04 mai, 2023

LES CHILIENS LOIN DES RÊVES DE 2019

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Fin de la campagne élections de membres de l’Assemblée constituante:  Karen Araya, candidate au poste de conseillère constitutionnelle pour la région métropolitaine / Karen Araya clôture sa campagne devant un public très jeune à Santiago du Chili
KAREN ARAYA CLÔTURE SA CAMPAGNE DEVANT
 UN PUBLIC TRÈS JEUNE À SANTIAGO DU CHILI
La population élit, ce dimanche 7 mai, les membres de l’Assemblée constituante, dans une période de difficulté pour la gauche. Le formidable mouvement social d’il y a trois ans tiendra-t-il ses promesses ? / 
LE PRESIDENT DU PCCh
GUILLERMO TEILLIER
« Scepticisme, frustration… » : c’est par ces mots que le président du Parti communiste du Chili (PCCh), Guillermo Teillier, qualifie le climat de ces deuxièmes élections de membres de l’Assemblée constituante qui auront lieu dimanche 7 mai. Que s’est-il donc passé au Chili pour que, de l’enthousiasme de l’explosion sociale d’octobre 2019, contre la hausse des prix de certains services publics, on en arrive à cette morosité ?

par Pierre Cappanera

PIERRE CAPPANERA
PHOTO FACEBOOK


À la suite de ce mouvement, la gauche fait un parcours électoral sans faute. Le référendum où les Chiliens doivent dire s’ils souhaitent une autre Constitution est un triomphe. Près de 80 % d’entre eux choisissent le changement en octobre 2020. Municipales, régionales, élections des premiers constituants en mai 2021, le camp du progrès a le vent en poupe. Le Parti communiste renforce ses positions de façon significative.

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L’avertissement vient avec le premier tour de l’élection présidentielle en novembre 2021

«  Liste D toute façon »

L’avertissement vient avec le premier tour de l’élection présidentielle en novembre 2021. Le représentant de l’extrême droite se hisse en tête. Le même jour se tient le scrutin législatif et la gauche échoue à obtenir une majorité à la Chambre des députés. En revanche, les conservateurs progressent. En décembre 2021, le deuxième tour voit Gabriel Boric, le candidat de la coalition progressiste, triompher mais cette victoire résulte en partie du rejet de son adversaire d’extrême droite, José Antonio Kast, un pur et dur du pinochétisme.

L’installation de Gabriel Boric à la présidence en mars 2022 se veut enfin une réponse au mouvement d’octobre 2019. Ce dernier n’avait débouché sur aucun accord du type de ceux de Matignon ou de Grenelle, comme ce fut le cas après le Front populaire de 1936 ou Mai 68.

Ainsi, trois ans plus tard, le jeune président chilien obtient-il un accord sur une augmentation significative du salaire minimum. Pour le reste, tout demeure en l’état : le système de retraite par capitalisation individuelle et ses pensions de misère, les services publics de la santé et de l’école dévastés, la privatisation de l’eau dans un pays qui souffre d’une sécheresse persistante depuis plus de dix ans… la droite joue la carte de l’immobilisme et ne cède que sur un seul point : l’élaboration d’une nouvelle Constitution.

Les grands médias font campagne avec la droite

De fait, la fin de la dictature militaire en 1990 n’a pas signé la fin des institutions instaurées par le général Augusto Pinochet. La charte ultralibérale que le dictateur avait imposée en 1980 est restée en place. Avec la fameuse clause de subsidiarité, cette Loi fondamentale consacre le triomphe du privé sur le public ; elle interdit à l’État d’agir. Quand bien même les députés adopteraient une mesure autorisant l’action de l’État, le Tribunal constitutionnel serait là pour invalider tout changement. Ainsi, les députés n’ont pu changer ni le régime de retraite par capitalisation ni la privatisation des universités ou de l’eau.

Mais immobilisme ne signifie pas inaction. Dès l’élection des constituants en mai 2021, la droite mène une campagne permanente, systématique, mensongère contre le processus d’élaboration d’une nouvelle Loi fondamentale. Le camp conservateur prépare méthodiquement le référendum qui doit clôturer les travaux de l’Assemblée.

La droite affirme que le Chili changera de drapeau et d’hymne national, que le gouvernement prendra leur maison aux Chiliens, qu’une justice à deux vitesses en faveur des Mapuches s’installera

Elle affirme que le Chili changera de drapeau et d’hymne national, que le gouvernement prendra leur maison aux Chiliens, qu’une justice à deux vitesses en faveur des Mapuches s’installera, etc. Autant de mensonges énormes et mille fois répétés. Les réseaux sociaux sont mis à contribution. Les grands médias font massivement campagne avec la droite. Le pays est visité jusque dans les plus petites communes par les militants conservateurs… Face à cette offensive, la gauche réagit tardivement. Deux mois avant le référendum de septembre 2022, elle se lance enfin dans la bataille, avec un an de retard sur la droite.

Le résultat est catastrophique. Le 4 septembre 2022, 62 % des Chiliens repoussent la proposition de nouvelle Constitution. Pour la première fois, le vote est obligatoire, avec inscription automatique de tous les Chiliens sur les listes électorales. La gauche imagine que ceux qui ne se rendent jamais aux urnes – les abstentionnistes de toujours, soit 50 % de l’électorat chilien, les classes populaires les plus pauvres – voteront « naturellement » pour les progressistes. Ce n’est pas le cas.

Pour la droite, en revanche, l’élection est une divine surprise. Elle découvre que le vote obligatoire pour tous peut lui être favorable. Douche froide pour la gauche. Jusqu’à aujourd’hui, le mouvement social ne parvient pas à se relancer après cette défaite. Forts de cette expérience, les conservateurs obtiennent l’inscription automatique des citoyens sur les listes et le vote obligatoire à toutes les élections.

Les progressistes espèrent une remobilisation

KAREN ARAYA CLÔTURE
SA CAMPAGNE À
SANTIAGO DU CHILI

Dimanche, 50 constituants seront élus. Après sa victoire au référendum du 4 septembre 2022, profitant d’un nouveau rapport de forces, la droite a imposé que les élus soient fortement encadrés par deux collèges «d’experts ».

