31 juillet, 2006

LES PALESTINENS DU CHILI

LES PALESTINENS
DU CHILI

Revue d’Etudes Palestiniennes n° 95 (Printemps 2005) – Revue Trimestrielle publiée par l’Institut des Etudes Palestiniennes.
Par Cecilia Baeza

«Le déclenchement de la Seconde Intifada en septembre 2000 a en effet suscité au Chili l’émergence d’un mouvement social que l’on pourrait ranger dans la catégorie de «politique diasporique» : un réseau d’associations communautaires composées de citoyens chiliens d’ascendance palestinienne au travers d’une double stratégie de ralliement de la collectivité et de la pénétration de l’agenda social et politique chilien.»

«Plus de 50 ans après la création de l’État d’Israël, 10 ans après la mise en lace du processus d’Oslo, les Palestiniens restent aujourd’hui dans leur grande majorité hors des territoires occupés sur une population d’environ 10 millions, seuls près de 4 millions vivent dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie.»

«….depuis leur exode massif provoqué par la création de l’État d’Israël en 1948, l’histoire des Palestiniens s’est déployée dans un espace incluant presque tous les États avoisinants et l’avenir de la question palestinienne semble devoir impliquer de façon inextricable l’ensemble des acteurs régionaux. Pourtant, l’importance sociale, politique et stratégique des populations palestiniennes du Moyen-Orient n’implique pas en soi que les trajectoires des Palestiniens d’Amérique latine soient négligeables.»

«Qu’est-ce qu’être Palestinien au Chili ?…….Les migrants arabes et leurs descendants sont nombreux en Amérique latine mais le Chili a ceci de spécifique que plus de 90% des Arabes installés sur son territoire sont d’origine palestinienne alors que dans d’autres pays du sous-continent on rencontre plus fréquemment Syriens et Libanais.»

«L’immigration palestinienne au Chili a débuté à la fin du 19ème siècle…..Le Mouvement s’est poursuivi jusque dans l’entre-deux guerres : 81% des Palestiniens sont arrivés entre 1900 et 1930…..Au moins 60% d’entre eux ont entre 10 et 30 ans à leur arrivée. Issus de zones de forte concentration chrétienne, la plupart sont de confession grecque orthodoxe»

«Les estimations divergent mais oscillent alors entre 5 000 et 8 000 arrivants sur la période 1900-1948. La seconde vague remonte à la création de l’État d’Israël (1948) et n’a cessé depuis, même si de manière plus sporadique. Les évènements affectant la Cisjordanie continuent de jalonner l’histoire migratoire – la guerre des 6 jours (1967), la Première Intifada (1987) puis la Seconde (2000).»

«Les associations affirment aujourd’hui que le Chili est, en dehors des États arabes, le pays où la communauté palestinienne est la plus importante au monde : entre 350 000 et 400 000 Palestiniens et descendants de Palestiniens y seraient résidents.»

«Le partage d’expérience commune passée est-il suffisant pour faire de la somme des Palestiniens et leurs descendants une «communauté» ?»

«Comment s’auto-désignaient les premiers arrivants : arabes, chrétiens, palestiniens ? L’appellation même de «Palestinien» est, on le sait, lourde de sens : les migrants se sont-ils sentis dès les premiers temps concernés et engagés par ce qui se passait dans la Palestine mandataire, puis par le conflit opposant le nouvel État d’Israël aux Palestiniens et aux autres Arabes ?»

«A cette époque, les Amériques sont perçues comme un nouvel Eldorado autant par les Arabes que par les Européens qui viennent massivement s’y installer. Partis de Haïfa ou Beyrouth puis passés par Gènes et Marseille, les plus chanceux et les mieux dotés arrivent aux États-Unis…..Les autres, souvent refoulés au poste migratoire d’Ellis Island, se contentent de l’Amérique latine, en particulier l’Amérique centrale, le Brésil, le Chili et l’Argentine.»

«Qu’en est-il de l’identité chilienne ? L’idée d’une «nation» chilienne est à la fois une condition et un processus en cours de définition depuis l’indépendance (1810). L’élite alors à la tête de l’État est issue de la «nation colonisatrice» et cherche à fonder l’identité chilienne à partir d’un métissage entre Européens et indigènes censé permettre de «blanchir» la population autochtone.»

«Bien que décrié par les pères fondateurs du nationalisme chilien Se réclamer d’une colonia (colonie) assure une fonction de différenciation sociale en permettant de marquer la distance à «l’indigène». Comment peut-on être dès lors «palestinien-chilien ?»

«L’existence d’une vie communautaire européenne a son effet miroir : c’est d’abord elle qui va légitimer dès le début des années 1930 la création de structures arabo-palestiniennes empêchant l’assimilation totale des descendants.»

«On assiste dans les années 1950 à un deuxième essor institutionnel : en 1955 la société palestinienne de rentes et investissements achète un terrain dans le quartier côté de Las Condes (Santiago) et y installe l’Estadio Palestino. La même année, on construit la polyclinique arabe Solomon-Sumar, du nom d’un grand industriel du textile. L’autre espace communautaire est le quartier Patronato à Santiago-Patronato est le quartier historique de la communauté palestinienne du Chili : c’est là que les premières familles installent les boutiques de textile.»

«Ce changement de statut social sera plus tard le moteur de l’intégration ; en 1970, près de 70% des mariages se font avec des non-palestiniens…..Effectivement, la collectivité connaît une ascension sociale vertigineuse. Dans les années 1940, les palestiniens-chiliens accèdent à de hautes fonctions politiques…..La réussite est telle qu’en 1959, un auteur chilien, Enrique Bunster, publie un roman «Un angel para Chili» où il prédit une forte domination des Arabes au Chili.»

«On trouve alors des chiliens d’ascendance arabe dans l’ensemble du paysage politique chilien. De fait, en 1950, on ne compte pas moins de 22 Arabes ou descendants d’Arabes élus locaux, qu’ils soient maires ou conseillers municipaux…..Etre Palestinien devient désirable et c’est bien le statut social qui permettra de compenser l’acculturation en cours.»

«Jusqu’au début des années 1970 les structures communautaires, de leur côté, sont très peu politisées et ne s’investissent nullement en tant qu’institutions…..Vis-à-vis du pays d’origine, les palestiniens-chiliens éprouvent tout au plus une sympathie entretenue par les pratiques communautaires, mais celle-ci ne saurait se transformer en une action militante.»

«Les principaux protagonistes de la «cause arabe» - premier avatar de ce qui sera plus tard la «cause palestinienne» - sont, d’une part, la presse communautaire et, d’autre part, les élites.»

