04 janvier, 2026

VENEZUELA : CARTOGRAPHIER LES RÉACTIONS INTERNATIONALES À L’OPÉRATION MILITAIRE ORDONNÉE PAR DONALD TRUMP


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VENEZUELA : CARTOGRAPHIER LES RÉACTIONS INTERNATIONALES
À L’OPÉRATION MILITAIRE ORDONNÉE PAR DONALD TRUMP

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Le Grand Continent
Études Géopolitique de Donald Trump / Quelques heures après les frappes américaines au Venezuela, la plupart des pays ont appelé à la retenue. / Neuf pays ont condamné l’attaque américaine au Venezuela et la capture de Maduro. / Une carte exclusive régulièrement mise à jour. / Date 3 janvier 2026 / Venezuela : cartographier les réactions internationales à l’opération militaire ordonnée par Donald Trump

Le Grand Continent

Neuf pays ont jusqu’ici condamné l’attaque américaine au Venezuela et la capture de Maduro : la Chine, le Bélarus, le Brésil, le Mexique, le Chili, Cuba, la Colombie, qui a annoncé le déploiement de troupes à la frontière avec le Venezuela ; l’Iran, qui fait face à des contestations massives et que Donald Trump a mis en garde hier, le 2 janvier, parlant d’une intervention américaine si le régime réprime les manifestations ; et la Russie.

TRUMP ATTAQUE LE VENEZUELA ET KIDNAPPE MADURO ! / @MINTPRESS
DESSIN CARLOS LATUFF 


► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR  

La Chine, premier importateur mondial de pétrole vénézuélien, s’est dite « profondément choquée » et « condamne fermement le recours flagrant à la force par les États-Unis contre un État souverain et les mesures prises à l’encontre de son président. Ces actes hégémoniques des États-Unis constituent une grave violation du droit international et de la souveraineté du Venezuela, et menacent la paix et la sécurité en Amérique latine et dans les Caraïbes. La Chine s’y oppose fermement. Nous appelons les États-Unis à respecter le droit international et les buts et principes de la Charte des Nations unies, et à cesser de violer la souveraineté et la sécurité d’autres pays ».

  • Pékin avait condamné la saisie des pétroliers après l’instauration du blocus américain, le 17 décembre.

De la Russie au Brésil, qui condamne l’attaque ?

Le président colombien Gustavo Petro a été parmi les premiers à réagir en publiant dans la matinée un message sur X : « En ce moment même, ils bombardent Caracas. Alerte au monde entier, ils ont attaqué le Venezuela. Ils bombardent avec des missiles. »

  • Il  a annoncé plus tard dans la matinée que les forces armées colombiennes étaient déployées à la frontière avec le Venezuela et qu’un soutien supplémentaire serait apporté « en cas d’afflux massif de réfugiés ».
  • Cuba a également publié un communiqué : « Cuba condamne et exige de toute urgence une réaction de la communauté internationale contre l’attaque criminelle des États-Unis contre le Venezuela. Notre zone de paix est brutalement agressée. »
  • Allié traditionnel de Caracas, La Havane est fortement tributaire des livraisons de pétrole vénézuélien à bas prix pour son approvisionnement domestique, le pétrole brut vénézuélien couvrant environ 40 % des besoins d’importation de pétrole du pays.

Miguel Díaz-Canel Bermúdez @DiazCanelB

#Cuba denuncia y demanda URGENTE reacción de la comunidad internacional contra criminal ataque de E.U a #Venezuela. Nuestra #ZonaDePaz está siendo brutalmente asaltada. Terrorismo de Estado contra el bravo pueblo venezolano y contra Nuestra América.

Patria o Muerte ¡Venceremos!

8:52 AM · 3 janv. 2026

  • Le ministère iranien des Affaires étrangères a également fermement condamné l’attaque « militaire américaine contre le Venezuela et la violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du pays » et réaffirmé « le droit inhérent du Venezuela à défendre sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale».
  • L’Iran se retrouve dans une position particulièrement délicate, alors qu’un important mouvement de protestation a débuté lundi 29 décembre contre l’inflation et la perte de pouvoir d’achat. Hier, le 2 janvier, Donald Trump a mis en garde Téhéran : « Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir ». 

La Chine, principal importateur de pétrole vénézuélien a fermement condamné l’opération. Pékin avait aussi condamné le blocus naval, le ministère chinois des Affaires étrangères dénonçant la saisie de navires comme une « violation grave du droit international » et affirmé que le Venezuela avait le droit de développer de manière indépendante une coopération mutuellement bénéfique avec d’autres pays, et que Pékin soutenait Caracas dans la « défense de ses droits et intérêts légitimes ».

CAPTURE D’ÉCRAN

  • Des responsables chinois ont été reçus hier, 2 janvier à Caracas. 
  • Selon l’agence de presse nationale Xinhua, la Chine a déconseillé à ses citoyens de se rendre au Venezuela dans un avenir proche.

Ailleurs en Amérique latine, le président sortant du Chili Gabriel Boric a condamné l’opération.

