17 janvier, 2025

CESSEZ-LE-FEU À GAZA / UN SOULAGEMENT, BEAUCOUP D’INTERROGATIONS

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KHAN YOUNÈS, LE 15 JANVIER 2025. DES PERSONNES REGARDENT LA
 RETRANSMISSION EN DIRECT À LA TÉLÉVISION D’UNE CONFÉRENCE
DE PRESSE DONNÉE PAR LE PREMIER MINISTRE DU QATAR,
MOHAMED BEN ABDERRAHMANE AL-THANI ANNONÇANT
 LA FUTURE SIGNATURE POUR UN CESSEZ-LE-FEU À GAZA 
PHOTO BASHAR TALEB / AFP
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ORIENT XXI
Cessez-le-feu à Gaza / Éditorial. Un soulagement, beaucoup d’interrogations / L'image montre une foule de personnes rassemblées, observant attentivement un écran au-dessus d'eux. L'écran affiche un discours ou une annonce, probablement en rapport avec des événements d'actualité. Certaines personnes dans la foule portent des capuches et des vêtements chauds, ce qui suggère qu'il fait frais. Un individu à droite prend des photos, ajoutant une dimension journalistique à la scène. L'éclairage est tamisé, créant une ambiance particulière.

Alain Gresh Sarra Grira 

Trêve, cessez-le-feu, pause ? Les termes varient, reflétant les sentiments mitigés que laisse l’accord annoncé pour ce dimanche 19 janvier 2025. Mitigés, d’abord, car nous savons le déchaînement de feu et de sang qui s’abattra dans les prochains jours sur la bande de Gaza, jusqu’à la minute ultime prévue pour sa mise en œuvre ; à l’image de ce qui s’est passé au Liban, et comme il en a toujours été dans les guerres menées par Tel-Aviv.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Mitigés ensuite à cause du calendrier dont les contours semblent à peine esquissés. Ce flou permet à Israël d’échapper à ses engagements, comme lors du cessez-le-feu avec le Hezbollah, qui ne concerne visiblement pas les villages frontaliers du Sud Liban. Sans oublier l’insoutenable tergiversation du gouvernement israélien qui fait planer jusqu’à la dernière minute le doute sur son acceptation du compromis, accuse fallacieusement le Hamas, et reporte à ce vendredi la réunion du cabinet pour ratifier l’accord.

Échec de la stratégie israélienne

Ce n’est pas le moindre paradoxe que l’accord signé pour un cessez-le-feu à Gaza ait été rendu possible par un engagement déterminé du président américain Donald Trump, tordant le bras à Benyamin Nétanyahou. Bien qu’il ait tenté de s’attribuer le mérite d’une telle issue, le président Joe Biden avait, dès le 8 octobre, cautionné la politique du premier ministre israélien. Il avait livré tout le matériel nécessaire à la dévastation du territoire palestinien, y compris en violant les lois américaines sur l’usage des armes vendues par Washington1. Il avait aussi accepté tous les subterfuges et les mensonges israéliens pour justifier l’usage de l’arme de la famine contre la population.

L’argument avancé par l’administration démocrate était qu’Israël ne cède jamais aux pressions. En quelques jours, Donald Trump a prouvé le contraire. Il a imposé un texte dont les grandes lignes (et les détails) sont les mêmes que celui proposé il y a huit mois. Point d’illusions toutefois quant à ce marché de dupes : si le futur président américain tient absolument à se targuer d’un succès diplomatique obtenu juste à temps pour sa cérémonie d’investiture, il ne compte pas pour autant tourner le dos au gouvernement israélien d’extrême droite. Ce qu’il retire d’une main à Israël à Gaza, Trump pourrait le rendre abondamment, si on en croit des articles de la presse israélienne, en Cisjordanie, où les colons pourront continuer à agir, plus que jamais, en totale impunité. D’une épuration ethnique à l’autre.

Cette trêve, plus ou moins durable, illustre aussi l’échec de la stratégie israélienne qui se fixait un double objectif : éliminer le Hamas et libérer les otages. Les destructions sont d’une ampleur sans précédent, et le chiffre effroyable de morts — plus de 46 000 « selon le Hamas », comme l’aiment à le rappeler nombre de médias— a été revu à la hausse par la revue médicale The Lancet. Ce 9 janvier, elle révélait que, selon ses propres calculs, le nombre de tués avait dépassé les 60 000 fin juin 2024, dont près de 60 % de femmes, d’enfants et de vieillards de plus de 65 ans2. L’armée israélienne n’est pas venue à bout de la résistance armée qui s’est poursuivie jusqu’au bout — une quinzaine de soldats israéliens ont été tués durant ces dix derniers jours. Tous les observateurs reconnaissent que l’implantation de l’organisation dans la bande demeure, malgré les pertes sévères de son appareil militaire. Le secrétaire d’État américain sur le départ, et sans doute l’un des plus grands responsables du génocide à Gaza, Antony Blinken, a reconnu le 14 janvier devant l’Atlantic Council que le Hamas avait recruté autant de combattants qu’il n’en avait perdu.

