12 juillet, 2005

LA MÉMOIRE SALIE D'ALLENDE


 ELISABETH ROUDINESCO 
On se souvient qu'en 1987 Victor Farias, universitaire chilien, professeur à l'Université libre de Berlin, et ancien élève de Martin Heidegger avait semé le trouble dans la communauté intellectuelle française en publiant un livre dans lequel il prétendait interpréter l'ensemble de l'oeuvre du philosophe allemand à la lumière du soutien que celui-ci avait apporté au régime nazi entre 1933 à 1945. L'ouvrage relevait d'une méthodologie pour le moins discutable puisqu'elle consistait à valider des convictions intimes sans jamais les soumettre à l'épreuve du doute et tout en ayant l'air de les déduire d'un savant travail archivistique. Comme Heidegger avait bel et bien été nazi, et que, depuis 1945, de multiples travaux n'avaient pas cessé d'en apporter de nouvelles preuves, Farias bénéficia en France d'une forte sympathie.
PAMPHLET DIFFAMATOIRE
 DE VÍCTOR FARÍAS
Emporté par sa passion vengeresse, Farias s'est mis en tête, dans son dernier ouvrage, de désacraliser l'histoire de son pays, en prétendant apporter la preuve que Salvador Allende, mort le 11 septembre 1973, après avoir livré combat contre la junte militaire dirigée par Augusto Pinochet, ne serait en réalité qu'un adepte de la solution finale, antisémite, homophobe et pourfendeur de races inférieures : en bref, un nazi déguisé en socialiste (1).

LE SCRIBOUILLARD
VICTOR FARIAS
Pour comprendre comment Farias a pu en arriver à une telle dérive, il faut revenir à l'année 1933. A cette date, en mai, le jeune Allende, âgé de 25 ans, présenta devant ses maîtres de l'université de Santiago, une thèse pour l'obtention du titre de médecin. Déjà engagé dans la gauche socialiste, il avait pris pour thème de son mémoire la question de l'hygiène mentale et de la criminalité (2).

Comme la quasi-totalité des médecins hygiénistes de sa génération, formés à la théorie dite de «l'hérédité-dégénérescence», laquelle avait été importée sur le continent latino-américain dès le début du siècle, le jeune Allende croyait que chaque individu déviant avait des «tares», liées aussi bien à une appartenance dite «raciale» qu'à des traits de caractère ou à des maladies dites «héréditaires» (alcoolisme, tuberculose, maladies vénériennes). Pour traiter l'ensemble de ces pathologies, dont on pensait qu'elles débouchaient sur le crime ou la délinquance, il préconisait la création d'un hygiénisme d'Etat. Et pour les homosexuels, il proposait ­ en citant des cas de l'école allemande ­ un traitement endocrinologique.

ELISABETH ROUDINESCO
PHOTO LÉA CRESPI
En Allemagne, ce furent des médecins des Lumières, ­ Rudolf Virchow (1821-1902) par exemple ­ qui inventèrent la biocratie, c'est-à-dire l'art de gouverner les peuples par les sciences de la vie. Conservateurs ou progressistes, ces hommes de science, intègres et vertueux, avaient pris conscience des méfaits que l'industrialisation faisait peser sur l'âme et le physique d'un prolétariat de plus en plus exploité dans des usines malsaines. Hostiles à la religion, dont ils pensaient qu'elle égarait les hommes par de faux préceptes moraux, ils voulaient combattre toutes les formes dites de «dégénérescence» liées à l'avènement du capitalisme.

Aussi avaient-ils imaginé l'utopie d'un «homme nouveau» régénéré par la science. Et ils furent imités par les communistes et les fondateurs du sionisme, Max Nordau, notamment, lequel voyait dans le retour à la Terre promise, la seule manière de libérer les juifs européens de l'abâtardissement où les avaient plongés l'antisémitisme et la haine de soi juive. Favorables à une maîtrise de la procréation et à la liberté des femmes, ces médecins avaient mis en oeuvre un programme eugéniste par lequel ils incitaient la population à se purifier grâce à des mariages médicalement contrôlés. Certains d'entre eux, comme le psychiatre freudien Magnus Hirschfeld (1868-1935), dont les ouvrages seront brûlés par les nazis, adhéra à ce programme, convaincu qu'un homosexuel de type nouveau pouvait être créé par la science.

On connaît la suite. A partir de 1920, dans une Allemagne exsangue et vaincue, les héritiers de cette biocratie poursuivirent ce programme en y ajoutant l'euthanasie et les pratiques systématiques de stérilisation. Hantés par la terreur du déclin de leur «race», ils inventèrent alors la notion de «valeur de vie négative» convaincus que certaines vies ne valaient pas la peine d'être vécues : celle des sujets atteints d'un mal incurable, celle des malades mentaux et enfin celle des races dites inférieures. La figure héroïsée de l'homme nouveau inventée par la science la plus civilisée du monde se retourna alors en son contraire, en un visage immonde, celui de la race des seigneurs revêtue de l'uniforme de la SS.

Dans son mémoire de 156 pages, divisé en six parties, Allende exposait donc, en 1933, de la manière la plus académique, des théories scientistes qui avaient été adoptées à la fin du XIXe siècle ­ sur la lancée du darwinisme ­ par les plus hautes autorités de la science médicale européenne. Mais à aucun moment, il ne se réclamait de l'eugénisme éradicateur qui était en train de devenir en Allemagne la composante majeure de la biocratie nazie. Une seule fois, il employait le terme d'euthanasie pour souligner qu'elle était un équivalent moderne de l'ancienne Roche Tarpéienne d'où l'on précipitait à Rome les condamnés à mort.

