17 mai, 2020

LE CHILI ASSURE SES ARRIÈRES AUPRÈS DU FMI

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UNE VUE AÉRIENNE DE SANTIAGO, LE SAMEDI 16 MAI.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
Le pays demande une ligne de précaution de 23,8 milliards de dollars, un outil rare réservé aux économies solides.
Par Anne Cheyvialle
Le Chili est plus fourmi que cigale. Assis sur un matelas de réserves et faiblement endetté, le pays n’a pas de problème de financement. Les autorités veulent cependant se prémunir contre des risques futurs face au choc du Covid-19. Le gouvernement vient de faire appel au FMI pour bénéficier d’une ligne de crédit de précaution de 23,8 milliards de dollars sur une durée de deux ans (soit l’équivalent de 8 % du PIB de l’année 2019). Cet instrument est assez particulier dans la palette d’aide du Fonds, très différent des programmes classiques d’assistance assortis de conditionnalités imposant des plans d’ajustement.

«Cette ligne de crédit permet de prémunir les pays contre les chocs extérieurs», explique le FMI dans un communiqué, précisant que cet instrument est fourni aux pays présentant «des antécédents économiques très solides pour prévenir et résoudre des crises». Il est très peu utilisé, seuls trois États l’ont sollicité jusqu’à présent: la Pologne l’a stoppé en novembre 2017, le Mexique a renouvelé sa ligne de précaution en novembre 2019 à hauteur de 61 milliards de dollars et début mai, la Colombie y a eu recours pour un montant de 10,8 milliards. Mais aucun prêt n’a jamais été activé.

«L’avantage de cet instrument, souligne Adriana Meyer, économiste risque pays de Bpifrance, c’est sa flexibilité, les financements peuvent être décaissés rapidement. S’il n’y a pas d’urgence dans le cas du Chili, précise-t-elle, le pays veut se doter d’un coussin de sécurité supplémentaire pour rassurer les marchés.» Depuis le début de la pandémie, les pays émergents ont subi des sorties massives de capitaux, dont l’Amérique latine a particulièrement fait les frais. Au Chili, ce sont les violents affrontements sociaux, la colère de la rue contre les inégalités, la privatisation de l’éducation et la santé qui ont fait chuter le peso à partir d’octobre. Quelque 10 milliards de dollars ont été engagés par les autorités monétaires pour contrer la dépréciation de la devise.

Améliorer les réserves


L’objectif de cet appel au FMI, a explicité la Banque centrale, est d’augmenter de plus de 60 % la disponibilité des liquidités en devises, ce qui explique le montant de 23,8 milliards de dollars. Avec cette précision: cette facilité ne servira pas à financer les dépenses mais à améliorer le niveau des réserves. Fin mars, elles couvraient sept mois d’importations, deux fois plus que ce que préconise le FMI. À cela, s’ajoutent les deux fonds souverains, abondés par un montant minimum annuel équivalent à 0,2 % du PIB, et les recettes d’exportation du cuivre, ressource clé pour le pays, et d’autres actifs. «Cela fait au total quelque 70 milliards de dollars, un niveau confortable», ponctue Adriana Meyer.

La situation financière est aussi favorable, pointe Hélène Drouot, de BNP Paribas: «Le déficit et la dette publiques sont modérés (27 % du PIB), avec peu de dette à court terme et en devise. Il a les moyens d’intervenir.» En Amérique du Sud, le Chili est le plus touché par l’épidémie de coronavirus derrière le Brésil et le Pérou. Il a adopté deux plans de soutien aux entreprises et aux ménages, en particulier les personnes sans protection sociale et les travailleurs informels - pour un coût total de 16,7 milliards de dollars (soit 6,4 % du PIB).

L’économie chilienne, bien que considérée comme l’une des plus solides de la région, va être exposée ces prochains mois à plusieurs risques, surtout sur le front social. «Les inégalités ont beaucoup augmenté depuis plusieurs années malgré la forte croissance. Les tensions sociales stoppées par l’épidémie risquent de repartir», commente Hélène Drouot. D’autant que le référendum sur une réforme de la Constitution - promis pour calmer la colère par le président Pinera devenu très impopulaire - est repoussé au mieux à l’automne. «La récession attendue (le FMI prévoit - 4,5 %, NDLR) et la hausse du chômage vont accroître le malaise social», complète Adriana Meyer. Autre fragilité: la baisse des cours du cuivre, qui représente encore un quart des recettes fiscales malgré les efforts de diversification, va aussi peser sur la croissance.