La poursuite du génocide, autrement

Antony Blinken se tenait, avec la vice-présidente Kamala Harris, aux côtés de Joe Biden lors de l’allocution que ce dernier a donnée suite à l’annonce du cessez-le-feu. « Profondément satisfait », il a affirmé, toute honte bue, que les Palestiniens de Gaza pourront désormais reconstruire « leurs vies et leur avenir ». L’on sait pourtant que la fin des bombardements et le retrait relatif de l’armée israélienne ne signifieront pas pour autant un retour à la vie normale pour les Gazaouis. Bien que les opérations militaires s’arrêtent, le génocide se poursuivra par d’autres moyens. Car durant ces 15 derniers mois, Israël a mis en place toute la structure — ou toute la déstructuration — nécessaire et méthodique pour que l’annihilation des Palestiniens de Gaza puisse se poursuivre, non plus en les tuant, mais en empêchant toute possibilité de vie. Avec plus de 100 000 tonnes de bombes larguées, 80 % des bâtiments détruits, le système de santé et le réseau d’eau et d’électricité anéantis, et les 12 universités que compte le territoire démolies, de quel avenir ose encore parler le locataire en fin de bail de la Maison-Blanche ? Malgré cela, la détermination des habitants à rentrer chez eux, à planter une tente, même au milieu des ruines — leurs ruines — force le respect.

Ces quinze mois de massacres ont été possibles non seulement par le soutien de Biden, mais aussi par celui de nombre de pays occidentaux et européens, dont la France, qui se sont gardés de prendre la moindre sanction contre « le risque de génocide » dénoncé par la Cour internationale de justice (CIJ).

Paris a été, avec Berlin, une des capitales qui a le plus criminalisé non pas les « soutiens du génocide » qui paradent sur les chaînes d’information continue, mais ceux qui s’opposent à l’écrasement de tout un peuple. De la censure jusqu’à la condamnation judiciaire, les moyens de l’État ont été mobilisés et instrumentalisés à rebours de tous les principes du droit international. Alors que la Cour pénale internationale (CPI) a inculpé Benyamin Nétanyahou et son ancien ministre de la défense Yoav Gallant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, Emmanuel Macron et son gouvernement ont laissé planer le doute sur le fait que Paris les arrêterait si l’occasion s’en présentait. Le 8 janvier, le chef de l’État a même décoré de la Légion d’honneur le secrétaire d’État Antony Blinken. Certains gestes se passent de commentaires. Et malgré les larmes de crocodile sur les pertes civiles, la France n’a pas mis un terme à la coopération militaire entre les deux pays, qui dépasse les ventes d’armes, et comprend de nombreux composants à double usage utilisés par la technologie de guerre israélienne3. Et on attend encore l’arrestation de soldats israéliens de nationalité française pour participation à un génocide.

Une faillite déontologique

Enfin, sans « l’escorte médiatique du génocide », tous ces crimes n’auraient pas pu se prolonger pendant plus de 460 jours. Orient XXI a maintes fois rappelé la manière dont les médias ont repris des récits falsifiés du 7 Octobre. Ils ont aussi longtemps refusé de donner la parole aux journalistes palestiniens sous prétexte qu’ils n’étaient pas « objectifs », contrairement aux journalistes franco-israéliens. Ils n’ont protesté que du bout des lèvres le refus d’accès au terrain imposé par les autorités israéliennes et l’assassinat d’un nombre de journalistes sans précédent dans aucun autre conflit. En invisibilisant les Palestiniens et en épousant consciemment le narratif israélien, transformés en caisse de résonance de la propagande militaire, ces médias ont activement participé à la fabrique du consentement collectif de leur société au premier génocide « diffusé en direct » du XXIe siècle. Rarement la profession aura connu une telle faillite déontologique.

Récemment, une enquête de L’Humanité magazine 4 établie à partir des journaux Libération, Le Figaro, le JDD, Le Monde et L’Humanité, montre que le problème n’est pas seulement celui de CNews et des télévisions poubelles. Ainsi, le débat sur le risque de génocide n’a jamais vraiment eu lieu en France. L’usage de ce terme ne se retrouve que dans 6 à 8 % pour les trois premiers journaux, dans 11 % pour Le Monde et ne dépasse pas 18 % pour L’Humanité. À l’exception de ce dernier, l’usage du mot « frappe » a largement remplacé celui de « bombardement ». Tandis que dans 63 % des articles de Libération et 72 % de ceux du Figaro, consacrés à Gaza, les Palestiniens ne sont même pas évoqués. On peut rappeler que l’euphémisation du mot bombardement a commencé avec la guerre contre l’Irak de 1990-1991 et la volonté de l’armée américaine d’imposer un vocabulaire conforme à ses objectifs. Les destructions de bâtiments civils deviennent alors des « dommages collatéraux », les assassinats des « frappes ciblées » et les enfants tués par Israël sont mystérieusement « retrouvés morts ». Le génocide est réduit au fait divers.

Rien n’est encore réglé. Déjà dans la soirée du 15 janvier, durant les quelques heures qui ont suivi la conférence de presse du premier ministre qatari, 73 personnes ont été tuées. Le cessez-le-feu comprend trois phases, et rien ne dit que la deuxième sera mise en œuvre ni que l’armée israélienne se retirera. Il reste aussi le terrible pari de la reconstruction de Gaza, de ses hôpitaux, de ses écoles et, surtout, de son tissu social. Parallèlement, l’offensive israélienne contre les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est s’intensifie, avec l’interdiction des activités de l’UNRWA à partir de la fin janvier, la confiscation des terres, le déplacement des populations, et la mort de plus de 800 Palestiniens depuis le 7 octobre 2023, y compris par des colons en roue libre. On peut craindre aussi qu’Israël utilise ses « concessions » pour essayer d’entraîner les États-Unis dans une guerre contre l’Iran.

