Le pays d’Amérique du Sud choisissait un nouveau président dimanche. Guillermo Lasso, banquier et candidat conservateur, a recueilli 52,52 % des suffrages sur 92,53 % des bulletins dépouillés, rapporte El
Comercio.
« Andrés Arauz reconnaît sa défaite face à Guillermo Lasso »
Son adversaire, le socialiste Andrés Arauz, économiste et ancien ministre de Rafael Correa, a séduit 47,48 % des votants lors du second tour. Il a admis que cette journée était marquée par “un revers électoral” tout en insistant sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une “défaite politique ou morale”.
De son côté, M. Lasso a déclaré : “Le 24 mai prochain, nous assumerons avec responsabilité le défi de changer le destin de notre patrie et d’atteindre pour tous l’Équateur d’opportunités et de prospérité auquel nous aspirons.” Le pays est confronté à une grave crise économique.
Au Chili, le président Piñera a promulgué mardi la loi officialisant le report de l'élection de l'Assemblée constituante, après validation de la proposition par les deux Chambres. C'est la hausse des contaminations au Covid-19 qui a motivé ce report.
Il ne nous est pas paru prudent d'organiser ces élections cette fin de semaine, a déclaré mardi le président chilien, ajoutant qu'il y avait deux raisons principales pour motiver ce report : « prendre soin de la santé de nos compatriotes d'un part et d'autre part prendre soin de la santé de notre démocratie ».
« JUSQU’À CONSTRUIRE UN CHILI DIGNE, SANS PEUR » LANCEMENT DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE 2021, CHILI PHOTO EL SIGLO
Au fur et à mesure que la campagne avançait et que la date des élections approchait, le nombre de nouveaux cas de Covid-19 augmentait. Ces derniers jours le Chili a même battu plusieurs fois son propre record de nouveaux cas quotidiens malgré une campagne de vaccination intensive, avec plus de 8000 infections en 24h, un chiffre supérieur à la première vague. Les services de réanimation sont au bord de la saturation et les habitants ont été reconfinés, rapporte notre correspondante à Santiago, Justine Fontaine. Dans ce contexte, le président chilien Sebastian Piñera a fini par prendre la parole à la télévision il y a une dizaine de jours et s'est prononcé pour un report des élections au week-end du 15 et 16 mai prochains. Quatre scrutins sont prévus : maires et conseillers municipaux, gouverneurs régionaux et députés à la Constituante.
« - Ñ- PROPAGANDE ÉLECTORALE »
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Ce mardi les parlementaires ont finalement confirmé ce report, ainsi que la suspension de la campagne électorale jusqu'à fin avril. Les dons aux candidats sont aussi interdits temporairement, pour éviter que les inégalités se creusent entre les candidats indépendants et les listes des grands partis politiques, notamment les partis de droite plus proches des milieux d'affaires. Reste une interrogation : l'épidémie sera-t-elle de nouveau sous contrôle d'ici la mi-mai, pour que les Chiliens n'aient pas peur de se contaminer en allant dans les bureaux de votes ?
«JE LES AI LIBÉRÉS DE LA DICTATURE » DESSIN HELGUERA
La Paz, 5 avril 2021. D’après le diplomate bolivien Diego Pary, l’Organisation des Etats Américains (OEA) a joué un rôle essentiel lors du coup d’Etat de novembre 2019 dans son pays.
Pary, ambassadeur auprès de l’ONU a rappelé que le prétexte utilisé pour rompre l’ordre constitutionnel a été le rapport partiel de l’OEA sur de présumées irrégularités dans le comptage des votes lors des élections générales de cette année-là.
Lors de déclaration à la chaîne Bolivia TV, l’ancien ministre des Affaires étrangères a signalé l’organisation et réalisation du coup d´État grâce audit rapport, avec le soutien de la police et l’armée, la droite politique et des groupes violents.
Les actions menées par lesdites institutions et la violence dans les rues ont été soutenues par l’OEA et certains Etats appuyant le discours sur la prétendue fraude électorale en méconnaissant ainsi la victoire d’Evo Morales dans les urnes.