Et d'ailleurs, c'est à l'école italienne, et non pas allemande, qu'il empruntait la plupart de ses références, et notamment au célèbre Cesare Lombroso (1836-1909), dont l'enseignement avait marqué tous les spécialistes de l'anthropologie criminelle (ou criminologie). Issu de la bourgeoisie juive de Vérone, ce médecin socialiste avait été l'adepte de la phrénologie avant de mettre au point sa doctrine du «criminel-né» à partir d'une bien curieuse expérience.

En 1870, il avait cru déceler dans la boîte crânienne d'un brigand toute une série d'anomalies et, de là, il en avait déduit que l'homme criminel était un individu marqué par les stigmates d'une animalité sauvage. En conséquence, il en était venu à rattacher chaque race à une typologie criminelle spécifique. Dans un texte de 1899 sur «Le délit, ses causes et ses remèdes», il avait décrit les comportements délictueux des Arabes bédouins, de certains Indiens et des Tsiganes, en des termes qui, aujourd'hui, relèveraient d'un jugement racialiste. Et il avait ajouté que la criminalité «spécifique des juifs était l'usure, la calomnie et la fausseté, alliées à une absence notoire d'assassinats et de délits passionnels».

C'est cette phrase, citée par Allende dans l'avant-dernier chapitre de sa thèse, qui est exploitée aujourd'hui par Farias pour accuser celui-ci, non seulement d'avoir été nazi dès 1933, mais de n'avoir jamais abandonné ensuite son engagement. Sans rien connaître de l'histoire des multiples évolutions de la biocratie postdarwinienne, il se livre donc à une interprétation rétrospective qui ne repose sur aucune étude critique des textes.

Certain d'avoir identifié un véritable nazi, Farias poursuit son investigation en affirmant qu'entre 1938 et 1941, Allende, alors ministre de la Santé du gouvernement Frente popular de Pedro Aguirre Cerda, avait rédigé un projet de loi en faveur de la stérilisation des malades mentaux semblable à celui de l'Allemagne hitlérienne. L'ennui c'est qu'en lisant le texte de ce projet ­ qui ne fut jamais voté ­ on s'aperçoit qu'il ne correspond en rien à une quelconque visée nazie. L'objectif des hitlériens était d'éliminer les malades mentaux et non pas de les empêcher de procréer. La nuance est de taille même si les apparences sont trompeuses.

Toujours soucieux de démontrer l'indémontrable, Farias en vient à affirmer, sans autre preuve que son propre témoignage oral, que sous sa présidence, Allende aurait protégé de l'extradition un authentique nazi, le colonel SS Walter Rauff, condamné par le tribunal de Nuremberg pour avoir exterminé 96 000 personnes. Or, quand on lit la correspondance de 1972 entre Simon Wiesenthal et Allende (3), on s'aperçoit qu'il s'agit, là encore, d'un véritable détournement des textes.

Rappelant que la Cour suprême chilienne avait refusé en 1963 d'extrader Walter Rauff, Wiesenthal s'adressa à Allende, en août 1972, pour lui demander de faire réviser cette décision. Allende intervint alors auprès de la Cour sans obtenir satisfaction. Dans une lettre datée de novembre 1972, Wiesenthal le remercia chaleureusement. (3)

Non content de salir la mémoire d'un homme auquel il voue tant de haine, Farias a fait savoir, dans un entretien daté du 7 juin dernier, qu'il avait demandé aux autorités allemandes de débaptiser tous les lieux qui portent encore le nom d'Allende et d'y apposer celui de la poétesse chilienne Gabriela Mistral (1889-1957), connue pour son engagement chrétien auprès des démunis.

Farias s'acharne donc à vouloir destituer l'une des figures les plus populaires, avec celle de Che Guevara, de l'antifascisme latino-américain. Entre les lignes de son essai, on devine la présence d'une conviction délirante, malheureusement répandue aujourd'hui, et qui vise à faire du socialisme une doctrine totalitaire semblable au nazisme ­ l'une étant toujours la face cachée de l'autre ­ et de l'héroïsme révolutionnaire l'expression d'une violence qu'il faudrait bannir de la cité à coups de normalisation des corps et des esprits.

Mais ce que Farias et ses partisans oublient, c'est que personne ne pourra jamais ôter à un héros la décision de sa propre mort. Or, Allende est mort comme un héros, au sens grec du terme, préférant une vie brève à la longue durée d'une vieillesse soumise. Le 11 septembre 1973, refusant de se rendre à l'ennemi, il fit sortir ses compagnons d'armes du palais de la Moneda puis, à l'aide de son pistolet mitrailleur, il se tira une rafale dans la bouche. Et c'est bien le spectre de cet héroïsme-là qui continue de hanter les consciences méprisables de ceux qui jamais ne connaîtront un tel destin.

(1) L'ouvrage est paru simultanément, en mai 2005, au Chili et en Espagne sous deux titres différents : 1 ­ Salvador Allende. Antisemitismo y eutanasie. 2 ­ Salvador Allende: contro los judios, los homosexuales y otros "degenerados". Cf. également: Heidegger et le nazisme, Verdier, 1987.
(2) Higiene mental et delincuencia. Cette thèse est accessible sur le site de la Fondation Allende.
(3) Cette correspondance est accessible sur le site de la Fondation Allende.

