25 juin, 2022

AU CHILI, LA CONSTITUANTE S’ACHÈVE DANS LA DOULEUR

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 AU CHILI, LA CONSTITUANTE S’ACHÈVE 

Le 4 septembre prochain, les Chiliens sont appelés à se prononcer sur le texte né des débats de l’Assemblée constituante. Mais cette dernière doit faire face à une campagne de désinformation, le tout sur fond de désenchantement face aux premiers mois du mandat du président de gauche Gabriel Boric.

#AprueboDeSalida
par Yasna Mussa

Santiago (Chili).– « Ce processus a été difficile et parfois mal compris. Nous avons commis des erreurs, mais nous pouvons dire que nous avons rempli le mandat du peuple chilien », a déclaré le 16 mai María Elisa Quintana, présidente de la Convention constitutionnelle. Ce jour-là, les 154 membres de la Convention ont remis le projet des 499 normes qui composent la nouvelle Constitution, résultat d’un processus qui a duré dix mois.

#AprueboDeSalida

La session plénière a eu lieu dans les ruines de Huanchaca, à Antofagasta (Nord), où s’est déroulée la cérémonie solennelle de la remise officielle du projet de la nouvelle Constitution à la commission d’harmonisation, chargée de veiller à la concordance et à la cohérence des normes, ainsi que de réviser et de corriger son contenu.

La feuille de route de ce processus démocratique, qui vise à remplacer le texte constitutionnel actuel rédigé sous la dictature, s’achèvera par un plébiscite qui, contrairement à celui qui l’a initié, requiert un vote obligatoire.

La date choisie est le 4 septembre, un jour de nostalgie dans la mémoire chilienne, car à cette date, en 1970, Salvador Allende remportait la présidentielle. « Le Chili ouvre un chemin que d’autres peuples d’Amérique et du monde pourront suivre », avait-il dit à cette occasion. Une déclaration qui correspond au moment que vit aujourd’hui le pays, avec un processus constitutionnel sans précédent qui montre la voie dans plusieurs domaines : la parité, le changement climatique, la perspective de genre…

L’organe de rédaction a avancé à une vitesse inédite, avec de longues journées de discussion et peu de jours de repos, afin de respecter les délais. Mais bien avant que la page blanche ne compte ses premiers articles, une forte campagne en faveur du rejet a commencé à émerger.

#AprueboDeSalida

Informations erronées

La campagne anti-Convention constitutionnelle a été très présente dans les médias lors du premier référendum, lorsque le Chili a décidé d’approuver le processus avec 78,28 %. Par la suite, lors du vote populaire pour élire l’organe chargé de rédiger le texte, les coalitions de gauche, les mouvements sociaux et les indépendants ont obtenu la majorité, laissant à la droite une faible représentation.

Les dix mois de débat ont révélé le peu de présence des secteurs les plus conservateurs, ce qui a exacerbé les positions. Plusieurs de ses dirigeants ont ouvertement appelé à refuser la nouvelle Constitution. La situation est devenue plus évidente lorsque, au sein de la Convention, certains constituants de droite ont commencé à diffuser des informations erronées ou des interprétations des normes très éloignées de la réalité.

#AprueboDeSalida

« Les travailleurs ne seront plus propriétaires de leur épargne retraite », a ainsi déclaré Bernardo Fontaine tant sur les réseaux sociaux que dans des interviews. Le conventionnel, qui a gagné son siège en tant qu’indépendant, soutenu par le parti de droite Evópoli, faisait référence au vote de la Convention constitutionnelle sur une norme promue par le mouvement No+AFP, approuvée par la commission des droits fondamentaux.

Il s’agit d’une question sensible pour les travailleurs et travailleuses, et l’une des revendications les plus importantes qui ont surgi lors du mouvement social, lorsque les citoyen·nes ont protesté contre les faibles pensions et exigé un système qui permettrait d’accéder à une retraite digne, très différent de l’actuel, privé et géré par des administrateurs de fonds de pension (AFP).

La Fondation Interpreta a analysé 7 389 067 mentions sur les réseaux sociaux concernant la Convention constituante depuis sa création et a déterminé que la campagne pour le rejet a commencé le jour même de son inauguration, le 4 juillet 2021. Elle relève une volonté de « brouiller les pistes », « l’un des résultats observables possibles d’une stratégie de manipulation des médias ».

 «LE MONDE PERDU : LE RETOUR»

« Campagne de terreur »

« Il s’agit d’une érosion de la légitimité du processus de l’intérieur », estime Julieta Suárez-Cao, docteure en science politique, professeure associée à l’Institut des sciences politiques de l’université pontificale catholique du Chili et coordinatrice du réseau des femmes politistes. L’universitaire estime que, malgré ce bruit ambiant, la Convention a pu fonctionner, avançant malgré les boycotts de certains secteurs et les fausses informations. « Je suis convaincue qu’il s’agit d’une campagne de terreur, sans aucun doute », déclare Suárez-Cao.