CAPTURE D’ÉCRAN

  • Son successeur élu à la présidence, l’allié de Milei et de Bukele José Antonio Kast s’est félicité de la capture de Maduro.

CAPTURE D’ÉCRAN

  • Claudia Sheinbaum, la présidente du Mexique a également condamné l’intervention : « L’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies prévoit textuellement : ‘Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou d’employer la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies.’ »

  • Le président brésilien Lula a également condamné fermement l’opération américaine : « Cette action rappelle les pires moments d’ingérence dans la politique latino-américaine et caribéenne et menace la préservation de la région en tant que zone de paix. »
  • Le Brésil se dit « disposé à promouvoir le dialogue et la coopération ».

CAPTURE D’ÉCRAN

Par un communiqué du ministère des Affaires étrangères, la Russie de Poutine a également condamné « l’agression » américaine et réaffirmé : « sa solidarité avec le peuple vénézuélien et [son] soutien pour sa politique de défense des intérêts et de la souveraineté du pays ».

  • Moscou a également demandé des éclaircissements quant au sort de Maduro : « Nous sommes extrêmement alarmés par les informations selon lesquelles le président vénézuélien, Nicolas Maduro, et son épouse auraient été emmenés de force hors du pays à la suite de l’agression aujourd’hui par les États-Unis. »
  • Le Bélarus a également condamné l’attaque. Le ministère des Affaires étrangères bélarusse a déclaré que « l’agression armée » des États-Unis constituait une « menace directe » pour la paix et la sécurité internationales et réaffirmé son « soutien sans faille au gouvernement du Venezuela».

CAPTURE D’ÉCRAN

Les soutiens à l’opération militaire de Trump

L’Argentine est le principal pays de la région qui a apporté un soutien explicite à l’opération. 

  • Le président argentin Javier Milei a célébré la capture de Nicolás Maduro déclarant sur X : « La liberté progresse. »
  • Le président de l’Équateur a aussi exprimé son soutien déclarant que la structure des « narco-criminels chavistes » s’effondrerait à travers le continent et exprimant son soutien aux leaders de l’opposition vénézuélienne Edmundo Gonzalez et Maria Corina Machado. 
  • Israël a « salué » l’opération, ajoutant que le président Trump « a agi en tant que leader du monde libre ».

CAPTURE D’ÉCRAN

  • En Europe, la République de Kosovo a également exprimé son soutien à l’opération militaire américaine tout comme l’Italie : « Conformément à la position historique de l’Italie, le gouvernement estime que l’action militaire extérieure n’est pas la voie à suivre pour mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère en même temps comme légitime une intervention de nature défensive contre les attaques hybrides contre sa propre sécurité, comme dans le cas d’entités étatiques qui alimentent et favorisent le trafic de drogue ».

CAPTURE D’ÉCRAN

Les appels à la désescalade et à « surveiller » la situation

En Europe, l’Union, par la voix de la Haute représentante Kaja Kallas, a déclaré « surveiller de près » la situation et a appelé à la retenue. 

CAPTURE D’ÉCRAN

  • Le président du Conseil européen, Antonio Costa a également déclaré : « Je suis la situation au Venezuela avec une grande inquiétude. L’Union européenne appelle à la désescalade et à une résolution dans le plein respect du droit international et des principes consacrés par la Charte des Nations unies. L’Union européenne continuera de soutenir une solution pacifique, démocratique et inclusive au Venezuela. Nous soutenons les efforts de la haute représentante et vice-présidente Kaja Kallas, en coordination avec les États membres, afin d’assurer la sécurité des citoyens européens dans le pays. »
  • Ursula von der Leyen a aussi publié une réaction : « Nous suivons de très près la situation au Venezuela. Nous sommes solidaires du peuple vénézuélien et soutenons une transition pacifique et démocratique. » « Toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies. »

Cette expression (closely monitoring) est celle qui revient le plus dans les déclarations des Européens. 

  • La Belgique affirme ainsi : « La situation est suivie de près, en coordination avec nos partenaires européens. »
  • Les Pays-Bas déclarent surveiller la situation et être en contact avec leur ambassade au Venezuela. 
  • Ces déclarations prudentes contrastent avec la présence néerlandaise dans la région, plusieurs îles au large des côtes vénézuéliennes constituant des municipalités spéciales au sein de l’État des Pays-Bas.
  • Les îles d’Aruba et de Curaçao accueillent notamment des Cooperative Security Location (CSL) américaines qui, si elles ne sont pas à proprement parler des bases militaires, pourraient être utilisées pour du soutien logistique ou opérationnel dans la région — à moins de 100 kilomètres du territoire vénézuélien.
  • En tant qu’alliés des États-Unis au sein de l’OTAN, la présence de ces « relais » des Pays-Bas dans la région est suivie avec une attention particulière.

CAPTURE D’ÉCRAN

  • La Pologne déclare être en train de vérifier le nombre de ses ressortissants se trouvant au Venezuela. 
  • Le ministère italien des Affaires étrangères a quant à lui mis en place une cellule de crise. 

La France, par la voix de son Ministre des affaires étrangères a indiqué que « L’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international. La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir ».