Ces derniers avaient pour tâche de rédiger un avant-texte qui servirait de canevas aux nouveaux élus… Soit des constituants sous haute surveillance ! De plus, le mode de scrutin de l’Assemblée est identique à celui des sénatoriales au Chili, fortement inégalitaire car il sous-représente les grandes métropoles, où la gauche est très implantée.

 PROPAGANDA ELECTORAL  
CANDIDATOS COMUNISTAS A  CONSEJEROS CONSTITUCIONALES 2023
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El domingo 7 de mayo de 2023 se realizará la elección de 50 ciudadanas y 
ciudadanos que discutirán y aprobarán una propuesta de texto de Nueva Constitución
FLYER PCCH

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02 mai, 2023

ISRAËL-PALESTINE. DE LA COLONISATION À L’APARTHEID, EN LIGNE DROITE

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AFFICHE PROMOTIONNELLE DU FILM DE JUDA LEMAN,
THE LAND OF PROMISE, 1935. NATIONAL
PHOTO COLLECTION OF ISRAEL 

L’annonce du débat du 4 mai 2023 à l’Assemblée nationale française autour d’une résolution condamnant « l’institutionalisation par l’État d’Israël d’un régime d’apartheid consécutif à sa politique coloniale » a suscité protestations outragées, rugissements d’indignation et accusations prévisibles d’antisémitisme. Ces réactions s’expliquent souvent par un aveuglement sur la réalité coloniale du sionisme. /   
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ORIENT XXI
Apartheid ? Comment osez-vous ? Jusqu’au président de la République française Emmanuel Macron qui gronde contre l’utilisation « à mauvais escient de termes historiquement chargés et infamants pour décrire l’État d’Israël ». Le Parlement israélien n’a pas ces pudeurs de nombre de responsables politiques français quand il entérine publiquement cet état d’apartheid en adoptant une loi fondamentale à valeur constitutionnelle, le 19 juillet 2018, intitulée « Israël en tant qu’État-nation du peuple juif », dont l’article 1 proclame haut et fort : « L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est réservé au peuple juif », droit refusé aux Palestiniens citoyens du même État, mais accordé à un juif installé en Argentine ou en Ukraine. Et le nouveau gouvernement de Benyamin Nétanyahou a gravé dans son programme que le peuple juif a « un droit inaliénable et exclusif sur toutes les parties de la Terre d’Israël » et va développer la colonisation en « Galilée, dans le Néguev, dans le Golan et en Judée Samarie ».
13 OCTOBRE 2021. UNE PALESTINIENNE TENTE DE PASSER UN CHECKPOINT
PRÈS DU VILLAGE DE BAIT A’WA À LA PÉRIPHÉRIE DE LA VILLE D’HÉBRON
PHOTO HAZEM BADER/AFP 

par Alain Gresh

S’il est si déstabilisant pour certains d’accepter cette réalité d’apartheid pointée par beaucoup d’organisations de défense des droits humains, c’est parce qu’elle remet en cause nombre de mythes sur le sionisme et l’État d’Israël dans lequel des personnes de bonne foi voient une sorte de miracle, de « renaissance du peuple juif sur la terre de ses ancêtres », une juste réparation de l’Holocauste. Autant d’éléments qui ont contribué à absoudre le mouvement sioniste de son péché originel : sa dimension coloniale.

« UNE TERRE VIDE »

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TERRA NULLIUS
À partir des « grandes découvertes », au XVème siècle se développe un grand mouvement de conquête par l’Europe des autres continents, qui entre dans l’histoire sous le nom de « colonialisme ». Dans son livre Terra nullius1, le journaliste suédois Sven Lindqvist précisait la définition de ces « terres vides » que l’on pouvait conquérir :

« Au Moyen Âge, c’est la terre qui n’appartient à aucun souverain chrétien. Plus tard, c’est celle qu’aucun pays européen n’a encore revendiquée, la terre qui revient de droit au premier pays européen à l’envahir. Une terre vide. Une terre déserte. »

Les Temps Modernes de 1967
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LES TEMPS MODERNES

Le colonialisme se déploya en deux versions : dans la majorité des cas, les pays conquis furent dirigés par quelques milliers d’administrateurs et soldats de la métropole ; en revanche, le « colonialisme de peuplement » s’accompagna de l’installation massive d’Européens — comme en Amérique du Nord, Afrique australe, Algérie, Nouvelle-Zélande, Australie et, dernier exemple en date, en Palestine (mais dans un contexte historique différent, celui du XXème siècle et du début des grands mouvements anticoloniaux) — et d’un bouleversement démographique.

Cette migration était facilitée par le sentiment de supériorité qui dominait chez les colons, comme le rappelait l’orientaliste Maxime Rodinson dans un célèbre texte de 1967 intitulé « Israël, fait colonial ? »2 :

« La suprématie européenne avait implanté, jusque dans la conscience des plus défavorisés de ceux qui y participaient [à l’entreprise coloniale], l’idée que, en dehors de l’Europe, tout territoire était susceptible d’être occupé par un élément européen. […] Il s’agit de trouver un territoire vide, vide non pas forcément par l’absence réelle d’habitants, mais une sorte de vide culturel. En dehors des frontières de la civilisation. »

Cette arrogance, même quand elle ne donnait pas lieu à des massacres (ce qui était rare), justifiait toutes les discriminations à l’égard des autochtones et ancrait, dans la vie comme dans la loi, une « séparation » entre les nouveaux arrivants et les « indigènes », une domination des premiers sur les seconds, un apartheid de fait bien avant la popularisation du terme. Tout le système reposait sur des droits distincts, individuels et collectifs, entre colons et « indigènes », ces derniers fragmentés selon une multitude de statuts : « évolués », métis, mulâtres, sang-mêlé, etc.

