09 novembre, 2020

LE GRAND AIR DE LA « FRAUDE » OU LES ARROSEURS ARROSÉS

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« LE POUVOIR DU VOTE »
DESSIN NÉSTOR SALAS
Dès le 23 octobre, reçu dans le « Tonight Show » de Jimmy Fallon, sur la chaîne NBC, le sénateur Bernie Sanders, éliminé de la course à la Maison-Blanche car trop « à gauche » pour ses « amis » démocrates, avait prévu la situation. Pandémie de Covid-19 oblige, estimait-il, le vote par correspondance – les «absentee ballots » – allait considérablement augmenter et, en bonne logique, les électeurs démocrates, plus respectueux de la distanciation sociale, favoriseraient ce mode de vote par anticipation. « Pour des raisons que je n’ai pas le temps d’expliquer ce soir, déclara Sanders, vous allez avoir une situation, je suppose, dans des États comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et d’autres, où vous allez recevoir d’énormes quantités de bulletins de vote par la poste. Contrairement à des États comme la Floride ou le Vermont, ils ne peuvent pas, pour de mauvaises raisons, commencer à traiter ces bulletins avant, je ne sais pas, le jour des élections ou peut-être la fermeture des bureaux de vote. Cela signifie que les États vont devoir traiter des millions de bulletins de vote par correspondance. » Dans ces conditions, le républicain Donald Trump pourrait très bien se retrouver en tête des décomptes dans certains États, le soir du scrutin, et devancé le ou les jours suivants par son adversaire démocrate Joe Biden, une fois tous les bulletins dépouillés. D’où cette prédiction de Sanders : « À ce moment-là, Trump dira : "Vous voyez? Je vous avais dit que tout cela était une escroquerie. Je vous avais dit que ces bulletins étaient truqués. Nous ne quitterons pas nos fonctions." C’est une préoccupation que beaucoup de gens et moi-même avons... Les gens doivent être conscients de cette possibilité. »

par Maurice Lemoine

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« UN ÉLÉPHANT RÉPUBLICAIN…
…ÇA PEUT TRUMPER ÉNORMÉMENT  »

Sans lui retirer aucun des mérites que lui reconnaissent ses partisans, on ne qualifiera pas Sanders de « prophète ». Le 30 juillet, invoquant les «risques de fraudes » liés à la mise en place du vote par correspondance, Trump en personne avait annoncé la couleur et évoqué « l’élection la plus inexacte et la plus frauduleuse de l’Histoire ». Ce en quoi il n’innovait guère. En 2016 déjà, à la fin du troisième débat l’opposant à Hillary Clinton, il avait provoqué la stupeur en refusant de s’engager à accepter les résultats du scrutin : « Je verrai en temps voulu », avait- il déclaré.

On ne peut donc mettre les derniers événements sur le compte d’une quelconque improvisation. Le 4 novembre, lors de sa première prise de parole après la fermeture des bureaux de vote, et sans s’embarrasser des quelques millions de bulletins restant encore à dépouiller [1], le président sortant s’est autoproclamé vainqueur en dénonçant que certains États aient arrêté de compter les bulletins le temps de la nuit : «C’est une fraude contre le peuple américain. C’est une honte pour notre pays. Nous étions en train de gagner cette élection. Franchement, nous avons gagné cette élection. » Quelques heures plus tard, il dénoncera la dynamique désormais favorable à Biden : « Hier soir, j’avais une bonne avance dans de nombreux États décisifs, puis, un par un, ils ont commencé à disparaître par magie avec l’apparition et le comptage de bulletins surprises. Très étrange. »

« LA COURSE À LA MAISON BLANCHE »
DESSIN NÉSTOR SALAS


De là à réclamer la suspension du dépouillement des votes par correspondance, en particulier dans le Michigan, la Géorgie et en Pennsylvanie, il n’y avait qu’un pas, allégrement franchi. Dans une réaction officielle, la directrice de campagne de Biden, Jen O’Malley Dillon, a déclaré scandaleuses, sans précédent et incorrectes les déclarations du président: « Scandaleuses parce qu’il s’agit d’un effort évident pour retirer les droits démocratiques aux citoyens américains. Sans précédent, car jamais auparavant dans notre histoire un président américain n’avait tenté de priver les Américains de leur voix lors d’une élection nationale. » Même la chaîne CNN, à travers ses commentateurs, a jugé la réaction de Trump «contraire à la démocratie».

Dont acte, aux uns et aux autres. Mais on leur fera remarquer – et pas uniquement à eux ! – qu’ils auraient pu se montrer aussi clairvoyants en octobre 2019 lorsque se produisit le même phénomène en… Bolivie. Le dimanche 20 octobre, le décompte de 84 % des voix donnait au président sortant Evo Morales, candidat à la réélection en représentation du Mouvement pour le socialisme (MAS), une avance de sept points sur son concurrent de droite Carlos Mesa (45,28 % des voix contre 38,16 %), plaçant ce dernier en position de disputer un second tour. Après une interruption nocturne du dépouillement, le décompte du lundi soir changea la donne. Morales devançait à présent Mesa de dix points et, avec 46,8 % des suffrages contre 36,7 %, l’emportait dès le premier tour [2].

Aussi « trumpistes » que Trump, leur grand allié, la droite et l’extrême droite boliviennes, ainsi que quelques renégats censément « de gauche », hurlèrent à la fraude. Chargée d’observer le processus électoral, l’Organisation des États américains (OEA), aux ordres et à la botte de Washington, leur vint en aide en dénonçant un « changement inexplicable de tendance». En fait, comme on l’avait constaté lors des élections précédentes, les zones rurales, indiennes et paysannes, très majoritairement favorables à « Evo », mais dont les résultats arrivaient en dernier du fait des difficultés de communication, avaient fait basculer définitivement le résultat [3].

