles par la technologie du XXI ème siècle.

Quelles seraient vos relations avec l’administration Biden, si vous gagnez ?

ANDRÉS ARAUZ Elles seront bonnes. Le changement de rapport de force politique aux États-Unis a permis aux progressistes de gagner du terrain au sein du Parti démocrate, et cela se reflétera dans l’administration Biden. Beaucoup d’entre eux sont des amis, avec qui nous collaborons depuis longtemps. Cela nous ouvre des opportunités. Maintenant, cela ne signifie pas que nous allons renoncer à défendre nos principes de souveraineté et de dignité, à rechercher, dans le monde, des relations diversifiées.

Que feriez-vous pour relancer le processus d’intégration régionale ?

ANDRÉS ARAUZ Ce sera l’un des piliers de notre gestion : renforcer l’intégration latino-américaine dans les différents espaces de construction collective dont dispose la région. Mais, contrairement à ce qui a prévalu dans le passé, nous ne recherchons pas seulement une intégration entre gouvernements, entre responsables politiques. Nous voulons une intégration des peuples, impliquant les travailleurs, les étudiants, les femmes, les peuples originaires. On peut imaginer des programmes de recherches, des échanges universitaires, des initiatives culturelles et sportives, des coopérations aux prises avec le quotidien de nos peuples.

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