UN MOUVEMENT NÉ EN EUROPE

Le sionisme, s’indignent ses défenseurs, n’a rien à voir avec une entreprise coloniale. Né au XIXème siècle, il se présente comme un mouvement de libération similaire à celui des peuples opprimés vivant dans les grands empires multinationaux, ottoman, tsariste ou austro-hongrois — des Serbes aux Slovaques, des Polonais aux Croates. Comme eux, il réclamait la création pour les juifs d’un État ; mais, contrairement à eux, il voulait le bâtir non pas là où habitaient la majorité des juifs, mais en Palestine3, où leur nombre était limité. Il invoquait les liens historiques et religieux avec cette terre, au nom de la Bible, un texte sacré datant de quelques milliers d’années et qui était censé constituer une sorte de titre de propriété. Ironie de l’histoire, la plupart des fondateurs du mouvement étaient athées.

Des récits mythologiques peuvent-ils justifier une revendication territoriale ? Un texte comme la Bible dont il a été démontré qu’il n’a que peu de rapport avec des événements réels, bien qu’il soit enseigné une heure par jour dans les cours d’histoire (je dis bien d’histoire) de toutes les écoles israéliennes, peut-il constituer un acte de propriété ?

Pourtant, nombre d’Occidentaux qui s’affirment laïcs et rejettent toute prescription au nom de textes divins ou de droits immémoriaux acceptent ces arguments. Récemment encore, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué « le peuple juif qui a pu finalement bâtir son foyer sur la Terre promise ». Promise par Dieu ? Si on appliquait ces principes ailleurs, on déboucherait sur mille ans de guerres, comme l’illustre la proclamation par Moscou que l’Ukraine n’est rien d’autre que la « petite Russie » ou celle de la Serbie que le Kosovo est le berceau de son peuple. Et pourquoi la France ne réclamerait-elle pas Aix-la-Chapelle, capitale de l’empire de Charlemagne, « roi des Francs » ? Il ne s’agit pas de nier les liens religieux des juifs avec la Terre sainte ; durant les siècles de domination ottomane, et sauf raisons liées aux guerres, ils ont pu s’y rendre en pèlerinage, se faire enterrer à Jérusalem dans l’espoir d’être les premiers à connaître la résurrection à l’avènement du Messie. Il ne viendrait à l’idée de personne de louer l’installation des « pères pèlerins » en Amérique au nom de leur droit à y construire « la Cité de Dieu » — sauf, bien sûr, les fondamentalistes chrétiens — ni la conquête de l’Afrique australe par des Afrikaners au prétexte qu’ils étaient « le peuple élu ».

UN SOCIALISME DE LA CONQUÊTE

Trois autres arguments ont été avancés par le mouvement sioniste pour nier sa dimension coloniale, même si certains sont tombés en désuétude : son caractère socialiste, sa dimension anti-impérialiste, et l’absence d’une métropole dont seraient issus les colons.

Aux origines d'Israël : Entre nationalisme et socialisme  / Zeev STERNHELL, Auteur
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AUX ORIGINES D'ISRAËL

On l’a oublié, mais il fut un temps où Israël se réclamait du socialisme. Nombre de ceux qui, dans les années 1920 et 1930 firent leur alya (installation en Palestine) étaient animés par des convictions collectivistes. Cependant, l’historien israélien Zeev Sternhell4 notamment a démontré que les structures agricoles ne s’inscrivaient nullement dans un projet égalitaire. La mise en place, d’un côté, du moshav (coopérative de fermes individuelles) et, de l’autre, du kibboutz collectiviste visait prioritairement à liquider l’agriculture privée juive, qui rechignait à se débarrasser de la main-d’œuvre arabe, moins chère et plus productive que les colons fraîchement débarqués de Russie. Et surtout, le kibboutz, très militarisé — « une main sur la charrue, l’autre sur le glaive » —, visait le maillage sécuritaire du territoire, premier pas vers sa conquête. En 1944, le succès était indéniable : sur les 250 colonies juives, on comptait une centaine de moshav et plus de 110 kibboutz ; ne subsistaient plus qu’une quarantaine de propriétés gérées par des juifs à titre privé — ces derniers interdits d’aide par l’Agence juive. Si le kibboutz a été un très bon produit d’exportation pour vendre un « Israël socialiste » — dans les années 1960 encore des dizaines de milliers de jeunes Occidentaux y firent l’expérience de la vie collective —, il n’en reste plus que des décombres, qui ne peuvent dissimuler le caractère profondément inégalitaire d’Israël.

SE SÉPARER DE LA MÉTROPOLE ?

Dans les années 1940, certains groupes sionistes s’opposèrent, y compris par un terrorisme sanguinaire (ce que leurs héritiers n’aiment pas se rappeler) à la présence britannique, mais cela faisait-il du sionisme un mouvement anti-impérialiste ? Sans le soutien résolu de Londres, la puissance impérialiste dominante pendant la première moitié du XIXème siècle, jamais le yichouv (la communauté juive en Palestine) n’aurait pu se transformer en une entité politique, économique et militaire autosuffisante dès les années 1930. D’autre part, l’opposition à Londres entre 1944 et 1948 ressemble fort à des phénomènes récurrents auquel on a assisté dans les années 1950 en Algérie ou dans l’ex-Rhodésie, quand les colons se sont opposés à un moment donné à la métropole. L’Organisation action secrète (OAS) devrait-elle recevoir un brevet anti-impérialiste pour s’être insurgée contre la France ? Il est vrai que le mouvement sioniste a pu l’emporter en 1947-1949 grâce à l’aide politique et militaire de l’URSS, mais il est ironique de voir que ceux qui présentent Joseph Staline comme un tyran sanguinaire utilisent la realpolitik de l’URSS pour bouter les Britanniques hors du Proche-Orient comme un brevet de « progressisme » pour le sionisme.

Quant au fait qu’il n’existerait pas de métropole pour les juifs comme il en existait pour les « pieds-noirs » avec la France, c’est oublier que la situation était similaire pour les pionniers en Amérique ou en Afrique australe, qui venaient d’une multitude de pays européens. On pourrait désigner, dans tous ces cas, l’Europe comme « métropole globale ».

AU CŒUR DE LA STRATÉGIE, LA SÉPARATION DES POPULATIONS

Cette nature coloniale du mouvement sioniste a nourri sur le terrain une stratégie fondée, comme en Afrique australe ou en Algérie, sur la séparation entre colons et autochtones. Certes, celle-ci a pris des formes différentes selon les contextes géographiques, historiques et politiques, mais elle a partout signifié des droits supérieurs pour les premiers. Ainsi, en Palestine, « la déclaration Balfour » (1917) traçait une ligne de partage entre les juifs qui se voyaient offrir « un foyer national » et les autres collectivités (musulmans et chrétiens) qui ne pouvaient réclamer que des droits civils et religieux.