La suite est connue. Washington parla d’une tentative de « subversion de la démocratie ». Encouragés, les «ultras » boliviens déclenchèrent une vague de violence qui déboucha sur un coup d’Etat. Que l’Union européenne entérina. Le mimétisme moutonnier faisant le reste, l’immense majorité de la « communauté médiatique » ratifia la thèse de « la fraude », responsable de la crise qui s’ensuivit. Aux États-Unis mêmes, seul Bernie Sanders qualifia de putsch l’éviction de Morales. Également classée « à gauche » du Parti démocrate, la sénatrice du Massachusetts, Elisabeth Warren, évita soigneusement d’utiliser l’expression « coup d’État  » et qualifia le «gouvernement » de la présidente autoproclamée Jeanine Añez de « leadership intérimaire », validant ainsi la nouvelle administration [4]. Il est vrai que, comme Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Warren a reconnu en Juan Guaidó le président du Venezuela, que seul Trump et son équipe ont élu à cette haute fonction ; elle a également approuvé l’utilisation des sanctions aussi illégales que criminelles imposées à ce pays.

S’agissant de la Bolivie, et laissant la voie libre aux faucons républicains, l’ensemble du Parti démocrate s’est donc très ostensiblement désintéressé de la question.

Pour Washington et les « élites politiques » conservatrices qui, dans les Amériques, lui servent de relais en même temps qu’elles défendent leurs propres intérêts, les élections sont certes indispensables, mais à une condition : il faut pouvoir garantir que les gens votent comme il faut. De sorte que, chanté depuis la droite du noble orchestre de la Démocratie, et promus par le puissant voisin du Nord, le « grand air de la fraude » est depuis longtemps un grand classique dans la région.

En 2008, au Nicaragua, lors d’élections municipales largement remportées par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) – 109 villes sur 153 –, le candidat battu pour la mairie de Managua, le banquier Eduardo Montealegre, hurle au scandale et exige un recomptage des votes. Lorsque le Conseil suprême électoral (CSE) accepte la requête, il refuse d’assister à l’opération. Il n’apportera ultérieurement aucune des « preuves » censées sustenter son accusation.

Le 6 novembre 2011 voit la réélection du sandiniste Daniel Ortega, avec 62 % des suffrages. Arrivé en deuxième position avec 31 % des voix, le représentant du Parti libéral indépendant (PLI), Fabio Gadea, conteste sa défaite, prétendant avoir lui-même recueilli 62 % des voix (alors que tous les sondages lui avaient accordé environ 30 %). Alertant la « communauté internationale » (comprendre : les États-Unis et l’Union européenne) acquise à sa cause, il annonce une protestation massive et, pour le 3 décembre suivant, cent mille manifestants dans les rues de la capitale Managua. Présent sur place, nous n’assistons qu’à un défilé de cinq à dix mille personnes (en l’absence d’un appareil massif de répression).

Lorsque Ortega est réélu pour un troisième mandat le 6 novembre 2016, le CSE annonce une abstention de 31,8 % ; sans citer aucune source identifiable, la coalition d’opposition du Front large de la démocratie (FAD) l’estime à plus de 70 % et, comme d’habitude, conteste le résultat du scrutin.

À chaque fois, invoquant « la fraude », l’administration américaine (en l’occurrence celles de George W. Bush et Barack Obama) condamne (et sanctionne) l’indésirable vainqueur. À chaque fois, la sphère médiatique, sans plus d’hésitations que de preuves, enferme le Nicaragua dans la catégorie des « États voyous » [5].

Novembre 2009, en Haïti : trois jours d’émeute pour contester un résultat ! Le Conseil électoral provisoire (CEP) a bien exclu quatorze partis politiques – dont Fanmi Lavalas, formation de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide (deux fois bouté hors du pouvoir par des coups d’Etat) –, ce n’est pas suffisant. Les Haïtiens ont mal voté. Le premier tour de l’élection présidentielle a placé Mirlande Manigat (31,4 %) et Jude Célestin (22,5 %) devant le candidat de Washington Michel Martelly (21,8 %), dès lors éliminé pour le deuxième tour. Jeté dans la rue par ce dernier, un dévergondage de gens de toutes sortes sème le chaos. Sensibles à cette mobilisation de la « société civile » et sur la base d’un rapport fort bien venu de l’OEA, les principaux bailleurs de fonds, Washington en tête, obligent le CEP à modifier les résultats. Celui-ci installe Martelly en deuxième place, permettant ainsi à cet individu carrément corrompu, franchement incompétent, de participer au second tour et de devenir président de la République le 20 mars 2011.

