09 janvier, 2019

TOUT COMPRENDRE À LA NOUVELLE OFFENSIVE CONTRE LE VÉNÉZUÉLA


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TOUT COMPRENDRE À LA NOUVELLE
OFFENSIVE CONTRE LE VENEZUELA
Face au refus du Groupe de Lima de reconnaître l'élection du président vénézuélien, le journaliste Romain Migus décortique ce qui est, pour lui, une énième tentative de destabilisation de Caracas par Washington.
L’investiture de Nicolas Maduro, ce 10 janvier, provoque déjà des remous politiques et médiatiques. Élu le 20 mai 2018, le président vénézuélien doit faire face à une opération concertée et planifiée des États-Unis et de leurs alliés. Prenant pour prétexte initiale les conditions électorales qui ont permis la victoire de Maduro, une poignée de gouvernements, repeinte pour l’occasion en «communauté internationale» par le truchement des transnationales de la communication, a décidé d’augmenter d’un cran la pression sur le Venezuela bolivarien.  
SIMON BOLIVAR, 
BÂILLONNÉE PAR LA PRESSE
Comme c’est devenu l'habitude dans le cas du Venezuela, la plupart des médias dominants se vautre dans les fausses informations et oublie jusqu’au sens même de la déontologie journalistique.

Il convient, pour le lecteur scrupuleux et avide de démêler le vrai du faux, d’exposer les faits, de revenir sur les conditions de l’élection de Maduro, et d’analyser la stratégie de Washington pour punir un peuple jugé, depuis maintenant 20 ans, trop rebelle et encombrant.

Des prétextes fallacieux pour une nouvelle offensive politique

Dans ce nouveau scénario de déstabilisation du Venezuela, les justifications principales invoquées par les gouvernements opposés à Caracas tournent toutes autour des conditions de l’élection de Nicolas Maduro en mai dernier.  

Afin de comprendre ces prétextes fallacieux, il nous faut revenir un peu en arrière.

En mai 2016, quelques mois après la victoire de l’opposition aux élections législatives, un processus de dialogue entre le chavisme et ses opposants a débuté en République Dominicaine. Une série de 150 réunions, sous l’égide de l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, de l’ancien président de la République Dominicaine, Leonel Fernandez et l’ancien président du Panama, Martin Torrijos, a abouti en janvier 2018, à la rédaction d’un accord portant sur la convocation à une élection présidentielle anticipée ainsi que sur ses garanties électorales.
« Un story-telling obéissant à des desseins politiques bien peu démocratiques »
Or comme l’a souligné Jorge Rodriguez, chef de la commission de dialogue pour le gouvernement : «Tout était prêt [pour la signature de l’accord] jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie de l’ancien secrétaire d’État américain, Rex Tillerson […] L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé.» 

L’opposition vénézuélienne se scinde sur la stratégie à adopter. Alors que sa frange la plus radicale décide de ne pas participer, la partie de l’opposition qui n’a pas renoncé à reconquérir le pouvoir par la voie démocratique présentera un candidat, Henri Falcón. Deux autres prétendants participeront à cette élection. Il est donc tout simplement faux de prétendre que l’opposition a boycotté ce scrutin ou que Nicolas Maduro s’est présenté tout seul. Il s’agit là d’un story-telling obéissant à des desseins politiques bien peu démocratiques.

Un système électoral transparent et démocratique

Une des rengaines de Washington et de ses satellites latino-américains ou européens est d’affirmer que les élections au Vénézuéla ne s’alignent pas sur les standards internationaux en la matière. Ce qui est évidemment faux, mais nécessaire dans ce processus politico-médiatique visant à ne pas reconnaître la légalité de l’élection du 20 mai 2018, et la légitimité du résultat. Pour saisir l’hypocrisie de ces gouvernements sur le pied-de-guerre, attardons nous un instant sur les conditions électorales offertes au peuple vénézuélien depuis l’approbation par référendum de la Constitution bolivarienne, le 15 décembre 1999. Notre lecteur pourra aisément se faire une idée de la transparence des élections au Vénézuéla en comparant  ces mécanismes  électoraux avec ceux à l’oeuvre dans son propre pays.

Au Venezuela, pour éviter les fraudes, les élections ne sont pas organisées par l’exécutif via le ministère de l’intérieur. La Constitution de 1999, qui reconnaît l’existence de cinq pouvoirs indépendants – l’exécutif, le législatif, le judiciaire, le moral et le pouvoir électoral- laisse à ce dernier la tâche d’organiser les processus électoraux, en fonction de la Loi organique des processus électoraux.

Ce cadre légal, adopté en 2009, n’a pas été modifié depuis. Il a notamment permis l’élection de multiples représentants de l’opposition à des pouvoirs publics. Aucun d’entre eux n’a d’ailleurs jamais émis de doute sur le bon déroulement du suffrage qui l’a donné vainqueur, et l’opposition n’a elle-même jamais remis en cause le cadre légal des processus électoraux. Ce qu’elle aurait pourtant pu faire au moyen d’un référendum d’initiative citoyenne, prévu pour abroger des lois par l’article 74 de la Constitution. Elle s’est toujours contentée de dénoncer les résultats des élections lorsqu’elle perdait, ou préventivement lorsqu’elle savait qu’elle allait perdre.