Au centre historique de Santiago, sur la très fréquentée avenue Ahumada, deux hommes sont assis sous un parasol. Sur la table, quelques dépliants expliquent et énumèrent certaines des règles que l’on peut lire dans le projet de la nouvelle Constitution.

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Ernesto Medina, président du mouvement « Aquí la gente » (« Ici les gens »), explique que depuis plus de 25 ans son association travaille sur différents types de campagnes qui nécessitent le soutien des citoyen·nes. Pour lui, la défense du oui (à la nouvelle Constitution, « Apruebo ») est essentielle. 

« Il y a une énorme désinformation sur ce qu’est la Constitution. On confond ce qu’est le gouvernement ou ce qu’il a fait de mal avec ce qu’est la nouvelle Constitution, alors il faut expliquer de manière simple ce qui est en train de se passer, dit Ernesto Medina. C’est le résultat du fait que, malheureusement, les mesures complètes n’ont pas été prises, mais je crois que cela va s’améliorer avec le temps, nous avons encore plusieurs mois avant le 4 septembre. »

Pendant qu’il parle à Mediapart, quelques passants viennent s’informer ou échanger. Quelques minutes plus tard, Saul Vargas, président de la Confédération nationale des travailleurs chiliens (CNT-Chili), s’approche. Malgré sa position critique sur le processus, il se montre optimiste quant au plébiscite qui aura lieu dans les prochains mois.

« Le peuple est intelligent, on peut faire confiance aux travailleurs, et au-delà de ces sondages spécifiques, le peuple approuvera cette Constitution. Il est évident que les gens sont en colère contre tous les politiques, pas seulement contre ce gouvernement et tous les partis, parce qu’ils mentent tous et qu’aucun n’a tenu ses promesses envers le peuple. Mais je pense que nous avons trop de morts, trop de gens en prison. Il y avait quatre millions de personnes dans les rues qui se battaient et ils vont approuver cette Constitution. Le reste est un effet de la presse contrôlée par les propriétaires de ce pays. Je crois que le peuple fera ce qu’il doit faire : mettre fin à la Constitution de Pinochet », affirme Vargas.

La politiste Julieta Suárez-Cao estime que la Convention a été un espace permettant de reconnecter les citoyennes et les citoyens avec la politique, et d’élargir ainsi la participation démocratique. « Il y a eu des initiatives populaires pour les normes, beaucoup d’audiences publiques, des mécanismes de participation. Tout ce qui a été approuvé, disons, par rapport à la Constitution actuelle est beaucoup plus inclusif, plus démocratique, plus représentatif », souligne-t-elle, en réponse aux critiques soulevées par le « rechazo » (« rejet »), qui soulignent que le résultat du texte serait une imposition de la gauche, dépourvue de démocratie.

Parmi les opposants, certains ont basculé dans une descente en flammes de la Convention, sans aucune nuance. C’est ce qu’a fait « Amarillos por Chile » (« Les Jaunes pour le Chili »), un mouvement qui affirme ne pas être un parti politique et regroupe des figures connues de l’élite politique et académique ayant accès aux médias de masse. Il a relayé un discours anti-Convention selon lequel le texte serait antidémocratique et diviserait le pays. Son leader, Cristián Warnken, chroniqueur et présentateur de télévision, a même affirmé que le texte avait des « connotations de gauche radicale » sans même l’avoir lu...

Julieta Suárez-Cao se demande comment un texte pourrait avoir moins de légitimité que la Constitution actuelle. « Comment est-ce possible qu’elle ne nous unisse pas alors qu’elle provient d’un référendum, d’une élection de conventionnelles et de conventionnels, que pour être adoptées, toutes les normes doivent recevoir un soutien de deux tiers, qu’il est question d’un État paritaire, plurinational, avec des libertés et des garanties pour l’enfance et les personnes âgées. En aucun cas on ne peut dire que cette Constitution pourrait être anti-démocratique. »

La campagne officielle du référendum de sortie aura lieu entre le 5 août et le 1er septembre. Chaque camp bénéficiera d’un temps d’expression égal sur les chaînes de télévision.

par Yasna Mussa

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22 juin, 2022

À L'OCCASION DU CENTENAIRE DE LUIS FIGUEROA MAZUELA

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CENTENAIRE DE LA NAISSANCE
DE L'ANCIEN MINISTRE LUIS FUIGUEROA
 
FLYER COMMÉMORATIF DU PCCh

Commémoration du centenaire de la naissance de Luis Humberto Figueroa Mazuela, ancien président de la CUT (Centrale Unitaire de Travailleurs) et ancien ministre du Travail du gouvernement d'unité populaire de Salvador Allende.

Ivan Ljubetic Vargas -historien-

HERNAN DEL CANTO, SALVADOR ALLENDE
 ET LUIS FIGUEROA 

PHOTO FERNANDO VELO

Luis Figueroa Mazuela est né le 22 juin 1922 dans la ville de La Calera. Il était l'un des six enfants d'une famille d'ouvriers agricoles. Son père s'appelait Daniel Figueroa Leinis ; sa mère, Rosa Mazuela.