CAPTURE D’ÉCRAN

  • Par la voix de Pedro Sanchez, l’Espagne a appelé à la désescalade : « Le droit international et les principes de la Charte des Nations unies doivent être respectés. » Madrid a également proposé de jouer le rôle de médiateur entre Caracas et Washington. 
  • Le Premier ministre britannique Keir Starmer a affirmé que le Royaume-Uni n’était « en aucune façon impliqué » dans l’opération. À la question de savoir s’il allait condamner l’attaque, il a répondu : « Je veux d’abord établir les faits. Je veux parler au président Trump. Je veux parler à nos alliés. » Il a poursuivi : « Comme vous le savez, je dis et je crois toujours que nous devons respecter le droit international. »
  • Trinité-et-Tobago a clarifié ne pas avoir participé à l’opération — alors que l’île avait apporté son soutien à l’armée américaine dans le cadre de sa campagne contre le trafic de drogue dans les Caraïbes.
m. trump, pirate des caraïbes 
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03 janvier, 2026

CAISSE DE RÉSONANCE

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TRUMP ATTAQUE LE VENEZUELA ET KIDNAPPE MADURO ! / @MINTPRESS
DESSIN CARLOS LATUFF 


Le Monde
Diplo
Caisse de résonance / L’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro enchante les défenseurs autoproclamés de la justice, de l’ordre et du droit à Buenos Aires et à Santiago.
DESSIN SERGIO LANGER

« Cest un dictateur qui tombe (…). Il s’agissait d’un narcoterroriste qui entretient des liens profonds avec, par exemple, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), avec Podemos. (…) Il a des alliances avec des ONG woke pour favoriser la gauche radicale dans le monde entier. »

M. Javier Milei (président argentin), LN+ (La Nación TV), 3 janvier 2026.

« La détention de Nicolás Maduro est une grande nouvelle pour la région. »



M. José Antonio Kast (président élu du Chili), X, 3 janvier 2026.

« La detención de Nicolás Maduro es una gran noticia para la región.

DESSIN BECS
Su permanencia en el poder, sostenida por un narcorégimen ilegítimo, expulsó a más de 8 millones de venezolanos y desestabilizó a América Latina a través del narcotráfico y el crimen organizado.

Maduro no es el Presidente legítimo de Venezuela, y desde ese país operan estructuras criminales y terroristas que amenazan gravemente la paz y la seguridad regional.

Ahora comienza una tarea mayor. Los gobiernos de América Latina debemos asegurar que todo el aparato del régimen abandone el poder y rinda cuentas; coordinar el regreso seguro y expedito de los venezolanos a su país; apoyar la recuperación de su sistema democrático; y avanzar en el combate regional efectivo contra el narcotráfico y el crimen organizado.

La democracia se defiende con convicción, coordinación y con el respeto irrestricto al Derecho Internacional. 3:17 PM · 3 janv. 2026 »

SUR LE MÊME SUJET :

PHOTO DE NICOLÁS MADURO MENOTTÉ, LES YEUX BANDÉS, PUBLIÉE PAR DONALD TRUMP

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Nicolás Maduro (©Donald Trump / Truthsocial) 

Par Rédaction Actu Publié le 3 janv. 2026 à 15h15 ; mis à jour le 3 janv. 2026 à 18h36

Donald Trump a publié samedi 3 janvier 2026 sur son réseau Truth social une photo de Nicolás Maduro, déclarant que le président vénézuélien se trouve à bord du navire de guerre USS Iwo Jima.

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Sur le cliché, Nicolás Maduro apparaît debout, menotté, vêtu d’un survêtement gris clair de la marque Nike, les oreilles recouvertes de ce qui semble être un casque antibruit et les yeux masqués.

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FRAPPES AMÉRICAINES AU VENEZUELA : DERNIERS DÉVELOPPEMENTS

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DES SOLDATS GARDENT LES ENVIRONS DU PALAIS PRÉSIDENTIEL DE MIRAFLORES
 APRÈS QUE DES EXPLOSIONS ET DES AVIONS VOLANT À BASSE ALTITUDE ONT ÉTÉ
ENTENDUS À CARACAS,  AU VENEZUELA, LE 3 JANVIER 2026.

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RT France
Frappes américaines au Venezuela : derniers développements / Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis ont mené une série de frappes contre des cibles militaires au Venezuela, provoquant de fortes explosions à Caracas et dans plusieurs zones du pays. Le gouvernement vénézuelien a dénoncé une agression étrangère et décrété l’état d’urgence, tandis que Trump a annoncé que Maduro a été capturé et exfiltré. [« Donroe »: le corollaire Trump à la doctrine Monroe] Fake news et violences contre Venezuela

« SOUTIEN AU PEUPLE VÉNÉZUÉLIEN CONTRE L’AGRESSION DE TRUMP !»
RASSEMBLEMENT / PLACE DE LA REPUBLIQUE / 3 JANVIER 2026 / 18h
FLYER LA FRANCE INSOUMISE

RT en français 30 déc. 2025, 15:04

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Moscou se dit « profondément préoccupé » et exige des clarifications sur le sort de Maduro Le ministère russe des Affaires étrangères s’est dit « profondément préoccupé » par les informations faisant état d’un possible enlèvement et transfert forcé hors du Venezuela du président Nicolás Maduro et de son épouse lors de l’opération militaire américaine. Moscou appelle à « clarifier immédiatement » la situation.