Elisabeth Roudinesco

SUR LE MÊME SUJET :

14 mars, 2005

PAUL SCHAEFER, NAZI, PASTEUR ET CHEF DE SECTE, RÉPONDRA DE SES CRIMES DEVANT LA JUSTICE CHILIENNE

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L'Argentine a expulsé vers Santiago le fondateur de la Colonia Dignidad, accusé notamment de pédophilie et de soutien à la dictature d'Augusto Pinochet
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par Christine Legrand

Temps de Lecture 3 min.

L'ex-caporal nazi Paul Schaefer, condamné par contumace pour pédophilie au Chili et accusé de tortures pendant la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), fondateur de la mystérieuse Colonia Dignidad, est arrivé, dimanche 13 mars, à Santiago, après avoir été expulsé d'Argentine.

En fuite depuis 1996, l'ancien sous-officier du IIIème Reich, âgé de 83 ans, faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Il avait été arrêté le 10 mars dans une maison de Tortuguitas, à une quarantaine de kilomètres au nord de Buenos Aires.

M. Schaefer, qui était accompagné d'une fille adoptive et de deux gardes du corps d'origine allemande, n'a opposé aucune résistance. Dans une chaise roulante, menottes aux poignets et élégamment vêtu, il est apparu à la télévision argentine avec sur les lèvres un sourire énigmatique.

Après avoir fui l'Allemagne, où il était recherché pour pédophilie, Paul Schaefer s'était réfugié au Chili où il avait fondé, en 1961, en compagnie de quelques adeptes, la mystérieuse Colonia Dignidad, à 350 km au sud de Santiago.

SÉVICES SEXUELS

Les activités suspectes de cette "colonie" - mi-secte, mi-camp de travail - ont défrayé la chronique à plusieurs reprises depuis quarante ans. Son fondateur est accusé de sévices sexuels sur des mineurs et soupçonné de fraude fiscale, trafic d'armes, manipulations génétiques et esclavage.

Selon la justice chilienne, Paul Schaefer, qui avait été pasteur luthérien en Allemagne, utilisait "la religion comme moyen de soumission". "Le viol était un instrument pour garantir la loyauté entre dominants et dominés au sein de la colonie." L'ex-nazi est également soupçonné d'être impliqué dans la disparition, en 1985, du professeur de mathématiques américain Boris Weisfeiler, juif d'origine russe.

Des organisations de défense des droits de l'homme et des députés socialistes avaient affirmé, en 1997, que les cadavres de 112 opposants à la dictature militaire, enlevés par la DINA, la redoutable police secrète d'Augusto Pinochet, auraient été enterrés à l'intérieur de la vaste enclave néonazie, qui s'étend sur quelque 15 000 hectares. Paul Schaefer avait appuyé le coup d'Etat militaire de 1973. Et le général Pinochet aimait passer des week-ends dans la Colonia Dignidad. L'épouse du dictateur, Lucia Pinochet, la décrivait comme "un paradis d'ordre et de propreté".

En 1991, après la fin du régime Pinochet, la colonie avait perdu son statut de société de bienfaisance. Rebaptisée Villa Bavaria, elle a continué à fonctionner en autarcie avec quelque 300 habitants cultivant leurs terres et ayant leur propre hôpital, leur école et leur barrage pour produire l'électricité. "C'est un immense empire économique, présent dans plus d'une centaine d'entreprises actives dans la construction, les supermarchés, des mines d'uranium et de titane, des flottes de transport et des biens immobiliers", pointe le sénateur socialiste chilien Jaime Naranjo, qui travaille sur le dossier depuis les années 1960. Baptisé par ses adeptes "l'oncle permanent" et bénéficiant de contacts, Paul Schaefer paraissait invulnérable.

NOUVELLE LOI

La justice chilienne avait procédé à plusieurs reprises à des perquisitions infructueuses dans la colonie. Puis la police y avait découvert un arsenal digne d'un roman d'espionnage, avec des bunkers, des détecteurs de mouvement et des caméras cachés dans les arbres.

Une équipe de télévision allemande, qui avait réussi à franchir les barbelés électrifiés et les miradors, avait été rouée de coups.

En 1999, le juge Juan Guzman, chargé du dossier Pinochet, avait inspecté la propriété. Des anciennes victimes de la DINA avaient reconnu les lieux de leur détention : de lugubres souterrains. Les corps d'éventuelles victimes de la dictature n'avaient pas été retrouvés, mais le juge Guzman n'avait pu examiner qu'une zone réduite du domaine.

Après qu'Interpol eut lancé un mandat d'arrêt international à son encontre, Paul Schaefer avait disparu de la Colonia Dignidad en faisant courir le bruit qu'il était mort. En novembre 2004, 22 responsables de la colonie avaient été condamnés pour 27 cas d'abus sexuels sur des enfants de paysans pauvres des environs.

L'expulsion rapide de Paul Schaefer a été rendue possible par la nouvelle loi argentine sur l'immigration, adoptée en janvier, qui prescrit que tout étranger peut être transféré s'il est accusé par un autre pays de "crimes contre l'humanité".

Et elle intervient à la veille d'une visite officielle du président argentin, Nestor Kirchner, au Chili, destinée à normaliser les relations entre les deux pays.