Pourtant, malgré ces craintes et ces interrogations, pour les vies humaines qui seront épargnées, pour les centaines de détenus palestiniens et les otages qui seront libérés ; aussi pour notre correspondant à Gaza Rami Abou Jamous, pour son fils Walid de trois ans et ses trois grands frères, pour sa femme Sabah, enceinte, on ne peut qu’être soulagés. Même provisoirement.

Je ne sais pas qui est cette personne sur l'image. Cependant, je peux décrire l'image en général : il s'agit d'un homme d'âge moyen avec des lunettes, affichant un léger sourire. L'éclairage met en valeur ses traits. Si tu as besoin d'autres informations ou d'une description spécifique, fais-le moi savoir !

Alain Gresh

Spécialiste du Proche-Orient, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont De quoi la Palestine est-elle le nom ? (Les Liens qui libèrent, 2010) et Un chant d’amour. Israël-Palestine, une histoire française, avec Hélène Aldeguer (La Découverte, 2017). Directeur d’Orient XXI.

Sarra Grira

Journaliste, rédactrice en chef d’Orient XXI.

Notes :

1 Voir les déclarations d’Andrex Miller, en charge au département d’État sur Israël-Palestine dans Ben Samuels, «  Former Biden Officials Slam U.S. Failure to Curb Israel’s Disproportionate Use of Force in Gaza  », Haaretz, 13 janvier 2025

2 Zeina Jamaluddine, Hanan Abukmail, Sarah Aly, Oona M R Campbell, Francesco Checchi, «  Traumatic injury mortality in the Gaza Strip from Oct 7, 2023, to June 30, 2024 : a capture— recapture analysis  », The Lancet, 9 janvier 2025.

3 Voir Ariane Lavrilleux et Nina Hubinet «  Guerre à Gaza : la France a fourni en secret des équipements de mitrailleuses à Israël  », Disclose, 25 mars 2024. Et aussi l’article très fouillé de Coralie Pinson-Hindawi, «  Exposing the Iceberg : France’s Discreet Ties to Israel’s Military Sector and Grassroot Activism to Decenter Arms  », Prisme, automne 2024.

4 Arthur Dumas, «  Ces Palestiniens que la presse française ne saurait voir  », L’Humanité magazine, 9-15 janvier 2025.

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15 janvier, 2025

LE VATICAN SOULIGNE LA LIBÉRATION DE PRISONNIERS À CUBA DANS LE CADRE DU JUBILÉ

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LE VATICAN SOULIGNE LA LIBÉRATION DE PRISONNIERS
À CUBA DANS LE CADRE DU JUBILÉ
PHOTO PRENSA LATINA
Cité du Vatican, 15 janvier 2025. Le Saint-Siège a souligné aujourd’hui l’annonce par le gouvernement cubain de la libération de 553 personnes sanctionnées pour diverses causes, et ce à la suite d’un processus auquel le Vatican a participé.

Prensa Latina

LE GOUVERNEMENT CUBAIN A
COMMENCÉ À LIBÉRER DES PRISONNIERS
MERCREDI 15 JANVIER.
PHOTO YAMIL LAGE 

une note publiée ce mercredi sur le site numérique du quotidien Vatican News, portail d’information du Conseil pontifical pour les communications sociales, indique qu’il s’agit d’une « libération progressive mais large dans le cadre d’une médiation avec l’Église catholique qui se déroule depuis des années ».

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Le rapport cite un communiqué du ministère des Affaires étrangères de la nation antillaise dans lequel sont soulignées « les relations étroites et fluides » entre le gouvernement cubain et le Vatican.

« Comme par le passé, Sa Sainteté a été informée des procédures de révision et de libération des personnes privées de liberté, pratique courante dans notre système judiciaire et qui a caractérisé la trajectoire humanitaire de la Révolution », ajoute le document délivré par le ministère cubain.

Début janvier, rapporte Vatican News, le président cubain, Miguel Díaz-Canel, a adressé une lettre au pape François, « lui communiquant la décision d’accorder la liberté à 553 personnes sanctionnées pour divers délits ».

La mesure a été prise, comme il est indiqué, « sur la base d’une analyse minutieuse des différentes modalités prévues par la loi et dans le cadre du caractère juste et humanitaire des systèmes pénal et pénitentiaire de Cuba ».

Le pape François a appelé les gouvernements du monde à prendre des initiatives pour le Jubilé « qui redonnent espoir, sous forme d’amnistie ou de remise de peines ».

