14 octobre, 2020

AMNISTIE INTERNATIONALE DÉNONCE DES VIOLATIONS DES DROITS DE LA PERSONNE

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PHOTO ROBERT EVIMO

(Santiago du Chili) Amnistie internationale (AI) a publié mercredi, à quelques jours du premier anniversaire du mouvement social au Chili, un rapport dans lequel l’organisation déclare que « de graves violations des droits de l’Homme ont été commises de façon généralisée » durant la répression des manifestations.

La Presse avec l'Agence France-Presse

PHOTO RODRIGO ABD,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS 
«Le commandement stratégique des carabiniers (police militarisée) a permis que des actes de tortures et de mauvais traitements contre des manifestants soient perpétrés, en les considérant comme un mal nécessaire pour parvenir à les disperser à tout prix », a déclaré la directrice de la région Amériques d’Amnistie internationale, Erika Guevara, lors de la présentation du rapport « Dans les yeux du Chili : violence policière et responsabilité de commandement pendant le soulèvement social ».

La révolte a explosé le 18 octobre 2019 après la hausse du prix du billet de métro à Santiago. Elle est vite devenue une grande mobilisation sociale contre les inégalités et le gouvernement du président conservateur Sebastian Piñera, durant laquelle au moins 30 personnes sont mortes et des milliers ont été blessées et arrêtées au fil des manifestations.

D’après les chiffres officiels de l’Institut national des droits humains (INDH), 460 personnes ont été blessées aux yeux après avoir reçu au visage des balles de caoutchouc, des billes de plomb ou des bombes lacrymogènes, venant des forces antiémeute.

Amnistie internationale considère que, malgré les accusations de violations des droits de la personne adressées aux forces de l’ordre de la part d’organisations internationales un mois après le début des manifestations, « on a continué à enregistrer des cas d’usage excessif de la force policière jusqu’à la mi-mars 2020 ».

« Loin d’être des faits isolés commis par des fonctionnaires agissant d’eux-mêmes, les actes de violences semblent avoir été commis sur la base d’une politique préméditée dont l’objectif ultime était de décourager le mouvement social », a estimé Erika Guevara lors d’une vidéoconférence.

Le ministère chilien de la Justice a réagi face aux conclusions d’AI et « réitère avec force » qu’« il n’a pas existé, de la part des carabiniers, une pratique ou une politique préméditée ou généralisée d’usage de la force avec pour objectif ou intention de punir les personnes manifestantes, comme le suppose le rapport ».

Les manifestations ont repris depuis la fin des mesures les plus restrictives au Chili, et le 2 octobre, un adolescent de 16 ans est tombé d’un pont enjambant le Mapocho après avoir été poussé par un policier, désormais détenu, et qui affirme qu’il s’agit d’un « accident ».

13 octobre, 2020

CHILI. LES VIOLENCES POLICIÈRES SE POURSUIVENT, LA DÉFIANCE GRANDIT

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PHOTO ALAN LOQUET

À quelques jours du premier anniversaire du mouvement social contre les inégalités, les violences policières sont en recrudescence. La défiance des Chiliens envers les carabiniers atteint des records.

par Alan LOQUET

PHOTO SEBASTIAN SILVA / EPA

Un corps inerte, la tête immergée dans le fleuve Mapocho, à Santiago-du-Chili. La photo de cet adolescent âgé de 16 ans a choqué tout un pays. Le 2 octobre, Anthony a chuté de plus de sept mètres, poussé du haut d’un pont par un carabinier. Si les jours du jeune homme ne sont pas menacés, son cas a suscité l’indignation.

L’agent, mis en examen pour tentative d’homicide et non-assistance à personne en danger, a été placé en détention provisoire. Le parquet accuse aussi les forces de l’ordre d’entrave à la justice et de faux témoignages. Cette affaire n’a pas redoré le blason d’une institution aujourd’hui vertement critiquée par la population.

« Je crains la police »

La bascule s’opère le 18 octobre 2019, date à laquelle débute un mouvement social sans précédent contre les inégalités. En marge des manifestations, les policiers du Chili enchaînent les bavures, du nord au sud du pays.  Torture, mauvais traitements, viols ,  violence intentionnelle ,  sévices, passages à tabac … Depuis un an, les rapports cinglants s’accumulent, d’Amnesty international à Human Rights Watch en passant par l’Onu.

Ai-je encore confiance dans la police, feint de s’interroger Nahuel Herane. Non. Je la crains.  Ce lycéen a perdu l’usage de son œil gauche, en décembre.  Je manifestais pacifiquement dans mon quartier, à Santiago, quand j’ai été touché par sept balles en caoutchouc tirées par les carabiniers.  Il fait partie des 460 Chiliens à avoir subi des blessures oculaires.