CAPTURE D'ÉCRAN

« Le gouvernement chilien exprime sa vive préoccupation et condamne les actions militaires des États-Unis au Venezuela et appelle à un règlement pacifique de la grave crise qui frappe le pays. / Le Chili réaffirme son attachement aux principes fondamentaux du droit international, tels que l'interdiction du recours à la force, la non-intervention, le règlement pacifique des différends internationaux et l'intégrité territoriale des États. / La crise vénézuélienne doit être résolue par le dialogue et le soutien du multilatéralisme, et non par la violence ou l'ingérence étrangère. »
TRUMP ATTAQUE LE VENEZUELA ET KIDNAPPE MADURO ! / @MINTPRESS
DESSIN CARLOS LATUFF 


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Moscou se dit « profondément préoccupé » et exige des clarifications sur le sort de Maduro 

Le ministère russe des Affaires étrangères s’est dit « profondément préoccupé » par les informations faisant état d’un possible enlèvement et transfert forcé hors du Venezuela du président Nicolás Maduro et de son épouse lors de l’opération militaire américaine. Moscou appelle à « clarifier immédiatement » la situation. 

Dans un communiqué, la diplomatie russe affirme que si le transfert forcé du chef de l’État vénézuélien était confirmé, il constituerait une « atteinte inacceptable à la souveraineté » du Venezuela et une violation des principes fondamentaux du droit international. La Russie souligne que le respect de la souveraineté des États est un principe clé de l’ordre international.

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01 janvier, 2026

M. TRUMP, PIRATE DES CARAÏBES

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Le Monde
Diplo
Janvier 2026, pages 1, 6 et 7, en kiosques / Cuba, Honduras, Venezuela, Washington à l’offensive / M. Trump, pirate des Caraïbes / La « doctrine Monroe » revient en force en Amérique latine, assortie d’un « corollaire Trump ». Objectifs des États-Unis : restaurer leur domination continentale, repousser l’influence chinoise, mettre la région au service des priorités intérieures définies par la Maison Blanche. Vassalisées, les droites locales gagnent du terrain, et jubilent. [« Donroe »: le corollaire Trump à la doctrine Monroe]

par Christophe Ventura   

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par Christophe Ventura • Lu par Anne Lenglet • 
LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
«M. TRUMP, PIRATE DES CARAÏBES»
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« Le Monde diplomatique » 

Il est responsable de plus de trois mille disparitions ou assassinats. Sous ses ordres, environ quarante mille personnes furent soumises à la torture ; certaines en portent encore les séquelles. Sans surprise, les portraits d’Augusto Pinochet étaient devenus rares au Chili depuis la fin de la dictature qu’il a imposée au pays de 1973 à 1990. Le 14 décembre 2025, ils firent néanmoins leur grand retour à Santiago pour célébrer la victoire à la présidentielle de M. José Antonio Kast, qui se revendique fièrement du général putschiste.

JOSÉ GAMARRA. — « EL PROGRESO DE UNA AYUDA » (LE PROGRÈS D’UNE AIDE), 1969 /
© ADAGP, PARIS, 2025 - GALERIE XIPPAS, PARIS, GENÈVE, PUNTA DEL ESTE

► À lire aussi :        AU HONDURAS, NASRY ASFURA REMPORTE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE GRÂCE AU SOUTIEN DE DONALD TRUMP

Il y a quatorze ans, pourtant, des étudiants s’emparaient des rues du Chili, au cours des plus importantes manifestations qu’avait connues le pays depuis le retour de la démocratie. Ils exigeaient une éducation « gratuite et de qualité », et plus largement la fin du modèle néolibéral inscrit dans la Constitution de 1980, héritée de la dictature. Eux aussi avaient leur icône, dont les portraits chamarraient les rassemblements : Salvador Allende, président socialiste du Chili, élu en 1970 et renversé par Pinochet. L’un des étudiants protestataires, M. Gabriel Boric, poursuivit sa carrière politique jusqu’à prendre la tête du pays, en 2022, sans cesser d’invoquer le nom d’Allende. Dans deux mois, le 11 mars 2026, M. Kast lui succédera.

LES PARTISANS DE JOSÉ ANTONIO KAST CÉLÈBRENT
SA VICTOIRE  À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
À SANTIAGO, AU CHILI, LE 14 DÉCEMBRE 2025.
PHOTO REINALDO UBILLA

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En 1973, la Maison Blanche avait soutenu le coup d’État de Pinochet : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions laisser un pays devenir marxiste simplement parce que sa population est irresponsable », avait alors justifié Henry Kissinger (1). Cinquante ans plus tard, le président américain se félicite de la victoire à la présidentielle chilienne de celui qu’il a « soutenu (2) ».