Christine Legrand

Le Monde



01 janvier, 2005

LA DEMANDE D’EXTRADITION DE GALVARINO APABLAZA : UNE AUTRE BLAGUE «INNOCENTE» DE LA JUSTICE CHILIENNE

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GALVARINO SERGIO APABLAZA GUERRA
Le 28 décembre 2004 [1], en exactement cinq minutes, la Cour Suprême du Chili a ratifié la demande d’extradition du citoyen Galvarino Sergio Apablaza, connu comme « Salvador », détenu en Argentine depuis le 29 novembre dernier. 
L'AVOCAT RIPOUX LUIS HERMOSILLA
Après avoir écouté la plaidoirie de trois minutes de l’avocat de la famille Guzmán, Luis Hermosilla, la Cour a statué immédiatement. On estime que la demande arrivera en Argentine dans 10 jours. La Cour Suprême chilienne confirme, une fois de plus, la persécution de ceux qui ont lutté, pendant que des tortionnaires et responsables de génocides sont impunis.

NOTE :

[1] Le 28 décembre est la fête des Innocents (Cette fête peut s'assimiler à celle du «Poisson d'avril» en France. )

24 novembre, 2004

CHILI.CONTROVERSE AUTOUR DE LA SOUPE AU CONGRE

LA TRADITIONNELLE SOUPE AU CONGRE
Le Chili n’est guère connu dans le reste du monde pour sa cuisine. Des mets comme le charquicán [ragoût de viande séchée aux pommes de terre et aux légumes], la cazuela de vacuno [sorte de pot-au-feu] ou les typiques porotos con riendas [haricots secs aux vermicelles] sont loin de compter parmi les plats plébiscités à l’étranger. Du reste, ils ne sont même pas considérés comme représentatifs de la cuisine chilienne, en raison de leur similitude avec des spécialités d’autres pays.
La nouvelle cuisine chilienne - comme on a baptisé le mouvement gastronomique apparu dans notre pays ces dernières années - vient toutefois de marquer un point. La revue culinaire américaine Food & Wine a fait figurer trois plats chiliens dans son classement des 50 meilleures recettes de 1999 : le caldillo de congrio [soupe au congre], le bar au gingembre et tomates au grill et la meringue à la mousse de vin rouge. Parmi ces trois préparations, seule la très populaire soupe au congre semble représentative de la cuisine locale. De nombreux restaurants la proposent d’ailleurs à leur carte, ce qui n’est pas le cas des deux autres plats, plus sélects et aux influences étrangères très claires.

La distinction octroyée par Food & Wine a suscité diverses réactions parmi les grands chefs - nationaux et internationaux - qui travaillent dans notre pays. Elle a aussi relancé l’éternel débat sur l’existence d’une véritable tradition culinaire chilienne. Cristina Baquedano, propriétaire-gérante du restaurant de poisson Aquí Está Coco, n’accorde pas la moindre importance au jugement de la revue américaine, considérant qu’aucun des plats mentionnés ne fait partie de la tradition de son pays, pas même la soupe au congre, dont le principe est connu de tous les marins du monde. A son avis, il n’existe qu’une seule véritable spécialité chilienne, le charquicán. Pour Javier Pascual, expert en gastronomie, le choix de Food & Wine est discutable. A ses yeux, seul le caldillo de congrio est propre au Chili. Ce plat traditionnel des marins a d’ailleurs inspiré à Pablo Neruda un poème-recette intitulé Ode à la soupe au congre [Odes élémentaires, Gallimard, 1974]. Recommandée pour faire passer la gueule de bois, cette soupe consiste en un court-bouillon agrémenté de pommes de terre, de carottes ou de tout autre légume.
Eukene Garagorri

11 septembre, 2003

LE REGARD CRITIQUE DE LUIS CORVALAN

LUIS CORVALAN 


Luis Corvalán, secrétaire du Parti communiste chilien au moment du coup d'État (1), vient de publier le Gouvernement de Salvador Allende. Lors de la présentation du livre dans le cadre du 30ème anniversaire, l'ancien dirigeant communiste, âgé de quatre-vint-sept ans est revenu sur les conditions politiques de l'époque.

01 octobre, 2001

LES CRIMES DE GUERRE DE M. HENRY KISSINGER

 

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HENRY KISSINGER EN 1980.
PHOTO ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
Du Vietnam au Chili / Les crimes de guerre de M. Henry Kissinger / Dans son dernier ouvrage, destiné à servir de bréviaire aux diplomates du XXIème siècle, M. Henry Kissinger se départit de son ton docte et froid aussitôt qu’il évoque l’intrusion récente du principe de la « juridiction universelle » dans les relations internationales (1). L’ancien secrétaire d’État américain ne décolère pas lorsqu’il parle de l’arrestation à Londres, en 1998, de son protégé, le général chilien Augusto Pinochet, sur ordre d’un juge d’Espagne. Il affirme que le discours sur les droits de la personne (dont il revendique par ailleurs la paternité) devait « servir avant tout d’arme diplomatique fournie aux citoyens des pays communistes pour leur permettre de combattre le régime soviétique, et non d’arme légale pouvant être utilisée contre des dirigeants politiques devant des tribunaux de pays tiers ». Un paragraphe plus loin, il affirme cependant qu’il est aujourd’hui impératif d’interdire que « les principes du droit soient utilisés à des fins politiques ».

par Ibrahim Warde

COUVERTURE DU LIVRE
«Does America Need a
Foreign Policy ? Toward
a Diplomacy for
the 21st Century»

Si l’analyse est embrouillée, sinon contradictoire, c’est sans doute en raison du trouble que ressent M. Kissinger depuis l’affaire Pinochet. En effet, de passage à Paris le 28 mai 2001, l’ancien secrétaire d’Etat reçut la visite de la brigade criminelle, qui venait lui remettre une convocation du juge Roger Le Loire. Invité à comparaître au palais de justice comme témoin dans l’affaire de la disparition de cinq Français au Chili, M. Kissinger, impliqué directement ou indirectement dans la création du plan « Condor » — réseau de chasse aux opposants dans six dictatures militaires d’Amérique latine (Chili, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine, alors gouvernés par des dictatures militaires) -, réserva sa réponse. Le lendemain, il quitta précipitamment la France.