En l’espace d’une année, le parquet chilien comptabilise 8 575 victimes associées à de présumées violations des droits de l’homme. À mesure que le pays se déconfine, les rassemblements se font toujours plus nombreux chaque semaine, alors que se profilent le premier anniversaire de la fronde sociale et le référendum, le 25 octobre, portant sur un changement de Constitution.

« Les carabiniers au bord du précipice »

Les carabiniers sont au bord du précipice, analyse Eduardo Vergara, directeur du think-tank Chile21. Il leur est impossible de maintenir l’ordre sans violer les droits de l’homme. En un an, rien n’a changé. Les bavures ont toujours existé, mais le mouvement social a agi comme un révélateur. 

À entendre cet ancien responsable de la sécurité publique au ministère de l’Intérieur, les politiques ont manqué de courage pour réformer.  La police a longtemps été l’institution publique la plus respectée du pays. Les récents scandales de corruption, de fausses déclarations et de destructions de preuves ont changé la donne. 

Prompt à soutenir les carabiniers, le président conservateur Sebastián Piñera s’est résolu, vendredi 9 octobre 2020, à créer une commission pour accélérer la modernisation de l’institution. Une évolution notable pour celui qui, en deux ans, a changé les têtes – trois ministres de l’Intérieur et trois directeurs de la police –, mais pas les pratiques. Le temps presse : selon un récent sondage, près des deux tiers des Chiliens disent ne plus avoir confiance en leurs policiers.

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LIBÉRATION DES PRISONNIERS POLITIQUES

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07 octobre, 2020

DANIEL JADUE, UN PRÉSIDENT COMMUNISTE POUR LE CHILI ?

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DANIEL JADUE  MAIRE DE RECOLETA AU CHILI
 

Au fil des mois, dans les sondages pour la présidentielle, Daniel Jadue, le très populaire maire communiste de Recoleta, est passé progressivement de 6 à 24% des voix. Ces chiffres dépassent largement l’influence traditionnelle du PC du Chili qui se situe à environ 5% des voix. Ses meilleurs scores, le PC les a obtenus dans les années 70, durant l’Unité Populaire. Il recueillait 16% des voix. Les données très favorables à Daniel Jadue traduisent pour une part l’augmentation de l’influence du PC à partir de l’explosion sociale du 18 octobre. Elle reflète aussi l’aura personnelle dont bénéficie Daniel Jadue comme maire de Recoleta, une des communes de Santiago. Dans sa commune, Daniel Jadue a été à l’initiative de très nombreuses expérimentations sociales. En particulier, Daniel Jadue a créé à Recoleta la première pharmacie municipale populaire qui pratique des prix de médicaments entre 30 et 50% inférieurs à ceux de la concurrence du privé. Daniel Jadue est un homme ouvert, il aide même des municipalités de droite qui souhaitent monter des pharmacies populaires. Il a aussi lancé un plan de production électrique par panneaux solaires pour que sa commune soit autonome en matière d’énergie et ne dépende plus de l’offre privé.

Par Pierre CAPPANERA

Sa candidature à la présidentielle semble aujourd’hui obligatoire et incontournable. Est-ce si certain ?

DANIEL JADUE, CARICATURE
QUOTIDIEN LA TERCERA 
Depuis les années 30, le PC du Chili n’a présenté qu’une seule fois une candidate à une élection présidentielle. C’était en 1999. Gladys Marin a été candidate et a recueilli 3,2 % des voix. C’était un peu contraint et forcé que le PC avait présenté une candidate. Il l’avait fait parce que les partis de la Concertation, (groupement de centre gauche composée de la Démocratie-Chrétienne, du PPD et du PS) voulaient marginaliser totalement le PC. Même avec un petit résultat, le PC a montré à la Concertation qu’elle ne pouvait pas se passer du parti communiste : le candidat de la Concertation a raté l’élection au premier tour, il ne l’a emporté au second que grâce à l’apport communiste.

Il y aussi eu la candidature de Pablo Neruda en 1970. Le Parti Socialiste voulait présenter un candidat dont le PC ne voulait absolument pas. Le PC a clairement dit au PS : ou vous présentez Salvador Allende comme candidat et nous le soutiendrons, ou nous présentons Pablo Neruda comme candidat. Les socialistes ont cédé. Pablo Neruda s’est retiré et a fait campagne main dans la main avec Salvador Allende jusqu’au triomphe de l’Unité Populaire.