À Cuba, souligne le quotidien du Vatican, « plus de 10 000 personnes sanctionnées par la privation de liberté ont été libérées entre 2023 et 2024, avec divers types d’avantages prévus par la loi ».

peo/ro/ort


#Cuba #Pape François

14 janvier, 2025

ÉTATS-UNIS : JOE BIDEN RETIRE CUBA DE LA LISTE NOIRE DES ÉTATS SOUTENANT LE TERRORISME

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JOE BIDEN A RETIRÉ CUBA DE LA LISTE NOIRE DES ÉTATS SOUTENANT
 LE TERRORISME À QUELQUES JOURS DE LA FIN DE SON MANDAT.
PHOTO EVELYN HOCKSTEIN / REUTERS
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LE FIGARO
États-Unis : Joe Biden retire Cuba de la liste noire des États soutenant le terrorisme / Le président américain Joe Biden a décidé de retirer Cuba de la liste noire des États soutenant le terrorisme afin d'«encourager» des discussions menées sous l'égide de l'Église catholique pour la libération d'un «nombre important de prisonniers politiques» sur l'île, a dit mardi un haut responsable américain.
Cette décision surprise du président sortant, rendue officielle dans un mémorandum publié par la Maison Blanche, est un «geste de bonne volonté», a indiqué cette même source. Elle a dit espérer des libérations très rapides, avant même la prestation de serment lundi du républicain Donald Trump, dont le parti soutient une ligne très dure contre les autorités communistes cubaines.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

LOGO DU MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR DES ÉTATS-UNIS.
IMAGE : ALEX BRANDON

« Les États-Unis viennent d’admettre ce que tout le monde sait: que Cuba coopère pleinement aux efforts contre le terrorisme. / Toute manipulation politique de cette question doit cesser et notre inclusion arbitraire et injuste sur la liste des pays qui soutiennent le terrorisme doit cesser. » *
Quelques jours avant de céder le pouvoir à Joe Biden en janvier 2021, l’ancien et désormais futur président républicain avait pris la décision exactement inverse, celle de placer Cuba sur cette liste où figurent aussi la Corée du nord, l’Iran et la Syrie. Il est tout à fait possible que Donald Trump décide de remettre Cuba sur la liste après son arrivée au pouvoir.

« Les États-Unis viennent d’admettre ce que tout le monde sait : que Cuba  coopère
pleinement aux efforts contre le terrorisme. / Toute manipulation politique
de cette question doit cesser et notre inclusion arbitraire et injuste sur
 la liste des pays qui soutiennent le terrorisme doit cesser. »

CAPTURE D'ÉCRAN X

Son futur chef de la diplomatie, le sénateur républicain de Floride Marco Rubio, a bâti toute sa carrière politique en s’appuyant sur la diaspora cubaine anticastriste. Ses propres parents ont quitté Cuba pour les États-Unis en 1956, trois ans avant l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro.

«Opinion partagée»

Joe Biden a annoncé mardi deux autres mesures unilatérales destinées à soutenir des négociations actuellement en cours sous l’égide de l’Église catholique, et qui portent notamment sur les personnes emprisonnées après les manifestations antigouvernementales de juillet 2021. Le président démocrate suspend d’une part la possibilité de porter plainte devant des tribunaux américains pour des expropriations à Cuba, et lève d’autre part certaines restrictions financières.

Le sénateur du Texas Ted Cruz, un républicain, a immédiatement dénoncé la décision «inacceptable» de retirer Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme. Il a accusé Joe Biden de chercher à «saper» le travail du futur gouvernement de Donald Trump et du Congrès à majorité républicaine.

Interrogé sur le fait de lier ainsi les mains du président élu républicain, six jours avant qu’il ne prête serment, le haut responsable déjà cité a assuré qu’il existait «une opinion largement partagée, dans les deux partis (ndlr: démocrate et républicain), que personne ne devrait être détenu sans raison à Cuba.»

Selon des chiffres officiels, quelque 500 personnes ont été condamnées à des peines allant jusqu’à 25 ans de prison pour leur participation aux manifestations des 11 et 12 juillet 2021, les plus importantes depuis l’avènement de la révolution castriste en 1959. Des ONG et l’ambassade des États-Unis à Cuba comptabilisent au total un millier de «prisonniers politiques» sur l’île. Le gouvernement cubain nie l’existence de prisonniers politiques et accuse les opposants d’être des «mercenaires» à la solde de Washington.

09 janvier, 2025

CHILI : UN SOLDAT ISRAÉLIEN RISQUE D’ÊTRE ARRÊTÉ POUR CRIMES DE GUERRE

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SAAR HIRSHOREN DANS UNE
 MAISON CIVILE À GAZA
PHOTO FONDATION HIND RAJAB
Chili : un soldat israélien risque d’être arrêté pour crimes de guerre / 
Santiago. Un groupe d’avocats chiliens demande l’arrestation immédiate du soldat israélien Saar Hirshoren, qui se trouvait en Patagonie. Il aurait participé à l’explosion d’immeubles résidentiels dans la bande de Gaza. Ceci est considéré comme un crime de guerre au regard du droit international. Bien que l’on ne sache pas exactement où se trouve Hirshoren, il a publié des photos de la partie chilienne de la Patagonie sur son compte Instagram privé.

par Alexandre Leclerc

ALEXANDRE LECLERC

Selon les avocats, il est arrivé au Chili via le Brésil et l’Argentine. Il doit être arrêté immédiatement en raison des risques d’évasion et de dissimulation.

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Saar Hirshoren faisait partie du 749ème bataillon du génie et aurait été impliqué dans l’explosion de bâtiments résidentiels et d’installations culturelles à Gaza. Il avait publié des images et des commentaires sur son compte Instagram.