L’année suivante, au Venezuela, le camp bolivarien emmené par Hugo Chávez continuant manifestement à envisager sa permanence au pouvoir, l’oppositionsonne le tocsin. Pourtant, le 15 septembre, l’argentin Carlos Álvarez, chef de la Mission d’observation électorale de l’Union des Nations sud-américaines (Unasur), a déclaré : « Il est intéressant de souligner un élément que très peu connaissent, je parle surtout de ceux qui analysent la réalité depuis la désinformation ou les préjugés, c’est que le Venezuela possède aujourd’hui l’un des systèmes électoraux les plus vigoureux et les plus avancés technologiquement de l’Amérique latine, ce qui garantit la transparence, le contrôle et la surveillance du scrutin. » La semaine précédente, l’ancien président américain James Carter, dirigeant du Centre éponyme, avait pour sa part déclaré : « En réalité, sur les quatre-vingt-douze élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde »…

Il n’en demeure pas moins que, à l’instar de Rafael Poleo, directeur du quotidien El Nuevo País, qui a écrit le 7 août « ignorer que le gouvernement prépare une fraude est une idiotie », l’opposition ne cesse de mettre en cause l’impartialité du Conseil national électoral (CNE) ; chaque fois qu’on le lui demande, Henrique Capriles, le candidat de droite, se refuse à préciser si, dans l’hypothèse où il lui serait défavorable, il acceptera le résultat (Trump n’a rien inventé).

Manque de chance : le 7 octobre, jour du scrutin, un million six cent mille voix de différence constituent une marge suffisante pour couper court à toute contestation. Avec 55,1% des votes et quasiment dix points d’avance, le président en exercice repart pour un nouveau de mandat. Capriles range provisoirement ses protestations dans son chapeau.

Chávez disparu, les Vénézuéliens élisent son dauphin Nicolás Maduro, le 14 avril 2013, avec 50,60 % des voix (n’importe quel fraudeur moyennement intelligent aurait porté cet avantage à 55-60 % pour éviter ce résultat « ric-rac » ; un vrai dictateur aurait, lui, gagné avec au minimum 80 %). Qu’importe. Capriles refuse d’admettre sa défaite. Le fait devrait surprendre : tout comme il a accepté avoir perdu lors de la présidentielle précédente, organisée par le même CNE, il n’a pas mis en cause l’arbitre électoral lorsque, quelques semaines auparavant, il a été réélu gouverneur de l’État  de Miranda avec moins de trente mille voix d’avance sur le candidat du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) Elías Jaua. Appuyé par le secrétaire d’État  américain John Kerry, l’OEA et le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, Capriles demande un recomptage de « tous » les bulletins de vote. Puis déclenche l’escalade en appelant ses partisans à exprimer leur « arrechera » –  mélange de rage et de hargne mêlées d’indignation morale – dans les rues. Suggérée sur les réseaux sociaux par le journaliste d’opposition Nelson Bocaranda, au prétexte que « les médecins cubains cachent des urnes pleines de bulletins de vote », des centres médicaux sont attaqués, incendiés et détruits. La vague de violence provoque la mort de onze personnes. Comme elles sont toutes chavistes, les grandes multinationales dites de défense des droits de l’Homme ne s’emparent pas de la question.

Contrairement à ce que croient certains niaiseux, l’impérialisme ne se manifeste pas que sous la forme extrême de l’intervention militaire et de l’invasion armée. Aux coups d’État  menés à bien par des acteurs locaux, tentatives de déstabilisation, mesures coercitives unilatérales, guerres non conventionnelles, opérations clandestines, s’ajoutent les techniques de désinformation permettant de diaboliser l’ « ennemi ». Quoi de plus efficace, pour transformer un pays en « dictature », face à l’opinion internationale, que d’y remettre en cause l’honnêteté des processus électoraux ?

Au Venezuela, la comédie dure depuis deux décennies. Quand, en 2004, Chávez gagna un référendum révocatoire avec 59 % des suffrages exprimés, le dirigeant d’opposition Henry Ramos Allup dénonça une « gigantesque fraude » dont il présenterait les preuves dans les vingt-quatre heures. Seize années plus tard, on ne les a pas encore vues. Mais d’aucuns prennent toujours Ramos Allup au sérieux.

En 2018, en pleine période de déstabilisation économique, les leaders de l’opposition, sur ordre explicite de Washington, refusent de participer à la présidentielle et appellent à la boycotter. D’autres dirigeants, tout aussi critiques à l’égard du « chavisme », mais plus soucieux de l’intérêt général, se portent malgré tout candidats. Dans un tel contexte, 9,2 millions de citoyens se rendent aux urnes (46,02 % de participation). Maduro l’emporte avec 68 % des voix, devant Henri Falcón (ex-chef de campagne d’Henrique Capriles ; 21 %) et le pasteur Javier Bertucci (11 %). Ce qui se passe à ce moment ne peut même plus être placé dans la catégorie « comique de répétition » : soumis à une pression extrême des « ultras » étatsuniens et vénézuéliens, Falcón refuse soudain de reconnaître la légitimité du scrutin et exige… d’en organiser un autre. « On pourrait les faire en octobre et nous, nous sommes disposés une fois de plus, cohérents comme nous sommes [authentique !], à y participer. » Avec l’infime étincelle de lucidité qui semble lui rester, il constate néanmoins : « Aujourd’hui il est clair que cet appel à l’abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela. » Arrivé en troisième position, Bertucci n’entre pas dans une fausse polémique : « Les gens qui ont voté ont voté, on ne peut pas dire que le résultat n’est pas le produit du vote. »

En état de choc, échaudés, écœurés par l’irresponsabilité et l’incohérence de leurs dirigeants, les électeurs qui s’en réclament et les abstentionnistes ne descendent même pas dans la rue pour manifester. Nul n’y prête attention. L’effet troupeau faisant son œuvre, les médias dominants bourdonnent sur le même thème : la légende noire d’un Maduro «président illégitime » vient de naître.