Sur le terrain, sous l’aile protectrice de Londres, le mouvement sioniste entama ce qu’il appelait « la conquête de la terre » (débarrassée de ses paysans arabes) et « la conquête du travail » qui impliquait le refus du travail en commun d’ouvriers juifs et arabes. Ce « développement séparé » du yichouv renforcé par l’immigration massive de juifs fuyant les persécutions nazies devait aboutir à la création d’institutions, d’une armée et d’une économie totalement séparées.

COUVERTURE PALESTINE:
MATTERS OF TRUTH
AND JUSTICE
 

Contrairement à d’autres entreprises de colonialisme de peuplement (Algérie, Afrique du Sud), l’objectif du sionisme était de créer un État national pour les colons et donc de se débarrasser de la population autochtone. Cette ambition fut partiellement atteinte avec l’expulsion de 600 à 700 000 Palestiniens en 1947-1949 et la création d’une citoyenneté juive qui n’incluait pas les autochtones5. Ceux qui étaient restés (150 000 environ) furent soumis jusqu’en 1966 à un régime militaire et une entreprise de colonisation intérieure — notamment la confiscation des terres —, avec la volonté de « judaïser la Galilée ».

La conquête de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza en juin 1967 posa un défi nouveau aux autorités israéliennes, en changeant le rapport des forces démographiques : désormais, sur le territoire historique de la Palestine vivent plus ou moins autant de Juifs que de Palestiniens. Pour résoudre ce dilemme tant que les conditions d’une nouvelle Nakba ne sont pas réalisées, pour consolider l’« État juif », le sionisme se doit de légaliser un système d’apartheid, ethnocratique, qui pousse à l’affirmation sans aucun complexe d’un suprémacisme juif et institue une « séparation » avec les Palestiniens, aboutissement de plus d’un siècle de colonisation. C’est cette évidence que les opposants à la résolution du 4 mai refusent de reconnaître. On ne peut que leur conseiller de méditer ces paroles de Pantagruel dans Le Tiers-Livre de François Rabelais :

« Si les signes vous fâchent

Ô combien vous fâcheront les choses signifiées. »

Notes :

  1. Les Arènes, 2007.
  2. Il fut publié dans un numéro spécial de la revue Les Temps modernes, dirigée par Jean-Paul Sartre et consacrée au conflit israélo-arabe
  3. Il y eut bien des projets de créer cet État en Ouganda, au Congo ou en Argentine, mais ils furent vite abandonnés.
  4. Zeev Sternhell, Aux origines d’Israël. Entre nationalisme et socialisme, Fayard, Paris, 1998.
  5. Azmi Bishara, Palestine, Matters of Justice and Peace, Hurst, Londres, 2022.

Colonialisme Antisémitisme Apartheid Colonisation Empire colonial britannique Israël-Palestine Israël Sionisme

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CHILI : L'ÉCONOMIE TOUJOURS À LA PEINE EN MARS

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C'EST LA DEUXIÈME FOIS CONSÉCUTIVE QUE L'ÉCONOMIE CHILIENNE
SE CONTRACTE APRÈS LA BAISSE DE 0,5% ENREGISTRÉE EN FÉVRIER.
ILLUSTRATION STOCK.ADOBE.COM
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LE FIGARO
L'économie chilienne est restée dans le rouge en mars, après une contraction de 2,1% de l'indice mensuel de l'activité économique (Imacec), qui anticipe le calcul du Produit intérieur brut (PIB), a indiqué mardi la banque centrale.

Par Le Figaro avec l'AFP

IMACEC GRAPHIQUE 1
C'est la deuxième fois consécutive que l'économie chilienne se contracte après la baisse de 0,5% enregistrée en février. La baisse de mars, essentiellement le fait d'une chute de l'activité minière et du commerce, selon la Banque centrale, est légèrement supérieure aux attentes du marché qui anticipait une diminution de quelque 2%.

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IMACEC GRAPHIQUE 2

La production minière, principalement de cuivre dont le Chili est le premier producteur mondial, a baissé de 8,7% en mars sur un an. La production minière contribue à hauteur de 10 à 15% du PIB chilien. En 2022, la croissance chilienne a atteint 2,4% par rapport à l'année précédente, en raison notamment d'une baisse des dépenses de consommation avec la fin des mesures d'aide mises en place pendant la pandémie de Covid 19.

► À lire aussi :      L'ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE DU CHILI DIMINUE MOINS QUE PRÉVU EN DÉCEMBRE

IMACEC GRAPHIQUE 3

Pour 2023, la Banque centrale chilienne s'attend à une réduction du PIB comprise entre -0,5% et 0,5%. Le Chili sera l'un des trois pays avec l'Argentine et Haïti à enregistrer une contraction de son PIB en 2023, selon la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepal).

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Le dimanche 7 mai 2023 aura lieu l'élection de 50 citoyens et citoyens qui discuteront et approuveront une proposition de texte pour une Nouvelle Constitution

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01 mai, 2023

EN AMÉRIQUE LATINE, LE NON-ALIGNEMENT AU SERVICE DE LA PAIX

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« CONSTRUCTION AVEC UN HOMME ROUGE »,
JULIO ALPUY. –  1945 /
© ADAGP, PARIS, 2023 - BRIDGEMAN IMAGES


Le président « Lula » s’engage pour un règlement du conflit en Ukraine / En Amérique latine, le non-alignement au service de la paix / « Les États-Unis doivent cesser d’encourager la guerre et parler de paix », a déclaré le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva le 14 avril dernier à Pékin, à l’occasion d’une visite d’État. Pareille prise de position sur le conflit ukrainien a valeur de symbole, dans un contexte où nombre de pays latino-américains cherchent à se défaire de l’hégémonie de Washington.

par Christophe Ventura

«Nous devons envisager la manière dont l’Argentine peut en quelque sorte devenir une porte d’entrée en Amérique latine pour que la Russie puisse s’y insérer de manière plus affirmée. » Lorsque le président péroniste de centre gauche Alberto Fernández prononce ces mots à l’issue de sa rencontre privée avec M. Vladimir Poutine à Moscou, le 3 février 2022, il ignore que la Russie est sur le point d’envahir son voisin ukrainien au mépris du droit international, notamment des principes de non-agression, de non-recours à la force dans le règlement des différends et de non-violation de l’intégrité territoriale des États. Depuis au moins 1997, date de la première déclaration commune de la Chine et de la Russie en ce sens aux Nations unies (1), Moscou prétend pourtant servir ces principes dans le cadre de sa promotion d’un « nouvel ordre international multipolaire ». Une perspective à laquelle le côté argentin souscrit toujours pleinement.

