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| LE CHEF DE L'ÉTAT FRANÇAIS, EMMANUEL MACRON, À MARSEILLE LE 16 DÉCEMBRE 2025. PHOTO MIGUEL MEDINA |
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Le Monde« Les omissions d’Emmanuel Macron sur le Venezuela risquent de sonner comme un aveu d’impuissance » / CHRONIQUE / La première réaction du chef de l’État, samedi soir, à propos de l’enlèvement de Nicolas Maduro, qui ne dit pas un mot des modalités de l’intervention américaine, a semblé acter une rupture avec la tradition diplomatique française, observe, dans sa chronique, Solenn de Royer, journaliste au service politique du « Monde ».
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Solenn de Royer Publié aujourd’hui à 10h05, modifié à 12h15 Temps de Lecture 3 min.
D’abord un long silence. Et puis un post sur le réseau social X, samedi en fin de journée, près de neuf heures après les frappes américaines sur le Venezuela et l’annonce de l’enlèvement du président Nicolas Maduro, pour se féliciter de la chute de cette « dictature », en souhaitant que la « transition à venir » soit « démocratique ». Mais pas un mot sur les modalités de l’intervention américaine, qui piétine toutes les règles du droit international, et sans doute aussi celles du droit fédéral américain, illustration saisissante de l’impérialisme prédateur de Donald Trump, qui passe de la menace aux actes. Le président français n’a pas été le seul, sur la scène européenne, à se montrer peu disert, loin de la réaction du président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui a « fermement condamné » l’opération américaine : son gouvernement « ne reconnaîtra pas (…) une intervention qui viole le droit international », comme il n’avait pas reconnu le régime de Nicolas Maduro, a-t-il déclaré sur X. Clarté.
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| UNE MANIFESTATION CONTRE L'OPÉRATION MILITAIRE AMÉRICAINEAU VENEZUELA A RASSEMBLÉ PLUS DE 2 000 PERSONNES À PARIS, LE 3 JANVIER 2026. PHOTO YOAN VALAT |
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR
La réaction d’Emmanuel Macron, en rupture avec la tradition diplomatique française, a suscité de vives critiques des responsables politiques, notamment à gauche. Mais c’est l’ancien premier ministre Dominique de Villepin qui, dimanche sur BFM-TV, a eu les mots les plus durs, dénonçant une réaction « aveugle, inconsciente des réalités et irresponsable », doublée d’une « logique de soumission et de vassalisation » : « Nous sommes en train de nier notre propre identité historique. » Celui qui avait représenté Jacques Chirac devant le Conseil de sécurité des Nations unies en 2003, pour dire non à l’intervention américaine en Irak, estime que M. Macron a ménagé M. Trump pour ne pas s’aliéner ce dernier dans le dossier ukrainien, à la veille d’une réunion décisive. Mais il a jugé que « ne pas réagir à ce qu’il se passe au Venezuela, c’est s’affaiblir dans la négociation sur l’Ukraine ». C’est aussi ce que pense François Hollande, selon lequel son successeur « ne veut pas se fâcher avec Trump » dans l’espoir d’infléchir ses choix. Mais, regrette l’ancien président auprès du Monde, « c’est ne rien comprendre à Trump », qui « ne respecte que les forts ». Or, tranche-t-il, « Macron ne l’est pas à ses yeux ».
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Avant le post du président, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait fait entendre une musique différente, affirmant que l’opération américaine « contrev[enai]t » au « principe de non-recours à la force, qui fonde le droit international ». « La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir », a-t-il écrit sur X. Une position calée avec l’Elysée, s’est empressée de faire valoir la présidence, dimanche, laissant entendre que les deux déclarations étaient complémentaires : le rappel des principes d’abord, la préparation de l’après-Maduro ensuite.
M. Macron, qui s’est entretenu avec ses homologues en Europe et dans la région, ayant plaidé pour que l’opposant Edmundo Gonzalez Urrutia assure la transition, convaincu de pouvoir peser, alors que le président américain n’a pas fait mystère de son but de guerre : le pétrole. « C’est faire les choses en ordre », défend un conseiller, selon lequel le président « a toujours défendu le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».
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| "EXFILTRATION" DE NICOLAS MADURO DESSIN ALLAN MCDONALD |
Lors de sa déclaration devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, celui qui avait à cœur d’afficher une prétendue ligne gaullo-mitterrandienne en arrivant à l’Élysée, avait mis en garde contre « l’égoïsme de quelques-uns » et défendu un « multilatéralisme efficace ». Il avait également vanté « l’autorité du droit » comme « notre meilleure chance face à la loi du plus fort » et « l’application des principes » comme « seul remède aux deux poids, deux mesures ». Devant le fait accompli, ces mots se sont évanouis. M. Macron a opté pour une autre stratégie, renonçant à défendre les principes qui fondent l’identité de la France et de l’Europe.
Mais face à Donald Trump, qui instaure un nouvel ordre mondial régi par la brutalité et la loi du plus fort, théorisant au passage l’effacement de l’Europe, les omissions du président français, outre le fait qu’ils semblent acter une rupture avec la tradition diplomatique du pays, risquent de sonner comme un aveu d’impuissance. Et d’offrir un blanc-seing au président américain, qui s’est d’ailleurs empressé de reposter la déclaration de Paris sur son réseau social. Ce risque est pointé par la tête de liste macroniste aux européennes de 2019, Nathalie Loiseau : « Que dirons-nous lorsque Donald Trump décidera de s’emparer réellement du Groenland ? Pékin de Taïwan ? »
Déplorer ou s’indigner n’est pas une stratégie, encore moins quand on n’a pas les moyens de ses ambitions. Mais si la France n’a pas les capacités de rivaliser militairement avec les grandes puissances, elle dispose avec son siège au conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies d’une voix parmi elles. Si elle se tait, que reste-t-il ?
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| Premières images de Nicolas Maduro à New York escorté par des agents de la DEA |
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