On n’occultera pas ici que, le 30 juillet 2017, l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC) avait été très controversée. Pas tant du fait du boycott des mêmes que l’année suivante et des violences qu’ils incitèrent alors à déclencher pour saboter la consultation. On déplora au moins quinze morts au cours de ce week-end, dont un sergent de la Garde nationale et un candidat chaviste. Vingt-et-un fonctionnaires de police furent blessés par arme à feu, huit gardes nationaux brûlés par un engin explosif. En vain : 8 089 320 Vénézuéliens se rendirent aux urnes pour élire leurs Constituants, soit 41,5 % de l’électorat.

Ces chiffres, bien sûr, furent immédiatement contestés. Toujours en première ligne dès qu’il s’agit de ruses, de manèges et de finasseries, Ramos Allup estima la participation à 12 %, soit à peine 2,4 millions de personnes. Plus troublante, et semant légitimement le doute, se révéla la déclaration d’Antonio Mugica, président de la firme Smartmatic, qui fournissait le software des machines à voter et l’assistance technique, quand il dénonça une manipulation des résultats. « Nous estimons que la différence entre la participation réelle et celle annoncé par les autorités est d’au moins un million de voix », déclare-t-il, depuis… Londres, trois jours après le scrutin.

Depuis, Mugica a disparu des radars, sans jamais avoir soumis à quiconque un quelconque rapport technique détaillé expliquant la supposée fraude, qui l’a réalisée et comment elle a été détectée. En revanche, tout observateur attentif dispose de quelques certitudes. Smartmatic, leader mondial en solutions électorales et de gestion d’identités, jouit d’une solide réputation internationale. Elle opère dans une quarantaine de pays. Sans jamais aucun incident, et défendant l’intégrité des résultats de douze élections vénézuéliennes successives, Smartmatic en encadrait techniquement le déroulement depuis 2004 – le vote étant complètement automatisé. Or, dans un contexte d’agression permanente, Washington venait d’annoncer des sanctions contre la présidente du CNE Tibisay Lucena, pour son rôle dans l’organisation de cette élection « illégale ». Toute entreprise travaillant avec le CNE risquait désormais d’être condamnées à de très fortes amendes par la justice étatsunienne et même de se voir exclue définitivement du marché américain. Or…

Après cette spectaculaire mise en cause de Caracas, et la rupture qui s’ensuivit, Smartmatic annoncera que l’Argentine (du président de droite Mauricio Macri) fait appel à sa technologie biométrique pour l’authentification de ses électeurs ; qu’elle présente sa technologie innovante aux experts et administrateurs électoraux du Royaume-Uni ; qu’elle participe à la mise en place de la même technologie innovante au Mexique (du président conservateur Enrique Peña Nieto) ; que, d’ici à 2020, « après une évaluation technique, légale et financière », le comté de Los Angeles achèvera avec elle l’installation d’un nouveau système de vote ; que la Commission européenne a attribué à son Centre d’excellence sur le vote par internet une nouvelle bourse de recherche dans le cadre du programme Horizon 2020 ; que, dans le secteur en charge des infrastructures électorales, elle intègre… le Conseil de coordination du Département de la sécurité intérieure des États-Unis ! Que des « amis » très chers du Venezuela ! Mieux vaut ne pas se placer sous l’épée de Damoclès des sanctions américaines quand on ne souhaite pas perdre de tels contrats [6].

« Personne n’a expliqué comment, pendant ces deux décennies de gouvernement bolivarien, l’opposition a presque toujours gagné, par exemple, dans l’État  de Miranda, où se trouve la partie la plus grande et la plus puissante de Caracas, constate la philosophe et historienne vénézuélienne Carmen Bohórquez ; et qu’elle a également gagné à plusieurs reprises des États stratégiques tels que les États de Zulia, Táchira, Mérida, Nueva Esparta ou Amazonas [7]. » Néanmoins, au prétexte que « les conditions pour qu’il y ait des élections justes et démocratiques (n’y) sont pas réunies », l’Union européenne, en parfaite supplétive de l’administration Trump (et des ténors du Parti démocrate), refuse par avance de reconnaître les résultats des élections législatives organisées le 6 décembre prochain. Scrutin que, comme il se doit, leur petit protégé, l’autoproclamé Juan Guaido, appelle à boycotter. Une question, et non des moindres, demeurant néanmoins en suspens : le jour où aura lieu, au Venezuela, cette consultation électorale (à laquelle participent les factions non anti-démocratiques de l’opposition), connaîtra-t-on le nom du prochain président des États-Unis ?

Effarés, nombre d’Américains découvrent des méthodes que leurs gouvernements successifs ont sans vergogne appuyées, voire suscitées, à l’étranger. C’est que, à répandre cyniquement la peste chez les autres, on finit par l’attraper. Le 4 novembre, sans la moindre preuve, Trump s’est à nouveau posé en victime d’une vaste fraude électorale : « Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l’élection ! » S’il perd (ce qui est probable, mais pas absolument certain, à l’heure de la rédaction de ce billet), il va multiplier les recours en justice et en appelle déjà à la Cour suprême, pour que « la loi soit respectée et utilisée de manière appropriée  ». La partie est loin d’être terminée.

CARICATURE DE LUIS ALMAGRO
DESSIN RAMIRO ALONSO

Mais au fait… Où est passée l’OEA ? Pas d’ironie facile : elle est là et bien là. Défenseur intraitable, scrupuleux et désintéressé de la pureté des processus démocratiques sur le continent, son secrétaire général Luis Almagro a dirigé en personne une mission d’observation électorale. Pour ces minuscules États-Unis, pays de 328 millions d’habitants répartis sur 9,834 millions de Km², 28 experts et observateurs ont été déployés ; rien à voir avec l’immense Bolivie (11,35 millions d’habitants, 1,098 million de Km²) qui avait nécessité… 92 experts et observateurs déployés en 2019 dans les neuf départements du pays et dans trois pays étrangers (Argentine, Brésil et États-Unis) pour y surveiller le vote des expatriés.