FAC-SIMILÉ DE L'ACTE DE
NAISSANCE DE LUIS FIGUEROA

Il a étudié à l'école paroissiale de La Calera, où il n'a pu fréquenter que jusqu'à la troisième année du collège. À l'âge de quatorze ans, il a dû abandonner l'école pour aller travailler et ainsi aider financièrement sa famille. Ses premiers emplois étaient dans la construction. Puis, à l'âge de quinze ans, il a pris un emploi de serveur dans un hôtel à Valparaíso. Plus tard, il a travaillé dans une usine de réfrigérateurs et, finalement, il est entré comme ouvrier graphique à l'imprimerie Horizonte.

Dans sa jeunesse, il montrait déjà ses traits de grand organisateur. Il a fondé et participé activement à des clubs sportifs liés aux Jeunes Ouvriers Catholiques. Il est venu occuper le poste de président de la Jeunesse ouvrière catholique de La Calera.

La Jeunesse Communiste et la CUT

En 1938, il franchit l'étape la plus importante de sa vie : il rejoint la Jeunesse Communiste du Chili.

Le 28 juin 1940, il épouse Ema del Carmen Gómez Berríos, à La Calera. Ils ont eu sept enfants.

En 1947, il est élu membre du Comité Central des Jeunes Communistes.

Il a rejoint les luttes syndicales, étant membre du Département de la jeunesse de la Confédération des travailleurs du Chili (C.T.CH) dans la province de Valparaíso. En 1950, il est élu conseiller national de la jeunesse du CTCH.

Lors du XVIe Congrès national du Parti communiste, tenu à Santiago du 13 au 18 mars 1962, Luis Figueroa est élu membre du Comité central du Parti.

Secrétaire Général et Président de la centrale de travailleurs CUT

Le troisième congrès de la CUT s'est tenu du 1er au 5 août 1962. 2 414 délégués représentant 1 107 organisations syndicales y ont participé. Son slogan montrait la maturité politique des travailleurs : « Le Chili a besoin de changements fondamentaux. Dans cet événement, Luis Figueroa a été élu Secrétaire Général de la Centrale Unitaire de Travailleurs.

Le Quatrième Congrès a eu lieu du 26 au 28 août 1965 à Santiago. Il a été développé sous le slogan «Indépendance syndicale et unité pour gagner ». 2 104 délégués étaient présents, représentant 900 organisations syndicales. Luis Figueroa a été élu Président de la Centrale Unitaire de Travailleurs.

Le cinquième congrès national de la CUT a eu lieu du 19 au 24 novembre 1968 à Santiago. 3 653 délégués y ont participé, représentant 1 497 organisations syndicales de base, totalisant 340 000 membres. C'était le tournoi le plus important jamais organisé. Le mouvement syndical connaît une période de boom.

Le Ve congrès de la CUT s'est déroulé dans une atmosphère unitaire, sous le slogan « Unité des travailleurs pour des changements révolutionnaires ».

Le Parti communiste a réélu Luis Figueroa comme président et a obtenu 13 autres conseillers ; le PS, le secrétaire général et 6 membres du Conseil ; le PDC, le premier vice-président et deux conseillers ; le PR, le deuxième vice-président et un conseiller. Le MIR n'a pas obtenu de représentation.

En mars 1969, Luis Figueroa est élu député de la première circonscription du septième groupe départemental (Santiago) pour la période 1969-1973.

Dans le gouvernement de Salvador Allende  

PHOTO FERNANDO VELO

Pendant les mille jours du gouvernement populaire, les travailleurs en faisaient partie. La CUT joua alors un rôle d'une énorme importance. Beaucoup de ses dirigeants ont occupé des postes clés dans la direction du pays. Ils étaient même ministres.

Au cours de cette période, les travailleurs ont réalisé des réalisations importantes, sans recourir à des conflits. Il n'y avait pas de contradictions entre eux et leur gouvernement. Allende a accordé la pleine légalité à la CUT.

Les 30 et 31 mai 1972, des élections directes ont eu lieu dans tout le pays pour élire le Conseil national de direction de la CUT. Ils ont montré le soutien majoritaire des travailleurs au gouvernement populaire et le peu d'influence que les positions d'ultra-gauche avaient sur eux.

Ministre du gouvernement populaire

 LUIS FIGUEROA, LE CARDINAL RAÚL SILVA,
 PERSONNE  NON IDENTIFIÉ

Pendant le gouvernement populaire dirigé par Salvador Allende, Luis Figueroa a été ministre du Travail et de la Prévoyance sociale entre novembre 1972 et juillet 1973.

Après le coup d'État militaire de 1973, l’ambassade de Suède l’a protégé. En 1974, il s'exile en Suède. Il a occupé le poste de Président du Comité Extérieur de la CUT (CEXCUT) jusqu'à sa mort.

Victime d'une longue maladie, Luis Figueroa Mazuela est décédé à l'hôpital Sabbastberg de Stockholm le 7 septembre 1976, à l'âge de 54 ans.

