11 février, 2022

CHILI. L’AVENIR DES PRISONNIERS POLITIQUES EN SUSPENS

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PHOTO CLAUDIO SANTANA
Le futur président Gabriel Boric a promis de libérer 250 personnes arrêtées au moment du mouvement social de 2019 et 2020, et toujours en prison. La bataille politique est enclenchée pour ces « prisonniers de la révolte ».

Santiago du Chili, correspondance particulière

 GRAFFITI VU AU SUD DE PARIS,
DANS LE 13ème ARRONDISSEMENT

le 18 octobre 2019 à Santiago, une dizaine de stations de métro étaient incendiées. Toutes en même temps, de la même façon. Les incendiaires connaissaient exactement le système électrique du métro, là où il fallait agir. Cela n’avait rien d’une manifestation spontanée ou de l’acte d’une foule en colère. Deux ans plus tard, aucun incendiaire n’a été arrêté, jugé, condamné. Pourtant, durant plus d’un an, deux hommes sont restés en prison préventive. L’un avait 16 ans, l’autre, son oncle, la trentaine. Ils étaient accusés d’avoir incendié une des stations de métro. Lorsque leur procès a enfin eu lieu, ils ont été immédiatement libérés par le tribunal. Le dossier était vide, pire, mensonger, sur la base de « preuves » fabriquées par les « Carabineros » (unité spéciale militaro-policière).

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ÉMEUTES AU CHILI : 
« NOUS SOMMES EN GUERRE»,
 AFFIRME LE PRÉSIDENT PIÑERA  
DESSIN ALEN LAUZAN

La prison préventive a été un instrument de la répression du président sortant, Sebastian Piñera. Mettre en prison des innocents, même en sachant qu’ils seraient libérés plus ou moins rapidement, histoire de dissuader de manifester… Pour le gouvernement, il n’y avait pas de prisonniers politiques, il n’y avait que des délinquants en prison, de dangereux responsables d’incendies, de destructions, de pillages… Piñera expliquait qu’il était en guerre contre un ennemi implacable !

À la fin 2019, il y avait 2 500 prisonniers à la suite de l’explosion sociale. Il en reste actuellement 250. Environ 150 ont été jugés et accomplissent leurs peines. Une centaine sont toujours en préventive. Ce sont ces 250 prisonniers qu’il faut sortir de prison maintenant. Gabriel Boric, président récemment élu, a promis de les libérer et il voudrait que cette promesse soit accomplie le plus vite possible. Le successeur de Pinera ne souhaite pas commencer son mandat par une déception et une rupture avec une partie de ses soutiens. Car l’amnistie pour ces « prisonniers de la révolte » est contenue dans l’accord entre les partis d’Apruebo Dignidad, la coalition de gauche, comme une des principales revendications.

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Le futur président est donc pressé que le Sénat vote l’amnistie. Gabriel Boric sait qu’avec le prochain Sénat, la gauche n’étant pas majoritaire, ce sera mission impossible : la droite a déjà indiqué son opposition. Alors il presse les sénateurs de voter immédiatement un « indulto » (grâce) qui s’avère le plus fort juridiquement mais qui nécessite les deux tiers des voix du Sénat. En ce qui concerne l’amnistie, elle ne demande qu’une majorité simple. Si le Sénat vote positivement, que ce soit l’indulto ou l’amnistie, Sebastian Pinera ne sera pas obligé de promulguer de loi. Et, à partir du 11 mars, avec l’entrée en fonction de Gabriel Boric, la grâce, ou l’amnistie, pourra être signée aussitôt.

Si le Sénat vote négativement, une autre solution juridique partielle existe : la grâce présidentielle individuelle. Mais elle ne peut être accordée qu’aux prisonniers déjà condamnés, et non à ceux en déten­tion préventive. Symbo­liquement, pour Gabriel Boric et son gouvernement, cela serait un très mauvais signal. Cet échec créerait, dès les premiers jours d’entrée en fonction du nouvel exécutif, un véritable problème politique au sein de la coalition Apruebo Dignidad.

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