Disons qu’au sein de l’OEA, et en matière de surveillance du respect de la démocratie, tous les pays sont égaux, mais que certains sont plus égaux que d’autres. « En raison de la nature décentralisée de l’administration électorale aux États-Unis, explique le Rapport préliminaire rendu public le 6 novembre, la Mission a dû obtenir l’autorisation de chaque État  afin d’observer leurs processus de vote. La Mission a donc contacté les autorités de quatorze États [sur cinquante!] et du district de Columbia pour demander un accès pendant la période préélectorale et le jour du scrutin. (…) En fin de compte, les restrictions résultant de COVID-19 ainsi que d’autres facteurs échappant au contrôle de la Mission ont limité les États dans lesquels elle a pu se déployer [8]. » Et pour cause : certains États n’autorisent pas ou ne prévoient pas de dispositions spécifiques pour l’observation internationale de leurs processus électoraux. Et n’ont pas l’intention d’y changer quoi que ce soit. De sorte que l’imposante « Mission de l’OEA pour les élections présidentielles américaines » n’a été en réalité présente qu’en Géorgie, dans l’Iowa, dans le Maryland, dans le Michigan et dans le district de Columbia [9] !

Dans le rapport préliminaire qui en découle, l’OEA indique qu’elle « n’a pas directement observé de graves irrégularités jetant le doute sur les résultats » Préalablement, elle a mentionné sur un ton critique qu’ « un candidat en particulier » a fait référence à la « progression et à la crédibilité du vote » ce qui a ensuite conduit sa campagne à « contester le processus en cours et les résultats devant les tribunaux ». « Un candidat en particulier »… Jamais le nom de Donald Trump n’est mentionné. Il a plus de chance qu’Evo Morales, nommément cité et épinglé à de multiples reprises dans les mensongers rapports préliminaire et définitif de 2019. Mais Almagro n’insulte pas l’avenir. Le 6 novembre, date de publication de ce premier document, il n’est pas encore certain que Trump ait perdu l’élection.

DESSIN GRESER & LENZ 
On se permettra tout de même d’interpeller le secrétaire général sur cette « mission d’observation électorale à portée limitée » (expression employée dans le rapport précité). Plutôt que vouloir imposer autoritairement ses diktats à la Bolivie, au Nicaragua, au Venezuela ou aux autres pays de la région, ne devrait-il pas, en priorité, exiger des États-Unis un accès sans limites à l’observation de ses élections ? (excusez, « it’s a joke »: on n’a jamais vu un « péon »[10] imposer quoi que ce soit à son patron). Autre question : dans la plus extravagante des hypothèses (mais qui sait…), le président français Emmanuel Macron recevra-t-il Trump à l’Élysée si celui-ci s’autoproclame chef de l’État  ? Et encore : comme elle l’a fait avec la Bolivie post-coup d’État, pourquoi l’Union européenne ne se propose-t-elle pas comme médiatrice pour « pacifier le pays »  ? Sans augurer du pire, on y note déjà une montée des tensions digne de la dernière des Républiques bananières. Selon le Washington Post, le Secret Service s’inquiète de la sécurité de Joe Biden : des agents ont été envoyés en renfort à Wilmington (Delaware) pour protéger son QG.

Notes :

[1] Il s’agit de bulletins postés au plus tard le jour du scrutin, donc le 3 novembre.

[2] En Bolivie, pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40 % des voix avec 10 points de pourcentage d’écart sur le second.

[3] http://www.medelu.org/Les-petits-telegraphistes-du-coup-d-Etat-qui-n-existe-pas

[4] https://jacobinmag.com/2019/12/bernie-sanders-elizabeth-warren-foreign-policy-bolivia

[5] http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du#nb2

[6] https://www.smartmatic.com/fr/

[7] https://www.alainet.org/es/articulo/209597?utm_source=email&utm_campaign=alai-amlatina

[8] file :///Users/admin/Downloads/PreliminaryReportoftheOASEOMUSA2020.pdf

[9] Le District de Columbia abrite la capitale fédérale Washington.

[10] En Amérique latine : gardien de bétail, ouvrier agricole, paysan pauvre, domestique…

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ILLUSTRATION CLAY BANKS / UNSPLASH

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08 novembre, 2020

EN BOLIVIE, ARCE INVESTI NOUVEAU PRÉSIDENT

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PHOTO DAVID MERCADO

La Paz - Luis Arce est officiellement investi dimanche nouveau président de la Bolivie, au moment où son mentor, l'ancien chef de l'Etat Evo Morales, s'apprête à rentrer dans le pays andin.

Par Antoine Malo

PHOTO EUROPA PRESS

Luis Arce, l'ancien ministre de l'Économie d'Evo Morales au profil plus techno que son mentor, va être investi chef de l'État dimanche. Il va devoir redresser et réconcilier un pays que la crise électorale de l'année passée a déchiré. L'économiste de 57 ans, élu largement dès le premier tour le 18 octobre avec 55% des voix, aura la rude tâche de réconcilier un pays polarisé par la crise post-électorale qui a secoué le pays pendant un an, et de remettre sur les rails une économie fortement fragilisée par la pandémie de coronavirus.