«On doit en effet constater dès les années 1940 que ceux qui accèdent au statut d’élites, en particulier dans le champs politique, activent une loyauté que l’on pourrait qualifier de latente parmi le reste du groupe…..L’observation vaut spécialement pour les personnalités qui ont accédé à des responsabilités politiques de portée internationale.»

«L’expérience des palestiniens-chiliens ayant occupé des fonctions gouvernementales et/ou diplomatiques, dès l’après-guerre et jusqu’au début des années 1960, est à ce titre très frappante….Sur les 51 États membres signataires de la Charte de San Francisco de 1945, 20 sont en effet des pays latino-américains, soir une proportion (40%) tout à fait considérable. En 1956, le sous-continent représente encore un quart de l’Assemblée. Avant que la grande vague de décolonisation n’inaugure la phase de prolifération étatique, la voix des pays d’Amérique latine est par conséquent très prisée.»

«Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale adopte la Résolution 181 par 33 voix pour, 13 voix contre et 10 abstentions ; le décompte pour l’Amérique latine fait état de 13 votes favorables, une opposition (Cuba) et 6 abstentions (Argentine, Chili, Colombie, Salvador, Honduras et Mexique). Edward Glick s’est intéressé aux conditions du vote sud-américain et a fourni d’intéressants résultats : selon lui, la position de ces États ne saurait être imputé à la campagne menée par les agences sionistes appuyées par l’administration américaine dans la région pour gagner des soutiens……Dans le cas des votes défavorables à la création d’Israël, l’auteur se réfère en particulier aux liens directs ou indirects des diplomates avec la communauté arabe…..La loyauté des élites palestiniennes du Chili a donc très rapidement été mise à l’épreuve, et ce à un moment crucial pour le destin des Palestiniens. La position chilienne en 1947 est historique et fait figure de référence pour la collectivité.»

«L’investissement des palestiniens-chiliens dans la politique étrangère émeut jusqu’à la France, alors concernée par les velléités indépendantistes des pays du Maghreb et préoccupée par l’accession au pouvoir de Nasser en Egypte (1953).»

«La thèse dominante affirme qu’une identité palestinienne autonome ne se serait construite et affirmée qu’après 1948 et surtout depuis les années 60 avec la création du mouvement de libération nationale. Avant 1948, aurait primée une «identité-terroir».

«Comment se définissaient les gens de la génération arrivée au début du siècle ? S’identifiaient-ils à une appartenance nationale (palestinienne), religieuse (chrétienne), locale (région de Bethléem) ou encore ethnique ‘arabe) ?»

«La relation observée au Chili entre «palestinité» et «arabité» est plus complexe. A première vue, les collectivités s’organisent aussi bien au sein d’entités «arabes» que «palestiniennes»…….De fait, il est assez surprenant de constater que les Syriens ont souvent été à l’origine de création d’entités panarabes….Il reste que les entités panarabes n’empêchent pas la coexistence, dès les années 30, de deux clubs séparés, le Club Palestino et le Club Sirio. Force est de constater que la communautarisation des Palestiniens a été très tôt jalouse de son indépendance.»
«A l’hypothèse selon laquelle les migrants arrivés au Chili s’identifieraient à la Palestine dès leur arrivée, il faudrait peut-être ajouter que certains canaux de diffusion semblent avoir permis aux collectivités palestiniennes d’Amérique latine d’être au fait de l’éveil politique nationaliste des années 1920-1930.»
«De plus, les contacts sont à cette époque encore étroits avec les familles d’origine et certains leaders du mouvement nationaliste tentent de sensibiliser à le lutte nationale ceux qui ont émigré.»

«Le trait et tout aussi singulier si on compare la situation des Palestiniens du Chili à celle des Palestiniens des États-Unis : il est surprenant de constater que jusqu’à présent le concept qui prédomine là-bas et celui de Arab-Americain. La dénomination de Palestinian-American est très rare et en tout cas postérieure à 1967. L’un des facteurs décisifs est sans doute la bien plus grande diversité de la population arabe des États-Unis : Yéménites, Irakiens, Palestiniens, Libanais, Syriens et d’autres encore composant ensemble la collectivité…..Il faut également noter sue l’éveil politique des communautés arabo-palestiniennes des États-Unis semble exclusivement consécutif à 1967…..»

GUILLERMO TEILLIER INTERVIEWÉ PAR LE QUOTIDIEN «LA NACIÓN»

GUILLERMO TEILLIER 

LE PRESIDENT DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN PARLE DE LA CONVOCATION AU 23ème CONGRES ET DE LA SITUATION POLITIQUE

Teillier : « Il faut être prédisposé à utiliser toutes les formes de lutte adaptées au temps et au lieu »

Dans le volumineux document d’appel à la réunion la plus importante, le PC fait une révision de ses dernières décennies ; en particulier, il valorise et revendique ce qu’a été le FPMR (Front Patriotique Manuel Rodriguez) et propose que tout parti doit avoir une politique militaire et d’autodéfense.

RODRIGO DURÁN La Nación


Le Parti communiste est réuni en congrès. La direction a convoqué à la 23ème rencontre de ce type. Dans le document de base, le PC propose d’être à la tête de la mobilisation sociale, critique le « néolibéralisme » de la Concertation et revendique la perspective de la voie armée que l’organisation, à travers le FPMR, a développée pendant la dictature et insiste sur une politique militaire pour aujourd’hui. Le président du PC, Guillermo Teillier, revisite ici la position communiste et le sens de l’appel aux diverses formes de lutte.

- Dans la convocation au congrès du PC, l’un des paragraphes signale que les Forces Armées (FFAA) « ne sont pas imperméables aux idées de changement social », qu’il faut être disposés à « utiliser toutes les formes de lutte » et qu’on n’exclut pas de posséder des forces « d’autodéfense ».
Pourriez-vous expliquer ces idées ?

- Dans le développement de la lutte politique la force, qui n’est pas la même chose que la violence, joue un rôle fondamental. Pour cela, tout parti doit avoir une politique militaire. Je ne dis pas que nous allons dévoiler des secrets de la Défense, que nous allons altérer le problème du commandement ou désarticuler les FFAA. Mais il y a des problèmes de doctrine, de comment nous [le Chili NDT] avons une politique internationale et comment nos FFAA y correspondent. Est-ce que subsiste la Doctrine de Sécurité Nationale ? Lorsque j’ai voulu savoir quelle était la doctrine de l’armée aujourd’hui, le général Juan Emilio Cheyre m’a dit qu’elle était en construction. Si elle est changée par la doctrine de la guerre contre le terrorisme imposée par les Etats-Unis (EU), je veux le savoir. Cheyre a dit qu’il pensait qu’il devait y avoir une doctrine d’intégration latino-américaine. Et comment devons-nous comprendre ça ? Ce sont des choses dont nous devons discuter.