En ce qui concerne le vote des citoyens, le Vénézuéla utilise un double système électronique et manuel. Lorsqu’on entre dans le bureau de vote, on s’identifie aux assesseurs avec sa carte d’identité et l’on active la machine à voter au moyen d’une reconnaissance biométrique. Il est donc impossible de voter deux fois. Après avoir choisi le candidat de son choix, la machine à voter émet un ticket avec le nom du candidat, que l’électeur place dans une enveloppe et dépose dans une urne. Pour finir, après avoir signé le registre électoral, il trempe son petit doigt dans de l’encre indélébile pour s’assurer une deuxième fois qu’il ne répètera pas son vote.
« Ces garanties pour blinder le résultat a conduit l’ancien président étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme étant «le meilleur du monde» 
Dans les jours précédant l’élection, Le Centre National Electoral (CNE), organe recteur du pouvoir électoral, convoque tous les partis politiques participants à l’élection à une série de 14 audits préalables. Ainsi, sont mis à l’épreuve les listes d’électeurs, le logiciel utilisé pour la collecte des données électorales, les machines à voter ainsi que leur mode d’assemblage, le système biométrique de reconnaissance des électeurs, l’encre indélébile, le réseau de transmission des données électorales ainsi que le système de totalisation des données. Des observateurs de chaque parti politique participent à ces différents audits précédant le vote des citoyens. Chaque étape doit être approuvée préalablement par tous les participants pour assurer la plus grande transparence de l’élection. Et de fait, elles ont toujours été acceptées jusqu’à maintenant. Ajoutons à cela que tous les partis politiques en présence ont le droit de postuler leurs partisans comme assesseurs, ainsi que de faire participer les observateurs nationaux et internationaux de leurs choix à la surveillance des bureaux de vote.

Le soir des résultats, le CNE procèdera à un nouvel audit où seront tirés au sort, devant les responsables des différents partis, 54,4% (au minimum selon la loi) des bureaux de vote ou l’on vérifiera le résultat électronique. Il s’agira alors de comparer les résultats obtenus dans l’urne après dépouillement avec le résultat électronique. Jamais une erreur n’a été détectée au cours des multiples processus électoraux. 

Ces garanties pour blinder le résultat a conduit l’ancien président étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme étant «le meilleur du monde». Ce sont les mêmes procédures qui ont assuré la transparence de toutes les élections au Venezuela, que se soit par exemple, pour les élections législatives du 5 décembre 2015 (gagnées par l’opposition) ou pour l’élection présidentielle du 20 mai 2018 (gagné par le chavisme). 

Comme on peut le voir, le Vénézuéla apporte plus de garanties électorales que dans de nombreux pays occidentaux, pour ne pas parler des pays du groupe de Lima. La transparence de l’élection de Nicolas Maduro a d’ailleurs été validée par plus de 2000 observateurs internationaux provenant notamment de la Communauté Caribéenne (Caricom), de l’Union Africaine et du Conseil des Experts Electoraux Latino-Américains (Ceela).

Au vu de ce système, on comprend aussi pourquoi une partie de l’opposition a refusé de se présenter à une élection qu’elle aurait perdue. Accepter de participer aux élections revient à s’associer aux audits et à valider la transparence du système électoral vénézuélien. Ce refus de prendre part au processus démocratique a ouvert la voie à la tentative de déstabilisation que nous voyons aujourd’hui.

Au soir de l’élection présidentielle

Au delà des garanties électorales, les pays qui contestent la légitimité du président vénézuélien s’emploient à critiquer les résultats de l’élection présidentielle. Une fois encore, il ne s’agit que d’un prétexte pour légitimer la déstabilisation du Venezuela. Attardons nous un instant sur ces résultats.
L’élection présidentielle au Vénézuéla est une élection au suffrage universel direct à un tour. Le président est élu non pas en fonction d’accords parlementaires ou par le choix de «grands électeurs» mais directement par le peuple.

Le 20 mai 2018, 9 389 056 électeurs se sont exprimés dans les urnes, soit 46,07% des citoyens inscrits sur les listes électorales. Le taux d’abstention élevé est encore aujourd’hui utilisé par les adversaires de la Révolution Bolivarienne pour disqualifier la victoire de Nicolas Maduro. Bien évidemment aucun de ces critiques ne mentionnera les dizaines de sanctions financières et de rétorsions à l’économie du pays depuis 2014. Une persécution qui a fortement découragé nombre de Vénézuéliens, et a augmenté leur défiance face à une solution électorale de sortie de crise. De plus, l’appel au boycott des urnes par plusieurs partis de l’opposition a eu aussi une conséquence sur le taux de participation.

Malgré cela, 30,45% des électeurs inscrits ont voté pour Nicolas Maduro au premier tour. Soit un résultat supérieur à ceux du président chilien Sebastián Piñera (26,5%), du président argentin Mauricio Macri (26,8%) ou du président Donald Trump (27,20%). Sans parler des scores réalisés au premier tour par le président colombien (21%) ou par le président Emmanuel Macron (18,19%). Personne évidemment ne conteste la légitimité de leurs élections malgré la faible proportion d’électeurs qui les a choisi.