Le 12 septembre au syndicat des travailleurs du graphisme en Suède, dans un événement sans précédent, le mouvement syndical mondial lui a rendu hommage, avec la participation des confédérations syndicales internationales FSM, CIOLS, CMT, CPUSTAL et les fédérations professionnelles des confédérations mondiales indiquées.

Le mardi 21 septembre, il a été enterré au cimetière de Skogskyrkogården au sud de la ville de Stockholm. Sa dépouille a été rapatriée au Chili et ses funérailles ont eu lieu le 12 novembre 1988.

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RÉFÉRENDUM 4S 2022 
« J'APPROUVE »

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21 juin, 2022

FÊTE DE LA MUSIQUE 2022

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DESSIN PLANTU


FÊTE DE LA MUSIQUE 
1982 - 21 JUIN - 2022 
- 40 ANS -


AFFICHE 2022 / C) VINCENT PERROT

LA GAUCHE ÉCRIT L’HISTOIRE EN COLOMBIE

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PHOTO MAURICIO DUENAS CASTANEDA

Présidentielle Gustavo Petro et sa colistière Francia Marquez obtiennent 50,44 % des voix face au millionnaire Rodolfo Hernandez. Un séisme politique qui dépasse largement les frontières du pays caporalisé par Washington. 

par Lina Sankari

PHOTO LUISA GONZALEZ

Et soudain, l’explosion de joie. Sous la pluie, des milliers de Colombiens ont déferlé dans les rues de Bogota au son des tambours afin de célébrer la victoire historique de la gauche à la présidentielle. Une première depuis l’indépendance, un basculement pour ce pays de 50 millions d’habitants parmi les plus inégalitaires au monde. Sur la tour Colpatria, haute de 196 mètres, siège de la banque du même nom, le visage du vainqueur : Gustavo Petro. D’aucuns y verront un symbole.

Lire aussi : COLOMBIE : VICTOIRE HISTORIQUE DE GUSTAVO PETRO, PREMIER PRÉSIDENT DE GAUCHE DE L’HISTOIRE DU PAYS

Le séisme politique dépasse largement les frontières du pays, jusqu’alors caporalisé par les États-Unis et acteur des tentatives de déstabilisation des gauches du sous-continent, notamment de son plus proche voisin, le Venezuela.

L’ex-guérillero et sénateur, qui représente la coalition du Pacte historique, devance de peu (50,44 %) le millionnaire outrancier, officiellement sans parti, mais main dans la main avec l’extrême droite, Rodolfo Hernandez (47,31 %), les 2,3 % restants étant des bulletins blancs. 

PHOTO ZURIMAR CAMPOS
Le magnat de l’immobilier, qui a mené l’essentiel de sa campagne  sur les thèmes du « dégagisme » à partir du réseau social favori des jeunes, TikTok, a immédiatement reconnu sa défaite sur Facebook. Le score – serré – laisse néanmoins entrevoir une société fortement bipolarisée, prétexte à une opposition parlementaire systématique. 

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION 
4S 2022 
« J'APPROUVE »

Une campagne électorale sous vives tensions 

Le président sortant, Iván Duque (Centre démocratique), qui a plongé la droite dans une déroute sans précédent, la privant de second tour, a lui aussi joué la carte de la démocratie, en appelant Gustavo Petro pour le féliciter :  « Nous sommes convenus de nous rencontrer dans les prochains jours pour entamer une transition harmonieuse, institutionnelle et transparente. »  Sa déclaration, toutefois, ne lève pas totalement l’hypothèse de la violence armée et d’une agitation provoquée dans la rue par les pans les plus extrémistes. Pour mémoire, la campagne électorale s’est déroulée sous vives tensions : Gustavo Petro et sa colistière afro-colombienne, Francia Márquez (lire son portrait ci-contre), ont fait face à des menaces de mort des groupes paramilitaires, les empêchant de mener campagne dans certaines régions ou les obligeant à prendre la parole derrière des boucliers balistiques.

La participation qui s’établit à 58 % est, quant à elle, la plus haute enregistrée depuis le début du millénaire. « Le gouvernement qui entrera en fonction le 7 août sera celui de la vie, de la paix, de la justice sociale et de la justice environnementale ! » a lancé Gustavo Petro à la foule de ses partisans. Candidat pour la troisième fois, le sénateur est loin d’être un novice. Il a patiemment construit son image de premier opposant aux présidents de droite successifs, théorisant la « parapolitique », c’est-à-dire les relations entre les conservateurs et les milices chargées de liquider adversaires politiques et syndicaux.

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION  4S 2022
« J'APPROUVE »

Porté par le mouvement social de 2021, Gustavo Petro a pour lui la construction d’une dynamique sociale et l’agrégation d’un pan de la jeunesse qui, pour l’heure, tournait le dos aux urnes. Ils étaient nombreux à se joindre à la liesse, dimanche soir, dans les rues de la capitale. L’écologiste Francia Marquez n’y est pas étrangère. Dans un pays où le racisme est exacerbé, où la transition née des accords de paix de 2016 avec les Farc a été torpillée par le pouvoir, la candidate à la vice-présidence est parvenue à lier ces questions à celles de justice sociale, climatique et d’égalité de genre. « Nous avons franchi un pas important. Nous avons un gouvernement du peuple, un gouvernement des gens qui vont à pied, un gouvernement pour ceux qui ne sont rien. (…) Ensemble, nous allons réconcilier cette nation, dans la joie et la paix. Je suis la première femme afro-descendante vice-présidente de Colombie », a-t-elle insisté, dimanche soir. Ils pourront compter sur le deuxième groupe politique à la Chambre des représentants et une position dominante au Sénat, à égalité de sièges toutefois avec le parti conservateur.