En dehors de ces deux situations, il n’est pas dans la tradition du PC du Chili de présenter des candidats à la présidentielle. En effet jusqu’en 1970, dernière élection avant le coup d’état, le système électoral faisait que le candidat arrivé en tête était élu. Il n’y avait qu’un seul tour de vote populaire. Le second tour se passait au Congrès. Si aucun candidat n’avait eu la majorité absolue au premier tour, ce sont les députés et sénateurs qui élisaient le président. Dans la pratique ils ont toujours désigné le candidat arrivé en tête. Salvador Allende compris.

Depuis la fin de la dictature, le système électoral a changé, il est identique à notre mode d’élection présidentielle. Election à deux tours, si personne n’a la majorité au premier tour, peuvent se présenter au second les deux candidats arrivés en tête du premier tour.

Le PC participe aux élections présidentielles pour gagner. Pas pour présenter une candidature de témoignage. C’est pourquoi il a jusqu’à présent favorisé les alliances de gauche. Cette année, où en est-on ? Les éventuelles primaires pour la présidentielle auront lieu le 4 juillet et l’élection présidentielle le 21 novembre 2021. Avant il se passera beaucoup de choses. La première, la plus importante, est le référendum du 25 octobre pour une nouvelle Constitution. Si le résultat semble acquit, restent inconnus l’ampleur de la majorité et la participation au vote. Une fois ce scrutin passé, en avril auront lieu trois élections : celle des délégués à la Convention constituante, les municipales et, pour la première fois celle des gouverneurs des 16 régions qui composent le Chili.

Daniel Jadue a bien précisé que pour le moment il n’était pas candidat. La première tâche aujourd’hui est de gagner le référendum de la manière la plus large. La plus indiscutable. Ensuite pour lui, comme maire d’une commune, l’objectif est d’être réélu. Plus largement, lors des élections d’avril, on verra si des alliances concrètes pour les maires ou les gouverneurs ont pu se nouer avec d’autres forces. Les résultats de ces élections seront scrutés à la loupe.

À partir de là, commencera à se poser sérieusement la question de la présidentielle. L’objectif premier du PC sera d’avoir un ou une nouvelle présidente du Chili dont les options soient en concordance avec le mouvement social du 18 octobre. Peu importe que ce candidat soit communiste ou non. L’élection de la Convention constituante aura eu lieu et ses délégués seront au travail. Ceci donnera beaucoup d’indications sur les rapports de force entre partis et les possibilités concrètes d’unité avec d’autres formations. Le PC fait partie d’une alliance de gauche, Unidad por el Cambio. Cette alliance s’élargira-t-elle au Frente Amplio ? Au sein de cette coalition de gauche, y aura-t-il d’autres candidats ? Cette coalition, avec l’expérience de la Constituante, pourra-t-elle passer des accords avec d’autres forces, le PS et le PPD en priorité ? Est-ce que les partis passeront par la case primaire ou négocieront-ils directement une candidature ? Quelles décisions prendra le 26eme Congrès du PC qui se tiendra fin novembre ? Il y a beaucoup de questions et peu de réponses à ce jour. Les réponses viendront avec le développement du mouvement social et des luttes quotidiennes dans un pays traversé par la pire crise économique depuis les années 30.

Les 24% que donnent les sondages à Daniel Jadue font bien évidemment très plaisir et font rêver, mais rien n’est décidé, rien n’est joué, pas même la candidature de Daniel Jadue.

Pierre CAPPANERA

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DANIEL JADUE  MAIRE DE RECOLETA AU CHILI

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06 octobre, 2020

AU CHILI, DES CENTAINES DE MANIFESTANTS POUR EXIGER LA LIBÉRATION DES PRISONNIERS POLITIQUES

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LIBÉRATION DES PRISONNIERS POLITIQUES
Convoquée par diverses organisations, les manifestants de ce lundi au Chili ont exigés que les plus de 2500 personnes dont le procès est en cours soient placées en résidence surveillée au lieu d'être placées en détention préventive.
Les manifestants ont assisté à la journée nationale de mobilisation pour les prisonniers politiques de le soulèvement populaire de 2019, qui fête ce mois-ci son premier anniversaire.

L’appel lancé par diverses organisations demandait le passage de la détention préventive à l’assignation à résidence pour les plus de 2 500 personnes qui sont actuellement emprisonnées en attendant leur procès. Les familles dénoncent une série d’abus contre les prisonniers, en plus de leur préoccupation concernant l’augmentation des cas de Covid-19 dans les prisons.

À Santiago, près d’un millier de manifestants se sont joints au rassemblement sur la symbolique Plaza de la Dignidad. La manifestation s’est déroulée dans une atmosphère de grande colère suite à la tentative d’assassinat par les carabiniers d’un manifestant près de la place vendredi dernier, qui a été justifiée par le président Piñera et couverte par les forces de police.