Une stratégie coordonnée et planifiée depuis Washington

Dès l’élection de Nicolas Maduro, les États-Unis vont renforcer la coalition contre le Vénézuéla dans la région. Le 27 juin 2018, le vice-président américain, Mike Pence, annonçait déjà la couleur depuis le Brésil : «La liberté et la démocratie seront restaurés au Venezuela. Les États-Unis demande au Brésil d’adopter une attitude ferme contre le régime de Nicolas Maduro.» Lui faisant écho, le secrétaire d’État, Mike Pompeo, affirmera, le 21 septembre 2018, que les États-Unis «continueront d’accroître le niveau de pression» contre le pays bolivarien. Ce même Pompeo réalisera plusieurs rencontres avec les responsables des gouvernements brésiliens, péruviens et colombiens afin de préparer l’opération du 10 janvier.
« Le document approuvé à Lima est une véritable déclaration de guerre » 
Mais c’est la réunion du Groupe de Lima, tenue le 4 janvier 2019, qui va véritablement définir le scénario. Au cours de ce cénacle, les gouvernements membres de cette internationale anti-bolivarienne, se sont accordés sur une série d’actions à mener contre Caracas. Notons que le gouvernement mexicain, désormais dirigé par le président progressiste Andrés Manuel López Obrador, n’a pas souscrit à ce document et a réaffirmé la volonté de son pays de ne pas s’immiscer dans les affaires internes d’une autre nation, tranchant avec les positions bellicistes du gouvernement précédent et du groupe de Lima.

Le document approuvé à Lima est une véritable déclaration de guerre. En présence du secrétaire d’État des États-Unis (par visio-conférence), les gouvernements opposés à la révolution bolivarienne se sont entendus pour augmenter la pression diplomatique contre le Venezuela, et persévérer dans leur intention de faire ouvrir une enquête à la Cour Pénale Internationale contre l’État vénézuélien. Une demande soutenue, d’ailleurs, par la France.

Les membres du groupe de Lima condamnent la crise économique au Vénézuéla mais adoptent une résolution pour renforcer le blocus financier contre ce pays. Le texte adopté prévoit d'établir des listes de personnalités juridiques avec lesquels ces pays «ne devront pas travailler, devront empêcher l'accès à leur système financier, et si nécessaire congeler leurs actifs et ressources économiques». De même, la résolution oblige les pays membres du groupe de Lima à faire pression sur les organismes financiers internationaux auxquels ils appartiennent pour empêcher l'octroi de nouveaux crédits à la république bolivarienne du Venezuela.

Plus surprenant encore, cette déclaration commune exige que le gouvernement «de Nicolas Maduro et les Forces Armées du Venezuela renoncent à tous types d’actions qui violeraient la souveraineté de ses voisins». Cette accusation se base sur une réaction récente du Venezuela à une exploration pétrolière autorisée par le Guyana dans une zone territoriale réclamée par les deux nations voisines. Il s’agit là encore d’un prétexte qui fait écho à des fait dénoncés par le président du Venezuela, le 12 décembre 2018.
« Maduro révèlera aussi que le conseiller national à la sécurité des États-Unis, John Bolton a incité le nouveau vice-président brésilien, Hamilton Mourao, à organiser des provocations militaires à la frontière avec le Venezuela »
Lors d’une allocution télévisée, Nicolas Maduro avait dévoilé la présence de 734 mercenaires sur les bases militaires d’Eglin en Floride et de Tolemaida en Colombie. Leur but étant d’agresser le Venezuela ou de préparer une attaque sous faux drapeau dans le but de justifier une intervention militaire contre la nation bolivarienne. Maduro révèlera aussi que le conseiller national à la sécurité des États-Unis, John Bolton a incité le nouveau vice-président brésilien, Hamilton Mourao, à organiser des provocations militaires à la frontière avec le Venezuela. La déclaration du Groupe de Lima semble donc renforcer les suspicions d’agression émises par l’État vénézuélien.  

Après avoir rappeler que l’élection de Nicolas Maduro était illégitime, le groupe de Lima exhorte le président vénézuélien à ne pas assumer la présidence et à «transférer le pouvoir exécutif, de manière provisionnel, à l’Assemblée nationale». Peu importe que Nicolas Maduro ait été élu grâce au même système électoral qui a permis l’élection du pouvoir législatif. Le but recherché par Washington et ses alliés n’est pas d’ordre démocratique, il est politique : remettre l’opposition à la tête du pays pétrolier.

Cette tentative de coup d’État institutionnel, déjà
mise en œuvre dans d’autres pays de la région, s’inscrit dans une stratégie de substitution des pouvoirs politiques légitimes. Dés juillet 2017, en toute illégalité, l’opposition a crée un Tribunal Suprême de Justice «en exil» basé au Panama, ainsi qu’un poste de Procureur Général de la Nation «en exil» depuis Bogota. Ces instances fantoches essaient depuis de se substituer aux pouvoirs légitimes vénézuéliens.