- Et la démocratisation ?

- Quelques uns ont interprété, lorsque nous disons qu’il faut démocratiser les FFAA, qu’il faut élire les officiers. Nous ne proposons pas cela, mais que les écoles militaires aient leurs portes ouvertes à tout le monde, indépendamment de la couleur politique ou du niveau social.

- Mais “l’autodéfense” a un rapport avec « appareil militaire » …

- Mais il ne s’agit pas de cela. Ce que nous disons c’est qu’il faut avoir une prédisposition à employer toutes les formes de lutte adaptées au temps et au lieu . Le PC a appliqué la politique de rébellion populaire pendant la dictature et l’a abandonnée lorsque celle-ci a pris fin. Mais nous savons que de nombreuses fois la violence est provoquée de l’extérieur et alors, il faut défendre le fait que les masses s’expriment. Nous n’avons pas l’envergure pour avoir un appareil militaire, et ceci ne signifie pas non plus que nous allons nous bagarrer à coups de poing ou de bâton dans la rue, mais, par exemple, avoir des avocats et prévoir des provocations avec une vigilance accrue.

- Je vais lire textuellement : « Ces formes de lutte et d’autodéfense doivent générer les meilleures conditions pour que les mouvements et les protestations de rue s’expriment massivement »

- C’est exactement cela. La déstabilisation, nous, nous la faisions avec la dictature, pas à cette étape. Etre préparé pour toutes les formes de lutte est quelque chose d’idéologique, y être disposé. Nous ne pouvons pas façonner une armée ! Ceci est absurde. Mais nous devons savoir, dans nos têtes, que si demain les contradictions se font plus aigues et si les choses tournent au vinaigre, nous devons être préparés pour ce moment. La préparation est plus mentale, elle ne consisterait pas à effectuer des exercices de tir ou quelque chose de similaire.

Le PC signale qu’en ce moment particulier de demandes sociales il veut « s’approprier » les mobilisations. Est-ce qu’il a la force pour cela ?

- Nous sommes assez proches des travailleurs, mais autre chose est l’état actuel du mouvement social et syndical. Cependant, avec les étudiants du secondaire a surgi une force qui peut ouvrir un chemin pour d’autres secteurs sociaux. La conscience du fait que « j’ai été dans la merde, je me suis sacrifié, j’ai eu des craintes et c’est le moment où ils doivent arranger ma situation » est vive. Et ceci personne ne peut l’ignorer.

REFORME ELECTORALE

- Le PC est-il satisfait du projet de réforme du système électoral présenté par la Commission Boeninger ?

- Au début nous avons été invités en tête à tête et à exposer nos positions. Néanmoins, par la suite –sans une explication claire-, ceci s’est converti en une commission technique du gouvernement. Je ne veux pas dire qu’on ne nous ait pas considéré, mais en fin de compte nous sommes sortis assez perdants. Dans un système proportionnel nous pourrions avoir neuf parlementaires, mais avec leur proposition, on nous en donne deux [le type de modification retenue par les parlementaires serait la solution d) voir article sur modes de scrutin NDT]. Par ailleurs, la droite dit « non, cette proposition est mauvaise pour les pauvres communistes ». Nous avons réitéré la question sur leurs propositions pour remédier à cette injustice mais il n’y a pas de proposition de la droite.

- Vous êtes d’accord pour dire que ce débat s’est un peu refroidi ?
- Il s’est refroidi par manque d’initiative de l’Exécutif et en ceci les partis de la Concertation sont d’accord. Mais, par ailleurs, on a avancé pour former une convergence large, qui va de la DC jusqu’à nous, plus la CUT et la Conférence Episcopale, qui est d’accord pour modifier le système électoral.

- Mais malgré tout la droite possède la clé …

- C’est vrai. Il y a des signes, car des parlementaires Rénovation nationale (RN), dans des conversations privées, nous ont affirmé être disposés à chercher des formules de modification. J’espère que ceci aboutisse. Si la droite ferme la porte, nous espérons que la Présidente appellera à un référendum ou un plébiscite, pour que le peuple se prononce, bien que ça n’ait qu’une valeur consultative. Ceci est insupportable. Il n’est pas possible qu’il n’y ait pas un représentant des travailleurs au Parlement.

JUNTOS PODEMOS

- Dans quelle situation se trouve le pacte de la gauche après la crise provoquée par le deuxième tour de l’élection présidentielle ?
- Lentement nous sortons de la crise, nous mûrissons. Actuellement, commencent à nouveau à se faire entendre les opinions publiques comme Juntos Podemos, chose que nous avions laissée car nous étions - et nous sommes encore - dans une discussion sur comment nous positionner mieux dans ce moment politique. Il y a encore des différences, des nuances, que nous allons régler en nous engageant dans la lutte sociale et en émettant des opinions sur la politique nationale.

- Il y a alors un futur pour Juntos Podemos ?


- Oui, car la majorité des 50 et quelques organisations est toujours pleinement en vigueur. Nous voyons Juntos Podemos comme un moteur de la lutte sociale, mais nous croyons qu’en plus il devrait se transformer en un noyau d’une alliance large, en vue de créer les conditions pour un gouvernement d’un autre type, une conception différente de celle que se disputent la Concertation et la droite.

- Vous voyez cette possibilité d’installer un référent transversal avec des forces de la concertation, comme le PS ou les indépendants?

- Nous aimerions bien. Allende, de quel parti venait-il ? Du PS où il côtoyait Ibañez, et il est venu de là-bas pour former l’Unité Populaire. Nous croyons que nous pouvons créer quelque chose de nouveau, soutenu par les organisations sociales, dans l’unité du peuple et avec les indépendants qui sont inféodés à la Concertation et à ses conceptions néo-libérales, car je ne vois pas la Concertation disposée à faire volte-face et quitter le schéma néolibéral si orthodoxe.

MEFIANCE VIS A VIS DU REMANIEMENT MINISTERIEL

Que pensez-vous du remaniement ministériel ?
- J’ai plusieurs opinions. L’une est qu’à l’intérieur de la Concertation il y a beaucoup de contradictions sur comment mener le gouvernement. Ces contradictions existent car le dynamisme pour développer la politique promise a disparu. Aussi a-t-il mal envisagé la situation sociale, surtout les mobilisations des étudiants, car il affronte une nouvelle conscience de la société chilienne, qui n’accepte plus d’être représentée par les mêmes qui ont fait des promesses qui ne se traduisent pas par une résolution rapide des problèmes de fond. Bachelet a réveillé de grandes attentes qui sont en train de s’effondrer car les gens voient leurs problèmes persister, bien qu’aujourd’hui existent plus de moyens économiques pour les résoudre.