« Soutenu » ? Avant le retour au pouvoir de M. Trump, Washington n’affichait pas aussi crânement son parti pris dans les affaires du sous-continent. Mais la déclaration du président-milliardaire a peu surpris. L’Amérique latine a compris que l’actuel locataire de la Maison Blanche s’intéressait beaucoup à elle. « La démocratie [au Honduras] sera mise à l’épreuve lors des prochaines élections qui se tiendront le 30 novembre », s’alertait par exemple le président américain sur sa plate-forme Truth Social le 26 novembre dernier. La campagne électorale était pourtant close depuis trois jours, selon les règles fixées par le Conseil national électoral (CNE), mais M. Trump adressait aux millions d’électeurs honduriens une consigne de vote directe pour l’homme d’affaires conservateur Nasry « Tito » Asfura (Parti national), « l’ami de la liberté » (3).

Deux jours après son premier message, il précisait sa pensée, sous la forme d’une menace. Si son candidat remportait la présidentielle, les États-Unis lui accorderaient « tout leur soutien ». S’il ne gagnait pas l’élection, ils « ne [gaspilleraient] pas leur argent, car un mauvais dirigeant ne peut qu’entraîner des résultats catastrophiques pour un pays ».

Washington a concentré sa présence militaire en Amérique centrale au nord-ouest de Tegucigalpa, la capitale du Honduras, un pays qui dispose d’une façade caribéenne. La base aérienne de Soto Cano héberge la Joint Task Force - Bravo, un groupement conjoint entre les deux pays, qui mobilise en permanence plus de cinq cents soldats américains pour des missions théoriquement humanitaires, de formation sécuritaire et de lutte contre le trafic de drogue. Début 2025, la présidente de gauche Xiomara Castro avait menacé de mettre un terme à cette coopération pour protester contre la politique d’expulsion de migrants voulue par M. Trump, qui allait bientôt frapper des dizaines de milliers de ressortissants de la nation centre-américaine. D’où les messages vengeurs de M. Trump…

« À rien, à rien et à rien ! »

Au cas où certains Honduriens ne l’auraient pas bien compris, plus de 90 000 habitants — tous titulaires d’un compte bancaire national récepteur de remesas, ces fonds transférés par les migrants à leurs proches — reçoivent des messages sur leur téléphone entre le 27 et le 29 novembre. Un lien les redirige vers un contenu audio leur annonçant que, si Mme Rixi Moncada (du même parti que Mme Castro) est élue, ils ne recevront pas leurs remesas au mois de décembre. Au Honduras, plus d’un quart du produit intérieur brut (PIB) est constitué des envois d’argent effectués par les quelque deux millions de personnes installées sur le territoire nord-américain (4). Le 1er décembre 2025, c’est le miracle : donné perdant dans les sondages, l’« ami » de M. Trump est annoncé vainqueur par les autorités électorales — un résultat que les autres candidats ne reconnaissent pas.

Ce dernier est rassuré, lui qui tient Mmes Castro et Moncada pour des comparses de M. Nicolás Maduro et s’était alarmé que le président bolivarien « et ses narcoterroristes » puissent « s’emparer d’un autre pays comme ils l’ont fait avec Cuba, le Nicaragua et le Venezuela ». Depuis septembre 2025, les États-Unis concentrent la plus grande armada navale réunie dans la région depuis la crise des missiles à Cuba en 1962 (5). D’après le président américain, dont l’administration impose une guerre hybride à Caracas, les jours du dirigeant chaviste « sont comptés » (Politico, 9 décembre 2025). Sa chute entraînerait, espère-t-il, celle du « régime cubain ».

Aux sanctions financières et économiques qui asphyxient le Venezuela s’ajoute l’organisation d’une campagne de diabolisation médiatique contre M. Maduro — de fait contesté dans le pays comme dans la région. Désormais, Washington impose un blocus maritime pétrolier à Caracas. L’Agence centrale de renseignement (CIA) a été autorisée à mener des opérations secrètes en vue de potentielles interventions sur le territoire, et la marine américaine intensifie ses bombardements en mer contre des embarcations accusées de transporter de la drogue. Qualifiés d’« exécutions extrajudiciaires » par le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (6), ils ont déjà causé la mort de plus de cent personnes (au 18 décembre 2025).

Ces ingérences ne suscitent aucune récrimination dans les chancelleries occidentales, d’ordinaire promptes à traquer agressions militaires ou manipulations électorales, à condition qu’on puisse les attribuer à Moscou. La stratégie fonctionne. Avant le scrutin législatif argentin du 26 octobre, le président américain avait exercé un chantage économique et financier comparable à celui qui a « convaincu » les Honduriens : ou bien il déverserait financements et investissements sur Buenos Aires en cas de victoire du candidat de la Maison Blanche Javier Milei, ou bien il lâcherait le pays et lui compliquerait la vie — arrêt des aides bilatérales, augmentation des droits de douane, fermeture de l’accès au marché américain… Tandis que les sondages lui promettaient une victoire étriquée, l’allié libertarien de M. Trump a finalement remporté ces élections avec une confortable avance sur l’opposition péroniste.