En lien avec une Assemblée nationale, elle même déclarée en outrage judiciaire en mars 2017, ces parodies de pouvoirs publics réaliseront un simulacre de procès depuis le siège du Parlement colombien (sic), et condamneront le président vénézuélien Nicolas Maduro à une peine de 18 ans et 3 mois de prison.
« Le but recherché par Washington et ses alliés n’est pas d’ordre démocratique, il est politique : remettre l’opposition à la tête du pays pétrolier » 
Pour illustrer cette situation saugrenue, imaginons un instant qu’un groupe de Gilets jaunes français désigne un Garde des Sceaux et une Cour de Cassation «en exil» et que, celles-ci organisent un simulacre de procès pour condamner Emmanuel Macron à 18 ans de prison depuis la Douma russe. Cela prêterait à sourire, mais que ce passerait-il si plusieurs états de par le monde reconnaissaient comme légitimes ces pouvoirs judiciaires «en exil» ? Il y a fort à parier que l’on entendrait un grand nombre de voix crier, à juste titre, à l’ingérence étrangère voire à la tentative de coup d’État. L’exemple que nous venons de mentionner peut paraître ridicule mais c’est bien ce qui est en train de se dérouler au Venezuela.

Il ne faut pas prendre ces manœuvres à la légère. L’attentat manquée au moyen d’un drone chargé de C4, qui a eu lieu le 4 août 2018, ne visait pas seulement à éliminer Nicolas Maduro mais tous les pouvoirs publics de la nation, dans le but de leur substituer leurs homologues fantoches et illégaux. La constitution de pouvoirs parallèles n’est pas un cirque politico-médiatique mais fait partie intégrante d’un coup d’État institutionnel en préparation.

De même, déclarer Nicolas Maduro illégitime est un message virulent pour les principaux partenaires économiques de Caracas (la Chine, la Russie ou la Turquie) leur notifiant que les accords signés avec le gouvernement bolivarien ne seront pas reconnus dès lors que Nicolas Maduro aura été renversé. Un conflit avec le pays caribéens  pourrait avoir des répercutions bien au delà de ses frontières. Sergueï Riabkov, le vice-ministre des Affaires étrangères russes a, en ce sens, appelé «les exaltés de Washington à ne pas tomber dans la tentation d’une intervention militaire» au Venezuela.

D’autre part, c’est aussi un message destiné aux forces armées nationales car, si  le président Maduro est illégitime, cela revient à décapiter le pouvoir militaire de son commandant en chef.

C’est dans cet optique qu’il convient de décrypter le scénario élaboré par les États-Unis et ses alliés. En conformité avec la résolution du Groupe de Lima, l’Assemblée Nationale du Venezuela, en outrage judiciaire et dont les décisions sont nulles et non avenues, a déclaré que la prise de fonction de Nicolas Maduro était une «usurpation de pouvoir». En conséquence, elle s’apprête illégalement à assumer le pouvoir exécutif durant «une période de transition». Le 8 janvier, une loi sur la transition a été discuté au sein de l’hémicycle vénézuélien dans le but de s’emparer du pouvoir exécutif à partir du 10 janvier.

Durant les discussions, le député Americo de Grazia a appelé tous les secteurs à s’aligner sur les autorités parallèles crées par l’opposition et appelé à prendre la rue pour «harmoniser les actions internationales, nationales et institutionnelles».

Quant au nouveau président de l’instance législative, Juan Guaidó, il a appelé les militaires vénézuéliens à renverser le gouvernement à partir du 10 janvier.

Le décor est planté. L’épreuve de force imminente. Reste à savoir quelles personnalités politiques et médiatiques justifieront la violation de la souveraineté du Vénézuéla et le non respect de ses institutions.

08 janvier, 2019

ATTAQUE SONIQUE À L'AMBASSADE US DE CUBA LE CHANT DES GRILLONS


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« - MAIS LEURS PROBLÈMES AUDITIFS
 NE DATENT PAS D'AUJOURD'HUI »
« - OUI, DEPUIS LONGTEMPS DÉJÀ, 
ILS N'ENTENDENT PAS L'APPEL MONDIAL À 
LEVER LE BLOCUS CRIMINEL CONTRE CUBA »
Les États-Unis soupçonnent qu'une attaque sonique a été menée contre le personnel de leur ambassade à Cuba en 2016. Mais un des sons enregistrés à ce moment serait en fait un chant de grillon.
Par Sciences et Avenir avec l'AFP
PHOTO MOON OF ALABAMA
Les autorités américaines affirment qu'au moins 24 personnes au sein de leur ambassade à La Havane ont souffert entre fin 2016 et août 2017 de migraines, nausées et légères lésions cérébrales, qu'elles pensent avoir été causées par des appareils acoustiques perfectionnés. Les États-Unis ont retiré en réponse plus de la moitié de leur personnel diplomatique à Cuba, suspendu leurs activités consulaires à La Havane, et ordonné l'expulsion de 15 diplomates cubains du territoire américain, provoquant une crise diplomatique entre les deux pays.