Le socialisme est de retour en Bolivie. Après une crise post-électorale en 2019, qui a conduit au départ de l'ancien chef de l'État Evo Morales, et une année de gouvernance chaotique par une coalition de forces de droite, Luis Arce va aujourd'hui être investi chef de l'État. Déjouant les pronostics des sondages, le leader du MAS (Mouvement vers le socialisme) de 57 ans l'a emporté au premier tour de la présidentielle du 18 octobre, avec plus de 55 % des suffrages. Ce score confortable devrait permettre à l'ancien ministre de l'Économie de Morales d'asseoir son autorité.

Une partie de ses adversaires refuse de désarmer

PHOTO MAS
Pas inutile dans un pays que les violences de l'année passée (36 morts) ont fracturé. Le profil techno et moins militant d'Arce pourrait aussi aider à réconcilier les milieux d'affaires et sa base électorale, notamment les Indigènes, communauté dont il n'est pas issu. Ce ne sera pas de trop pour relever l'économie du pays, plombée par cette année de crise conjuguée à une gestion désastreuse de la pandémie.

Reste qu'une partie de ses adversaires, qui n'accepte pas les résultats du 18 octobre, refuse de désarmer. Le riche État de Santa Cruz, bastion de la droite, a ainsi été paralysé par une grève jeudi et vendredi. Arce devra aussi composer avec la présence encombrante d'Evo Morales qui, après un an d'exil, pourrait revenir au pays dès demain. L'ancien chef de l'État a pourtant promis qu'il abandonnait la politique pour se consacrer à des activités syndicales et à la pisciculture.

LA COLÈRE NE FAIBLIT PAS AU CHILI MALGRÉ LE « OUI » AU CHANGEMENT DE CONSTITUTION

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PHOTO NICOLÁS ALISTE



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La colère ne faiblit pas au Chili malgré le « oui »  au changement de Constitution

Euronews

LIBERTÉ DES PRISONNIER.E.S
 DE LA RÉVOLTE

Remplacer la Constitution était une des revendications des manifestations pour une société plus juste, surgies après une flambée de violences le 18 octobre 2019 contre une augmentation du prix du ticket de métro à Santiago. La contestation s'est vite transformée en une colère sociale contre les inégalités et une élite jugée déconnectée du quotidien du plus grand nombre.

La Constitution, héritage de l'ère Pinochet était considérée comme le fondement des inégalités flagrantes de la nation.

Un millier de manifestants se sont rassemblés vendredi sur l'emblématique plaza Italia à Santiago, en dépit du oui à ce référendum réclamé pendant plus d'un an par la rue chilienne. Ils demandaient, entre autres, la libération des nombreuses personnes encore détenues après ces mois de manifestations.

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«SINGERIE DE L'INTÉRIEUR» 
MINISTRES CHILIENS DE L'INTÉRIEUR
DESSIN LAUZAN

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06 novembre, 2020

LUIS ARCE SORT INDEMNE D’UN ATTENTAT

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PHOTO TYLER HICKS

Le président bolivien élu Luis Arce Catacora est sorti indemne d’un attentat à la dynamite perpétré jeudi soir contre le QG de campagne du Mouvement vers le socialisme (MAS) situé dans le quartier de Sopocachi, dans l’est de La Paz.

POR PAULO CUIZA

PHOTO ALVARO VALERO
L’attentat a eu lieu après la première journée de barrages routiers et une grève appelée par des organisations d’extrême droite qui dénoncent une prétendue fraude électorale lors des élections du 18 octobre et exigent que Luis Arce n’assume pas la présidence dimanche prochain.

« Nous avons été victimes d’une attaque par un groupe de personnes qui ont dynamité l’entrée du local du MAS où notre président élu Luis Arce était en réunion. Nous sommes très préoccupés par ce qui se passe », a déclaré le porte-parole du MAS, Sebastián Michel, à la télévision universitaire et Red Uno. En plus de Luis Arce, les équipes de communication et du protocole étaient réunies dans le bâtiment.

Bien que personne n’ait été blessé, il est regrettable que le régime de facto, dirigé par Jeanine Añez, n’ait pas fait de déclaration en réponse à l’agression et n’assure pas la sécurité du futur président, qui a été élu avec plus de 55 % des voix a remarqué M. Michel.

« Nous n’avons vu aucune déclaration du ministre de l’Intérieur Arturo Murillo sur le sujet, nous nous sentons donc livrés à nous-mêmes, absolument sans protection et personne ne nous donne la garantie nécessaire pour la sécurité de notre président », a ajouté M. Michel.

« Nous espérons que cela ne se reproduira pas et qu’il s’agissait de l’acte d’un déséquilibré plutôt que quelque chose plus planifié. Cela montre le climat dans lequel nous vivons et nous espérons que cela ne se compliquera pas d’ici dimanche », a-t-il encore déclaré.

Le MAS a également exclu la formation de milices comme celles promues par l’ultra-droite à Santa Cruz et Cochabamba, avec lesquelles ils intimident la population, et a souligné que le gouvernement de Arce Catacora n’autorisera aucun groupe armé irrégulier et qu’aucune arme ne sera autorisée.

La cérémonie officielle de prestation de serment se tiendra le dimanche 8 novembre, ce qui mettra fin à près d’un an de la dictature dirigée par Jeanine Áñez.

Le gouvernement putschiste, qui avait initialement reconnu la victoire de Luis Arce et du MAS, a ces derniers jours exigé que le décompte des bulletins de vote soient vérifié.  Sources :La Razon Traduction : Venesol

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03 novembre, 2020

CHILI: DÉMISSION DU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR, SUSPENDU PAR LES DÉPUTÉS

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PHOTO ATON
Le ministre chilien de l'Intérieur, Victor Pérez, a annoncé mardi sa démission après avoir été suspendu par la Chambre des députés qui a voté une «accusation constitutionnelle» à son encontre en raison de violences policières lors de manifestations. «Non seulement je suis suspendu, mais je démissionne comme ministre de l'Intérieur» a déclaré Victor Pérez devant la presse dans l'enceinte du Parlement, trois mois après sa nomination à l'Intérieur.