COUVERTURE DU LIVRE
«LES CRIMES DE GUERRE
DE M. HENRY KISSINGER»
Le journaliste britannique Christopher Hitchens a effectué l’inventaire des agissements du « magicien de la diplomatie » qui pourraient, à l’aune de la nouvelle jurisprudence internationale, constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou d’autres délits justiciables (2). Ses révélations, fondées pour l’essentiel sur des documents officiels américains récemment « déclassifiés », contredisent les versions présentées par l’intéressé dans trois volumes de Mémoires aussi massifs que tendancieux.

La carrière politique de l’homme qui obtint le prix Nobel de la paix en 1973 fut en effet marquée par le culte de la violence et du secret. La responsabilité directe de M. Kissinger ne fait plus aucun doute dans la prolongation (injustifiée d’un point de vue stratégique) de la guerre du Vietnam et son extension au Cambodge et au Laos, ni dans les campagnes d’assassinats et de subversion de la démocratie au Chili, à Chypre, en Grèce et au Bangladesh, non plus qu’en ce qui concerne sa complicité dans le génocide du Timor-Oriental.

L’ancien secrétaire d’État connaîtra-t-il pour autant le sort des Pinochet et autres Milosevic ? Sans doute pas. Mais le diplomate le plus célèbre du monde est un homme inquiet, sinon traqué. Lorsqu’il parcourt la planète pour pontifier au tarif de 200 000 francs de l’heure, il évite désormais tout pays dont le système de justice pourrait l’importuner. Et tandis qu’il jouissait jusqu’à présent d’une révérence médiatique sans faille, il doit maintenant exiger de ses intervieweurs l’engagement écrit qu’ils ne poseront aucune question touchant de près ou de loin au livre de Christopher Hitchens ou aux sujets que ce dernier aborde.

Ibrahim Warde Professeur associé à la Fletcher School of Law and Diplomacy (Medford, Massachusetts). Auteur de Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme, Agone - Le Monde diplomatique, Marseille-Paris, 2007.
LES CRIMES DE GUERRE
DE M. HENRY KISSINGER
FLYER INFO LIBERTAIRE

 Notes :

(1) Henry Kissinger, Does America Need a Foreign Policy ? Toward a Diplomacy for the 21st Century, Simon & Schuster, New York, 2001, 352 pages, 30 dollars US.

(2) Christopher Hitchens, Les Crimes de monsieur Kissinger, Editions Saint-Simon, Paris, 2001, 206 pages, 99 F.

21 septembre, 2000

LA CIA RÉVÈLE SES BARBOUZERIES AU CHILI

CAPTURE D'ÉCRAN

Les États-Unis admettent avoir soutenu «activement» la junte de Pinochet.

par Pascal RICHE Washington de notre correspondant

Sobrement titré: «Les activités de la CIA au Chili», le rapport n'est pas très épais: 22 pages très denses. C'est à reculons que la CIA l'a remis cette semaine au Congrès américain, à la demande que ce dernier lui avait faite en 1999 (1). Pour la première fois depuis le coup d'État d'Augusto Pinochet, en septembre 1973, l'agence de contre-espionnage a accepté de revenir, en détail, sur le soutien qu'elle a apporté à la dictature chilienne.

Rémunérer un tueur. Le rapport déclare tout de go que «la CIA a activement soutenu la junte militaire après le renversement d'Allende», mais il va plus loin, puisqu'il reconnaît que l'agence américaine avait pour contacts, même pour agents, certains des «nombreux officiers de Pinochet impliqués dans des violations des droits de l'homme systématiques». Parmi ces officiers, la CIA explique qu'elle a eu pour contact Manuel Contreras, le chef de la Dina (Dirección nacional de inteligencia), police politique de sinistre mémoire. Elle l'a même rémunéré ­ par «erreur»­ en 1975. Or c'est Manuel Contreras qui a fomenté l'assassinat, à Washington en 1976, de l'ex-ambassadeur d'Allende, Orlando Letelier, et de sa secrétaire américaine, Ronni Moffitt. La CIA savait-elle que Contreras avait des activités terroristes aux États-Unis? «Elle savait en tout cas qu'elle avait pour agent quelqu'un qui menait des activités terroristes dans d'autres pays, qui faisait froidement tuer des gens», constate Peter Kornbluh, un chercheur qui dirige à Washington le National Security Archives, institut indépendant qui diffuse les documents déclassifiés (1): «Quelques mois avant de l'embaucher, la CIA disait elle-même qu'à l'intérieur de la junte Contreras était, je cite, "le principal obstacle à une politique des droits de l'homme raisonnable"!» Les contacts entre la CIA et Contreras se sont poursuivis après l'explosion de la voiture de Letelier. Et ce bien que «son éventuel rôle dans l'assassinat de Letelier soit devenu un problème», souligne le rapport. Contreras, qui purge une peine de sept ans au Chili, a démenti ses déclarations. La CIA reconnaît aussi qu'elle a suivi de près les préparatifs de l'«opération Condor», organisée par plusieurs dictatures latino-américaines, et qui consistait à traquer les opposants aux dictatures pour les tuer.