Qu’est-ce que vous pensez de Belisario Velasco en tant que nouvel homme fort à La Moneda ?

- Il a eu la charge de l’installation de « La Oficina » [service de renseignement des gouvernements de la Concertation NDT], ce qui le poursuit comme une ombre … La déclaration qu’il a faite sur le fait d’avoir des informateurs ou de l’information, ne fut pas très claire pour moi, car pour s’informer on doit ausculter directement les acteurs sociaux qui veulent participer à la prise de décisions qui concernent leur futur. Mais je crois que Velasco ne va pas changer la politique du gouvernement, je ne crois pas qu’il soit capable de rompre avec cette sorte d’inertie qui s’est produite dans la relation du gouvernement avec la base sociale. Si l’Exécutif, en même temps qu’il change les membres des ministères, ne produit pas un changement d’orientation de sa politique, il peut continuer à changer de ministres et la situation ne va pas évoluer.

LES PARAGRAPHES POLEMIQUES DE LA CONVOCATION AU CONGRES

« Les communistes, à cause de la tragique expérience vécue par le peuple chilien, nous avons appris que nous devons être disposés à utiliser toutes les formes de luttes, mais il doit aussi être très clair qu’il y a un moment pour chacune d’entre elles. Les provocations et les actions violentes sans sens ni raison politique, sans rapport avec le mouvement réel des masses, freinent et empêchent la « massivité » des luttes qui est aujourd’hui essentielle. Ceci n’écarte pas l’autodéfense, si on persiste à soumettre le peuple à l’agression ou aux provocations, et aux attaques des groupes fascistes néonazis qui ont surgi dans ces derniers temps. Ces formes de lutte et d’autodéfense doivent générer les meilleures conditions pour que les mouvements et les protestations de rue s’expriment de manière massive».

« En avril de cette année ont été célébrés les 30 ans du Début de « La Tarea » (la Tache) [il s’agit de la tache militaire, ou développement de la politique militaire du PC NDT] et, en août et septembre cela fera 20 ans qu’ont eu lieu l’importation illégale d’armes par Carrizal [port de pêche au nord du Chili] et l’attaque de la caravane armée du tyran. A ce propos nous nous sommes réunis avec plus d’une centaine d’ex officiers solidaires de notre cause formés à Cuba et dans d’autres pays, officiers internationalistes comme l’ont été à leur époque San Martin, O’Higgins, Bolivar, Manuel Rodriguez et d’autres héros de notre indépendance ( …) Le Parti Communiste reconnaît le rôle de chacun d’entre eux en un nom : Raul Pellegrin, premier chef du Front Patriotique Manuel Rodriguez, formé d’une grande majorité de militants du Parti communiste. Le rodriguisme a été un enrichissement de la politique du Parti communiste, qui se prolonge aujourd’hui et reste en chacun de nous ».

« Ces commémorations vont contribuer à la reconnaissance, de manière plus complète, du rôle joué par le Parti dans l’incorporation des formes d’autodéfense des masses et de lutte armée, à la richesse historique du mouvement populaire chilien et, de plus, vont mettre en relief la nécessité de développer avec plus de décision la politique militaire du Parti dans cette période. Car, en même temps que s’accompliront les objectifs politiques établis, la confrontation politique ira en s’intensifiant et se dégagera la forme de développement de la lutte révolutionnaire. Nous devons être préparés politiquement et idéologiquement pour entreprendre des formes de lutte diverses si les circonstances l’exigent ainsi.»


Traduction de l'espagnol: J.C. Cartagena et N. Briatte

12 juillet, 2005

LA MÉMOIRE SALIE D'ALLENDE


 ELISABETH ROUDINESCO 
On se souvient qu'en 1987 Victor Farias, universitaire chilien, professeur à l'Université libre de Berlin, et ancien élève de Martin Heidegger avait semé le trouble dans la communauté intellectuelle française en publiant un livre dans lequel il prétendait interpréter l'ensemble de l'oeuvre du philosophe allemand à la lumière du soutien que celui-ci avait apporté au régime nazi entre 1933 à 1945. L'ouvrage relevait d'une méthodologie pour le moins discutable puisqu'elle consistait à valider des convictions intimes sans jamais les soumettre à l'épreuve du doute et tout en ayant l'air de les déduire d'un savant travail archivistique. Comme Heidegger avait bel et bien été nazi, et que, depuis 1945, de multiples travaux n'avaient pas cessé d'en apporter de nouvelles preuves, Farias bénéficia en France d'une forte sympathie.
PAMPHLET DIFFAMATOIRE
 DE VÍCTOR FARÍAS
Emporté par sa passion vengeresse, Farias s'est mis en tête, dans son dernier ouvrage, de désacraliser l'histoire de son pays, en prétendant apporter la preuve que Salvador Allende, mort le 11 septembre 1973, après avoir livré combat contre la junte militaire dirigée par Augusto Pinochet, ne serait en réalité qu'un adepte de la solution finale, antisémite, homophobe et pourfendeur de races inférieures : en bref, un nazi déguisé en socialiste (1).

LE SCRIBOUILLARD
VICTOR FARIAS
Pour comprendre comment Farias a pu en arriver à une telle dérive, il faut revenir à l'année 1933. A cette date, en mai, le jeune Allende, âgé de 25 ans, présenta devant ses maîtres de l'université de Santiago, une thèse pour l'obtention du titre de médecin. Déjà engagé dans la gauche socialiste, il avait pris pour thème de son mémoire la question de l'hygiène mentale et de la criminalité (2).

Comme la quasi-totalité des médecins hygiénistes de sa génération, formés à la théorie dite de «l'hérédité-dégénérescence», laquelle avait été importée sur le continent latino-américain dès le début du siècle, le jeune Allende croyait que chaque individu déviant avait des «tares», liées aussi bien à une appartenance dite «raciale» qu'à des traits de caractère ou à des maladies dites «héréditaires» (alcoolisme, tuberculose, maladies vénériennes). Pour traiter l'ensemble de ces pathologies, dont on pensait qu'elles débouchaient sur le crime ou la délinquance, il préconisait la création d'un hygiénisme d'Etat. Et pour les homosexuels, il proposait ­ en citant des cas de l'école allemande ­ un traitement endocrinologique.