Un chant d'accouplement

Deux biologistes se sont penchés sur un enregistrement d'un bourdonnement censé faire partie de ces attaques acoustiques et ont conclu que le bruit en question correspondait au chant d'accouplement du grillon à queue courte de De Geer (Anurogryllus muticus), présent dans les Caraïbes. « La manipulation des soit-disant incidents de santé des diplomates américains continue », a affirmé lundi 7 janvier 2019 au soir le ministre des Affaires étrangères cubain, Bruno Rodriguez, à la télévision d'État. Si le gouvernement de Donald Trump « possède une seule preuve, un seul argument qui lui permette d'affirmer qu'il s'agit (...) d'un fait délibéré de quelconque nature, qu'il présente des preuves », a ajouté M. Rodriguez, soutenant qu'il s'agit d'un « prétexte pour affecter encore plus les relations bilatérales »
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ENREGISTREMENT RÉALISÉ PAR UN EMPLOYÉ DE L'AMBASSADE,
RÉVÉLÉ PAR L'AGENCE AMÉRICAINE ASSOCIATED PRESS (AP).
Rendue publique la semaine dernière, cette étude de deux biologistes n'a pas encore été publiée dans une revue scientifique, ni évaluée par des pairs. Elle ne s'intéressait pas directement à la cause des problèmes de santé rencontrés par les diplomates, et les chercheurs n'excluent pas l'éventualité d'attaques acoustiques par ailleurs.

Un précédent en Asie

« Bien que déroutants, les sons mystérieux à Cuba ne sont pas physiquement dangereux et ne constituent pas une attaque acoustique », avance l'étude d'Alexander Stubbs, doctorant à l'université de Berkeley en Californie, et de Fernando Montealegre-Zapata, enseignant en biologie sensorielle à l'université de Lincoln, en Grande-Bretagne. Les deux chercheurs ont étudié un enregistrement réalisé par un employé du gouvernement américain, envoyé à l'US Navy et diffusé ensuite par l'agence Associated Press, et l'ont comparé à une base de données de l'université de Floride.


Le chant du grillon à queue courte de De Geer (dont le rythme des battements d'ailes compte parmi les plus élevés)  correspond à l'enregistrement en termes « de durée, de fréquence de répétition des battements, du spectre de puissance, du taux de stabilité des battements et d'oscillations par battement", indique l'étude. Ses auteurs font le parallèle avec le mystère de la « pluie jaune » lors de la Guerre froide. Les États-Unis avaient accusé en 1981 l'Union soviétique de mener des attaques chimiques en Asie du Sud-Est, alors que des chercheurs ont conclu que ces « pluies » étaient en fait des excréments d'abeilles.

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IMAGE D'UN REFLET DE L'AMBASSADE DES EU À LA HAVANE. 
LE PERSONNEL DIPLOMATIQUE A ÉTÉ RETIRÉ EN RÉPONSE À 
CE QUE LES EU ONT APPELÉ « LES ATTAQUES SONIQUES
 ».
PHOTO YAMIL LAGE 
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07 janvier, 2019

VÉNÉZUÉLA : UN JUGE DE LA COUR SUPRÊME FUIT LE PAYS, CRITIQUE MADURO


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L'ANCIEN JUGE DE LA COUR SUPRÊME VÉNÉZUÉLIENNE
CHRISTIAN TYRONE ZERPA ACCUSÉ 

D'INCONDUITE SEXUELLE FUIT LE PAYS
PHOTO EVTV 
CARACAS (Reuters) - L'ancien juge de la Cour suprême vénézuélienne Christian Zerpa a déclaré dimanche depuis Miami avoir fui aux États-Unis pour protester contre le second mandat de Nicolas Maduro à la présidence du Venezuela, qui débutera jeudi.
L'ANCIEN JUGE COUR SUPRÊME 
A CONFIRMÉ QUE ZERPA AVAIT FUI 
TWITTER TSJ VENEZUELA
Nicolas Maduro a été réélu en mai dernier à l'issue d'une élection présidentielle que les grands partis de l'opposition ont boycottée et que de nombreux pays, à l'image des États-Unis, considèrent comme truquée.

« J'ai décidé de quitter le Venezuela pour désavouer le gouvernement de Nicolas Maduro. Je considère que (Maduro) ne mérite pas de seconde chance parce que l'élection qu'il a soi-disant gagnée n'était ni libre ni concurrentielle », a déclaré Christian Zerpa à la chaîne EVTV, diffusée sur le câble et internet.

05 janvier, 2019

LE MEXIQUE SE DÉSOLIDARISE DU GROUPE DE LIMA, QUI REFUSE DE RECONNAÎTRE LA VICTOIRE DE MADURO


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LES ARMOIRIES DU MEXIQUE 
À l'exception du Mexique, les pays du Groupe de Lima ont accentué la pression sur le président vénézuélien, indiquant qu'ils ne reconnaîtraient pas son deuxième mandat. Mexico demande au bloc de ne pas s'ingérer dans les affaires vénézuéliennes.
ANDRÉS MANUEL
 LOPEZ OBRADOR
À l'issue d'un rencontre tenue le 4 janvier 2019, 12 pays d'Amérique latine et le Canada ont signé une déclaration destinée à coordonner des mesures à l'encontre du pouvoir de Caracas. Seul le Mexique, dirigé par le président de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador, ne l'a pas signée.