Le diplomate a souligné des irrégularités dans le travail des observateurs électoraux de l’organisme régional, à savoir les changements des dates pour délivrer des rapports sur des scrutins et la conférence de presse inattendue durant laquelle ils ont exigé la tenue de nouvelles élections.
La demande était fondée sur le rapport préalable qui présentait de supposées irrégularités pendant le dépouillement des votes, ce qui a été contesté par des dizaines d’experts et des études de prestigieux centres de recherche et d´universités dans différents pays.
Le 9 novembre 2019, l’OEA a livré le rapport lors d’une conférence de presse. Le lendemain le commandant en chef de l’armée, général Williams Kaliman, a exigé au président Morales sa démission.
« Cela prouve que le rapport de l’audit de l’OEA a été -et il est de fait- un des éléments centraux pour avoir pu mener à bien le coup d’Etat dans le pays, car tout était planifié et organisé », a indiqué celui qui est maintenant ambassadeur de son pays auprès de l’ONU. peo/jcc/mem/avs
Le Sénat chilien a approuvé lundi le report de l’élection de l’Assemblée constituante, initialement prévue dimanche, en raison de la crise sanitaire, une décision qui doit encore être définitivement approuvée par les députés.
Le projet prévoit que le scrutin, qui permettra la désignation des membres d’une Assemblée constituante chargée de rédiger la future Constitution, se déroule les 15 et 16 mai et suspend la campagne électorale jusqu’au 28 avril.
Une semaine après la proposition du président conservateur Sebastián Piñera de retarder le scrutin de cinq semaines en raison d’une hausse brutale des contaminations au Covid-19, le projet de loi a connu un processus parlementaire plus long que prévu. L’opposition a notamment fait pression pour que les aides sociales soient augmentées pour faire face à l’épidémie.
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Un changement de Constitution plébiscité
Le Sénat a finalement adopté le projet de loi en débattant en parallèle d’une nouvelle batterie d’aides économiques. Cependant, les modifications apportées au texte initial impliquent un retour devant l’Assemblée nationale pour une approbation définitive. «Protéger la santé et la vie de nos compatriotes a toujours été notre première priorité», avait déclaré le président chilien le 28 mars, alors que le pays fait face à une deuxième vague particulièrement virulente malgré la rapide campagne de vaccination.
Le pays de 19 millions d’habitants connaît des chiffres quotidiens de contaminations record, dépassant régulièrement les 8000 cas, soit plus que lors de la première vague. Le taux d’occupation des lits en réanimation avoisine les 95%. Parallèlement, le pays, dont près de 90% de la population est à nouveau confinée depuis dix jours, a réussi à administrer au moins une dose de vaccin à quelque 7 millions de personnes.
Le 25 octobre, les Chiliens avaient plébiscité par référendum (79%) un changement de Constitution pour remplacer l’actuelle héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Outre les membres de la Constituante, les Chiliens seront également appelés à élire leurs maires et gouverneurs. AFP
Le Chili, considéré comme un des champions mondiaux de la vaccination est contraint de se reconfiner à la veille du week-end de Pâques. « Abril de limitaciones » titre El Día ce vendredi. C’est un « mois d'avril sous contraintes » qui s’annonce donc après l’annonce de nouvelles mesures de restrictions jeudi : élargissement du couvre-feu, interdiction des déplacements et fermeture des frontières aux étrangers tout le mois d'avril, notamment.
Sur le site Emol, plusieurs experts saluent ces mesures, mais estiment qu'elles arrivent un peu tard, comme Daniel Jimenez, un épidémiologiste qui ajoute que «les alertes ont été données ces dernières semaines ».
Pour le docteur José Miguel Bernucci du collège médical chilien, la fermeture des aéroports « ne devrait pas durer qu'un seul mois »... Car il faut limiter au maximum la mobilité des gens.
Des milliers de Péruviens installés au Chili privés de vote
UNE DU «EL COMERCIO» DU DU 2 AVRIL 2120
Conséquence de ces mesures de restrictions sanitaires au Chili, les quelque 117 000 Péruviens installés dans ce pays ne pourront pas voter pour les élections générales du 11 avril, détaille El
Comercio. Scrutin annulé donc dans les six bureaux de vote que devait mettre en place l'Office national des processus électoraux péruvien (ONPE) : à Santiago, mais aussi Antofagasta, Iquique, Arica, Copiapó et Concepción.
