07 avril, 2020

ÉQUATEUR. MORENO DANSE SUR LES CADAVRES DE GUAYAQUIL

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DES VÉHICULES TRANSPORTANT DES CERCUEILS ATTENDENT DEVANT
UN CIMETIÈRE DE GUAYAQUIL, EN ÉQUATEUR, LE 2 AVRIL 2020.
 PHOTO  VICENTE GAIBOR DEL PINO, REUTERS
Sous couvert de lutte contre l’épidémie, le président équatorien et le FMI avancent leur agenda néolibéral.
 PHOTO REUTERS
Les corps sans vie sont entassés dans une rangée de conteneurs. Pour l’heure, aucune sépulture décente pour ce macabre chargement. L’association des fabricants de carton a bien offert mille cercueils de fortune à la ville équatorienne de Guayaquil, mais leur nombre semble dérisoire au regard de la crise sanitaire. En quelques jours, la « Perle du Pacifique », où surpopulation et absence de services publics se conjuguent, recense 70% des cas du pays, 2 524 malades et 126 décès. Militaires et policiers sont désormais chargés de l’enlèvement des corps en décomposition dans les rues après que certains habitants excédés ont brûlé des meubles des défunts et menacé d’enterrer eux-mêmes leurs proches. « Quand le corps de ma grand-mère a été mis en bière, son visage était déjà noirci. Son cadavre était au garage… mais les odeurs remontaient jusqu’ici », témoigne une habitante. Alors que les services de l’État ont tardé à réagir, le vice-président, Otto Sonnenholzner, s’est excusé, samedi, non pas pour l’absence de protection apportée à la population, mais pour la « forte détérioration de notre image internationale ».

PHOTO VICENTE GAIBOR DEL PINO
Contrairement au Vénézuéla qui s’est vu refuser un prêt du Fonds monétaire international (FMI) pour faire face au Covid-19, l’Équateur fait figure de bon élève et s’est vu récompensé d’une aide de 2,4 milliards d’euros dont les conditions n’ont pas été précisées. L’institution met un pied supplémentaire dans le pays alors que c’est justement son retour – et le plan d’ajustement structurel qui en découlait – qui avait poussé à la grève générale à l’automne. Le président, Lenin Moreno, profite de la torpeur pour avancer son agenda néolibéral et annonçait, le 11 mars, un nouveau train d’austérité. Des mesures assorties d’un regain de répression : plusieurs faits de violences militaires ont été rapportés pour appliquer la quarantaine.