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#VÉNÉZUÉLA : INGÉRENCE ET ESCALADE INTERVENTIONNISTE AU CŒUR DU GROUPE DE LIMA


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GROUPE DE LIMA - DES PAYS LAQUAIS D'ÉTATS UNIS - 
CONSIDÈRENT COMME « ILLÉGITIME » L’ÉLECTION DU 
PRÉSIDENT VÉNÉZUÉLIEN, DONT LE SECOND MANDAT 
DÉBUTE LE 10 JANVIER 2019 
PHOTO EFE
#Vénézuéla : ingérence et escalade interventionniste au cœur d'une nouvelle déclaration du Groupe de Lima... sans le soutien du Mexique
CHRISTOPHE VENTURA
Vendredi 4 janvier 2019, les membres du Groupe de Lima (qui regroupe depuis 2017 les pays américains qui ne reconnaissent pas le gouvernement de Nicolas Maduro - voir ci-dessous) se sont réunis à Lima au Pérou pour participer à une réunion de travail consacrée à la situation au Venezuela.

LE SECRÉTAIRE D'ÉTAT AMÉRICAIN MIKE POMPEO
ASSISTE À UNE RÉUNION AVEC LE PRÉSIDENT
BRÉSILIEN JAIR BOLSONARO À BRASILIA,
 AU BRÉSIL, LE 2 JANVIER 2019.
PHOTO MARCOS CORREA 
Séance particulière puisqu'y participait depuis Washington par visioconférence un invité spécial : Mike Pompeo, le Secrétaire d'État américain. Il faut préciser qu'officiellement les États-Unis, contrairement au Canada, ne font pas partie de ce groupe. Et pourtant...
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 DÉTOURNEMENT VITALIY PODRITSKY  
LE JOUEUR DE FLÛTE DE HAMELIN
« MADURO DOIT PARTIR, 
OPPOSITION MODÉRÉE »

04 janvier, 2019

BRÉSIL. LE MINISTRE DE L’ÉCONOMIE S’INSPIRE DE L’ANCIEN DICTATEUR CHILIEN


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PAULO GUEDES, LE NOUVEAU MINISTRE 
DE L’ÉCONOMIE, LORS DE LA CÉRÉMONIE 
DE PASSATION DES POUVOIRS
À BRASILIA, LE 1er JANVIER 2018.
PHOTO FERNANDO BIZERRA JR 
Paulo Guedes, ministre de l’Économie aux fonctions élargies, fervent défenseur des privatisations et d’un système ultralibéral, ne cache pas son attachement aux Chicago Boys, un courant qui a vu le jour à l’université de Chicago dans les années 1950 et orienté la politique de Pinochet au Chili.
« IL PLEUT À VERSE»
Ils ont maintenant plus de 60 ans, à l’instar de leur chef Paulo Guedes, ministre de l’Économie qui en a 69, et c’est pourquoi la presse surnomme volontiers le ministre et son équipe les Chicago Oldies (“anciens de Chicago”).

Dans les années 1970, relate El País Brasil, Paulo Guedes et certains des membres de son équipe ont fait leurs classes à l’université de Chicago sous l’influence de l’économiste américain Milton Friedman, Prix Nobel 1976 et fervent prescripteur du libéralisme. Mais le courant de l’école de Chicago s’est d’abord incarné dans une génération d’économistes chiliens dénommés les Chicago Boys, qui ont mis en œuvre les réformes libérales de la dictature d’Augusto Pinochet entre 1973 et 1982.

Le miracle des Chicago Boys

INVESTISSEMENTS SECRETS
À cette époque, Pinochet, qui jusqu’alors avait affiché son attachement à une économie planifiée par l’État, s’est laissé convaincre par Friedman de laisser les commandes aux Chicago Boys, qui ont profondément réformé l’économie en libérant les prix, en ouvrant le marché du pays, en réduisant les impôts et l’emprise de l’État, réalisant ce qui a été considéré comme “le miracle économique chilien”. Dans les années 1980, nombre de jeunes diplômés brésiliens issus de l’école de Chicago, Guedes en tête, ont rejoint le Chili pour y travailler.

Aujourd’hui, titre la version brésilienne d’El País, “Paulo Guedes veut réduire la part de l’État [dans l’économie] comme jamais le Brésil ne l’a vu”.

PAULO GUEDES, UN MYTHE
À cet effet, il a regroupé autour de lui un groupe de Chicago Boys brésiliens, placés à des postes clés dans l’industrie et la banque, dont Roberto Castello Branco, à la direction de la compagnie pétrolière Petrobras, et Rubem Novaes, à la tête de Banco do Brasil.

Les Oldies envisagent donc de privatiser des entreprises publiques – “un thème épineux au sein de l’opinion”, note le journal –, simplifier le système fiscal, réformer la protection sociale et, parmi les priorités déjà sur la table, revoir profondément le système des retraites. Celui-ci pourrait passer, par étapes, à un système individuel par capitalisation. “Selon un modèle proche de celui adopté au Chili”, souligne El País Brasil.