Le journal précise que le Chili est le quatrième pays qui abrite le plus d'électeurs de la diaspora. Ceux qui habitent en Europe échappent à la suspension de ce vote, il y avait des craintes en ce qui concerne les Péruviens qui résident en France par exemple.
Depuis longtemps, la colère gronde au Chili, un pays façonné par la dictature du général Augusto Pinochet. Mais comment rompre avec le passé et réparer la société ? Confronté à un mouvement social puissant, le président conservateur Sebastián Piñera a avancé l’idée d’une nouvelle Constitution. Cédait-il à la contestation ou venait-il de trouver un moyen de la torpiller ?
On aurait pu s’attendre à ce qu’elle exprime de la joie, mais Mme Alondra Carrillo fulmine. Depuis de nombreuses années, cette jeune militante féministe de Santiago du Chili attendait le moment où son pays se débarrasserait de la Constitution de 1980, héritée de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1989). Alors que, depuis la transition « vers » la démocratie, tous les gouvernements se sont employés à préserver le statu quo, des manifestations massives ont finalement contraint le pouvoir à accepter la rédaction d’une nouvelle « Carta Magna », en pleine pandémie de Covid-19.
Une plate-forme virtuelle a été mise en place pour faciliter les parrainages citoyens des deux mille personnes ayant fait le choix d’une candidature indépendante à la convention constitutionnelle, qui se tiendra le 11 avril 2021, loin des formations traditionnelles. Avec des camarades de la Coordination féministe du 8 mars (1), Mme Carrillo s’est portée candidate. Et pourtant, en ce 2 mars, elle tempête : l’autorité électorale vient de rendre public le mode de financement de l’élection, qui refuse aux indépendants des conditions similaires à celles des grands partis. Une forme de « discrimination antipopulaire », dénonce-t-elle, consciente que, pour les 450 indépendants qui ont déjà obtenu les signatures validant leur candidature, le parcours du combattant est loin d’être terminé.
Depuis la fin négociée du régime militaire en 1989, le Chili a été décrit par les élites latino-américaines comme une « démocratie de consensus » exemplaire. Néanmoins, la success story de la contrerévolution néolibérale inaugurée par les militaires en 1975 s’est progressivement fissurée pour dévoiler le mal-être d’une société inégalitaire, marchandisée et anomique. Malgré l’écrasement du mouvement populaire sous la botte du général Pinochet et la précarisation généralisée du travail, les colères éparses couvaient sous la cendre. Étudiants, travailleurs des ports ou des mines, féministes et minorités sexuelles, retraités dépendant de fonds de pension, classes moyennes endettées : depuis 2006, plusieurs secteurs ont manifesté leur mécontentement. L’embrasement attendait son étincelle.
Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à 2019. « Au milieu d’une Amérique latine en convulsion, nous voyons que le Chili est une véritable oasis, avec une démocratie stable », se félicite, le 9 octobre de cette année-là, le président multimillionnaire de droite Sebastián Piñera (2). Quelques jours plus tard, débordé par l’ampleur des émeutes populaires, son gouvernement invoque la loi de sécurité de l’État (une loi d’exception permettant des condamnations immédiates au nom du maintien de l’ordre public) et se voit contraint de fermer l’ensemble des lignes de métro d’une capitale qui compte six millions d’habitants. Toute la nuit, les carabiniers — forces de police locales — affrontent violemment des manifestants juchés sur des barricades. Plusieurs stations de métro sont incendiées, ainsi qu’une guérite de police et un immeuble de la multinationale de l’énergie Enel. On compte de nombreux blessés.
Au petit matin, M. Piñera paraît avoir oublié sa belle image de paisible oasis (3). Le couvre-feu est décrété dans dix villes. Fait inédit depuis la fin de la dictature, l’armée se déploie dans les rues. Le lendemain, le président se présente au pays flanqué du ministre de la défense et d’un général de brigade en tenue de combat. Le ton est martial : « Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne et qui est disposé à utiliser la violence et la délinquance sans limite (4). » L’ennemi ? Le peuple mobilisé du nord au sud, et en particulier la jeunesse, dans un mouvement qui, par son ampleur, rappelle ceux des années 1980 contre la dictature.