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MANIFESTATION À PARIS POUR LES
PRISONNIERS POLITIQUES AU CHILI

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05 octobre, 2020

CHILI : UN POLICIER AURAIT POUSSÉ UN ADOLESCENT DE 16 ANS DU HAUT D'UN PONT DURANT UNE MANIFESTATION

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DESSIN ALEN LAUZAN 

Le procureur a ouvert une enquête judiciaire pour déterminer si un policier a poussé le jeune manifestant d'un pont. Les carabiniers affirment que ce dernier est tombé durant une arrestation. L’opposition demande la démission du chef des carabiniers. Le 2 octobre, alors qu'environ 2 000 personnes étaient réunies à Santiago du Chili sur la place d’Italie, épicentre de la contestation sociale chilienne, pour une manifestation contre les inégalités, des affrontements entre civils et carabiniers (nom donné aux policiers au Chili) ont éclaté. C’est alors qu’un manifestant de 16 ans, Antony Araya, est tombé du pont qui surplombe la rivière Mapocho, atterrissant dans un canal en béton. Des témoins rapportent qu'il aurait été poussé par un membre des forces de l'ordre, soupçonné de tentative d’homicide. Le jeune homme serait dans un état stable à la clinique Santa Maria de Santiago. Les carabiniers se défendent en affirment que le jeune homme a perdu l'équilibre.

RT France

PHOTO JAVIER TORRES

L'un des manifestants, Pavel Pavelic Jofre, témoigne, repris par le Guardian : «Alors que les manifestants fuyaient, nous avons vu le moment où l'officier a intercepté [le garçon] et l'a jeté du pont […] Nous avons réussi à faire descendre deux membres de notre groupe pour l'aider, et après avoir stabilisé son état, les pompiers ont pu le soulever loin de la rivière pour l'emmener à l’hôpital». Enquête judiciaire en cours Le général Enrique Monras, porte-parole des carabiniers, a contredit la version de Pavel Pavelic Jofre dans une allocution télévisée. Sans nier l’usage de la force, il a affirmé que le garçon «avait perdu l’équilibre et était tombé» au cours d’une arrestation.

Selon le procureur Ximena Chong, cité par El Pais, le Ministère public a pu «établir les circonstances dans lesquelles les faits se seraient déroulés, lesquels auraient un lien avec l’intervention d’un fonctionnaire de police». Ce dernier «aurait poussé le jeune homme de 16 ans». Le procureur a ouvert une enquête judiciaire. La police a aussi lancé une investigation administrative. 

L’événement fait grand bruit au Chili, d'autant qu'il survient à deux semaines de l’anniversaire du 18 octobre (2019), jour de déclenchement de protestations lors desquelles une quinzaine de manifestants ont perdu la vie. 

PHOTO CODEPU

Le 3 octobre, des affrontement ont éclaté après que des manifestants sont retournés sur la place d'Italie pour dénoncer les agissements du carabinier qui aurait poussé Antony Araya. Le pays est secoué depuis un an par des protestations fustigeant les réformes du président Sebastián Piñera – augmentation du prix des tickets de métro, de l'électricité, entre autres –, la faiblesse du système social chilien, notamment en matière de retraites, et les violences policières (usage de gaz lacrymogènes, de canons à eau, de balles en caoutchouc...). La situation politique est d’autant plus tendue que le Chili votera fin octobre pour ou contre une nouvelle constitution. 

L’opposition politique a demandé la démission du chef des carabiniers, Mario Rozas. Le parlement a initié une procédure d’accusation constitutionnelle contre le ministre de l’Intérieur Victor Pérez. Tandis que le procureur général du pays estime qu’au moins 8 575 violations présumées des droits de l’homme sont à imputer à la police lors de diverses manifestations depuis un an, pour l’instant, seuls 16 agents ont été renvoyés.

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NEGRO MATAPACOS


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03 octobre, 2020

AMÉRIQUE LATINE : CARMEN VIVANCO

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CARMEN VIVANCO
Carmen est une femme sans âge. Certes, ridée et blanche comme la cordillère. Mais avec ses yeux noirs, sa robe de deuil, sa silhouette vive, son parler fort, elle a arrêté le temps. Erynie d'Eschyle exilée au Chili...