ELISABETH ROUDINESCO
PHOTO LÉA CRESPI
En Allemagne, ce furent des médecins des Lumières, ­ Rudolf Virchow (1821-1902) par exemple ­ qui inventèrent la biocratie, c'est-à-dire l'art de gouverner les peuples par les sciences de la vie. Conservateurs ou progressistes, ces hommes de science, intègres et vertueux, avaient pris conscience des méfaits que l'industrialisation faisait peser sur l'âme et le physique d'un prolétariat de plus en plus exploité dans des usines malsaines. Hostiles à la religion, dont ils pensaient qu'elle égarait les hommes par de faux préceptes moraux, ils voulaient combattre toutes les formes dites de «dégénérescence» liées à l'avènement du capitalisme.

Aussi avaient-ils imaginé l'utopie d'un «homme nouveau» régénéré par la science. Et ils furent imités par les communistes et les fondateurs du sionisme, Max Nordau, notamment, lequel voyait dans le retour à la Terre promise, la seule manière de libérer les juifs européens de l'abâtardissement où les avaient plongés l'antisémitisme et la haine de soi juive. Favorables à une maîtrise de la procréation et à la liberté des femmes, ces médecins avaient mis en oeuvre un programme eugéniste par lequel ils incitaient la population à se purifier grâce à des mariages médicalement contrôlés. Certains d'entre eux, comme le psychiatre freudien Magnus Hirschfeld (1868-1935), dont les ouvrages seront brûlés par les nazis, adhéra à ce programme, convaincu qu'un homosexuel de type nouveau pouvait être créé par la science.

On connaît la suite. A partir de 1920, dans une Allemagne exsangue et vaincue, les héritiers de cette biocratie poursuivirent ce programme en y ajoutant l'euthanasie et les pratiques systématiques de stérilisation. Hantés par la terreur du déclin de leur «race», ils inventèrent alors la notion de «valeur de vie négative» convaincus que certaines vies ne valaient pas la peine d'être vécues : celle des sujets atteints d'un mal incurable, celle des malades mentaux et enfin celle des races dites inférieures. La figure héroïsée de l'homme nouveau inventée par la science la plus civilisée du monde se retourna alors en son contraire, en un visage immonde, celui de la race des seigneurs revêtue de l'uniforme de la SS.

Dans son mémoire de 156 pages, divisé en six parties, Allende exposait donc, en 1933, de la manière la plus académique, des théories scientistes qui avaient été adoptées à la fin du XIXe siècle ­ sur la lancée du darwinisme ­ par les plus hautes autorités de la science médicale européenne. Mais à aucun moment, il ne se réclamait de l'eugénisme éradicateur qui était en train de devenir en Allemagne la composante majeure de la biocratie nazie. Une seule fois, il employait le terme d'euthanasie pour souligner qu'elle était un équivalent moderne de l'ancienne Roche Tarpéienne d'où l'on précipitait à Rome les condamnés à mort.

Et d'ailleurs, c'est à l'école italienne, et non pas allemande, qu'il empruntait la plupart de ses références, et notamment au célèbre Cesare Lombroso (1836-1909), dont l'enseignement avait marqué tous les spécialistes de l'anthropologie criminelle (ou criminologie). Issu de la bourgeoisie juive de Vérone, ce médecin socialiste avait été l'adepte de la phrénologie avant de mettre au point sa doctrine du «criminel-né» à partir d'une bien curieuse expérience.

En 1870, il avait cru déceler dans la boîte crânienne d'un brigand toute une série d'anomalies et, de là, il en avait déduit que l'homme criminel était un individu marqué par les stigmates d'une animalité sauvage. En conséquence, il en était venu à rattacher chaque race à une typologie criminelle spécifique. Dans un texte de 1899 sur «Le délit, ses causes et ses remèdes», il avait décrit les comportements délictueux des Arabes bédouins, de certains Indiens et des Tsiganes, en des termes qui, aujourd'hui, relèveraient d'un jugement racialiste. Et il avait ajouté que la criminalité «spécifique des juifs était l'usure, la calomnie et la fausseté, alliées à une absence notoire d'assassinats et de délits passionnels».

C'est cette phrase, citée par Allende dans l'avant-dernier chapitre de sa thèse, qui est exploitée aujourd'hui par Farias pour accuser celui-ci, non seulement d'avoir été nazi dès 1933, mais de n'avoir jamais abandonné ensuite son engagement. Sans rien connaître de l'histoire des multiples évolutions de la biocratie postdarwinienne, il se livre donc à une interprétation rétrospective qui ne repose sur aucune étude critique des textes.

Certain d'avoir identifié un véritable nazi, Farias poursuit son investigation en affirmant qu'entre 1938 et 1941, Allende, alors ministre de la Santé du gouvernement Frente popular de Pedro Aguirre Cerda, avait rédigé un projet de loi en faveur de la stérilisation des malades mentaux semblable à celui de l'Allemagne hitlérienne. L'ennui c'est qu'en lisant le texte de ce projet ­ qui ne fut jamais voté ­ on s'aperçoit qu'il ne correspond en rien à une quelconque visée nazie. L'objectif des hitlériens était d'éliminer les malades mentaux et non pas de les empêcher de procréer. La nuance est de taille même si les apparences sont trompeuses.

Toujours soucieux de démontrer l'indémontrable, Farias en vient à affirmer, sans autre preuve que son propre témoignage oral, que sous sa présidence, Allende aurait protégé de l'extradition un authentique nazi, le colonel SS Walter Rauff, condamné par le tribunal de Nuremberg pour avoir exterminé 96 000 personnes. Or, quand on lit la correspondance de 1972 entre Simon Wiesenthal et Allende (3), on s'aperçoit qu'il s'agit, là encore, d'un véritable détournement des textes.

Rappelant que la Cour suprême chilienne avait refusé en 1963 d'extrader Walter Rauff, Wiesenthal s'adressa à Allende, en août 1972, pour lui demander de faire réviser cette décision. Allende intervint alors auprès de la Cour sans obtenir satisfaction. Dans une lettre datée de novembre 1972, Wiesenthal le remercia chaleureusement. (3)

Non content de salir la mémoire d'un homme auquel il voue tant de haine, Farias a fait savoir, dans un entretien daté du 7 juin dernier, qu'il avait demandé aux autorités allemandes de débaptiser tous les lieux qui portent encore le nom d'Allende et d'y apposer celui de la poétesse chilienne Gabriela Mistral (1889-1957), connue pour son engagement chrétien auprès des démunis.

Farias s'acharne donc à vouloir destituer l'une des figures les plus populaires, avec celle de Che Guevara, de l'antifascisme latino-américain. Entre les lignes de son essai, on devine la présence d'une conviction délirante, malheureusement répandue aujourd'hui, et qui vise à faire du socialisme une doctrine totalitaire semblable au nazisme ­ l'une étant toujours la face cachée de l'autre ­ et de l'héroïsme révolutionnaire l'expression d'une violence qu'il faudrait bannir de la cité à coups de normalisation des corps et des esprits.