Un accord signé dans le dos des manifestants
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été l’augmentation, de quelques centimes, du ticket des transports publics. Dès le 7 octobre 2019, des collégiens et lycéens ont appelé à ne plus payer et à pratiquer joyeusement le salto-torniquete (saut de tourniquet d’entrée). Grâce aux réseaux sociaux, la pratique se développe. Le pouvoir pense éteindre l’incendie en accroissant la présence policière dans les rues ; il jette en fait de l’huile sur le feu. Le 25 octobre, environ deux millions de personnes battent le pavé : la plus grande marche de l’histoire du pays, proclame une presse contrainte, un temps, de museler son soutien au pouvoir. « Le Chili s’est réveillé ! », scandent certains. Tous les griefs d’une démocratisation partielle et d’un modèle économique violent resurgissent. Les drapeaux du peuple indigène mapuche côtoient la bannière nationale sur la place d’Italie, rebaptisée « place de la Dignité ». Les murs des villes se couvrent de slogans et de fresques dénonçant une classe politique discréditée par les affaires de corruption, des forces armées entachées par les cas d’enrichissement illicite et une Église catholique coupable de mansuétude envers les pédophiles en robe de bure. Le soir, les rues résonnent de concerts de casseroles qui semblent unir banlieues populaires et quartiers de classes moyennes. Le dos au mur, le gouvernement lève l’état d’urgence, cependant que M. Piñera renvoie deux ministres et annonce quelques timides mesures sociales.
La mobilisation se poursuit toutefois, comme la répression. Selon Amnesty International, « les carabiniers ont violé de manière généralisée les droits des manifestants (5) ». En quarante-quatre jours, plus de 12 000 blessés sont admis aux urgences des hôpitaux. Environ 2 000 ont été touchés par arme à feu et presque 350 souffrent de lésions oculaires graves. Des milliers de cas de mauvais traitements dans les commissariats et des centaines de dénonciations de violences sexuelles commises par des dépositaires de l’autorité publique affluent dans les tribunaux. Mais la culture de l’impunité demeure. Plus de 2 000 personnes (dont 200 en détention provisoire) attendent toujours d’être jugées, parfois depuis plus d’un an. Certaines sont pourtant mineures et toutes sont considérées comme des « prisonniers politiques » par plusieurs avocats et par certaines figures politiques, dont la députée communiste Camila Vallejo, qui demande une loi d’amnistie.
« Centrale unitaire des travailleurs du Chili : Un an après la grève générale du 12 novembre [2019] :
Comment s'est déroulée la convocation des secteurs
productifs les plus importants du pays? . - Ñ -»
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Tout en maniant avec vigueur la main droite de l’État, l’exécutif a vite compris qu’il devait chercher une issue politique à la crise. Non pas que l’opposition parlementaire semble en mesure de récupérer la force vitale de la rue. Les états-majors partisans et syndicaux du centre gauche sont dépassés, et même apeurés, par ce mouvement décentralisé, radical et horizontal, qui remet en cause leur cogestion du néolibéralisme depuis trente ans. Une des revendications des « insurgés » devient vite le départ de M. Piñera. La réussite de la grande grève nationale du 12 novembre 2019, dont la Centrale [unitaire] des travailleurs (CUT) a dû accepter l’organisation sous la pression des événements, démontre au patronat et à La Moneda que la situation est grave.
« Centrale unitaire des travailleurs du Chili : APPEL À LA GRÈVE GÉNÉRALE FÉMINISTE LE 8 MARS 2019. - Ñ -»
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La majorité présidentielle — principalement incarnée par Rénovation nationale (RN) et l’Union démocratique indépendante (UDI) — s’engage alors dans une habile manœuvre tactique. Dans la nuit du 15 novembre, elle parvient à faire signer par des élus de premier plan au Congrès un « accord pour la paix sociale et une nouvelle Constitution ». Il s’agit d’essayer de canaliser le mouvement social en organisant un référendum sur la Constitution. Si le Parti communiste (PC) résiste à ce chant des sirènes, la Démocratie chrétienne et les socialistes (qui ont gouverné le pays de 1990 à 2010), ainsi qu’une majorité du Frente Amplio (FA), jeune coalition de petits partis de gauche née dans la foulée des luttes étudiantes de 2011, en acceptent l’idée. La majorité de l’opposition « a capitulé sans honneur face à la droite, qui l’a intimidée en brandissant la menace de l’effondrement de l’État de droit et d’un éventuel coup d’État militaire », estime le journaliste Manuel Cabieses (6).