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION  4S 2022
« J'APPROUVE »

Une victoire qui intéresse toute l’amérique latine

L’ensemble du spectre de la gauche latino-américaine a mesuré le bouleversement que constituait la victoire du Pacte historique pour le sous-continent. Ainsi en va-t-il du président vénézuélien Nicolas Maduro : « Des temps nouveaux se profilent à l’horizon pour ce pays frère », a-t-il apprécié. Si le président péruvien Pedro Castillo a assuré le « soutien » de son pays à son «frère Gustavo », le président chilien Gabriel Boric a, quant à lui, mis l’accent sur les possibilités offertes en termes d’intégration régionale : « Je suis heureux pour l’Amérique latine ! Nous travaillerons ensemble pour l’unité de notre continent face aux défis d’un monde qui change rapidement. En avant ! » Même tonalité du côté de l’Argentine, où le président Alberto Fernández, qui, dans le sillage de la guerre russo-ukrainienne, a effectué dans l’urgence une tournée européenne, a insisté sur les « temps qui exigent la solidarité maximale entre les peuples frères » alors que, d’avril 2021 à avril 2022, l’inflation a dépassé 58 % dans le pays. Tous ont désormais les yeux tournés vers le Brésil, qui pourrait, à la faveur de la présidentielle de cet automne, lui aussi consacrer le retour de la gauche. 

gustavo petro 

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION  4S 2022
« J'APPROUVE »


FRANCE / APRÈS LE SÉISME

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DESSIN BART VAN LEEUWEN

Décidément, le destin est taquin. Il nous aura manqué au total seize mille voix dans le pays entre les diverses circonscriptions pour avoir la majorité relative devant les macronistes. Nous avons réuni plus de six millions de voix et le RN seulement trois millions mais il gagne 55 % des duels avec nous. Bien sûr, l’essentiel est ailleurs. Il est dans la gifle monumentale que reçoit le pouvoir macroniste mis en déroute électorale totale. Le parti présidentiel défait dans l’election qui suit l’élection du président, c’est la première fois dans l’histoire de la Cinquième République. Mais on n’est plus sous De Gaulle qui s’en allait pour un « non » à son référendum biscornu. Dorénavant, ça s’accroche dans tous les cas. Quoiqu’il en coûte au pays.

Jean-Luc Mélenchon

DESSIN JEAN-BAPTISTE
ZAPPETTI AKA ZAP

Et cette fois ci, le prix à payer est sévère. Sur le papier, dans la forme démocratique usuelle, le pays est ingouvernable. Il faut prendre ce mot au pied de la lettre. Le pays ne peut pas être gouverné. Ce n’est pas une appréciation subjective. C’est une réalité. Pourquoi ? Si la Première ministre se présente devant l’Assemblée et demande un vote de confiance comme c’est l’usage en démocratie, elle ne trouvera pas une majorité de députés pour la lui accorder. En effet ni la NUPES, ni les Républicains, ni le Rassemblement National ne voteront la confiance. Notons que la Constitution n’oblige pas à faire ce vote. Supposons que madame Borne décide de s’en passer, selon le souhait des « Républicains » comme l’a annoncé son président Christian Jacob.

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION  4S 2022
« J'APPROUVE »

Supposons qu’elle décide de gouverner du seul fait du prince, sans vote de l’Assemblée. Ou que les députés «Les Républicains» la laisse faire mais décident de s’abstenir pour laisser une majorité relative au vote favorable. Commencerait alors le supplice du goutte à goutte. Vote après vote amendement après amendement, le gouvernement dépendra des uns ou des autres. Comme je l’avais annoncé en fermant la campagne des législatives sur les bords du canal Saint Martin avec Julien Bayou, c’est le retour de la Quatrième République dans la Cinquième.

Macron est l’homme du chaos permanent. Un chaos durable. En effet, comme le pouvoir ne peut gouverner faute de LR et pour ne pas dépendre que du seul bon vouloir de ce parti, la macronie doit chercher du côté du RN des accointances utiles. En échange de quoi ? C’est sans doute ce qui explique les mots doux des macronistes à l’égard de leurs nouveaux amis lepenistes. Et cela ne sera jamais sans contrepartie. On vu a quelle vitesse les macronistes ont intronisé le RN « premier parti d’opposition ». Olivia Grégoire, porte parole du gouvernement a aussitôt distribué elle-même la consigne de langage venue du sommet « La NUPES étant un rassemblement de partis, le réel premier parti d’opposition c’est le Front National… ». Une reprise pure et simple de l’argument qui avait servi à empêcher l’étiquetage NUPES jusqu’à ce que le Conseil d’État nous donne raison. Le soir même, la télé gouvernementale et le service politique de France 2 ainsi que les diverses chaînes du groupe reprenaient à leur compte la consigne macroniste. Flagrant délit de reconstitution de monde dissout. Tel est le bilan du roi des castors qui appelait naguère à gros sanglots à faire «barrage au front national».