Mais ce que Farias et ses partisans oublient, c'est que personne ne pourra jamais ôter à un héros la décision de sa propre mort. Or, Allende est mort comme un héros, au sens grec du terme, préférant une vie brève à la longue durée d'une vieillesse soumise. Le 11 septembre 1973, refusant de se rendre à l'ennemi, il fit sortir ses compagnons d'armes du palais de la Moneda puis, à l'aide de son pistolet mitrailleur, il se tira une rafale dans la bouche. Et c'est bien le spectre de cet héroïsme-là qui continue de hanter les consciences méprisables de ceux qui jamais ne connaîtront un tel destin.

(1) L'ouvrage est paru simultanément, en mai 2005, au Chili et en Espagne sous deux titres différents : 1 ­ Salvador Allende. Antisemitismo y eutanasie. 2 ­ Salvador Allende: contro los judios, los homosexuales y otros "degenerados". Cf. également: Heidegger et le nazisme, Verdier, 1987.
(2) Higiene mental et delincuencia. Cette thèse est accessible sur le site de la Fondation Allende.
(3) Cette correspondance est accessible sur le site de la Fondation Allende.

Elisabeth Roudinesco

SUR LE MÊME SUJET :

14 mars, 2005

PAUL SCHAEFER, NAZI, PASTEUR ET CHEF DE SECTE, RÉPONDRA DE SES CRIMES DEVANT LA JUSTICE CHILIENNE

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L'Argentine a expulsé vers Santiago le fondateur de la Colonia Dignidad, accusé notamment de pédophilie et de soutien à la dictature d'Augusto Pinochet
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par Christine Legrand

Temps de Lecture 3 min.

L'ex-caporal nazi Paul Schaefer, condamné par contumace pour pédophilie au Chili et accusé de tortures pendant la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), fondateur de la mystérieuse Colonia Dignidad, est arrivé, dimanche 13 mars, à Santiago, après avoir été expulsé d'Argentine.

En fuite depuis 1996, l'ancien sous-officier du IIIème Reich, âgé de 83 ans, faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Il avait été arrêté le 10 mars dans une maison de Tortuguitas, à une quarantaine de kilomètres au nord de Buenos Aires.

M. Schaefer, qui était accompagné d'une fille adoptive et de deux gardes du corps d'origine allemande, n'a opposé aucune résistance. Dans une chaise roulante, menottes aux poignets et élégamment vêtu, il est apparu à la télévision argentine avec sur les lèvres un sourire énigmatique.

Après avoir fui l'Allemagne, où il était recherché pour pédophilie, Paul Schaefer s'était réfugié au Chili où il avait fondé, en 1961, en compagnie de quelques adeptes, la mystérieuse Colonia Dignidad, à 350 km au sud de Santiago.

SÉVICES SEXUELS

Les activités suspectes de cette "colonie" - mi-secte, mi-camp de travail - ont défrayé la chronique à plusieurs reprises depuis quarante ans. Son fondateur est accusé de sévices sexuels sur des mineurs et soupçonné de fraude fiscale, trafic d'armes, manipulations génétiques et esclavage.

Selon la justice chilienne, Paul Schaefer, qui avait été pasteur luthérien en Allemagne, utilisait "la religion comme moyen de soumission". "Le viol était un instrument pour garantir la loyauté entre dominants et dominés au sein de la colonie." L'ex-nazi est également soupçonné d'être impliqué dans la disparition, en 1985, du professeur de mathématiques américain Boris Weisfeiler, juif d'origine russe.

Des organisations de défense des droits de l'homme et des députés socialistes avaient affirmé, en 1997, que les cadavres de 112 opposants à la dictature militaire, enlevés par la DINA, la redoutable police secrète d'Augusto Pinochet, auraient été enterrés à l'intérieur de la vaste enclave néonazie, qui s'étend sur quelque 15 000 hectares. Paul Schaefer avait appuyé le coup d'Etat militaire de 1973. Et le général Pinochet aimait passer des week-ends dans la Colonia Dignidad. L'épouse du dictateur, Lucia Pinochet, la décrivait comme "un paradis d'ordre et de propreté".

En 1991, après la fin du régime Pinochet, la colonie avait perdu son statut de société de bienfaisance. Rebaptisée Villa Bavaria, elle a continué à fonctionner en autarcie avec quelque 300 habitants cultivant leurs terres et ayant leur propre hôpital, leur école et leur barrage pour produire l'électricité. "C'est un immense empire économique, présent dans plus d'une centaine d'entreprises actives dans la construction, les supermarchés, des mines d'uranium et de titane, des flottes de transport et des biens immobiliers", pointe le sénateur socialiste chilien Jaime Naranjo, qui travaille sur le dossier depuis les années 1960. Baptisé par ses adeptes "l'oncle permanent" et bénéficiant de contacts, Paul Schaefer paraissait invulnérable.

NOUVELLE LOI

La justice chilienne avait procédé à plusieurs reprises à des perquisitions infructueuses dans la colonie. Puis la police y avait découvert un arsenal digne d'un roman d'espionnage, avec des bunkers, des détecteurs de mouvement et des caméras cachés dans les arbres.

Une équipe de télévision allemande, qui avait réussi à franchir les barbelés électrifiés et les miradors, avait été rouée de coups.

En 1999, le juge Juan Guzman, chargé du dossier Pinochet, avait inspecté la propriété. Des anciennes victimes de la DINA avaient reconnu les lieux de leur détention : de lugubres souterrains. Les corps d'éventuelles victimes de la dictature n'avaient pas été retrouvés, mais le juge Guzman n'avait pu examiner qu'une zone réduite du domaine.

Après qu'Interpol eut lancé un mandat d'arrêt international à son encontre, Paul Schaefer avait disparu de la Colonia Dignidad en faisant courir le bruit qu'il était mort. En novembre 2004, 22 responsables de la colonie avaient été condamnés pour 27 cas d'abus sexuels sur des enfants de paysans pauvres des environs.

L'expulsion rapide de Paul Schaefer a été rendue possible par la nouvelle loi argentine sur l'immigration, adoptée en janvier, qui prescrit que tout étranger peut être transféré s'il est accusé par un autre pays de "crimes contre l'humanité".

Et elle intervient à la veille d'une visite officielle du président argentin, Nestor Kirchner, au Chili, destinée à normaliser les relations entre les deux pays.