 VICTOR PEREZ ANCIEN
COLLABORATEUR DE PINOCHET
  

Par Le Figaro avec l'AFP

Avec 80 voix pour, 74 contre et une abstention, les députés ont approuvé cette «accusation constitutionnelle» déposée par des parlementaires de l'opposition contre le ministre. Une accusation constitutionnelle est une disposition parlementaire qui permet de déterminer la responsabilité de hauts responsables politiques concernant un événement donné. Les parlementaires de l'opposition accusaient le ministre de négligence lors d'une manifestation de chauffeurs routiers dans le sud du Chili, et pour son rôle comme supérieur hiérarchique de la police chilienne à laquelle sont imputées de nombreuses violences sur des manifestants pendant les protestations sociales.

Les députés ont accédé à la demande de l'opposition alors qu'au cours d'une manifestation le 2 octobre, un policier avait poussé un manifestant de 16 ans tombé sept mètres plus bas dans le lit asséché de la rivière Mapocho, lui infligeant de sérieuses blessures aux membres et à la tête. Cet épisode a ravivé les critiques contre les violences policières, notamment lors des manifestations qui secouent le pays depuis un an. Le Sénat doit désormais voter pour déterminer si M. Pérez doit être déclaré inéligible pour cinq ans.

Le président conservateur Sebastian Piñera a indiqué dans un communiqué qu'il acceptait la démission de son ministre. Victor Pérez «a accompli tous ses devoirs, a respecté la Constitution et les lois», a déclaré le chef de l'État. Victor Pérez, 66 ans, est un homme politique de droite. Sous la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), il était maire de la ville de Los Angeles, dans le sud du Chili. Après avoir été longtemps sénateur, Victor Pérez avait été nommé ministre de l'Intérieur en juillet, en remplacement de Gonzalo Blumel. Ce dernier avait lui-même remplacé Andrés Chadwick, cousin du président Piñera, et considéré comme l'homme fort du gouvernement au moment du déclenchement du soulèvement social en octobre 2019.

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«SINGERIE DE L'INTÉRIEUR» 
MINISTRES CHILIENS DE L'INTÉRIEUR
DESSIN LAUZAN

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02 novembre, 2020

LES COMMUNISTES OCCUPENT TROIS MINISTÈRES DANS LE GOUVERNEMENT SALVADOR ALLENDE

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PHOTO HERNÁN MORALES

ARCHIVES « Nous ne formerons pas un gouvernement marxiste. Cela n'aurait de toute façon aucun sens. Nous formerons un gouvernement d'unité populaire soutenu par les six formations politiques qui en font partie...  » M. Salvador Allende, qui doit succéder le 4 novembre à M. Eduardo Frei à la tête de l'État chilien, a fait connaître vendredi à Santiago la formation de son gouvernement qui correspond effectivement à la définition donnée depuis le 4 septembre. Tout indique que le dosage rigoureux entre les différentes tendances de l'Unité populaire a été respecté et qu'il a nécessité de laborieuses négociations, le plus délicat, semble-t-il, ayant été de donner satisfaction aux trois formations mineures de l'Unité populaire : MAPU de M. Jacques Chonchol, action populaire indépendante de M. Rafael Tarud, sociaux-démocrates.

par Marcel Niedergang

Publié le 02 novembre 1970

Le parti socialiste de M. Salvador Allende occupe, comme il était prévu, les ministères-clés : affaires étrangères et intérieur. En outre, M. Jaune Suarez, socialiste et ami du président de la République, est nommé au poste nouveau de secrétaire général du gouvernement, dont on dit à Santiago qu'il pourrait faire fonction de présidence du conseil. Pas de surprise non plus en ce qui concerne les portefeuilles attribués au Parti communiste : travaux publics, travail et finances [Pascual Barraza BarrazaJosé Oyarce JaraAmérico Zorrilla Rojas]. On s'étonnera simplement que le nouveau ministre des finances, dont l'importance n'est pas négligeable en raison de la crise financière actuelle, soit un homme relativement peu connu.

Les radicaux font un retou]r en force au gouvernement avec les ministères des mines, de l'éducation et de la défense. Il était entendu que ce dernier poste ne pouvait échoir ni à un socialiste ni à un communiste en raison des préventions des démocrates chrétiens, mais il faut rappeler que le chef de l'État a la responsabilité directe de la défense et du maintien de l'ordre.

Les trois autres formations de l'Unité populaire reçoivent des portefeuilles dont l'importance n'est pas en rapport avec leur véritable " poids " politique. Deux exceptions cependant : MM. Jacques Chonchol (MAPU) et Pedro Vuskovic (indépendant) sont deux personnalités de tout premier plan dans le nouveau gouvernement, tant en raison de leurs compétences respectives que de leur orientation politique. M. Vuskovic avait été nommé par M. Salvador Allende comme représentant de l'Unité populaire dans la "commission mixte " chargée d'étudier, en septembre, les mesures propres à stopper la crise économique et financière.