En Amérique latine, zone d’influence traditionnelle des États-Unis depuis la fin du XIXe siècle, cette volonté de refonder un système international délesté de l’emprise de Washington et de ses alliés européens est, en effet, très populaire. Elle constitue la feuille de route de la majorité des gouvernements progressistes de la région depuis le début des années 2000, et, dans ce cadre d’analyse, les capitales latino-américaines considèrent la Russie comme un frein aux prétentions hégémoniques de Washington.

Les atouts de la Russie

En ce mois de février 2022, lors de son escale à Moscou sur la route qui le mène à l’inauguration des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, le locataire de la Casa Rosada a pour préoccupation exclusive la sortie de son pays d’une profonde crise économique et sociale, aggravée par la pandémie de Covid-19. M. Fernández n’ignore pas que l’aggravation de cette crise risque de compromettre les chances du camp péroniste lors de la présidentielle d’octobre 2023. Dans un tel contexte, sa priorité est de desserrer l’étau d’une dette que son prédécesseur conservateur, M. Mauricio Macri, a contractée en 2018 auprès du Fonds monétaire international (FMI) en acceptant de sévères mesures d’austérité. Or M. Fernández le sait : qui dit FMI, dit Washington.

Le président argentin se dirige donc vers la Russie, un pays avec lequel le sien dispose d’un accord d’« association stratégique intégrale » depuis 2015 et grâce auquel ses concitoyens ont pu recevoir leurs premières doses de vaccin (Spoutnik V) en décembre 2020 au moment le plus dramatique de la pandémie. Au cours de cette période, une dizaine d’autres pays latino-américains bénéficieront eux aussi de ces vaccins. À l’époque, les États-Unis brillaient par leur discrétion en matière de coopération sanitaire dans la région. C’est donc dans un climat de rapprochement russo-argentin que le président Fernández déclare aux journalistes présents, non sans arrière-pensées vis-à-vis de l’administration américaine : « Je m’obstine à penser que l’Argentine doit cesser d’être si dépendante du Fonds et des États-Unis. Et qu’un chemin vers d’autres ailleurs doit s’ouvrir. À cet égard la Russie joue un rôle très important. »

Cette séquence diplomatique à Moscou est emblématique de la nature des liens développés par un grand nombre de pays latino-américains avec la Russie et la Chine depuis le début des années 2000. À l’instar de nombreux autres États du Sud, il s’agit pour eux de diversifier leurs partenariats commerciaux, politiques, militaires et technologiques pour pouvoir jouer les uns contre les autres et bénéficier d’un rapport de forces plus favorable au sein d’un système international dont ils contestent plus la hiérarchie des pouvoirs que les structures économiques.

Dans ce contexte, la Russie dispose d’atouts solides. Dès l’époque tsariste, elle établit des relations diplomatiques avec le Brésil, qui vient d’accéder à l’indépendance (1828), avec l’Uruguay (1857), avec l’Argentine (1885) ou avec le Mexique (1890). Au XXe siècle, la crise des missiles à Cuba, en 1962  (2), au cœur de la guerre froide, constitue sans doute l’acmé du rapprochement avec l’Union soviétique. Si la dislocation de celle-ci, en 1991, rompt certains liens, de nouveaux se tissent au cours des années 2000 à la faveur de quatre facteurs : le virage à gauche de l’Amérique latine (dont la plupart des dirigeants souhaitent tenir Washington à distance des affaires régionales) ; le délaissement relatif de la région par les États-Unis, embourbés dans leurs guerres en Afghanistan et au Proche-Orient ; l’intégration de la Chine au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ; enfin, avec l’arrivée au pouvoir de M. Poutine, porteur d’un projet de restauration progressive de la puissance russe sur la scène internationale, les liens entre les pays latino-américains et la Russie se resserrent dans plusieurs secteurs — infrastructures, exploitation minière, énergie (pétrole, gaz, nucléaire civil), aéronautique, universitaire… —, même si le volume général des échanges commerciaux reste modeste (moins de 1 % du total des échanges des pays latino-américains dans le monde).

Refus des sanctions

Dans le domaine militaire, le Venezuela (80 % des ventes d’armes de Moscou dans la région), Cuba et le Nicaragua sont les partenaires de la Russie. Mais en la matière, cette dernière coopère aussi avec d’autres pays comme le Brésil, la Colombie ou le Pérou (hélicoptères, avions, systèmes de défense). Sur le plan commercial, le Brésil et le Mexique constituent les deux principaux partenaires de Moscou dans la région (plus de 50 % de ses échanges). Les relations avec le Brésil ont décollé dans le cadre de l’organisation des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Brasília est ainsi devenu le premier exportateur latino-américain vers le marché russe (soja, sucre, viande, minerais). Moscou assure au secteur agricole du Brésil la fourniture d’une part déterminante des fertilisants dont il a besoin. Depuis 2015, la Russie entretient également une relation diplomatique officielle avec la Communauté des États latino-américains et caraïbes (Celac) et ses trente-trois pays membres.