L'agence nie avoir participé directement au coup d'État de Pinochet: «Nous n'avons trouvé aucune information» sur une telle participation, dit le rapport, qui défend au passage la thèse selon laquelle Salvador Allende se serait suicidé, alors qu'il s'était vu offrir la possibilité de fuir. Evoquant les «scrupules internes» à l'agence, les auteurs anonymes du rapport écrivent qu'avant septembre 1973 «les officiers de la CIA étaient préoccupés par le flou de la frontière entre la surveillance des complots (collecter des informations sur ces activités, tout en se gardant de les diriger ou de les influencer) et le soutien, fût-il implicite, à un coup d'État». La CIA a en tout cas tout fait pour que Pinochet sache que son coup d'État serait «toléré».

L'agence, en revanche, ne nie pas avoir financé et armé trois différents groupes, trois ans plus tôt, pour empêcher Salvador Allende de prendre le pouvoir. C'était l'opération «Track II», demandée par Nixon, qui jugeait l'arrivée de la gauche «inacceptable pour les États-Unis». Quatre agents américains devaient aider les putschistes. L'idée était de kidnapper le chef des armées, Rene Schneider. De le supprimer peut-être, même si l'agence jure qu'elle n'a «aucune information» permettant de le penser.

«Humanitaire». L'un des groupes, conduits par un général à la retraite, Roberto Viaux, entouré de jeunes officiers, a fini par tuer Schneider en octobre 1970, mais le putsch a échoué. La CIA lui avait déconseillé d'agir, jugeant prématurée la date choisie. Elle n'en a pas moins continué à financer ce groupe. Le rapport explique que l'argent versé avait pour but de «maintenir secret le premier contact», de «s'assurer de la bonne volonté du groupe» et, ajoutent bizarrement les auteurs, qu'il répondait «à des considérations humanitaires»... .

Notes :

(1) L'«amendement Hinchey», voté à l'initiative de Maurice Hinchey, exigeait la publication d'un rapport sur les relations de la CIA avec le régime de Pinochet.

(2) La National Security Archives a mis mardi soir le rapport en ligne: 

https://nsarchive.gwu.edu/project/chile-documentation-project


20 janvier, 2000

TIMOR-ORIENTAL : UN LONG CALVAIRE

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par Philippe Rekacewicz

1974

Le Portugal secoué par la « révolution des œillets » se désengage du Timor-Oriental.


1975

Août. Début de la guerre civile.


28 novembre. Le Front révolutionnaire de Timor-Orientai indépendant (Fretilin) triomphe et déclare l’indépendance.


7 décembre. L’armée indonésienne envahit la République et la soumet à une terrible répression.


22 décembre. Le Conseil de sécurité exige le retrait des troupes indonésiennes.


1976

Juillet. L’Indonésie annexe le Timor-Oriental et en fait sa vingtième province.


1987

Mars. Les ONG estiment à 30 000 le nombre des soldats présents au Timor-Oriental.


1991

12 novembre. Massacre de « Santa Cruz » à Dili : l’armée indonésienne ouvre le feu sur une procession, faisant 50 victimes.


1992

20 novembre. Arrestation du chef de la résistance timoraise, M. Xanana Gusmâo.


1995

7 décembre. Des incidents marquent le vingtième anniversaire de l’occupation du territoire par l’Indonésie.


1996

29 février. Rencontre entre le président indonésien Suharto et le premier ministre portugais Antonio Gueterres.


Octobre. Le prix Nobel de la paix est décerné à Mgr Belo, évêque du Timor-Oriental, ainsi qu’à M. Ramos Horta, représentant du mouvement indépendantiste timorais à l’étranger.


1997

15 juillet. M. Nelson Mandela rend visite, à Djakarta, à M. Gusmâo emprisonné.


1998

14 mai. Création du Conseil national de résistance timoraise (CNRT), lors d’une convention réunissant Timorais de l’intérieur et exilés.


21 mai. Démission de M. Suharto. Son successeur, M. Jusuf Habibie, maintient le gouverneur indonésien du Timor-Oriental dans ses fonctions.


Mai. Le Portugal, l’Australie, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis demandent la libération de M. Gusmâo.


9 juin. M. Habibie annonce qu’il est prêt à accorder au Timor un « statut spécial » à condition qu’il soit reconnu par l’ONU et le Portugal.


Mi-juillet. 50 000 personnes ont quitté le Timor-Oriental.


27 juin. Pour la première fois, trois ambassadeurs européens (Grande-Bretagne, Autriche, Pays-Bas) se rendent au Timor-Oriental pour une mission d’observation.


Juillet. Dans une interview au Herald Tribune le ministre des affaires étrangères indonésien, M. Ali Alatas, présente un plan d’autonomie.


5 août. La rencontre des ministres des affaires étrangères portugais et indonésien débouche sur un accord pour mettre au point, avant la fin de l’été 1998, un statut d’autonomie.


Novembre. Le Portugal suspend les négociations en attendant que l’Indonésie accepte une enquête sur un massacre de civils dans la région d’Alas. L’enquête n’a pas lieu. Une « consultation » sera organisée et contrôlée par les Nations unies.


1999

27 janvier. Djakarta envisage d’annuler l’intégration du Timor-Oriental à l’Indonésie en cas de rejet de l’autonomie proposée.


Avril. Le colonel Suratman, commandant militaire du Timor-Oriental, annonce que 50 000 civils vont être entraînés comme gardes de sécurité, en réalité contre les partisans de l’indépendance. Le recrutement provoque l’exode de milliers de personnes dans les montagnes et les églises où milices et forces armées indonésiennes les massacrent.