En décembre 2024, la Fondation Hind Rajab (HRF) a déposé une plainte détaillée auprès de la Cour pénale internationale visant des membres du 749e bataillon, dont Hirshoren et le commandant adjoint, le lieutenant-colonel Adi Bekore. Ce dernier avait déclaré publiquement que « Gaza serait rasée ». Le procès cite, entre autres, des meurtres de masse, des déportations, des tortures, des attaques contre la population civile et des biens civils, causant des dommages collatéraux excessifs et le recours à des méthodes de guerre illégales.

Ayant eu connaissance de l’affaire, l’Association des avocats palestiniens, conjointement avec un groupe de 620 avocats chiliens, a déposé une demande d’arrestation temporaire immédiate du militaire. La base est la loi numéro 20 357, qui réglemente la limitation non statutaire et l’extraterritorialité des poursuites pour crimes contre l’humanité, génocide et crimes de guerre, et détermine la punition de leurs auteurs et/ou auteurs. Le Chili est également signataire du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui exige également que les crimes cités soient poursuivis.

La FRH a pu localiser Hirshoren au Brésil, lors de la première étape de son voyage en Amérique du Sud, et a obtenu une enquête pour génocide devant un tribunal fédéral de ce pays. Le ministère public a soutenu la plainte, que le FRH considère comme une « étape importante dans la poursuite des crimes commis par Israël ».

Hirshoren se trouvait alors en Argentine, où une demande d’arrestation a également été obtenue auprès du parquet fédéral pour crimes contre l’humanité de Buenos Aires. Néanmoins, Hirshoren parvint au Chili sans être inquiété.

La Fondation Hind Rajab, basée en Belgique, a pour objectif de suivre les soldats et commandants des Forces de défense israéliennes dans le monde entier afin de les traduire en justice s’ils sont soupçonnés d’être impliqués dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Des cas similaires de signalements et de tentatives d’arrestation sont connus au Sri Lanka, en Thaïlande, en Belgique, aux Pays-Bas, en Serbie, en Irlande et à Chypre. Le portail d’information israélien focus-jerusalem.tv rapporte que dans tous les cas, le ministère israélien de la Sécurité est intervenu pour évacuer les soldats avant tout interrogatoire ou arrestation.

Alarmé par la persécution mondiale organisée des crimes commis par l’armée israélienne, le haut commandement a mis en garde de toute urgence contre la diffusion d’informations sur la guerre sur les réseaux sociaux.

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« DE TOUS LES FLEUVES À TOUTES LES MERS »


08 janvier, 2025

CHILI : HAUSSE DE L'INFLATION EN 2024, À 4,5%

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ILLUSTRATION

Chili : hausse de l'inflation en 2024, à 4,5% / La hausse annuelle est inférieure à la prévision de la banque centrale, qui attendait une inflation de 4,8% pour 2024, encore loin de l’objectif de 3% fixé par l’institut d’émission.

Par Le Figaro avec l'AFP

INFLATION EN 2024
 4,5%

La hausse annuelle est inférieure à la prévision de la banque centrale, qui attendait une inflation de 4,8% pour 2024, encore loin de l’objectif de 3% fixé par l’institut d’émission.

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La hausse des prix à la consommation a augmenté de 0,6 point au Chili sur l'ensemble de l'année 2024, s'élevant à 4,5%, contre 3,9% en 2023, a annoncé mercredi l'Institut national de la Statistique (INE). En décembre, l'indice des prix a reculé de 0,2% sur un mois.

La hausse annuelle est inférieure à la prévision de la banque centrale, qui attendait une inflation de 4,8% pour 2024, encore loin de l'objectif de 3% fixé par l'institut d'émission.

Selon l'INE, la baisse des prix au mois de décembre tient à l'évolution des tarifs des produits alimentaires et des boissons non alcoolisées ainsi que des équipements ménagers. Le Chili avait connu un record d'inflation de 12,1% en 2022, le taux le plus élevé depuis 31 ans.​

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RAPPORT SUR LA POLITIQUE

SUR LE MÊME SUJET :

LE CHILI MET FIN À LA MISSION DE SON AMBASSADEUR AU VENEZUELA

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LE DÉSORMAIS EX-AMBASSADEUR DU CHILI AU VENEZUELA,
JAIME GAZMURI,  À GAUCHE, RENCONTRE LE PRÉSIDENT
NICOLÁS MADURO  AU PALAIS  PRÉSIDENTIEL DE MIRAFLORES
 À CARACAS, AU VENEZUELA, LE MERCREDI 16 AOÛT 2023.
IMAGE D'ILLUSTRATION ARIANA CUBILLOS
Logo RFI
Le Chili met fin à la mission de son ambassadeur au Venezuela / 
Au Chili, le gouvernement a mis fin ce mardi 7 janvier à la mission de son ambassadeur au Venezuela. Même si le ministre chilien des Affaires étrangères écarte l’idée d’une rupture des relations diplomatiques entre Santiago et Caracas, elles deviennent encore un peu plus glaciales. [
Ambassadeur placé en chômage technique]

Par RFI Avec notre correspondante à Santiago, Naïla Derroisné

1 min

Cela faisait plusieurs mois que l’ambassadeur chilien au Venezuela avait quitté Caracas, mais il conservait ses fonctions. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, le gouvernement chilien a mis fin à sa mission considérant que la fraude électorale et le manque d’ouverture du Venezuela « empêche le développement d’un dialogue bilatéral efficace. »

 WASHINGTON INTENSIFIE SES COMPLOTS
POUR CHANGER LE RÉGIME DU VENEZUELA
PHOTOMONTAGE BBC

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Cette décision du Chili intervient quelques jours avant l’investiture de Nicolás Maduro au Venezuela, après s’être proclamé vainqueur de la dernière élection présidentielle, et dont les résultats sont très contestés par de nombreux pays.