Comme l’Argentine ou le Brésil, dépendants des fertilisants russes, de nombreux pays ne peuvent désormais plus se couper de Moscou dans certains domaines, notamment depuis la pandémie mondiale, qui a précipité l’Amérique latine dans la « pire crise économique depuis cent vingt ans », selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc) (3). Un marasme auquel se surajoutent les premières conséquences du conflit en Ukraine, poussées inflationnistes et renchérissement du prix des matières premières. Ces phénomènes contribuent à l’augmentation des coûts de la production agricole et de ceux de la consommation énergétique de nombreux pays dépendants de leurs importations d’hydrocarbures en Amérique centrale, dans les Caraïbes ou en Amérique du Sud (Chili). Le contexte est plus favorable pour les pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures ou de matières premières (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Pérou, Paraguay ou Uruguay). Du reste, en relevant plusieurs fois ses taux d’intérêt depuis le début de la guerre pour juguler l’inflation, la Réserve fédérale américaine (Fed) a provoqué un reflux des capitaux internationaux d’Amérique latine vers les marchés américains.

Dans ce contexte difficile, l’Ukraine souffre d’un sérieux déficit de poids (économique) et de notoriété (politique) par rapport à son adversaire russe… sauf dans un dossier ne l’avantageant pas spontanément auprès des gouvernements de gauche dans la région : Cuba. Depuis 2019, en effet, Kiev s’abstient systématiquement, dans le cadre de son alliance avec Washington, lors des votes de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) exigeant la fin de l’embargo imposé depuis 1962 par les États-Unis à La Havane.

En Amérique latine, le gouvernement ukrainien ne dispose en réalité que d’un seul soutien. Celui de M. Alejandro Giammattei, président de droite du Guatemala. Le 25 juillet 2022, ce dernier s’est rendu à Kiev, devenant le premier — et le seul — dirigeant latino-américain à avoir fait ce voyage pour apporter son soutien à M. Volodymyr Zelensky. Il s’agissait surtout d’envoyer un message de loyauté aux États-Unis tandis que son gouvernement se trouve en délicatesse avec l’administration américaine dans de nombreux dossiers (de corruption notamment) et que se profilent des élections générales, en juin 2023. Si M. Giammattei escompte ainsi toucher les dividendes de son « engagement », Washington ne trouve aucun pays latino-américain pour appliquer des sanctions contre Moscou et encore moins envoyer des armes à Kiev — en dépit du souhait formulé par la générale Laura Richardson, cheffe militaire du commandement sud des États-Unis devant l’Atlantic Council, un think tank de Washington, le 19 janvier 2023.

Initiative diplomatique

Ces refus s’expriment jusque dans le pré carré centre-américain de Washington. Le Salvador, dirigé par le président populiste-autoritaire Nayib Bukele, en disgrâce à Washington, joint systématiquement sa voix aux pays qui, comme la Bolivie et Cuba — adversaires habituels des États-Unis —, s’abstiennent dans les résolutions des Nations unies condamnant la Russie. Le Nicaragua fait désormais partie du groupe de pays soutenant directement la Russie (avec la Biélorussie, la Corée du Nord, l’Érythrée, le Mali et la Syrie) après s’être abstenu lors du vote intervenu le 28 février 2022 à l’ONU. Le Venezuela, enfin, ne prend pas part à ces consultations, n’étant pas à jour dans le versement de ses contributions. Sa diplomatie navigue entre fidélité à l’allié russe et reprise de contact avec Washington en vue d’une hypothétique normalisation, dans le cadre de la nouvelle donne créée par la crise énergétique mondiale.

Les votes latino-américains sont déterminés par la combinaison de plusieurs logiques. D’abord, la fidélité à leurs positions diplomatiques traditionnelles : respect du droit international, de l’intégrité des frontières et de la souveraineté des États, rejet de l’unilatéralisme et du recours à la force dans le règlement des conflits, recherche de solutions pacifiques aux conflits induisant une position de non-alignement. Ensuite, leur niveau de défiance conjoncturelle vis-à-vis des États-Unis et des puissances occidentales. Enfin, leurs intérêts politiques et économiques nationaux, déterminés de manière pragmatique, au sein d’un ordre international incertain et en recomposition dans lequel leur relation avec la Chine constitue une boussole. Sur ces bases, la grande majorité des capitales a condamné l’invasion russe aux Nations unies mais ne s’engage pas en faveur des sanctions prises ou envisagées contre Moscou.


Il devient pourtant plus difficile de soutenir directement la Russie dès lors que son gouvernement entend désormais user des mêmes méthodes que Washington pour assurer ses intérêts stratégiques dans sa propre zone d’influence historique… « L’intervention russe en Ukraine trouve des antécédents dans l’expansion de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord] vers la Russie mais cela ne doit pas conduire à légitimer l’invasion militaire d’un pays par un autre », nous explique M. Celso Amorim, conseiller spécial du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva pour les questions internationales et promoteur, à ses côtés, d’une proposition de création d’un « groupe de pays pour la paix » entre la Russie et l’Ukraine prônant un cessez-le-feu et une solution négociés.


Présentée depuis février 2023 en Amérique latine, à Washington, en Europe — notamment en France, en Allemagne, en Espagne ou au Portugal —, à Moscou, à Kiev, au G20 sous présidence indienne, à Pékin et à Abou Dhabi, cette initiative voudrait, pour monter en puissance et atteindre ses objectifs, engager un processus multilatéral mobilisant, outre la Chine, d’autres pays du Sud membres des Brics ou du G20 disposant de relations avec l’ensemble des acteurs (occidentaux et non occidentaux) du conflit. Parmi eux, l’Indonésie, l’Inde (qui assure la présidence du G20 en 2023) et l’Afrique du Sud (hôte du prochain sommet des Brics en 2023 et chargé de présider le G20 en 2025). Dans ce processus diplomatique, Brasília anticipe aussi la présidence russe des Brics en 2024 et la sienne du G20 en 2024 et des Brics en 2025.


Cette initiative pour la paix, qui contourne le Conseil de sécurité des Nations unies, pourrait, selon le président « Lula », déboucher in fine sur la création d’un « G20 politique » chargé, à terme, de divers dossiers internationaux (climat, paix, économie, numérique, démocratie…). De son point de vue, ce processus devrait faire émerger de nouveaux formats de délibération, plus favorables aux pays du Sud.

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Un tel projet arrivera-t-il à susciter de l’intérêt au sein des puissances occidentales ? Jusqu’à présent, les États-Unis et l’Union européenne rejettent la légitimité d’une médiation brésilienne dans la guerre en Ukraine, accusant Brasília de naïveté et d’une trop grande proximité avec Moscou et Pékin. L’initiative du président brésilien est pourtant l’une des seules à se démarquer du maximalisme qui prévaut, au péril de la paix mondiale, à Bruxelles et dans les capitales européennes, à Washington, à Kiev et à Moscou.