DUQUESNE Jean-Charles, le 25/10/1995

Elle ressasse, elle accuse. Depuis près de vingt ans, les mêmes mots impitoyables : « C'était le 24 août 1976. Les policiers ont investi la maison. Ils ont pris mon mari, mon fils, mon frère, ma belle-soeur et leur aîné. Tous poursuivis comme sales communistes. Jamais je ne les ai revus... » Elle lève la main droite. Ecarte les cinq doigts. « Cinco, señor, cinco. »

Au mur de la pièce grise, un Christ d'affliction, la photographie fanée de Salvador Allende _ le président renversé le 11 septembre 1973 par le général Pinochet _ et la litanie de la Déclaration des droits de l'homme. C'était l'espérance, c'était l'espoir. Tout autre, l'incroyable réalité d'aujourd'hui en terre démocratique ! Carmen soupire : « Pinochet tire toujours les ficelles. Le jour de la fête nationale, vous l'avez vu au premier rang ? Souriant et arrogant. »

L'insolence de Pinochet

À l'image de milliers de Chiliennes et de Chiliens, Carmen Vivanco adhère à « Agrupacion de familiares de detenidos-desaparecidos », association vieille de vingt ans. « Nos objectifs n'ont pas changé, souligne Amanda Gonzalez, la vice-présidente, dont le fils, socialiste, a été arrêté en juillet 1974. Nous voulons savoir ce que sont devenus nos parents, nos familles. Nous n'avons aucune information sur 1 150 personnes, des hommes dans leur immense majorité ; nous avons recensé 59 femmes _ dont neuf étaient enceintes _ et 16 mineurs. Où ont-ils été internés ? Comment sont-ils morts ? Ils méritent une sépulture décente. Quant aux coupables, nous réclamons leurs noms, et un jugement devant des tribunaux civils. Sans amnistie. »

La quarantaine véhémente, Gonzalo Munoz, frère d'un disparu de 1987, vise Pinochet : « Il ne cesse de tenir des discours insolents, et ne veut reconnaître aucune faute. On nous dit : il faut pardonner. J'admire le Pape qui a pardonné à son agresseur, mais la société civile italienne a quand même jugé et emprisonné le criminel. Le geste de Jean-Paul II montre bien que le pardon est affaire individuelle. Au Chili, certaines victimes pardonneraient. Moi, si l'on me demandait pardon, je ne préjuge pas de mon attitude. Aujourd'hui, nous vivons une situation trop irréelle. »

Etonnant Chili ! Voilà, le 14 décembre 1989, un président élu démocratiquement avec 55 % des voix : Patricio Aylwin, démocrate-chrétien, chef de file des 17 partis de la Concertation pour la démocratie. Il mettra en place une « Commission pour la vérité et la réconciliation ». Comment oublier ses larmes lorsque, devant les caméras de télévision, il évoquera les 3 500 morts de la dictature née du coup d'État du 11 septembre 1973 et demandera pardon à la nation ? Respectable et respecté président de transition.

Voici, le 11 décembre 1993, un second président démocrate-chrétien, Eduardo Frei, élu avec 58 % des voix. L'homme appelé à ancrer solidement le pays dans la démocratie, à rejeter les militaires dans l'ombre et à poursuivre en justice les coupables... La condamnation, le 30 mai dernier, à sept ans de prison du général Contreras, ancien chef de la police politique, organisateur de l'assassinat, en 1976 à Washington, d'Orlando Letellier, ancien ministre socialiste d'Allende, allait prouver sa détermination. Mais si Pedro Espinoza, adjoint de Contreras, acceptait sa propre condamnation à quatre ans de prison, le bras droit de Pinochet se réfugiait dans un hôpital de la marine ! Ce n'est que samedi dernier, quatre mois et demi après sa condamnation, qu'il a accepté son transfert en prison...

Construire un pays de première classe

Ce procès Contreras _ exigé par les États-Unis _ a réveillé les militaires. « Injuste », a commenté Pinochet, inamovible général en chef de l'armée de terre jusqu'en 1997. Le 11 septembre, le vieux « jefe », Raminagrobis aux moustaches toujours frémissantes, vitupérait devant 4 000 fidèles : « Le 11 septembre 1973 marque le retour de la liberté au Chili. Ceux qui, hier, préparaient la guerre civile, aujourd'hui s'offensent. Ce sont eux les assassins. Que l'on cesse de s'en prendre aux forces armées. Il est temps de dire « basta ». Ce que nous voulons, c'est construire un pays de première classe. Cela requiert l'intelligence, la capacité et l'oubli. »

Message clair. Pas question pour les militaires d'accepter d'autres procès, de reconnaître crimes ou fautes. Le coupable, c'est l'autre. « Le pays n'est pas pleinement réconcilié », reconnaît le président Frei. Les Chiliens apprécient l'euphémisme...

La statue du commandeur ne commande plus. Mais l'habile Augusto a su ficeler lois et Constitution pour gripper les rouages de la démocratie. Un seul exemple : des sénateurs nommés à vie bloquent les initiatives de la majorité présidentielle. Comment la droite proche des militaires accepterait-elle le « paquet » de trois projets de loi _ pourtant modérés _ proposés par E. Frei : la vérité (mais non la justice) sur les disparus, la possibilité pour le président de nommer ou de révoquer généraux ou amiraux (mais pas les généraux en chef...), la réforme de la Constitution, assortie de la suppression les neufs sièges à vie du Sénat ?