Tout indique, par ailleurs, que M. Salvador Allende n'a pas l'intention de " forcer la vapeur ", tout au moins dans les premiers mois de son gouvernement Vendredi, il a multiplié les déclarations apaisantes et affirmé que M. Charles A. Meyer, secrétaire d'État adjoint poux les affaires interaméricaines, sera le " bienvenu " à Santiago, où il doit représenter les États-Unis aux cérémonies d'investiture. M. Salvador Allende a également laissé entendre qu'il ne manifesterait aucune hâte pour renouer des relations diplomatiques avec les pays communistes ou pour nationaliser les grandes entreprises.

L'une des raisons de cette prudence est sans doute que M. Salvador Allende doit, en décembre et en mars prochains, affronter deux scrutins délicats. En décembre, une élection partielle aura lieu à Magallanes, dans l'extrême sud, pour pourvoir au poste de député qu'il occupait lui-même. En mars 1971, les élections municipales auront certainement un caractère nettement politique et constitueront le premier jugement du pays sur l'expérience originale qui commence aujourd'hui...  M. N.


INVESTITURE : ARCE INVITE MADURO ET LE RÉGIME D’ÁÑEZ, GUAIDÓ

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PHOTO  NOTICIAS POR EL MUNDO 

Le gouvernement de facto tente d’empêcher le président vénézuélien d’être présent à la cérémonie d’investiture. D’autre part, il est très peu probable que le chef de l’opposition soit présent.
Le gouvernement de facto a perdu les élections le 18 octobre dernier, mais quelques jours avant de quitter le palais présidentiel, il tente de prendre des décisions de dernière minute. L’une d’entre elles concerne les invitations internationales à l’investiture du gouvernement nouvellement élu de Luis Arce et David Choquehuanca, qui aura lieu le 8 novembre.

Un des principaux points de tension est apparu autour du Vénézuéla, quand le ministère des affaires étrangères a invité l’autoproclamé Juan Guaidó, tandis que le gouvernement élu, et en particulier la «Commission de passation des pouvoirs » créée pour coordonner ces questions, a invité le président Nicolás Maduro.

La politique étrangère du gouvernement de facto à l’égard du Vénézuéla était prévisible dès le début : la non-reconnaissance de Maduro et la reconnaissance de Guaidó, l’entrée de la Bolivie dans le groupe de Lima et, le 20 octobre dernier, c’est-à-dire deux jours après la victoire électorale du MAS, la réception des lettres de créance de « l’ambassadeur » envoyé de Guaidó par la présidente de facto, Jeanine Áñez.

Avec le nouveau gouvernement Arce, la politique étrangère bolivienne envers le Venezuela reconnaîtra à nouveau le président Maduro, et les relations avec Cuba, qui avaient été suspendues en janvier par Áñez, seront également rétablies. « Nous allons rétablir toutes les relations, ce gouvernement a agi de manière très idéologique en privant le peuple bolivien de l’accès à la médecine cubaine, à la médecine russe, aux progrès de la Chine », a déclaré M. Arce.

Cependant, le gouvernement de facto tente, via le ministère des affaires étrangères, d’imposer sa politique étrangère dans le cadre d’invitations internationales. Jusqu’à présent, il a été confirmé que le roi Philippe VI d’Espagne sera présent aux côtés du vice-président des droits sociaux, Pablo Iglesias, et du président du Chili, Sebastián Piñera, et la liste des confirmations devrait s’allonger dans les heures et jours à venir.

Cette manœuvre de dernière minute du gouvernement de facto vise donc à essayer de faire en sorte que le gouvernement vénézuélien ne soit pas présent lors du transfert de commandement. Il est très peu probable, voire impossible, que Guaidó y assiste. Celui-ci est confronté à une nouvelle exposition de preuves de sa participation à l’opération Gedeón, lorsqu’un groupe de mercenaires a tenté d’entrer dans le pays en mai, et il cherche comment continuer à occuper un espace politique dans le pays après ses erreurs, sa perte de crédibilité et à peu de temps des élections législatives du 6 décembre, auxquelles il ne participera pas.

Les derniers moments avant le début du nouveau gouvernement en Bolivie sont marqués par les incertitudes propres à un scénario exceptionnel : celui d’un gouvernement de facto, battu politiquement et électoralement, qui doit céder le pouvoir politique un an après avoir organisé un coup d’État.

On s’attend à une semaine agitée par de possibles actes désespérés de la part de certains facteurs de la droite. Vendredi et samedi, il y a eu des blocages et des violences à Santa Cruz et à Cochabamba, et le président de la conférence épiscopale ainsi qu’un ministre du gouvernement de facto, Iván Arias, se sont joints à l’appel à un audit international des élections du 18 octobre.

Pendant ce temps, la ville de La Paz est calme. Pendant la Toussaint, Arce s’est rendu dans le quartier de Senkata à El Alto, où le 19 novembre de l’an dernier dix personnes ont été tuées. « Ils ont perdu la vie en défendant la démocratie », a déclaré le président élu. Ce n’est pas le seul massacre : il y en a eu un aussi à Sacaba, dans le département de Cochabamba, le 15 novembre, avec huit morts.

La violence et la persécution exercées pendant un an ont été considérables. Le nouveau gouvernement devra faire face à de nombreux défis de tous ordres. Pour l’instant, l’un des objectifs est que la dernière semaine avec Añez à la présidence de facto se passe dans le calme, en particulier dans les zones où il y a eu des protestations et des annonces de nouvelles actions de rue. Le 8 novembre sera un jour historique avec la transmission des pouvoirs, et les jours suivants, avec l’annonce du retour d’Evo Morales en Bolivie, sera un autre événement national.
Marco Teruggi

Source Pagina12 Traduction : Venesol