Christophe Ventura


Directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de Géopolitique de l’Amérique latine, Eyrolles, Paris, 2022.

Notes :

(1) « Déclaration commune russo-chinoise sur un monde multipolaire et l’instauration d’un nouvel ordre international », ONU, 23 avril 1997.

(2) Lire Danielle Ganser, « Retour sur la crise des missiles à Cuba », et Peter Kornbluh, « Missiles, mensonges et diplomatie », Le Monde diplomatique, respectivement novembre 2002 et janvier 2023.

(3) Eva Vergara, « Pandemia es peor crisis en América Latina en 120 años, Cepal », Associated Press, New York, 16 décembre 2020.

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    AU CHILI, LES MILITAIRES ENVOYÉS À LA FRONTIÈRE POUR ENDIGUER LE FLUX DE MIGRANTS

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    Des militaires chiliens surveillent la route internationale empruntée par des migrants bloqués depuis quatorze jours à la frontière avec le Pérou, dans la ville d’Arica, au Chili, le 27 avril 2023. PATRICIO BANDA / EPA
    DES MILITAIRES CHILIENS SURVEILLENT LA ROUTE
     INTERNATIONALE EMPRUNTÉE PAR DES MIGRANTS BLOQUÉS
     DEPUIS QUATORZE JOURS À LA FRONTIÈRE AVEC LE PÉROU,
    DANS LA VILLE D’ARICA, AU CHILI, LE 27 AVRIL 2023.
    PHOTO PATRICIO BANDA / EPA

    Au Chili, les militaires envoyés à la frontière pour endiguer le flux de migrants / Depuis le 27 février, sur décision du président de gauche, Gabriel Boric, des unités patrouillent dans le nord du pays par où pénètrent des réfugiés vénézuéliens. Nombre d’entre eux se retrouvent dans une zone grise juridique, ni expulsés ni régularisés.

    Par Flora Genoux (Iquique (Chili), envoyée spéciale)

    Temps de Lecture 5 min.

    Quel jour sommes-nous ? « Je perds la notion du temps », constate Daniel, un migrant vénézuélien de 30 ans, assis sur le muret d’une place d’Iquique, ville chilienne de la région de Tarapaca située à 1 700 kilomètres au nord de Santiago, en cette mi-avril. « La nuit dernière, on a dormi dehors. Moi, juste quelques minutes. J’avais peur qu’on nous vole », rapporte-t-il en désignant sa compagne, Joselin, âgée de 26 ans, et leur fille, Alanna, bientôt 3 ans.

    Au terme d’un parcours en stop et en bus de deux mois depuis le Venezuela, qu’ils ont quitté parce qu’«[ils] ne mangea[ient] pas tous les jours », ils ont atteint il y a une semaine leur destination, le Chili, en passant la frontière avec le Pérou. Comme des milliers d’autres migrants, dans leur majorité des Vénézuéliens précarisés, ils sont passés clandestinement, n’ayant pas les moyens de payer pour un passeport et un visa dans leur pays d’origine. Ils espéraient décrocher un travail immédiatement. «On a demandé partout, mais on ne trouve rien. Etre à la rue nous fait honte », déplore Daniel. Un passant leur a offert deux barquettes de riz au poulet. Mais les Chiliens croisés les ont prévenus : ici, les migrants ne sont pas les bienvenus.

    Afin de juguler l’afflux de Bolivie et du Pérou, le président chilien, Gabriel Boric (gauche), a déployé des militaires pour surveiller la frontière avec les deux pays, le 27 février, pour une durée de quatre-vingt-dix jours. Ils ont le droit de procéder à des contrôles d’identité et d’appréhender les personnes franchissant la frontière. « L’État n’était pas suffisamment prêt à recevoir l’arrivée massive et irrégulière de migrants », a fait valoir Gabriel Boric, le 15 mars. «Malheureusement, certains d’entre eux viennent avec l’intention de commettre des délits (…). Nous allons les rechercher et leur rendre la vie impossible, dans le cadre de l’État de droit », a-t-il ajouté.

    Climat de suspicion

    Cette mesure constitue un revirement. Avant son entrée en fonction, en mars 2022, le programme de Gabriel Boric promettait une politique migratoire fondée sur les droits humains et un registre des étrangers sans permis de séjour, à mille lieues du scénario militaire. Le 18 avril, au contraire, le Parlement a approuvé deux projets de loi durcissant les contrôles migratoires et les conditions d’expulsion.

    Selon le ministère de l’intérieur, la présence des militaires – une mesure populaire – a réduit de 55 % le nombre des clandestins passant la frontière chilienne par rapport à la même période de l’année précédente, avec une moyenne de 440 arrivées par semaine. Mais la militarisation met en évidence la difficulté du gouvernement à mettre en place une politique migratoire cohérente, les carences de l’État et la fragilité d’un tissu social parcouru par la xénophobie.

    Sous un soleil éclatant, la précordillère des Andes dans le dos, l’océan face à lui, un garagiste de 52 ans, Cristian (un prénom d’emprunt), sirote une bière sur la plage d’Iquique, la ville de transit des migrants la plus proche de la frontière nord. Il est fier de lui. En janvier 2022, lors d’une manifestation anti-étrangers, il a délogé manu militari des migrants qui campaient. En septembre 2021, un autre rassemblement avait donné lieu à des scènes xénophobes : des habitants avaient brûlé des affaires appartenant à des migrants qui campaient sur une place de la ville. Elle est actuellement grillagée. « C’était des délinquants », justifie le quinquagénaire. « Pas tous, se reprend-il, mais les migrants nous apportent plus de mal que de bien. A cause d’eux, la ville est devenue dangereuse. On a peur. »

    La présence d’organisations criminelles et de délinquants isolés parmi les centaines de milliers de personnes fuyant la crise humanitaire du Venezuela fait régner un climat de suspicion. Selon le parquet de Tarapaca, la région est celle où le taux d’homicide par habitant est le plus élevé et en augmentation, 37 % des mis en examen étaient étrangers en 2022, contre 19 % en 2018. Au Chili, les 1,5 million d’étrangers comptabilisés représentaient 7,5 % de la population fin 2021. Leur nombre a été multiplié par deux entre 2018 et 2021.