Les instruments de pression ou de rétorsion de Washington contre les pays latino-américains, favorisant son redéploiement sur leurs territoires, sont nombreux. Souvent moins bruyantes que les immixtions politiques directes, les messages sur Truth Social ou les sanctions extraterritoriales (Cuba, Nicaragua, Venezuela), les mesures de répression commerciale de l’administration américaine tétanisent les États de la région. Tous cherchent dès lors à éviter les foudres de M. Trump et à « négocier », dans l’espoir d’obtenir un assouplissement ou une levée de tel ou tel droit de douane.

JOSÉ GAMARRA. — « LE GRAND LESSIVAGE », 1980 /
 © ADAGP, PARIS, 2025 - GALERIE XIPPAS, PARIS, GENÈVE, PUNTA DEL ESTE

Le Mexique, où les États-Unis menacent régulièrement d’intervenir au nom de la lutte contre le trafic de drogue, se voit imposer une taxe de 25 % sur ses exportations de produits qui ne font pas partie de l’accord commercial conclu par les deux pays et le Canada (AEUMC, ou USMCA en anglais), et de 50 % sur l’acier et l’aluminium. Le quotidien du gouvernement de Mme Claudia Sheinbaum consiste à déjouer les menaces de pénalités supplémentaires, proférées régulièrement par son voisin du Nord, pour divers motifs : lutte contre l’immigration ou le narcotrafic, exigence de réduction des exportations chinoises acheminées sur le territoire américain via l’AEUMC, demande d’une fourniture plus abondante d’eau douce… Surtout, la présidente mexicaine souhaite aborder dans les moins mauvaises conditions possibles les négociations préparant la révision périodique de l’AEUMC (signé en 2020 pour seize ans), qui commenceront le 1er juillet. Ces discussions décideront notamment de la prolongation (ou non) de cet accord, vital pour une économie mexicaine arrimée au marché des États-Unis, jusqu’en 2042.

En juillet 2025, le Brésil a quant à lui vu s’abattre sur son économie les plus fortes taxes douanières imposées à un pays par M. Trump (à l’exception de la Chine au début de l’année 2025) : 50 %. Ainsi, le président américain a souhaité dissuader — sans y parvenir — les autorités brésiliennes d’emprisonner son allié Jair Bolsonaro, condamné pour tentative de coup d’État. Après des semaines d’âpres négociations, Brasília a obtenu l’exemption ou la baisse drastique de ces droits sur de nombreux produits agricoles (viande de bœuf, café, cacao, fruits, etc.), profitant des craintes inflationnistes aux États-Unis.

Dans ces conditions, tenir simultanément tête au président américain sur d’autres dossiers se révèle difficile et risqué. Certes, les ingérences électorales, l’escalade belliqueuse contre le Venezuela, la perspective d’un renversement de M. Maduro provoqué par Washington (par le biais d’une pression économique ou d’une action militaire) peuvent faire l’objet de condamnations formelles ou d’offres de médiation politique — comme celles du Brésil et du Mexique. Mais les principales puissances régionales évitent de s’engager de manière frontale — et, a fortiori, concertée — contre M. Trump. Au grand dam du président colombien Gustavo Petro, « le prochain sur la liste » de son homologue américain dans sa prétendue lutte contre les narcotrafiquants (Politico, 10 décembre). Le dirigeant de gauche assure jusqu’en mars 2026 la présidence de la Communauté d’États latino-américains et caraïbes (Celac), qui regroupe les trente-trois États de la région. « Je suis président de la Celac et je veux dire qu’à ce stade cela sert à trois choses : à rien, à rien et à rien ! », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse (11 décembre 2025), pointant l’absence de réaction des pays de la région aux attaques du président américain.

Quel projet sous-tend l’offensive de ce dernier ? On trouve une partie de la réponse dans le document de stratégie de sécurité nationale publié par la Maison Blanche le 5 décembre 2025 (7). Le retour de Washington dans son ancienne « arrière-cour » doit contribuer à « assurer que l’Amérique reste le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère des décennies à venir ». Il est l’expression d’une visée impériale assumée : l’Amérique latine doit participer à la reconstruction, au renforcement et au développement des capacités et des forces productives, technologiques, stratégiques et militaires des États-Unis, afin de maintenir un « équilibre des pouvoirs » avec d’autres acteurs dont le statut de puissance est reconnu, la Chine en premier lieu, ou la Russie.

En somme, une conception des relations internationales fondée sur la primauté des rapports de forces interétatiques (qui n’exclut pas la coopération) et la reconnaissance des zones d’influence de chaque superpuissance. Washington affirme ne pas vouloir agresser ses concurrents, mais n’entend pas tolérer leur expansion dans l’« hémisphère occidental » (c’est-à-dire, dans sa terminologie stratégique, l’ensemble du continent américain), ni la faciliter par son propre affaiblissement. D’une manière générale, « l’objectif de la politique de sécurité nationale est de protéger les intérêts nationaux fondamentaux [des États-Unis], certaines priorités transcendant les frontières régionales ». Préserver cette sécurité exigerait une domination de Washington du Groenland à la Terre de Feu.