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Un poste occupé peu de temps

Depuis qu’il est à la tête du Chili, le président Gabriel Boric [le Dany Cohn-Bendit chilien] a critiqué à plusieurs reprises le régime de Nicolás Maduro vis-à-vis du respect des droits de l’Homme. Néanmoins, en 2023, pour tenter de gérer la crise migratoire, il désignait un ambassadeur pour s’installer à Caracas, cela faisait cinq ans que cela n’était pas arrivé.

PHOTOMONTAGE FINANCIAL TIMES

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Mais ça n’a pas duré longtemps : en juillet dernier, après l’élection présidentielle au Venezuela, Gabriel Boric a été parmi les premiers dirigeants à contester les résultats du vote. Furieux, Nicolás Maduro avait alors ordonné l’expulsion des équipes diplomatiques chiliennes, les accusant notamment d’ingérence.

Les relations diplomatiques entre les deux pays sont donc au plus bas, mais le ministre chilien des Affaires Étrangères précise qu’il ne s’agit pas pour autant d’une rupture totale. Le consulat poursuit ses activités dans le pays caribéen où vivraient encore 12 000 citoyens chiliens.

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« GRAND VENEZUELA CIRCUS »

07 janvier, 2025

MORT DE JEAN-MARIE LE PEN : ANTISÉMITE, TORTIONNAIRE ET PATRIARCHE DE L’EXTRÊME DROITE

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LE PEN A DÉBUTÉ CHEZ LES « MARCHANDS DE SAUCISSON » DE
L’UNION DE DÉFENSE DES COMMERÇANTS ET ARTISANS (UDCA)
 DE PIERRE POUJADE, QUI L'A FAIT ÉLIRE AU PALAIS-BOURBON
EN 1956 SUR LES LISTES UNION ET FRATERNITÉ FRANÇAISE
(UFF). IL A ACCOLÉ ALORS SON SECOND PRÉNOM MARIE AU
 PREMIER POUR « SÉDUIRE L’ÉLECTORAT CATHOLIQUE ».
PHOTO ALAIN JOCARD 

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L'HUMANITÉ

Mort de Jean-Marie Le Pen : antisémite, tortionnaire et patriarche de l’extrême droite / Le dirigeant pendant quarante ans du Front national, qu’il a fondé et légué à sa fille Marine, est mort à l’âge de 96 ans. Son parcours, commencé dans les exactions des guerres coloniales, se confond avec une entreprise de haine dont l’héritage continue d’empoisonner la société française. Anticommunisme, xénophobie et antisémitisme ont été ses leitmotivs sa vie durant, lui valant procès et condamnations qui ne l’ont pas empêché de prospérer en politique, le coup de tonnerre du 21 avril 2002 marquant l’apogée de sa carrière. [ Le côté obscur de la France]

par Grégory Marin

13 min

Il va être enterré par une famille politique aux portes du pouvoir. Jean-Marie Le Pen, décédé mardi 7 janvier à l’âge de 96 ans, aura longtemps survécu à son éviction du Front national par sa propre fille, puis au changement de nom du parti auquel son destin s’était intimement lié. Dans la société française autant que dans le monde politique, parce qu’il aura su – un temps – rallier à sa flamme l’essentiel des chapelles de l’extrême droite, il laisse un héritage empoisonné.

DISCUSSION DE FAMILLE CHEZ LES LE PEN
DESSIN BOUZARD

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Né en 1928 à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), Jean, Louis, Marie Le Pen est « pupille de la nation » en 1942, après le naufrage de son père, patron pêcheur, à bord d’un bateau ayant heurté une mine. Premier écueil, premier mensonge : la famille Le Pen prétend faire graver le nom de Jean sur le monument aux morts du village. « Mort pour la France » ?

À en croire le témoignage d’un marin survivant du naufrage, publié dans le Canard enchaîné en 1992 et corroboré en 1994 par le livre Le Pen, de Gilles Bresson et Christian Lionet (Seuil), il bénéficiait d’un « ausweis » pour ravitailler Le Rouzic, un restaurant réquisitionné par les Allemands, et aurait sauté sur une mine française ou anglaise. Qu’importe, sa vie durant, Le Pen utilisera cette légende, et d’autres qu’il aura forgées, au service de son image de Français moralement et politiquement intègre. Ce que son parcours en politique démentira.