Toute la presse non gouvernementale pour une fois se gausse de ce masque tombé au hasard d’un faux mouvement électoral. Car la famille des Castors vient de prouver qu’elle fait élire les candidats du RN quand l’occasion s’en présente. « Plutôt Hitler que le front populaire » dirait-on au point Godwin sur le sujet, par référence à la période de l’étrange défaite. En tous cas dans 55% des cas de duel entre RN et NUPES, l’extrême droite l’emporte parce que 76% des électeurs macronistes laissent faire. Aurore Bergé n’a-t-elle pas dit : «  On avait des cas où c’était compliqué de définir qui était le candidat le plus républicain. Regardez un duel entre François Ruffin et le RN ». Donc ils ne s’en dédisent pas. C’est bien leur droit. Mais alors que valaient les leçons de morale du passé si récent ? Ne s’ébahit que l’ignorant s’il ne s’est pas intéressé au monde tel qu’il est devenu au cours de la décennie. Tous les donneurs de leçons de morale que furent les libéraux finissent dans le giron des pires. Désormais voici les Français engagés sur la pente glissante qui part du tarmac et finit dans l’imitation politique du trumpisme. Comme en Pologne, comme en Hongrie, les chefs libéraux d’hier sont devenus cette variété d’« illibéraux », mués en autoritaires et réactionnaires grand teint en froid avec les liberté individuelles et les droits fondamentaux. Macron est sur cette pente depuis des mois avec vingt-et-une lois de restrictions des libertés en cinq ans dont la fameuse loi de suspicion des musulmans dites « loi séparatisme ». Et le rustique Dupont-Moretti fut bien direct sur ce plateau de télé en présentant l’idée « d’avancer ensemble avec le RN à l’Assemblée ».  Mais il n’est pire aveugles que ceux qui ne veulent pas voir.

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION  4S 2022
« J'APPROUVE »
De toute façon, la difficulté c’est juste de savoir quels principes animent désormais l’homme qui préside le pays. À cette heure, il vient de perdre la légitimité parlementaire de gouverner. Et il ne peut pas se représenter à sa propre fonction. Cela signifie que la guerre de succession est commencée dans sa famille politique recomposée et compliquée. Les surenchères droitières vont aller bon train. En résumé il y a péril de droitisation extrême d’un régime aux abois. Le macronisme est le nom du naufrage moral dans lequel le pays est engagé. Le pli est pris depuis des mois. La double élection présidentielle et législative faussée par les dérobades et les manipulations ont opéré un franchissement de seuil. Le moment dangereux commence. Nous devons donc être en alerte. Le chaos resultant de la défaite de Macron ouvre la voie à tous les dégoûts et assemblages opportunistes possibles. Ce serait le pire pour notre pays.

C’est la raison pour laquelle, alors même que je n’ai aucune responsabilité désormais, je me suis permis de faire une proposition. Une situation nouvelle est là depuis que nous connaissons les résultats definitifs. Je crois que nous devons être et rester une alternative unie. Autrement dit, la NUPES devrait se constituer comme un seul groupe au Parlement, de manière à ce que sans aucune discussion possible, il soit établi qu’elle reste l’alternative d’opposition dans le pays. Il faut montrer que nous sommes prêts à tout moment, y compris s’il y a de nouvelles élections, à présenter la candidature de la NUPES. Je pense que c’est un élément de clarification, un repère stable et d’ordre qui est là disponible face au chaos qui s’avance. C’est une proposition. Je ne veux pas abuser de ma position aujourd’hui et donc ce n’est pas une injonction. C’est une proposition. Certes ce n’était pas prévu par nos accords qui instituaient seulement un intergroupe. Mais si nous le faisions, nous serions aussi conformes à notre engagement auprès de ceux qui ont voté pour nous.

Attention, je ne propose pas la fusion des partis ni leur dissolution d’une façon ou d’une autre. Car naturellement, ça n’empêcherait pas chaque parti d’avoir une délégation parlementaire organisée distinctement. Au Parlement européen chacun fonctionne de cette façon : un groupe commun mais des délégations nationales ou partidaires distinctes. Mathilde Pannot a complété cette idée en proposant une présidence tournante de ce groupe commun. Il est vrai que les partis perdraient à cette occasion quelques moyens matériels. Mais c’est un inconvenient dérisoire par rapport à l’enjeu politique. Dès lors que nous déclarerions un groupe, sans aucune discussion possible, l’opposition s’appellerait NUPES.