« Restaurer la prééminence américaine »

« Donroe» : le corollaire Trump
 à la doctrine Monroe 
PHOTO AMANDA EDWARDS

Le président républicain reprend les principes bien connus de la « doctrine Monroe », du nom du président James Monroe (1817-1825), le premier à avoir désigné, en 1823, l’Amérique latine comme une sphère d’influence dévolue à son pays, en en bannissant toute nouvelle colonisation ou intervention européennes. Près d’un siècle plus tard, en 1904, le président Theodore Roosevelt affinait cette théorie en déclarant que, « dans l’hémisphère occidental, l’adhésion des États-Unis à la doctrine Monroe peut [les] contraindre, même à contrecœur, dans des cas flagrants d’actes répréhensibles ou d’impuissance, à exercer un pouvoir de police internationale ». Une posture baptisée depuis « corollaire Roosevelt ». Aujourd’hui, le document de stratégie nationale adjoint un « corollaire Trump » à la doctrine déjà constituée.

Pour la Maison Blanche, la menace chinoise a remplacé celle de l’Europe, et les États « communistes » ou « narcoterroristes » latino-américains sont considérés comme responsables de « cas flagrants d’actes répréhensibles ou d’impuissance ». Selon le document stratégique officiel, il s’agit de « restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et de protéger [le] territoire national et [l’]accès à des zones géographiques-clés dans toute la région ». « Nous empêcherons les concurrents non hémisphériques de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux dans notre hémisphère. » Jamais citée, la Chine est visée à chaque ligne. Son emprise commerciale, financière et technologique sur l’Amérique latine est à la fois décrite en détail et dénoncée en creux.

Pour contrer Pékin, le président américain prône une nouvelle « diplomatie commerciale » à l’endroit des pays du sous-continent. Il leur enjoint d’agir au service des orientations de Washington, chez eux comme dans leur politique extérieure. Parce que l’Amérique latine « recèle de nombreuses ressources stratégiques » nécessaires aux États-Unis (hydrocarbures, matières premières, produits agricoles, infrastructures et sites géographiques), ses États peuvent contribuer au « renforcement des chaînes d’approvisionnement critiques dans cet hémisphère [qui] réduira les dépendances et augmentera la résilience économique américaine ». Le document invite les gouvernements à faire des États-Unis « leur partenaire de premier choix ». Ceux qui obtempèrent seront récompensés. Quant aux fortes têtes, la superpuissance « les dissuadera (par divers moyens) de collaborer avec d’autres ».

Contre l’hydre communiste

Washington peut désormais compter sur de nombreux pays alignés, même parmi ceux dont Pékin est le premier ou deuxième partenaire commercial. L’Argentine (M. Milei), la Bolivie (M. Rodrigo Paz), le Chili (M. Kast), le Costa Rica (M. Rodrigo Chaves), le Salvador (M. Nayib Bukele), l’Équateur (M. Daniel Noboa), le Honduras (M. Asfura), le Guatemala (M. Bernardo Arévalo), le Guyana (M. Mohamed Irfaan Ali), le Panamá (M. José Raúl Mulino), le Paraguay (M. Santiago Peña), la République dominicaine (M. Luis Abinader) sont gouvernés par des dirigeants conservateurs, d’extrême droite ou dépendants de Washington. Tous répondent aux exigences de M. Trump.

Certains avec zèle. M. Bukele met à disposition son centre de confinement du terrorisme (Cecot) pour enfermer des migrants réputés dangereux et expulsés des États-Unis. Les présidents de l’Argentine, de l’Équateur — principal hub régional d’exportation de la cocaïne colombienne —, du Guyana, du Paraguay, de la République dominicaine et de Trinité-et-Tobago (située à onze kilomètres du Venezuela) participent à la coalition internationale contre le narcotrafic suscitée par le secrétaire d’État Marco Rubio, et ils soutiennent la politique de Washington contre Caracas. Ces pays mettent à disposition des États-Unis leur territoire, leurs infrastructures ainsi que leur espace aérien pour l’« opération Lance du Sud » (Operation Southern Spear), officiellement menée dans l’optique de démanteler les cartels de la drogue dans la zone.

Tandis que la première puissance mondiale poursuit depuis des mois sa réimplantation militaire sur l’ensemble du sous-continent, par l’entremise de multiples accords de coopération réactivés, actualisés ou nouvellement signés (8), ses bases de Guantánamo (Cuba), de Porto Rico, des îles Vierges américaines, de la Grenade, des îles d’Aruba et Curaçao (positionnées à quatre-vingts kilomètres du Venezuela) complètent son dispositif caribéen. La dernière a servi de point de passage à Mme María Corina Machado lors de son exfiltration du Venezuela, organisée afin qu’elle puisse rejoindre Oslo en Norvège pour la remise de son prix Nobel de la paix, le 10 décembre 2025. Pour cette occasion, les présidents Mulino, Milei, Peña et Noboa avaient fait le déplacement : il s’agissait tout autant de témoigner leur solidarité à Mme Machado que d’assurer M. Trump de leur docilité.