CHILI : UNE EXPLOSION À UN ARRÊT DE BUS DE LA CAPITALE FAIT 5 BLESSÉS


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EXPERTS DU LA POLICE DE CARABINIERS
DANS LA ZONE DE L'EXPLOSION
HOTO AGENCIA UNO
Un engin a explosé à un arrêt de bus vendredi dans le centre de la capitale chilienne, faisant au moins cinq blessés.
LES FORCES DE L'ORDRE ONT ÉTABLI UN PÉRIMÈTRE DE
SÉCURITÉ POUR PASSER LA ZONE AU PEIGNE FIN.
PHOTO CLAUDIO REYES
Une explosion vendredi à un arrêt de bus dans le centre de la capitale chilienne a fait au moins cinq blessés, a annoncé la gouverneure de la région de Santiago, Karla Rubilar. «Un engin a explosé et a fait cinq blessés, leur pronostic vital n'est pas engagé», a déclaré Karla Rubilar à la presse, revoyant à la hausse le bilan initial qui faisait état de quatre blessés. L'explosion est intervenue à la mi-journée à la suite de la «manipulation par des tiers» de l'engin explosif, a-t-elle ajouté.
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VOEUX 2019 : MACRON CHOISIT LA CONFRONTATION

AUDE LANCELIN DIRECTRICE
DE LA WEB-TÉLÉ LE MÉDIA

« VOEUX 2019 : MACRON CHOISIT LA CONFRONTATION» 
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01 janvier, 2019

AU BRÉSIL, JAIR BOLSONARO PREND LE POUVOIR


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JAIR BOLSONARO JUSTE AVANT SON
INVESTITURE, LE 1ER JANVIER 2019
PHOTO NELSON ALMEIDA
 
Le gouvernement du président d’extrême droite, qui a été investi ce mardi, risque d’opposer différentes lignes, étatiste contre ultralibérale, proaméricaine contre proasiatique, évangélique et isolationniste.
«  DIEU NOUS EN FAIT CADEAU» 
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Par Claire Gatinois
JAIR BOLSONARO A ÉTÉ ÉLU PRÉSIDENT
DU BRÉSIL LE 28 OCTOBRE 2018
PHOTO MAURO PIMENTEL
À Brasilia règne déjà l’émoi, prélude aux grands événements. Près d’un million de spectateurs étaient attendus, mardi 1er janvier 2019, dans la capitale brésilienne pour assister à ce que Jair Bolsonaro, 63 ans, qualifie de « célébration de la démocratie ».

Plutôt que la démocratie, l’intronisation officielle du président élu en octobre 2018 marque la victoire de l’extrême droite, des militaires, du climatoscepticisme et du libéralisme économique au Brésil. Un tournant radical quinze ans après l’arrivée au pouvoir de la gauche de Luiz Inacio Lula da Silva, l’ancien syndicaliste, gamin pauvre du Nordeste, parti de rien, arrivé au sommet avant de finir en prison condamné pour corruption. « Il ne fait aucun doute qu’avec notre gouvernement, le Brésil changera de direction», a confirmé le président, le 19 décembre, sur Twitter.

Durant la cérémonie, comptant quelque 2 000 invités et dont ont été exclus les chefs d’Etat vénézuélien et cubain, représentants d’un communisme honni par le capitaine de réserve de l’armée, Jair Bolsonaro devait recevoir son prédécesseur, Michel Temer, l’écharpe présidentielle, signant son entrée officielle en fonctions pour un mandat de quatre ans.


Dans un pays en crise, gangrené par la corruption et la violence, le nouveau dirigeant est attendu comme un messie. Auréolé d’une popularité exceptionnelle – 75 % des Brésiliens considèrent que lui et son équipe sont sur la bonne voie –, Jair Bolsonaro devra confirmer qu’il est à la hauteur des espoirs qu’il suscite et possède la carrure d’un homme d’État. Un défi. Pendant près de trente ans, l’homme fut un parlementaire de second rang, davantage connu pour ses provocations et sa vulgarité que pour son sens des responsabilités.

Ensemble baroque de ministres

Pour l’heure, le nouveau chef d’État a plutôt donné le sentiment d’une grande improvisation. Ses interventions ponctuées de propositions aussi péremptoires qu’inconstitutionnelles ont été suivies d’autant de démentis et de renoncements. Son équipe, formée de vingt-deux ministres aux idées souvent contradictoires, compose un ensemble baroque « sans ligne directrice ni cohérence globale », observe le politologue Carlos Melo, professeur à l’institut Insper d’études supérieures d’économie, de commerce et d’ingénierie de Sao Paulo.

Reste que l’ancien parachutiste n’a pas oublié d’où il venait. Son gouvernement, véritable éloge à l’uniforme, compte plus de militaires que l’équipe du général Castelo Branco, arrivé au pouvoir au lendemain du coup d’Etat de 1964. Copiant les pratiques de la dictature (qui a duré jusqu’en 1985), dont il reste un grand admirateur, Jair Bolsonaro a délégué à un homme fort, Paulo Guedes, l’intégralité des sujets économiques. Reconnaissant son inculture en la matière, le président lui a octroyé un portefeuille aux dimensions titanesques : l’économie, les finances, la planification, l’industrie et le commerce extérieur. A tel point que M. Guedes est aujourd’hui considéré comme un président bis.

Formé à la très libérale école de Chicago, le grand argentier, qui permit à M. Bolsonaro de séduire les milieux d’affaires, promet privatisations en pagaille, débureaucratisation, réformes du système des retraites et de l’impôt. Le voici prêt à tailler dans les dépenses de l’Etat, assumant son rôle de « tsar » de l’économie. Entouré d’une équipe de techniciens à son image, Paulo Guedes travaille déjà à l’avancement de la réforme des retraites, sa principale promesse.