    Militariser la frontière « est [une décision] purement politique, une façon pour Gabriel Boric de montrer qu’il tient les rênes », analyse Felipe Pardo, responsable dans la région de la Fondation d’aide sociale des églises chrétiennes (Fasic). Mais cette présence dissuasive ne suffit pas à rendre hermétique une frontière d’environ 1 000 kilomètres. D’ailleurs, le nombre d’arrivées enregistrées reste en augmentation par rapport à fin 2022. Selon la Fasic, les militaires se livreraient à des reconductions informelles, intimant aux migrants l’ordre de faire demi-tour. Mais le Chili se heurte au refus de la Bolivie d’accepter les non-Boliviens reconduits. Fin avril, c’était au tour du Pérou de faire barrage à des centaines de migrants cherchant à quitter le Chili.

    « Qui sont [les migrants] ? Où sont-ils ? Combien sont-ils ? L’Etat ne peut pas répondre de façon fiable », admet Daniel Quinteros Rojas, le représentant de l’Etat dans la région de Tarapaca. Lui-même prône une régularisation extraordinaire.

    Demande d’« autodénociation »

    Les autorités chiliennes exigent des migrants de « s’autodénoncer ». Il s’agit pour l’État d’un mécanisme de suivi mais cela constitue aussi, souvent, la première étape avant l’ordre d’expulsion (il y en a eu 1 034 entre mars et novembre 2022). Une « autodénonciation » est cependant recommandée par certaines associations d’aide aux migrants. En l’absence de permis de séjour, elle permettrait de formaliser la présence sur le territoire chilien et, le cas échéant, de faire appel de l’ordre d’expulsion afin d’obtenir une régularisation. « Mais on ne parvient pas à obtenir la régularisation par cette voie-là, observe Felipe Pardo. Tout pousse les migrants à rester dans la clandestinité et la précarité. »

    « Qu’est-ce que vous me conseillez, pour me régulariser ? », demande Evelyn (son prénom a été changé), 22 ans, aux responsables de World Vision, une association qui aide les migrants d’Iquique. Elle est arrivée en décembre 2022 avec ses deux enfants en bas âge et sa sœur mineure, après cinq heures de marche périlleuse entre la Bolivie et le Chili. Elle ne s’est pas dénoncée auprès des autorités. « Je pense le faire pour me régulariser. Mais j’ai peur qu’on m’expulse », explique la jeune femme. Elle a trouvé un emploi de plongeuse dans un restaurant : aucun jour de repos, des journées de onze heures, un salaire très bas.

    Dans un rapport de mars, Amnesty International a dénoncé une situation administrative « grise », plaçant les migrants ni expulsés ni régularisés dans l’impasse. « Les droits humains des migrants ne sont pas respectés au Chili », déplore Victoria Cardemil, responsable régionale de l’association World Vision. Ce constat est-il exact ? « Oui », admet à contrecœur Daniel Quinteros Rojas, le représentant de l’Etat. « Nous avons augmenté le nombre de places dans les centres d’accueil d’urgence [de 400 à 500] à Colchane [un village chilien à la frontière bolivienne] et à Iquique. Les conditions d’accueil des centres sont meilleures qu’avant. Depuis l’arrivée de Gabriel Boric, il n’y a plus eu de manifestations anti-migrants », défend-il cependant.

    Après une nouvelle nuit dans la rue, Daniel, Joselin et leur fille se présentent au siège de World Vision. Ils voudraient se reposer, prendre une douche. Sollicité, le centre d’accueil s’excuse : il n’y a plus de place. La famille repart vers les rues d’Iquique. Elle dormira loin des places et des lieux de passage. Elle sait qu’elle doit se faire discrète.

    Par Flora Genoux (Iquique (Chili), envoyée spéciale)


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    AU CHILI, LES SYNDICATS DANS LA RUE

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    LE DÉFILÉ DU 1ER MAI 2023  APPELÉ
    PAR LA CENTRALE SYNDICALE CUT CHILI
    Au Chili, comme le veut la tradition, les syndicats sont dans la rue pour la fête du travail. Ils célèbrent les récentes victoires pour améliorer les conditions de vie des travailleurs comme la loi sur la semaine des 40 heures, auparavant 45. L’année dernière, le parlement avait aussi approuvé une augmentation du salaire minimum : +14%, c’est la hausse la plus importante en 25 ans ou encore l’augmentation du salaire minimum, qui passe ce jour là de 450 à 490 euros.
    [ Pour écouter cliquez ici ! ]
    Nous vous présentons un extrait de l'émission 
     «LE 1er-MAI EN ITALIE ET AU CHILI»  NAÏLA DERROISNÉ,
     DIFFUSION ÉMISSION DU LUNDI 1 MAI 2023

    France Info

    LE PRÉSIDENT DE LA CUT DAVID ACUÑA,
    DANS LEMEETING CENTRAL DU 1ER MAI
    PHOTO ATON

    Après un nouvel accord à la mi-avril, un nouvel accord va porter le salaire minimum jusqu'à 550 euros l’année prochaine. Les syndicats alertent déjà sur l’inflation qui touche le pays et qui continuera d’affecter les 900 000 Chiliens qui perçoivent le salaire minimum.

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    Gabriel Boric n'a pas réussi à instaurer sa réforme des impôts il y a deux mois ce qui fait que l’exécutif n’a pas encore lancé ses trois gros chantiers : les retraites, la santé et l’éducation alors que le président chilien a été élu il y a un peu plus d’un an sur ces sujets justement. Son gouvernement doit surtout faire face à un défi sécuritaire dans le pays, problème devenu la priorité numéro 1 des Chiliens. Le gouvernement devra aussi faire face à une autre phénomène la crise migratoire dans le nord, aux frontières avec le Pérou et la Bolivie.

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    Et les Chiliens, qui seront dans la rue ce premier mai, ne manqueront certainement pas de lui rappeler ce pour quoi il a été élu. 

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