JOSÉ GAMARRA. — « LA PANAMERICANA DEL DESAROLLO » (LA PANAMÉRICAINE DU DÉVELOPPEMENT), 1973 /
© ADAGP, PARIS, 2025 - GALERIE XIPPAS, PARIS, GENÈVE, PUNTA DEL ESTE
Les droites gagnent du terrain en Amérique latine, sous toutes ses latitudes. Dans des configurations nationales chaque fois spécifiques, leurs pôles radicaux accroissent leur influence ou remportent directement les élections. Un peu partout, les « patrons-chefs d’État » d’hier — on pense à l’Argentin Mauricio Macri (2015-2019) ou au Chilien Sebastian Piñera (2010-2014 et 2018-2022) —, qui mettaient en avant leurs capacités de bons gestionnaires néolibéraux, ont été éclipsés par des figures qui puisent davantage dans le registre idéologique. L’heure serait venue, affirment les nouveaux ténors de la droite latina, de pourfendre l’hydre communiste.

Et pourtant, rarement la gauche a été aussi faible en Amérique latine depuis la fin des dictatures. Si la droite hurle très fort à la menace « rouge », elle profite surtout de l’usure de gouvernements progressistes qui ont passé de longues années au pouvoir. Notamment celles qui ont suivi la crise financière internationale de 2008 et la pandémie de Covid-19. Les effets combinés de ces crises — que la gauche a gérées à système socio-économique constant, c’est-à-dire sans pouvoir, ou sans vouloir, procéder à des réformes structurelles ambitieuses — ont durablement meurtri les sociétés latino-américaines. Elles ont contribué à forger un fort ressentiment contre l’État en tant qu’institution et contre les dirigeants politiques associés à ces périodes douloureuses dans certains pays. Dans la plupart d’entre eux, le bilan des formations progressistes en matière de lutte contre la criminalité, phénomène qui s’est concomitamment intensifié et étendu dans la région, est jugé largement insatisfaisant.

Mais d’autres facteurs contribuent à alimenter l’ascension des droites. Depuis la fin de la crise sanitaire, de nombreuses activités économiques sont apparues sous des formes d’autoentrepreneuriat, notamment dans les services liés au développement des plates-formes numériques (transports, restauration, import-export, etc.). Cet essor intervient dans des économies où le secteur informel absorbe près d’un travailleur sur deux, et même plus de 70 % dans certains pays, comme la Bolivie, l’Équateur, et le Pérou (9). Les jeunes hommes urbains et les femmes sont particulièrement concernés. Cette extension du travail à son compte nourrit les tendances à l’individualisme social et politique et à la fragmentation des électorats. Le rejet des sortants se radicalise à mesure que les perspectives d’ascension sociale s’éloignent (10).

Enfin, la féminisation des sociétés latino-américaines s’est accélérée depuis le début des années 2000 (majorité démographique, accès accru à l’éducation supérieure et au marché du travail, avancée des droits individuels et collectifs, notamment en matière sexuelle et reproductive, etc.). Les courants conservateurs, religieux et traditionalistes profitent du contexte de dégradation économique généralisée pour développer une vision réactionnaire de la place des femmes dans la société, soufflant ainsi dans les voiles des formations de la droite radicale.

En 2026, de nouvelles élections interviendront dans des pays-clés de la région : Brésil (octobre), Colombie (mars et mai), Costa Rica (février et avril) et Pérou (avril). Deux d’entre eux, le Brésil et la Colombie, verront des gouvernements progressistes défendre leur bilan face à des droites puissantes et « revanchardes ». Tout conduit à penser que les Latino-Américains vont recevoir beaucoup de messages de la part de M. Trump…

par Christophe Ventura

Notes :

(1) Cité par Grace Livingstone dans America’s Backyard : The United States and Latin America From the Monroe Doctrine to the War on Terror, Zed Books, New York, 2009.

(2) Francisco Sánchez, « Donald Trump reacciona al triunfo de José Antonio Kast en Chile y su mensaje ya da la vuelta al mundo », 15 décembre 2025, AS Chile.

(3) Lire Maurice Lemoine, « Au Honduras, la gauche défend son bilan », Le Monde diplomatique, novembre 2025.

(4) « Honduras ha recibido más de 11.000 millones de dólares en remesas, un 13,9 % más que 2024 », 10 décembre 2025, La Prensa.

(5) Riley Mellen, « Satellite data reveals how the US Navy is deployed near Venezuela », The New York Times, 21 novembre 2025.

(6) « ONU acusa a EEUU de violar el derecho internacional con los ataques a embarcaciones en el Caribe y el Pacífico », 31 octobre 2025, El Nacional. 

(7) « National security strategy of the United States of America » (PDF), 5 décembre 2025.

(8) Lire Vincent Ortiz, « Les États-Unis chez eux en Équateur ? », Le Monde diplomatique, décembre 2025.

(9) « Panorama laboral 2025. América latina y el Caribe », Organisation internationale du travail, 11 décembre 2025.

(10) Lire Maëlle Mariette et Franck Poupeau, « Pourquoi la droite revient en Bolivie », Le Monde diplomatique, novembre 2025.

 

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par Christophe Ventura • Lu par Anne Lenglet • 
LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO
«M. TRUMP, PIRATE DES CARAÏBES»

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