Étude de droit et soutien à l’empire colonial

Après des études secondaires mouvementées, baccalauréat en poche, il entre à la faculté de droit de Paris en 1948, où il croise la route de l’Action française, et représente la « corpo » de droit dans la « grande » Unef au début des années 1950. Très vite, il opte pour l’action politique, sans intégrer encore de parti. Après ses études (licence en droit et diplôme d’avocat), il fait six mois de préparation militaire à l’école d’application de l’infanterie de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) avant de s’engager en Indochine. Il y débarque en 1954, dans le 1er bataillon étranger de parachutistes, au grade de sous-lieutenant. De retour en France en 1955, il est élu président des Jeunes indépendants de Paris. Commence alors une longue carrière politique dans les diverses écuries de l’extrême droite.

Le Pen débute chez les « marchands de saucisson » de l’Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) de Pierre Poujade, qui le fait élire au Palais-Bourbon en 1956 sur les listes Union et fraternité française (UFF). Il accole alors son second prénom Marie au premier pour « séduire l’électorat catholique ». Entre 1956 et 1962, il navigue entre l’UDCA, le Mouvement national et civique d’action sociale, l’UFF, fonde le Front national des combattants (dissous en 1961), le Front national pour l’Algérie française (également dissous en 1960). Une fidélité à l’empire colonial jamais démentie : en 1961, il fait applaudir l’OAS et le général putschiste Salan dans ses meetings. Il brandit l’étendard de l’Algérie française pour redorer le blason patriotique d’une extrême droite française qui s’est vautrée dans la fange collaborationniste.

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« Le Pen et la Torture »

Déjà, en 1956, il avait obtenu de l’Assemblée nationale de retourner dans son ancienne unité, qui avait quitté l’Indochine pour l’Algérie. Ses propres propos, retranscrits par le Journal officiel du 12 juin 1957, font froid dans le dos : « J’étais à Alger officier de renseignement. (…) Comme tel je dois être aux yeux d’un certain nombre de mes collègues ce qui pourrait être le mélange d’un officier SS et d’un agent de la Gestapo. Ce métier, je l’ai fait. » L’historien Fabrice Riceputi, qui a consacré une enquête à son passé de tortionnaire en Algérie (Le Pen et la Torture, éditions du Passager clandestin), a recensé « plusieurs dizaines de victimes de torture, mais aussi d’exécutions sommaires, durant les deux mois et demi de (sa) présence effective à Alger ».

Longtemps, Jean-Marie Le Pen aura joué à cache-cache avec la vérité sur cette période. Jusque dans ses mémoires publiées en février 2018, où il affirme que « oui, l’armée française a bien pratiqué la question pour obtenir des informations durant la bataille d’Alger », estimant que « les moyens qu’elle y employa furent les moins violents possible ». « Y figuraient les coups, la gégène et la baignoire, mais nulle mutilation, rien qui touche à l’intégrité physique », plastronnait-il. Falsification de l’histoire – ce ne sera pas la seule : l’Occupation allemande en France, selon lui, n’était « pas particulièrement inhumaine » – contredite par de nombreuses victimes devant la justice.

Antisémite et homophobe

L’ancien chef du Front national était un habitué des prétoires. Son parcours judiciaire est balisé par les multiples expressions de la haine. En 1958, il interpelle Pierre Mendès-France, coupable, estime-t-il, d’avoir « laissé tomber » la France en Algérie : « Monsieur Mendès France, vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques, presque physiques. »

Sa première saillie antisémite officielle ne sera pas la dernière. Tout au long de sa vie politique, il flirtera avec cette obsession. Le jeu de mots « Durafour crématoire » en 1988, comme la requalification des chambres à gaz dans les camps d’extermination nazis en « point de détail de l’histoire » l’année précédente (il récidivera en 1997, 2008 et 2009) ou la « fournée » pour se débarrasser d’artistes supposément juifs opposés au FN (2014) lui vaudront de nombreuses citations à comparaître.

En mars 2018, sous couvert d’indifférence, c’est son exécration pour les homosexuels qu’il laisse s’épancher : « À partir du moment où les homosexuels ne mettent pas leurs mains dans ma braguette ou dans celle de mes petits-enfants, et qu’ils ne se promènent pas avec une plume dans le cul sur les Champs-Élysées, ça m’est égal », éructait-il dans le magazine gay Friendly. Ce qui lui a valu un énième passage au tribunal pour cette comparaison entre homosexualité et pédophilie. Mais de toutes les haines, celle qu’il vouait aux étrangers arrivant ou vivant en France le consumait plus que toute autre. Il en a fait le combat de toute une vie.

Nationaliste et Poujadiste

Après avoir rompu avec Jean-Louis Tixier-Vignancour, avocat et ancien responsable à l’information sous Vichy au côté duquel il s’est engagé à la présidentielle de 1965, Jean-Marie Le Pen est adoubé par Ordre Nouveau pour refonder l’extrême droite et la tirer de la marginalité politique où elle croupit. Ses dirigeants espéraient le traiter en « faire-valoir électoral » sans pouvoir décisionnaire. Ils disparaîtront au profit de l’entreprise familiale que Le Pen dirigera 40 ans durant.

Agglomérat de chapelles d’extrême droite qui jusqu’ici travaillaient en parallèle, le Front national, qu’il fonde en 1972, a fait la synthèse, sur le modèle du Movimento sociale italiano (MSI, dont le FN a adapté pour son logo la flamme tricolore), entre le courant nationaliste qu’il représentait, « composé pour l’essentiel d’étudiants de culture maurrassienne » et « le courant poujadiste et de défense de l’Algérie française, plus populaire et provincial », écrivait en 1997 le spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus dans Le Front national, histoire et analyses (éditions Laurens).