Avec réalisme, Guillermo Miranda, président de la Commission internationale du PS, admet : « Nous sommes dans une démocratie protégée par les militaires. L'héritage de la dictature empêche de faire la justice. La grande question est donc : quel type de société voulons-nous bâtir ? Nous avons deux ans _ avant les élections au Parlement _ pour convaincre les électeurs de nous donner une majorité susceptible de voter les réformes permettant le passage d'une démocratie protégée à une démocratie véritable. Aujourd'hui, il convient de rendre cohérente la vie économique et sociale avec la vie politique. »

La justice est passée à la trappe

Ce réalisme des hommes de la « concertation » provoque l'amertume des familles de disparus : « Le gouvernement, dit Amanda Gonzalez, a renoncé à son propre programme : vérité et justice. La justice passe à la trappe. Quant à l'Eglise, qui a oeuvré contre la dictature, elle parle beaucoup de réconciliation, mais pas de châtiment des coupables. Elle s'éloigne de nous, se défausse sur le pouvoir civil. »

Président de la Conférence épiscopale, Mgr Fernando Ariztia-Ruiz, évêque de Copiado, s'explique : « Durant les années de la dictature, et encore aujourd'hui, pardon, vérité et justice ont été intimement liés. Mais pour le général Pinochet et ses amis, réconciliation signifie seulement oubli. Le Chili souffre d'une blessure profonde, toujours ouverte, non cicatrisée. Je crois que le pardon ne se décrète pas par un vote : il est toujours et d'abord une grâce de Dieu. »

L'évêque insiste sur la nécessité de créer les conditions propices à l'obtention du pardon : « Elles sont de deux sortes : d'abord, une forme de reconnaissance des excès, et puis la lumière sur le sort des détenus-disparus. Il est très difficile de désigner nommément les coupables, aussi insistons-nous sur la reconnaissance de ces excès. Très difficile aussi de parvenir à une vraie réconciliation sans reconnaissance du péché personnel. N'oublions pas qu'au départ il y a eu des situations de confrontation dont tout le monde est coupable. L'Eglise souhaite donc créer un climat propice à l'autocritique à la fois des personnes et des institutions. »

Ceux qui savent se taisent

Pinochet et ses amis bafouent-ils les valeurs chrétiennes ? Mgr Aristia-Ruiz constate : « La « raison d'Etat » peut conduire à une déformation de la conscience. La doctrine de la sécurité militaire crée deux groupes : les amis et les ennemis, donc un climat de guerre. Enfin, l'orgueil débouche sur l'impossibilité de reconnaître ses fautes. »

Le cardinal archevêque de Santiago, Mgr Carlos Oviedo Cavada, nous apporte des précisions : « Pas plus qu'ailleurs, il n'y aura de totale réconciliation : celle-ci est un long processus qui doit progresser dans les coeurs. Refusons la paralysie, tournons-nous vers l'avenir : voulons-nous un Chili toujours en guerre, ou un pays de frères ? Question d'ordre éthique. Attaquons-nous aux graves problèmes de société : la pauvreté, l'éducation, la santé, l'alcoolisme. Et la corruption, ce mal social. »

Accaparé par les tourments du quotidien, le peuple, lui, ne participe guère au débat sur la réconciliation. Diagnostic des Petites Soeurs de Foucauld, voisines de la maison du P. André Jarland, tué par balles en septembre 1984 : « Les gens ne sont ni vindicatifs ni rancuniers. Ils attendent un signe pour faire le pas suivant. Mais ceux qui savent se taisent. Ceux qui devraient se libérer de leurs fautes n'arrivent pas à le faire : ils pensent qu'ils ont raison. » Julio Navarro, religieux assomptionniste, confirme : « C'est vrai, il y a blocage. Mais la réconciliation n'est pas seulement une question de pardon. L'important est d'orienter les consciences, de pouvoir aborder le problème au plan éthique, de construire une société sur des bases solides. »

Dans l'attente d'une autre image de l'armée

Au hasard des artères cabossées des quartiers déshérités de Santiago, Valparaiso ou La Calera, les réflexions se focalisent sur la personnalité du général Pinochet. Gerardo Orostika, technicien, tranche : « Il a torturé mon père. Tant qu'il sera là, il n'y a pas de réconciliation posible. » « Il doit payer », ajoute Juan Antonio Avalo, mécanicien. Tandis que son copain Gerardo Mercier précise : « Pinochet est un symbole. La réconciliation, ce n'est pas pour demain. Il faut attendre que nous ayons une autre image de l'armée.»