5 mai. Le Portugal et l’Indonésie signent un accord prévoyant le retrait des forces indonésiennes du Timor-Oriental ainsi que les modalités du vote.


14 août. La campagne pour le référendum commence, marquée par des violences de la part des milices proindonésiennes. 30 août. Tenue du référendum, initialement prévu le 8 août.


4 septembre. Le résultat est un « non » massif à l’autonomie proposée par Djakarta (78,5% contre). Les milices proindonésiennes plongent le territoire dans la terreur avec la complicité des forces armées de Djakarta.


7 septembre. Le président indonésien Habibie décrète la loi martiale au Timor-Oriental et refuse l’envoi d’une force de paix internationale.


10 septembre. L’ONU évacue son personnel vers l’Australie. 200 000 Timorais ont été déplacés par les milices proindonésiennes. Le FMI suspend son assistance à l’Indonésie.


12 septembre. Djakarta accepte l’envoi d’une force internationale à direction australienne.


20 septembre. Débarquement à Dili de plus d’un millier de soldats de la Force multinationale pour le Timor-Oriental (Interfet) sous le commandement australien du général Peter Cosgrove. De violents affrontements vont opposer celle-ci aux soldats indonésiens.


27 septembre. L’armée indonésienne transfère ses pouvoirs au Timor-Oriental à l’Interfet.


10 octobre. Retour des premiers réfugiés.


22 octobre. M. Gusmâo, chef historique de la résistance timoraise, prononce son premier discours dans Dili libérée.


25 octobre. Le Conseil de sécurité adopte à l’unanimité une résolution confiant aux Nations unies l’administration civile et militaire du Timor-Oriental.


Le Monde diplomatique Timor-Oriental : Un long calvaire 

L’Atlas 2000 des conflits

« Manière de voir » #49 • janvier-février 2000


23 octobre, 1998

LE GÉNÉRAL PINOCHET SERA ENTENDU À LONDRES PAR DEUX JUGES ESPAGNOLS


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LE GÉNÉRAL AUGUSTO PINOCHET, ARRÊTÉ,
LE VENDREDI 16 OCTOBRE 1998,
DANS UNE CLINIQUE DE LONDRES

ARRÊTÉ, le vendredi 16 octobre 1998, dans une clinique de Londres, le général Augusto Pinochet, quatre-vingt-deux ans, devait être entendu mardi ou mercredi par les deux juges espagnols, Baltasar Garzon et Manuel Garcia Castellon. 
Les magistrats avaient réclamé via Interpol son interpellation pour « génocide, terrorisme et incitation à la torture ». Ils enquêtent depuis 1996 sur la base d'accusations transmises par les associations de victimes de la dictature entre 1973 et 1990. Les juges vont devoir étayer leur demande d'extradition vers l'Espagne de l'ex-dictateur.  

  LE GÉNÉRAL PINOCHET, 82 ANS, A ÉTÉ ARRÊTÉ À LONDRES 

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Le Général chilien Augusto PINOCHET, 82 ans, a été arrêté dans une clinique de LONDRES où il venait d'être opéré d'une hernie discale. Il devrait être rapidement entendu par des juges espagnols ayant réclamé son extradition pour l'assassinat de deux mille ressortissants espagnols au début des années 70 lors de la répression ayant suivi le coup d'Etat de septembre 1973. Cette arrestation a provoqué de nombreuses réactions internationales (CHILI, CUBA) de joie ou de protestation.- LONDRES : DP façade de la clinique privée / policiers à l'entrée- Chiliens manifestant devant la clinique- Le Ministre chilien des Affaires Etrangères - José Miguel INSULZA - prononçant une déclaration (couverte par le commentaire)- Au Portugal : réaction de Fidel CASTRO (couvert par le commentaire)- Archives N/B : DP PINOCHET / ALLENDE / bombardement du Palais présidentiel de la MONEDA / DP répression pendant la dictature (opposants dans le stade de SANTIAGO, manifestation, armée,...) Images d'archive INA


SUR LE MÊME SUJET :

27 mars, 1998

23 PERSONNALITÉS DÉNONCENT CE CARDINAL PROCHE DE PINOCHET

CARDINAL JORGE MEDINA,
ÉVÊQUE PROCHE DE LA DICTATURE DE PINOCHET

Chili: Gros remous après la promotion de Mgr Medina à la pourpre cardinalice

Santiago du Chili/Madrid, 27 mars 1998 (APIC) Vingt-trois personnalités chiliennes, parmi lesquelles le sénateur démocrate-chrétien Jorge Lavandero et le député Vicente Sota, ont exprimé leur «amertume» et leur «malaise» à la suite de la promotion au cardinalat, au consistoire du 21 février, de Mgr Jorge Medina Estévez.

Cath ch

Dans une déclaration que publie la revue espagnole «Exodo» (Madrid), les signataires affirment que «durant les dix-sept années de dictature militaire, Mgr Medina s’est identifié et n’a cessé de collaborer avec ceux qui ont exercé leur domination sur le peuple chilien».

Un partisan du dictateur Pinochet

À l’époque, affirment les signataires, Mgr Medina a «gardé un silence constant et absolu devant les graves violations des droits humains, tandis que la pastorale de l’Église catholique était présente aux côtés des persécutés». Une attitude qui s’est «vérifiée en particulier dans les cas qui se sont produits à l’Université catholique pontificale dont Mgr Medina était le vice-Grand Chancelier».