Sûr de lui et de son pouvoir, il agit dans la coulisse sans craindre de froisser le chef de l’Etat. M. Guedes a ainsi manœuvré ces dernières semaines pour tenter de faire réélire un renard de la politique, Rodrigo Maia, à la tête de la Chambre des députés. Un homme jugé compatible avec son agenda libéral, sur lequel Jair Bolsonaro et ses fils volubiles, Flavio et Eduardo, ont pourtant émis des réserves.

Aussi stratégique qu’encombrante, la présence de Paulo Guedes met en lumière la fragilité du futur gouvernement. « ll n’est jamais sain de faire reposer tout un pan du programme sur un seul nom », observe Thiago Vidal, économiste au cabinet de conseil Prospectiva. Réputé soupe au lait, le « Chicago boy » pourrait claquer la porte à la moindre contrariété, déstabilisant les milieux d’affaires. S’il tient bon, le « superministre » de l’économie ne rendra que plus visibles les contradictions du gouvernement Bolsonaro et obligera le militaire à endosser un programme impopulaire, passé presque inaperçu pour une partie de ses électeurs.

Nationalisme et étatisme exacerbés

« Les Brésiliens ont peut-être voté pour Bolsonaro parce qu’ils ont acheté le programme libéral de Paulo Guedes comme solution à la crise. Dans ce scénario, le public serait convaincu de la nécessité de prendre sa retraite plus tard, de compter sur moins de services publics et de vivre avec une législation du travail plus flexible. C’est peu plausible, estime le sociologue Celso Rocha de Barros, dans sa chronique au quotidien Folha de Sao Paulo du 18 décembre. Guedes a été absent des débats pendant la campagne. Quand il parlait, Bolsonaro lui demandait de se taire. »

Préoccupé, Jair Bolsonaro a déjà multiplié les petites phrases comme autant de désaveux, semblant condamner Paulo Guedes aux « réformettes ». « Nous ne pouvons pas sauver le Brésil en tuant les personnes âgées », a notamment lâché le président élu lors d’une visite à un centre catholique de Sao Paulo, le 30 novembre, en parlant de l’actuel projet de réforme des retraites.

L’attitude de Jair Bolsonaro, connu pour son nationalisme et son étatisme exacerbés, annonce la confusion qui pourrait régner au sein d’un futur gouvernement dont l’idéologie se heurte au dogme économique défendu par M. Guedes. Une idéologie calquée sur les pensées d’Olavo de Carvalho, un ancien astrologue devenu le philosophe de l’extrême droite brésilienne, qui a poussé le président élu à s’entourer d’une kyrielle de ministres ultraconservateurs, contempteurs du globalisme, adorateurs de Donald Trump et soldats de la chrétienté.

Ainsi de Damares Alves, pasteure évangélique chargée des droits de l’homme, de la femme et de la famille, qui affirme avoir eu une apparition de Jésus au pied d’un goyavier, ou du ministre des affaires étrangères, Ernesto Araujo, hanté par la menace communiste et pour qui le président américain, Donald Trump, est le « sauveur de l’Occident ».

Cette ligne promet de faire des ravages. En témoigne la feuille de route diplomatique d’Ernesto Araujo, révélée mi-décembre par les médias brésiliens. Le diplomate, convaincu que le réchauffement climatique est un « complot gauchiste », entend sortir de « l’axe globaliste Chine-Europe-gauche américaine » en proposant un « pacte chrétien » avec les Etats-Unis et la Russie tout en se rapprochant étroitement d’Israël, pour satisfaire le lobby évangélique.

Ce discours bravache tenté par le repli sur soi est peu compatible avec la balance commerciale du Brésil, dont Pékin, l’UE et les pays arabes restent des clients stratégiques. Peu importe, prétend l’équipe de Jair Bolsonaro. « Le Brésil continuera à exporter du soja, de la viande et du sucre, mais il exportera aussi l’espoir et la liberté », a rétorqué sur Twitter Ernesto Araujo, le 21 décembre.

LA UNE  DE «LA HONTE» AVRIL 2018 – 
LULA SOUS LES VERROUS. LE 11 AVRIL, 
SANS UN TITRE, VEJA PUBLIE UN DESSIN DE 
L’ANCIEN PRÉSIDENT LULA DERRIÈRE LES BARREAUX.
IL S’EST RENDU À LA POLICE QUATRE JOURS 
PLUS TÔT.  « LE CORROMPU EN PRISON », 
SE RÉJOUIT L’HEBDOMADAIRE CONSERVATEUR. 
« La dynamique de Bolsonaro sera celle de constantes négociations, avec le Congrès, mais aussi au sein même des équipes », pense Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas de Sao Paulo. « Si, finalement, le président élu arbitrait en faveur de Guedes, nous pourrions assister à l’émergence d’une politique étrangère proaméricaine dirigée par l’Itamaraty [le ministère des affaires extérieures] et une politique commerciale proasiatique dirigée par le ministère de l’économie. Une diplomatie à deux têtes, sans précédent dans l’histoire du Brésil », prédit le politologue Mathias Alencastro. Une situation atypique et instable, à l’image du nouveau chef d’État brésilien.


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