Un évidence pourtant : pour les Chiliens, la réconciliation ressemble à un jeu politique de haut niveau. O. d'Argouges, curé de la ville minière de Lota, note : « Le petit peuple est plutôt pour se retrouver et s'entendre. Je rencontre la veuve d'un fusillé : jamais elle ne parle avec haine. Elle est prête à pardonner. » Approbation d'une mère de cinq enfants. Avec une nuance : « Les gens ont-ils envie de la réconciliation ? Oui, surtout les femmes. Mais nous ne savons pas nous y prendre. Comme au sein de la famille, le problème, c'est la communication. »

Nécessaire parole, mais difficile parole. Consuelo Cox, psychologue, témoigne de son expérience professionnelle à Santiago : « Je sens un besoin de pardon au niveau de l'intimité. J'ai des patients des deux bords. Un militaire, faute de pouvoir s'exprimer, a sombré dans l'alcoolisme. Un autre homme, simple partisan de Pinochet, s'interroge : comment ai-je pu rester les oreilles bouchées ? »

À l'opposé, ce sont les plus atteints qui ont le plus de facilité à pardonner : parce qu'ils ont touché le fond de la douleur, ils sont plus proches de l'homme et de ses limites. Ils ne veulent pas l'oubli, mais ils ne souhaitent pas qu'une autre personne vive ce qu'ils ont vécu. »

La psychologue se montre confiante en l'avenir : «Quand une société parle de ces problèmes, c'est qu'elle reconnaît déjà leur existence et l'obligation de faire quelque chose. Dans des familles déchirées, on commence à se réunir de nouveau à l'occasion d'un mariage ou d'un enterrement. Des signes positifs... »

Augusto Pinochet, lui, se prépare à fêter ses 80 ans. Mais pas son départ en retraite...

Jean-Charles DUQUESNE

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    PHOTO AFDD
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    01 octobre, 2020

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    PHOTO MC2 PATRICK SEMALES
    Le gouvernement vénézuélien a dénoncé jeudi 1er octobre un «acte de provocation délibéré» de la part de Washington, après qu'un navire de guerre américain a pénétré dans les eaux sous sa juridiction.

    Par Le Figaro avec l'AFP

    DESSIN OSVALDO GUTIERREZ GOMEZ

    L'USS William P. Lawrence, un destroyer, a pénétré dans «la zone contiguë du Vénézuéla, à une distance de 16,1 milles nautiques (environ 30 km, ndlr) des côtes vénézuéliennes», a affirmé le gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro dans un communiqué. Caracas «dénonce le projet d'intimidation» du Southern Command (Southcom), qui dirige les opérations militaires des Etats-Unis dans les Caraïbes.

    «Acte délibéré de provocation»

    Selon le document, l'équipage a indiqué aux autorités vénézuéliennes que le navire croisait dans la zone pour mener des «patrouilles contre le narcotrafic». «Il s'agit d'un acte délibéré de provocation», de la part des Etats-Unis, dont le président Donald Trump tente à tout prix d'évincer son homologue vénézuélien. La zone contiguë, située au-delà des eaux territoriales, s'étend jusqu'à 24 milles nautiques (environ 44 km) des côtes d'un pays donné. Selon les Nations unies, chaque pays a dans sa zone contiguë des prérogatives en matière douanière, fiscale ou migratoire.

    Le Vénézuéla dénonce régulièrement la présence de navires militaires américaines dans ses eaux. En juillet, il avait ainsi évoqué un «acte de provocation» lorsque l'USS Pinckney, un destroyer, avait pénétré «de manière furtive» dans sa zone contiguë. Les États-Unis considèrent que la présence au pouvoir de Nicolas Maduro est illégitime et appellent à son renversement. Washington et près de soixante autres capitales [des pays laquais des États-Unis] reconnaissent comme président par intérim du Vénézuéla le chef de file de l'opposition, Juan Guaido.

    Le successeur de Hugo Chavez et plusieurs de ses collaborateurs sont sous le coup d'inculpations de la justice américaine pour «narco-terrorisme». Washington offre une prime pouvant atteindre 15 millions de dollars pour toute information qui permettrait de l'arrêter.