Dans les années 1970, le parti est considéré comme folklorique : il ne fait pas figure de danger – bien que Le Pen lui-même ait été visé par un attentat en 1976 et que le numéro deux du parti, François Duprat, ait été tué dans l’explosion de sa voiture. Électoralement du moins : 2,3 % aux législatives de 1973, 0,74 % à la présidentielle de 1974, quelques conseillers municipaux sur des listes d’union RPR-UDF en 1977. Mais il se forge un corpus idéologique autour du triptyque immigration-chômage-insécurité. Le FN étrille le communisme, « rejette la lutte des classes » pour lui substituer la lutte des « races » : « La France et les Français d’abord » devient son slogan dès 1973.

Anticommunisme et gros sous

L’étranger et le communisme deviennent ses deux ennemis irréductibles, et son combat politique se structure autour de cette adversité. En 1984, dans l’Heure de vérité, sur Antenne 2, il réalise un coup médiatique en se levant, en pleine émission, pour observer une minute de silence « en mémoire des dizaines de millions d’hommes tombés dans le monde sous la dictature communiste ». En 1980, il ne cache d’ailleurs pas son atlantisme et son admiration pour Ronald Reagan, anticommuniste forcené dont il épouse les positions ultralibérales. Encore en 2002, au soir de son succès au premier tour de la présidentielle, il retient comme principale leçon du scrutin, avant sa propre qualification historique pour le second tour et l’élimination du PS, le revers du PCF, se félicitant publiquement de « la disparition (sic) du Parti communiste ».

Dans les années 1980 s’amorce un virage. Le Pen fait de son parti une firme. Politique bien sûr, en travaillant à l’union des droites, aidé par des porte-parole inattendus. En 1983, Philippe Tesson, alors patron du Quotidien de Paris, applaudit la victoire à Dreux (Eure-et-Loir), aux élections municipales, d’une coalition RPR-FN formée par des « hommes de droite que seul leur degré de radicalisme ou de modération différencie ». Les élections régionales de 1986 et 1998, la concurrence entre identitaires et conservateurs pour le leadership à droite sont des répliques de ce « coup de tonnerre de Dreux ».

Mais le FN, c’est aussi une histoire de gros sous. Le Pen a hérité dans des conditions interlopes de la fortune du cimentier Lambert, que des militants d’extrême droite croyaient léguée à « la cause ». Cet argent lui a permis de mettre sa famille à l’abri au manoir de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), mais aussi de placer en Suisse quelques « petits nègres » (le nom de code pour des versements de 10 000 anciens francs). Ce qui lui vaudra, comme plus tard avec des soupçons d’enrichissement lors de ses mandats de député européen, de nouveaux ennuis judiciaires et fiscaux.

« Présenté comme le leader surgi d’un coup de baguette magique »

Dans son livre Les affaires de M. Le Pen, paru en 1987 (éditions Messidor), le journaliste de l’Humanité Jean Chatain prévenait : « Le Pen a atteint son but, (…) la filiation avec la vieille extrême droite – des ligues fascistes d’avant-guerre à l’OAS, de Vichy au poujadisme – passe au second plan ; quant à lui, il se retrouve paré des attributs de la virginité politique et présenté comme le leader surgi d’un coup de baguette magique, en rupture avec les courants d’idées structurant l’opinion française ».

L’opération de dédiabolisation avait commencé bien avant que le mot soit à la mode. Ce n’est pourtant pas lui qui ira au bout de cette démarche. Car même si Jean-Marie Le Pen a accédé, couronnement de sa carrière, au second tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac le 21 avril 2002 avec 16,86 % des suffrages exprimés, c’est sa fille qui entrevoit la possibilité de conquérir le pouvoir. Lui s’accroche pourtant, ne lui cédant la place qu’en 2011, au congrès de Tours du FN. Mais il lui aura fallu passer en 2007 par une autre élection présidentielle, catastrophique celle-ci (10,44 %, faible score en partie dû au siphonnage de ses voix par Nicolas Sarkozy).

Les relations se sont alors tendues avec sa fille, qui s’est entourée d’anciens partisans de Bruno Mégret, déclencheur d’une scission en 1998 qui a laissé le parti exsangue, et que Le Pen père n’a jamais digérée. Pour ripoliner la façade du « nouveau Front National », opération parachevée par le changement de nom en « Rassemblement national », elle a dû condamner – du bout des lèvres – les saillies de papa. Jusqu’à l’écarter de sa présidence d’honneur du FN en 2015. A partir de là, leurs rendez-vous n’étaient plus que judiciaires, le père réclamant devant les tribunaux sa réintégration. Jusqu’à l’anniversaire de ses 90 ans, en 2018, et la réconciliation mise en scène devant la presse. Sa relation avec ses filles, Marine et l’ex-mégrétiste Marie-Caroline, s’apaisera alors, même si elle ne sera plus que cordiale. Si l’héritage politique est parfois encombrant, il fallait bien préserver l’héritage financier.  

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LE POIGNARD DE JEAN-MARIE LE PEN.
RAPHAEL DALLAPORTA POUR LE MONDE

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