Ma proposition est celle de quelqu’un qui n’a à cet instant plus rien en jeu pour lui-même : ni titre, ni fonction, ni autre autorité que celle qu’on veut bien accorder à une parole politique. Mon objectif est moral et philosophique. On ne peut pas laisser recommencer la manoeuvre qui veut donner à l’extrême-droite un brevet comme celui que les macronistes veulent lui donner en laissant croire que c’est par obligation démocratique. C’est ce qu’a fait l’ancien ministre des Relations avec le Parlement actuel, ministre de l’Agriculture chimique, le sieur Marc Fesneau, à propos de la commission des Finances. « Le RN à la tête de la commission des finances ? Bien sûr que cela me choquerait mais la Constitution s’impose ». Double ironie de l’histoire. La Constitution est muette sur le sujet.  Et Marc Fesneau est membre du MoDem dont le président monsieur Bayrou refusait que la NUPES préside cette même commission des Finances en raison du danger que cela représentait. Tels sont les éléments que je voulais faire connaitre pour expliquer et, si je le peux, relancer ma proposition dans le cas où elle aurait été mal comprise ou mal interprétée.

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LA COLOMBIE DE LA PAIX

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PHOTO ROBERT BONET

Avec l'élection de Gustavo Petro, la Colombie a donc basculé à gauche, dans le sillage du mouvement réformiste qui se dessine de plus en plus nettement sur le continent sud-américain.
Les moments de grâce existent en politique. Ils permettent de continuer à y croire. Leur simple existence constitue une victoire en elle-même. « Le gouvernement qui entrera en fonction le 7 août sera celui de la vie, de la paix, de la justice sociale et de la justice environnementale. » Cette phrase, inouïe en Colombie, sort de la bouche du premier président de gauche élu dans ce pays. Elle a été prononcée le 19 juin par Gustavo Petro. Le leader de la coalition du Pacte historique est ainsi parvenu à briser deux siècles d’hégémonie partagée entre conservateurs et libéraux. Cette imprenable forteresse de droite, profondément verrouillée par le clientélisme, aura engendré une dizaine de guérillas d’extrême gauche à partir des années 1960. Dont la plus importante, les Farc, détient un record de résilience dans l’histoire. L’accord de paix qu’elle a signé en 2016 avec le gouvernement colombien mettait fin à un conflit que l’ONU a qualifié de « plus grande catastrophe humanitaire de l’hémisphère occidental » : 260 000 morts, 45 000 disparus et 6 millions de déplacés.

Le parcours de Gustavo Petro rappelle celui de Dilma Rousseff au Brésil. Est-ce un hasard alors que le continent était plongé dans la nuit de sinistres dictatures : inspiré par la théologie de la libération, il fut membre du M-19, petite guérilla urbaine qui a déposé les armes en 1990. Arrêté, torturé. Engagé en politique, député, sénateur, maire de Bogotá. C’était sa troisième présidentielle. Avec 50,4 % des voix, il bat Rodolfo Hernández (47,3 %), magnat grossier, sexiste et… indépendant. L’immuable duo conservateur-libéral a été éliminé dès le premier tour !

La Colombie a donc basculé, dans le sillage du mouvement profondément réformiste qui se dessine de plus en plus nettement sur le continent sud-américain. Si le parcours et la génération de Petro le distinguent du jeune président chilien, Gabriel Boric, son programme est d’inspiration similaire : très social et démocratique, écologique, opposé à l’extractivisme, féministe, défenseur des minorités de genre et des groupes ethniques opprimés. À la figure d’Elisa Loncón, Mapuche qui préside la Convention constitutionnelle chilienne, répond celle de l’écologiste afro-colombienne Francia Márquez, militante des droits humains et désormais vice-présidente de la Colombie. Et s’il fallait encore trouver une raison à la volonté de changement du peuple colombien, elle tiendrait dans la promesse de Petro de construire « un grand accord national et la paix intégrale », quand son prédécesseur, Iván Duque, pur produit de la droite dure, s’est appliqué à diviser le pays et à effriter l’accord de 2016 avec les Farc, laissant craindre le retour des armes. Un risque qui tétanise les Colombiennes.


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20 juin, 2022

COLOMBIE : VICTOIRE HISTORIQUE DE GUSTAVO PETRO, PREMIER PRÉSIDENT DE GAUCHE DE L’HISTOIRE DU PAYS

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PHOTO FERNANDO VERGARA / AP

L’ex-guérillero Gustavo Petro a obtenu 50,44 % des voix au second tour de la présidentielle, dimanche, face à l’indépendant Rodolfo Hernandez.
 
PHOTO JUAN BARRETO / AFP

Pour la première fois de toute son histoire, la Colombie a élu dimanche 19 juin un président de gauche. Gustavo Petro, 62 ans, a remporté le second tour du scrutin, avec 50,44 % des voix. Son adversaire, le riche homme d’affaires et candidat indépendant Rodolfo Hernandez, en a recueilli 47,31 %, selon les résultats provisoires annoncés dans la soirée. La participation a été de 58 %, un record depuis 1997. Si la victoire de M. Petro est historique, celle de sa vice-présidente Francia Marquez, une afro-descendante, féministe et écologiste, ne l’est pas moins. M. Gustavo Petro succédera à Ivan Duque le 7 août.