Christine Legrand

Le Monde



01 janvier, 2005

LA DEMANDE D’EXTRADITION DE GALVARINO APABLAZA : UNE AUTRE BLAGUE «INNOCENTE» DE LA JUSTICE CHILIENNE

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GALVARINO SERGIO APABLAZA GUERRA
Le 28 décembre 2004 [1], en exactement cinq minutes, la Cour Suprême du Chili a ratifié la demande d’extradition du citoyen Galvarino Sergio Apablaza, connu comme « Salvador », détenu en Argentine depuis le 29 novembre dernier. 
L'AVOCAT RIPOUX LUIS HERMOSILLA
Après avoir écouté la plaidoirie de trois minutes de l’avocat de la famille Guzmán, Luis Hermosilla, la Cour a statué immédiatement. On estime que la demande arrivera en Argentine dans 10 jours. La Cour Suprême chilienne confirme, une fois de plus, la persécution de ceux qui ont lutté, pendant que des tortionnaires et responsables de génocides sont impunis.

NOTE :

[1] Le 28 décembre est la fête des Innocents (Cette fête peut s'assimiler à celle du «Poisson d'avril» en France. )

24 novembre, 2004

CHILI.CONTROVERSE AUTOUR DE LA SOUPE AU CONGRE

LA TRADITIONNELLE SOUPE AU CONGRE
Le Chili n’est guère connu dans le reste du monde pour sa cuisine. Des mets comme le charquicán [ragoût de viande séchée aux pommes de terre et aux légumes], la cazuela de vacuno [sorte de pot-au-feu] ou les typiques porotos con riendas [haricots secs aux vermicelles] sont loin de compter parmi les plats plébiscités à l’étranger. Du reste, ils ne sont même pas considérés comme représentatifs de la cuisine chilienne, en raison de leur similitude avec des spécialités d’autres pays.
La nouvelle cuisine chilienne - comme on a baptisé le mouvement gastronomique apparu dans notre pays ces dernières années - vient toutefois de marquer un point. La revue culinaire américaine Food & Wine a fait figurer trois plats chiliens dans son classement des 50 meilleures recettes de 1999 : le caldillo de congrio [soupe au congre], le bar au gingembre et tomates au grill et la meringue à la mousse de vin rouge. Parmi ces trois préparations, seule la très populaire soupe au congre semble représentative de la cuisine locale. De nombreux restaurants la proposent d’ailleurs à leur carte, ce qui n’est pas le cas des deux autres plats, plus sélects et aux influences étrangères très claires.

La distinction octroyée par Food & Wine a suscité diverses réactions parmi les grands chefs - nationaux et internationaux - qui travaillent dans notre pays. Elle a aussi relancé l’éternel débat sur l’existence d’une véritable tradition culinaire chilienne. Cristina Baquedano, propriétaire-gérante du restaurant de poisson Aquí Está Coco, n’accorde pas la moindre importance au jugement de la revue américaine, considérant qu’aucun des plats mentionnés ne fait partie de la tradition de son pays, pas même la soupe au congre, dont le principe est connu de tous les marins du monde. A son avis, il n’existe qu’une seule véritable spécialité chilienne, le charquicán. Pour Javier Pascual, expert en gastronomie, le choix de Food & Wine est discutable. A ses yeux, seul le caldillo de congrio est propre au Chili. Ce plat traditionnel des marins a d’ailleurs inspiré à Pablo Neruda un poème-recette intitulé Ode à la soupe au congre [Odes élémentaires, Gallimard, 1974]. Recommandée pour faire passer la gueule de bois, cette soupe consiste en un court-bouillon agrémenté de pommes de terre, de carottes ou de tout autre légume.
Eukene Garagorri

11 septembre, 2003

LE REGARD CRITIQUE DE LUIS CORVALAN

LUIS CORVALAN 


Luis Corvalán, secrétaire du Parti communiste chilien au moment du coup d'État (1), vient de publier le Gouvernement de Salvador Allende. Lors de la présentation du livre dans le cadre du 30ème anniversaire, l'ancien dirigeant communiste, âgé de quatre-vint-sept ans est revenu sur les conditions politiques de l'époque.

01 octobre, 2001

LES CRIMES DE GUERRE DE M. HENRY KISSINGER

 

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HENRY KISSINGER EN 1980.
PHOTO ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
Du Vietnam au Chili / Les crimes de guerre de M. Henry Kissinger / Dans son dernier ouvrage, destiné à servir de bréviaire aux diplomates du XXIème siècle, M. Henry Kissinger se départit de son ton docte et froid aussitôt qu’il évoque l’intrusion récente du principe de la « juridiction universelle » dans les relations internationales (1). L’ancien secrétaire d’État américain ne décolère pas lorsqu’il parle de l’arrestation à Londres, en 1998, de son protégé, le général chilien Augusto Pinochet, sur ordre d’un juge d’Espagne. Il affirme que le discours sur les droits de la personne (dont il revendique par ailleurs la paternité) devait « servir avant tout d’arme diplomatique fournie aux citoyens des pays communistes pour leur permettre de combattre le régime soviétique, et non d’arme légale pouvant être utilisée contre des dirigeants politiques devant des tribunaux de pays tiers ». Un paragraphe plus loin, il affirme cependant qu’il est aujourd’hui impératif d’interdire que « les principes du droit soient utilisés à des fins politiques ».

par Ibrahim Warde

COUVERTURE DU LIVRE
«Does America Need a
Foreign Policy ? Toward
a Diplomacy for
the 21st Century»

Si l’analyse est embrouillée, sinon contradictoire, c’est sans doute en raison du trouble que ressent M. Kissinger depuis l’affaire Pinochet. En effet, de passage à Paris le 28 mai 2001, l’ancien secrétaire d’Etat reçut la visite de la brigade criminelle, qui venait lui remettre une convocation du juge Roger Le Loire. Invité à comparaître au palais de justice comme témoin dans l’affaire de la disparition de cinq Français au Chili, M. Kissinger, impliqué directement ou indirectement dans la création du plan « Condor » — réseau de chasse aux opposants dans six dictatures militaires d’Amérique latine (Chili, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine, alors gouvernés par des dictatures militaires) -, réserva sa réponse. Le lendemain, il quitta précipitamment la France.

COUVERTURE DU LIVRE
«LES CRIMES DE GUERRE
DE M. HENRY KISSINGER»
Le journaliste britannique Christopher Hitchens a effectué l’inventaire des agissements du « magicien de la diplomatie » qui pourraient, à l’aune de la nouvelle jurisprudence internationale, constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou d’autres délits justiciables (2). Ses révélations, fondées pour l’essentiel sur des documents officiels américains récemment « déclassifiés », contredisent les versions présentées par l’intéressé dans trois volumes de Mémoires aussi massifs que tendancieux.