Dans un premier temps, des voix s’élèvent pour dénoncer un accord signé sur le dos du peuple mobilisé. Mais les appels à la démission de M. Piñera faiblissent peu à peu. C’est qu’une partie de la gauche voit dans la perspective du référendum, qui se tient en octobre 2020, une occasion rêvée de remettre en question un régime ultraprésidentialiste et néolibéral, d’imaginer des institutions plus participatives et plus démocratiques, de penser la renationalisation du cuivre, du lithium ou de l’eau, de façonner un État plurinational qui reconnaisse les droits des peuples indigènes… Le jour du scrutin, seuls la moitié des électeurs se déplacent ; 78 % des votants se prononcent pour une nouvelle Constitution, et 79 % de ceux-là, pour une assemblée élue au suffrage universel direct. Rendez-vous le 11 avril, donc, pour élire les membres de la convention constitutionnelle.
Indéniablement, un nouveau cycle politique s’ouvre. En deux cents ans d’histoire républicaine, le Chili n’a connu de Constitutions que rédigées par l’oligarchie. Cette fois, grâce à de longues tractations au Congrès, l’assemblée sera totalement paritaire (une première mondiale !) et elle intégrera des sièges réservés aux peuples originaires, quoique pas en proportion de ce qui avait été exigé par les concernés. À l’issue d’un processus délibératif de neuf à douze mois, la nouvelle « Carta Magna » sera, de plus, à nouveau soumise à approbation par référendum. Alors, victoire ? Oui. Mais pour qui ?
Après avoir senti le vent du boulet, M. Piñera a repris la main : hier incarnation de tous les dysfonctionnements du pays, le voici garant de sa mutation. Les institutions sont revenues au centre du débat public. Le 11 avril 2021, en même temps que la Constituante, se tiendront des élections municipales et régionales. Dans la foulée, une élection présidentielle devrait aussi accaparer les médias (le premier tour est prévu pour novembre). Certes, l’aile dure de la coalition présidentielle est outrée à l’idée de voir la grande œuvre constitutionnelle du général démantelée. Pourtant, si la droite a tant insisté pour parler de « convention » (et pas d’assemblée constituante), c’est que le nouvel organe élu va délibérer au sein d’un périmètre délimité par une commission technique préparatoire. Un exemple : les constituants ne pourront pas remettre en question les traités internationaux (et donc les accords de libre-échange).
Chaque article proposé devra être approuvé par une majorité qualifiée des deux tiers, donnant ainsi une minorité de blocage à la droite, surtout dans un contexte où celle-ci est unie, alors que le centre et la coalition de la gauche parlementaire (autour du PC) n’ont pu se mettre d’accord sur des listes communes. Enfin, la possibilité d’une présence notable de candidats issus des mouvements sociaux a été écartée : les normes électorales ont été calquées sur le scrutin proportionnel plurinominal des législatives, qui favorise les pactes électoraux et surreprésente les listes arrivées en tête.
Minorités de blocage pour la droite
De toute façon, ceux qui seraient parvenus à faire parrainer leur candidature en dehors des partis n’auront droit qu’à… une seconde de temps d’antenne chacun pour la campagne officielle télévisée. Les organisations dites « représentatives » conservent ainsi le monopole et disposeront de plusieurs centaines de milliers de dollars chacune (jusqu’à 800 000 pour l’UDI), tandis que 1 700 dollars seront généreusement attribués aux candidats militants… On comprend que Mme Carrillo fulmine et que, autour d’elle, on dénonce une législation « au service des patrons ». D’autant qu’en parallèle la répression policière ne s’est pas tarie. Elle a été particulièrement intense durant le mois de mars, à quelques semaines du scrutin et alors que le pays entrait dans un nouveau confinement menaçant l’agenda électoral.