À la tête d’une coalition dite Pacte historique, Gustavo Petro était candidat pour la troisième fois. Economiste de formation, il a appartenu dans sa jeunesse à la petite guérilla urbaine du M-19, qui a déposé les armes en 1990. Gustavo Petro a été depuis député, sénateur, maire de Bogota et de nouveau sénateur. Tout au long de la campagne présidentielle, la droite – qui a rallié M. Rodolfo pour le second tour – n’a pas manqué de rappeler le passé guérillero de M. Petro.


« Le gouvernement qui entrera en fonction le 7 août sera celui de la vie, de la paix, de la justice sociale et de la justice environnementale », a lancé M. Petro, dimanche soir, sur la scène du Movistar, une grande salle de spectacle de Bogota, devant ses partisans en liesse. Le futur chef de l’État était entouré de ses proches, de la future vice-présidente et de nombreuses militantes.

« Réconcilier cette nation »

PHOTOMONTAGE SR. GARCÍA
Sur Twitter, Francia Marquez a dédié sa victoire « aux anciens, aux femmes, aux jeunes, aux personnes LGBTIQ+, aux indigènes, aux paysans, aux victimes, à [s]on peuple noir, à ceux qui ont résisté, à ceux qui ne sont plus là, à toute la Colombie ». Au micro, elle s’est félicitée de l’arrivée « d’un gouvernement du peuple, un gouvernement des gens qui vont à pied, un gouvernement pour ceux qui ne sont rien ». Et de conclure, « ensemble, nous allons réconcilier cette nation, dans la joie et la paix ».

« Il n’y aura que respect et dialogue », a promis M. Petro, qui, dès avant son élection, avait appelé de ses vœux un grand accord national pour tirer le pays de la crise et consolider la paix. Il avait reçu entre les deux tours le soutien de plusieurs personnalités centristes, qui défendent l’accord de paix signé en 2016 avec la guérilla marxiste des FARC et sabordé en partie par le gouvernement d’Ivan Duque. « Les partisans de Rodolfo Hernandez pourront venir dialoguer avec nous quand ils veulent, a insisté M. Petro. L’opposition, quelle qu’elle soit, sera toujours la bienvenue. » Le président élu, qui a promis de faire de la Colombie «une puissance de vie, en tête de la lutte contre le changement climatique », a également tenté de tranquilliser les chefs d’entreprise : « Nous allons développer le capitalisme. Non que le système nous plaise, mais parce que nous devons sortir du féodalisme et entrer dans la modernité. » Son discours conciliant n’a pas convaincu tous ses adversaires.

Depuis plusieurs jours, les responsables politiques et les observateurs craignaient un résultat serré, porteur de troubles. Toute la journée, des rumeurs de fraude ont circulé, entretenant la tension. Mais les résultats sont tombés très vite. Cinquante minutes après la fermeture des bureaux de vote, les partisans de Gustavo Petro ont pu commencer à célébrer la victoire.

Réduire les inégalités

« Comment dire le bonheur que nous ressentons, déclare Selma Asprilla, une militante de gauche fondant en larmes à l’annonce des résultats. Après tant d’années de lutte, tant de compagnons assassinés, tant de douleur, nous avons ce soir le droit de croire qu’une autre Colombie est possible, une Colombie généreuse et en paix ! » À ses côtés, Martin (il n’a donné que son prénom), 24 ans, dit lui aussi sa joie en reprenant le slogan de campagne de Francia Marquez : « Nous allons enfin vivre savoureusement.» Il explique : vivre savoureusement, « c’est manger à sa faim, travailler et faire attention aux autres ».

Alors que la fin de la campagne avait été particulièrement tendue, la victoire de Gustavo Petro a été accueillie dans le calme. Rodolfo Hernandez a immédiatement reconnu sa défaite. Dans une intervention de trois minutes, prononcée de son domicile dans la ville de Bucaramanga, M. Hernandez a souhaité que Gustavo Petro « sache diriger le pays, qu’il soit fidèle à ses discours contre la corruption et qu’il ne déçoive pas ceux qui lui ont fait confiance ».

Le président Ivan Duque a lui aussi très rapidement félicité Gustavo Petro. Plusieurs personnalités de droite, dont l’ancien président Alvaro Uribe (2002-2010) – ennemi juré de Gustavo Petro –, plusieurs grands patrons et tous les présidents d’Amérique latine ont suivi.

Personne ne doute que Gustavo Petro, qui n’a pas de majorité acquise au Congrès et devra compter avec l’opposition féroce d’une partie de la droite et les réticences de l’armée, affrontera de grandes difficultés. La Colombie se doit en effet de réduire les inégalités sociales, alors que la pandémie de Covid-19 a encore augmenté la pauvreté, que l’inflation est à la hausse, que l’insécurité urbaine progresse et que, dans les zones rurales, les groupes armés recrutent. Mais la démocratie colombienne a donné, dimanche, une leçon de maturité. Passé minuit, les chants de victoire et les klaxons joyeux s’éteignaient doucement dans la nuit fraîche de Bogota.