La carrière politique de l’homme qui obtint le prix Nobel de la paix en 1973 fut en effet marquée par le culte de la violence et du secret. La responsabilité directe de M. Kissinger ne fait plus aucun doute dans la prolongation (injustifiée d’un point de vue stratégique) de la guerre du Vietnam et son extension au Cambodge et au Laos, ni dans les campagnes d’assassinats et de subversion de la démocratie au Chili, à Chypre, en Grèce et au Bangladesh, non plus qu’en ce qui concerne sa complicité dans le génocide du Timor-Oriental.

L’ancien secrétaire d’État connaîtra-t-il pour autant le sort des Pinochet et autres Milosevic ? Sans doute pas. Mais le diplomate le plus célèbre du monde est un homme inquiet, sinon traqué. Lorsqu’il parcourt la planète pour pontifier au tarif de 200 000 francs de l’heure, il évite désormais tout pays dont le système de justice pourrait l’importuner. Et tandis qu’il jouissait jusqu’à présent d’une révérence médiatique sans faille, il doit maintenant exiger de ses intervieweurs l’engagement écrit qu’ils ne poseront aucune question touchant de près ou de loin au livre de Christopher Hitchens ou aux sujets que ce dernier aborde.

Ibrahim Warde Professeur associé à la Fletcher School of Law and Diplomacy (Medford, Massachusetts). Auteur de Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme, Agone - Le Monde diplomatique, Marseille-Paris, 2007.
LES CRIMES DE GUERRE
DE M. HENRY KISSINGER
FLYER INFO LIBERTAIRE

 Notes :

(1) Henry Kissinger, Does America Need a Foreign Policy ? Toward a Diplomacy for the 21st Century, Simon & Schuster, New York, 2001, 352 pages, 30 dollars US.

(2) Christopher Hitchens, Les Crimes de monsieur Kissinger, Editions Saint-Simon, Paris, 2001, 206 pages, 99 F.

21 septembre, 2000

LA CIA RÉVÈLE SES BARBOUZERIES AU CHILI

CAPTURE D'ÉCRAN

Les États-Unis admettent avoir soutenu «activement» la junte de Pinochet.

par Pascal RICHE Washington de notre correspondant

Sobrement titré: «Les activités de la CIA au Chili», le rapport n'est pas très épais: 22 pages très denses. C'est à reculons que la CIA l'a remis cette semaine au Congrès américain, à la demande que ce dernier lui avait faite en 1999 (1). Pour la première fois depuis le coup d'État d'Augusto Pinochet, en septembre 1973, l'agence de contre-espionnage a accepté de revenir, en détail, sur le soutien qu'elle a apporté à la dictature chilienne.

Rémunérer un tueur. Le rapport déclare tout de go que «la CIA a activement soutenu la junte militaire après le renversement d'Allende», mais il va plus loin, puisqu'il reconnaît que l'agence américaine avait pour contacts, même pour agents, certains des «nombreux officiers de Pinochet impliqués dans des violations des droits de l'homme systématiques». Parmi ces officiers, la CIA explique qu'elle a eu pour contact Manuel Contreras, le chef de la Dina (Dirección nacional de inteligencia), police politique de sinistre mémoire. Elle l'a même rémunéré ­ par «erreur»­ en 1975. Or c'est Manuel Contreras qui a fomenté l'assassinat, à Washington en 1976, de l'ex-ambassadeur d'Allende, Orlando Letelier, et de sa secrétaire américaine, Ronni Moffitt. La CIA savait-elle que Contreras avait des activités terroristes aux États-Unis? «Elle savait en tout cas qu'elle avait pour agent quelqu'un qui menait des activités terroristes dans d'autres pays, qui faisait froidement tuer des gens», constate Peter Kornbluh, un chercheur qui dirige à Washington le National Security Archives, institut indépendant qui diffuse les documents déclassifiés (1): «Quelques mois avant de l'embaucher, la CIA disait elle-même qu'à l'intérieur de la junte Contreras était, je cite, "le principal obstacle à une politique des droits de l'homme raisonnable"!» Les contacts entre la CIA et Contreras se sont poursuivis après l'explosion de la voiture de Letelier. Et ce bien que «son éventuel rôle dans l'assassinat de Letelier soit devenu un problème», souligne le rapport. Contreras, qui purge une peine de sept ans au Chili, a démenti ses déclarations. La CIA reconnaît aussi qu'elle a suivi de près les préparatifs de l'«opération Condor», organisée par plusieurs dictatures latino-américaines, et qui consistait à traquer les opposants aux dictatures pour les tuer.

L'agence nie avoir participé directement au coup d'État de Pinochet: «Nous n'avons trouvé aucune information» sur une telle participation, dit le rapport, qui défend au passage la thèse selon laquelle Salvador Allende se serait suicidé, alors qu'il s'était vu offrir la possibilité de fuir. Evoquant les «scrupules internes» à l'agence, les auteurs anonymes du rapport écrivent qu'avant septembre 1973 «les officiers de la CIA étaient préoccupés par le flou de la frontière entre la surveillance des complots (collecter des informations sur ces activités, tout en se gardant de les diriger ou de les influencer) et le soutien, fût-il implicite, à un coup d'État». La CIA a en tout cas tout fait pour que Pinochet sache que son coup d'État serait «toléré».

L'agence, en revanche, ne nie pas avoir financé et armé trois différents groupes, trois ans plus tôt, pour empêcher Salvador Allende de prendre le pouvoir. C'était l'opération «Track II», demandée par Nixon, qui jugeait l'arrivée de la gauche «inacceptable pour les États-Unis». Quatre agents américains devaient aider les putschistes. L'idée était de kidnapper le chef des armées, Rene Schneider. De le supprimer peut-être, même si l'agence jure qu'elle n'a «aucune information» permettant de le penser.

«Humanitaire». L'un des groupes, conduits par un général à la retraite, Roberto Viaux, entouré de jeunes officiers, a fini par tuer Schneider en octobre 1970, mais le putsch a échoué. La CIA lui avait déconseillé d'agir, jugeant prématurée la date choisie. Elle n'en a pas moins continué à financer ce groupe. Le rapport explique que l'argent versé avait pour but de «maintenir secret le premier contact», de «s'assurer de la bonne volonté du groupe» et, ajoutent bizarrement les auteurs, qu'il répondait «à des considérations humanitaires»... .

Notes :

(1) L'«amendement Hinchey», voté à l'initiative de Maurice Hinchey, exigeait la publication d'un rapport sur les relations de la CIA avec le régime de Pinochet.

(2) La National Security Archives a mis mardi soir le rapport en ligne: 

https://nsarchive.gwu.edu/project/chile-documentation-project