Cependant, pour Mme Carrillo comme pour l’écologiste Lucio Cuenca, le syndicaliste Luis Mesina ou encore l’avocate féministe Karina Nohales, la décision prise reste la bonne. Sans illusions, d’ailleurs. Le combat sera long : un pied dans le mouvement social, l’autre dans l’arène constitutionnelle qui s’entrouvre. « Nous avons construit et défendu nos revendications dans la rue et dans la lutte pour faire entendre notre voix et nos programmes lors de la convention, déclare Mme Nohales. Parce que notre voix ne peut être déléguée, nous appelons aujourd’hui à un vote indépendant des partis qui ont administré le néolibéralisme (7). »
D’autres sont beaucoup plus critiques sur cette participation et affirment que le piège d’une Constituante façonnée selon les vœux des puissants est en train de se refermer sur la lutte menée depuis octobre 2019. Ces élections ne feraient que redonner un vernis démocratique au système — changer la Constitution pour que rien ne change, en quelque sorte. C’est peu ou prou ce qu’expliquait, fin 2020, le ministre des affaires étrangères Andrés Allamand. Cherchant à rassurer tous ceux qui craignaient que la nouvelle Constitution ne « refonde » le Chili, l’ancien apôtre de la dictature analysait ce qu’il considérait comme une « erreur gravissime ». Au contraire, expliquait-il : le nouveau texte permettrait de « maintenir, sans le moindre doute, certains des piliers essentiels du développement économique chilien, tels que le respect de la propriété privée, l’initiative individuelle et le traitement non discriminatoire entre les investisseurs nationaux et étrangers » (8).
Selon les dernières estimations, les secteurs conservateurs ont tout lieu de se réjouir : avec plus de 40 % des sièges, ils devraient être assurés de garder de confortables minorités de blocage à la convention, tandis que la gauche (autour du PC et du FA) n’atteindrait pas les 20 % et que les indépendants resteraient en dessous des 5 %. Porté par la réussite de la campagne vaccinale contre le Covid-19, M. Piñera remonte même — faiblement — dans les sondages. Certains de ses amis se prennent à rêver d’une nouvelle victoire à la présidentielle fin 2021. À moins que le communiste Daniel Jadue ne la lui ravisse ou qu’une nouvelle révolte populaire ne vienne tout remettre en jeu ?
Franck Gaudichaud
Professeur en histoire et études latino-américaines à l’université Toulouse Jean-Jaurès, coordinateur de l’ouvrage collectif Gouvernements progressistes en Amérique latine (1998-2018). La fin d’un âge d’or, Presses universitaires de Rennes, 2021.
Notes :
(1) Lire « Marée féministe au Chili », Le Monde diplomatique, mai 2019.
La Paz, 1er avril 2021. Les autorités ont annoncé hier l’identification d’une vingtaine des ravisseurs de Patricia Arce, ancien maire de la municipalité de Vinto séquestrée lors du coup d’État de 2019 en Bolivie.
Des représentants de la procédure engagée à contre ceux qui sont également auteurs d’actes de torture et de lynchage à l’encontre de l´ancienne maire ont révélé qu’ils faisaient partie de la Résistance des jeunes Cochala, un groupe formé à la terreur.
Les membres de cette entité ont été préparés à agresser des indigènes et des femmes comme la maire, qu’ils ont traîné à terre, à qui ils ont coupé les cheveux et peint le visage, ont-ils dénoncé.
'Il y a plus de 20 personnes que nous avons réussi à identifier pour la participation à mon enlèvement ', a souligné au Parquet Patricia Arce, qui est maintenant sénatrice du Mouvement Vers le Socialisme (MAS).
La législatrice a précisé que ce procès n’est pas une persécution politique, mais une recherche de justice pour tous ceux qui ont subi persécution et agressions de la part de ce groupe irrégulier.
Elle a regretté que les preuves présentées au ministère public de l´époque sur ce fait, condamné par des organismes internationaux pour violation des droits de l’Homme, aient été écartées par un procureur du gouvernement de facto alors en place.
'Nous avions alors envoyé une liste de toutes les personnes que nous avions identifiées et leur adresse, mais, malheureusement, ils l´ont ignorée', rappelle la principale victime de l’enlèvement. peo/car/apb