Plus récemment, notent les personnalités, le nouveau cardinal chilien, âgé aujourd’hui de 71 ans, s’est signalé à l’attention en justifiant la promotion du général Pinochet comme sénateur à vie. Ce soutien à l’ancien dictateur est à leurs yeux «une nouvelle offense à la conscience éthique du peuple chrétien chilien».

Un prélat résolument conservateur

Les signataires reprochent par ailleurs au cardinal Medina sa position «ecclésiale, théologique et pastorale clairement conservatrice, ce qui se traduit par une attitude inquisitoriale et de refus des communautés ecclésiales de base et du développement de l’option préférentielle pour les pauvres». Ils l’accusent d’avoir régulièrement écrit au Vatican «pour dénoncer ses frères dans l’épiscopat qui défendent des positions progressistes, ou les politiques du gouvernement qui ne sont pas à son gré».

Mgr Medina n’est pas bienvenu à Santiago

En conclusion, les personnalités signalent que la promotion de Mgr Jorge Medina est «un nouvel obstacle dans le processus, déjà assez difficile, de transition vers la démocratie au Chili, car sa conception de la société est résolument incompatible avec le respect de l’autonomie du monde laïc». C’est pourquoi elles tiennent à exprimer dès à présent leur «refus de son éventuelle nomination comme archevêque de Santiago». Elles expriment aussi un souhait: «Que les nominations épiscopales cessent de se faire à l’insu du peuple de Dieu et d’une manière guère transparente».

Parmi les signataires du texte figurent également Gonzalo Cowley, dirigeant de la Jeunesse de la Démocratie Chrétienne; Alvaro Ramis, président de la Fédération des Etudiants de l’Université Catholique; Juan Subercaseaux; avocat; Maria Bulnes, anthropologue; et Jaime Escobar, éditeur de la revue «Reflexion y Liberacion».

Né à Santiago le 23 décembre 1926, ordonné évêque en 1985, Mgr Jorge Arturo Medina Estévez a été évêque de Racangua (1987) et archevêque de Valparaiso (1993). Expert au Concile Vatican II, il a fait partie du comité de rédaction du Catéchisme de l’Eglise catholique. En 1993, il a prêché la retraite de carême de la curie romaine. Il est depuis juin 1996 pro-préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements. (apic/cip/pr)


21 juillet, 1990

PINOCHET POURSUIVI PAR SES MORTS


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VINGT-ET-UN VILLAGEOIS FUSILLÉS DURANT LA DICTATURE
DE PINOCHET, DONT QUATORZE RETROUVÉS ICI, DANS UNE
FOSSE COMMUNE QUI RESTE DÉSORMAIS À CIEL OUVERT.
PHOTO QUOTIDIEN LA NACION
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L'HUMANITÉ

Que sont devenus les quelque quatre mille disparus dont les familles réclament toujours des nouvelles dix-sept ans après le coup d'état de Pinochet? Les premiers éléments d'une réponse macabre sont donnés par la révélation du charnier de Pisagua, dans le désert de Tamarugal au nord du Chili. 
C'est le docteur Alberto Neuman, ancien détenu de cette prison, qui a été le premier à lever le voile. À l'époque, il était contraint de constater les décès des prisonniers politiques exécutés sommairement. En mai dernier, de retour d'exil, il dénonce ces crimes au tribunal civil. Dès le lendemain, une enquête sur place est effectuée afin de retrouver les corps. Ils sont découverts, momifiés par le sel, dans un cimetière abandonné depuis près d'un siècle. Le 2 juin, vingt et un cadavres sont mis à jour.

L'information est aussitôt livrée à la presse et le juge Nelson Muñoz accuse le haut commandement de l'armée. Sûr de ses protections, l'amiral Jorge Martinez, commandant en chef de la marine, prétexte que «le pays était en guerre intérieure» (la faute à qui?) et réfute des conclusions «trop hâtives sur des faits s'étant produits il y a longtemps». Une bande vidéo tournée par un agent de la police secrète montre alors un échantillon des méthodes de répression utilisées contre les opposants.

Un premier reportage avait été tourné sur place en 1974 par une équipe de la télévision est-allemande qui, à l'aide de faux papiers, s'est fait passer pour un groupe de journalistes venus de RFA. On pouvait constater que les prisonniers étaient soumis à une sévère discipline militaire et contraints de construire un nouveau camp (détruit illico après la diffusion du reportage en Europe).

Le premier camp de concentration de Pisagua a été dirigé à partir de 1947 par un dénommé... Pinochet. On y emprisonnait - déjà - des militants de gauche comme Volodia Tetelboim, secrétaire général du Parti communiste chilien qui y est resté enfermé jusqu'en 1957, date de la fermeture du camp. Il est réouvert en 1973, au moment du coup d'état. Il y a cinq ans, un particulier en a fait l'acquisition lors d'une vente aux enchères.

D'anciens détenus y pénètrent malgré tout. Devant la caméra, ils témoignent des traitements qui leur ont été infligés. L'un d'eux se souvient du sort réservé aux prisonniers communistes. Après les séances de torture, «pas une partie de leur corps n'avait une couleur normale». Les familles des victimes dont les corps ont été identifiés retournent également sur les lieux. Certains ont activement participé aux recherches et ne cachent pas leur horreur ainsi que leur détermination pour que justice soit faite. En effet, les assassins circulent toujours librement et beaucoup pensent qu'ils ne seront jamais inquiétés. Le frère d'une des victimes affirme: «Il faut que tout le monde sache quelle sorte de militaires nous avons ici. Je ne comprends pas comment un être humain peut faire une chose pareille. Pourtant, ils vont à la messe le dimanche...»