    AU BOUT DE LA RÉVOLTE, LE RÊVE D’UN NOUVEAU CHILI

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    PHOTO JAVIER TORRES
    Les Chiliens doivent se prononcer, le 25 octobre 2020, sur le maintien ou l’abandon de la Constitution de 1980, un legs de la dictature. Pour reprendre la main après le soulèvement populaire, la droite manœuvre, cherche à brouiller les cartes et parie sur l’abstention.

    par Rosa Moussaoui

    DESSIN ALEN LAUZAN

    «No son 30 pesos, son 30 años ! » Ce n’est pas l’affaire de 30 pesos pesos – l’augmentation du prix du ticket de métro, l’étincelle qui avait mis le feu aux poudres – mais l’affaire de trente ans. Ce cri de la jeunesse chilienne disait à lui seul, voilà un an, toute la profondeur politique du soulèvement populaire qui devait se prolonger de longs mois, jusqu’au confinement imposé, en mars, par la pandémie de Covid-19. En cause : trente ans d’une transition qui s’est accommodée de l’héritage institutionnel de la dictature d’Augusto Pinochet et qui a perpétué le modèle économique néolibéral usiné dans le macabre laboratoire chilien, après le coup d’État fatal au président socialiste Salvador Allende, le 11 septembre 1974.

    Césure historique que ce surgissement politique : le peuple chilien affirmait, colère et joie mêlées, sa volonté d’être entendu, pris en compte et, entre assemblées de quartier et occupation de l’espace public, sa volonté de participer aux choix politiques. Jusque-là, sa mise au ban, depuis le « retour à la démocratie » en 1990, n’avait produit que désastre social : pauvreté endémique, système de santé publique délabré, éducation à deux vitesses, règne des fonds de pension.

    Dans l’élan d’octobre confluèrent tous les mouvements qui se sont levés, ces dernières décennies, pour contester un ordre injuste portant encore les gènes des politiques autoritaires et antisociales de la dictature : les luttes pour des retraites par répartition, le combat féministe, les manifestations étudiantes, le mouvement des Mapuches contre la spoliation de leurs terres ancestrales.

    État d’urgence sanitaire et couvre-feu, la colère populaire confinée

    La réponse de la droite au pouvoir à ces demandes sociales : un invraisemblable ­déchaînement de violence qui a fait 26 morts et 11 564 blessés. Dans les commissariats, l’ombre de la torture, des viols, des traitements inhumains et dégradants témoignait de cet étau autoritaire qui perdure et marque encore les chairs. Les sévices et les balles éborgneuses n’eurent pas raison de la révolte. Mais la pandémie vint mettre un coup d’arrêt à cette irruption populaire. État d’urgence sanitaire, couvre-feu, emplois précaires détruits : le gouvernement s’est employé à confiner la révolte, laissant les plus déshérités, qui vivent et travaillent au jour le jour, à leur désarroi, dans un pays secoué par les spasmes de ­véritables émeutes de la faim.

    La colère ne s’est pas éteinte pour autant et dans cette crise, le mouvement populaire a ouvert une brèche, en imposant l’idée d’un changement de Constitution. Le 15 novembre 2019, les forces politiques s’accordaient a minima sur le calendrier d’un processus constituant. Toujours en vigueur, la Constitution de 1980, héritée de la dictature, fait de la « libre initiative économique » le soubassement de l’organisation sociale et politique. Bien qu’amendée depuis la chute de Pinochet, elle apparaît comme un verrou, une entrave aux changements auxquels aspire le peuple chilien.

    Le 25 octobre prochain, les électeurs devront décider de son maintien ou de son abandon. Ils doivent encore se prononcer sur la nature de l’organe qui serait chargé d’élaborer une nouvelle charte fondamentale : soit un Congrès mixte composé à parts égales de membres élus à cette fin et de parlementaires en exercice (option défendue par la coalition gouvernementale), soit une assemblée constituante intégralement composée de membres élus pour l’occasion (idée soutenue par l’opposition). Si cette dernière configuration devait être retenue, cet organe serait paritaire, une victoire pour les féministes, qui ont marqué de leur empreinte le mouvement populaire. Après un premier report et à quelques semaines de la consultation, rien n’est joué ; l’élite au pouvoir cherche même à se saisir de cette échéance pour reprendre la main. Dans un contexte de crise sanitaire peu propice au débat ­démocratique, la droite manœuvre, cherche à brouiller les cartes et parie sur l’abstention.

    Une faille s’est creusée dans l’ordre établi

    Piñera, qui a élargi cet été le gouvernement à des nostalgiques de la dictature, ne recule devant aucune manigance : tentative d’instaurer un quorum en deçà duquel le scrutin ne serait pas valide, refus du vote par procuration, tractations obscures sur les dépenses de campagne, confusion sur le protocole sanitaire accompagnant le scrutin, etc. La militante féministe et écologiste Lucia Sepulveda craint même que cette séquence politique n’offre une « bouée de sauvetage » au président et à son camp, « en établissant le référendum comme la seule réponse aux demandes de changements de fond » exprimées dans la rue, alors que le processus est entravé par « des mécanismes qui usurpent le pouvoir constituant ». « Le pire, c’est que l’état d’urgence est maintenu avec un couvre-feu et du personnel militaire dans les rues et une forte répression de toute manifestation pour l’approbation d’un changement de Constitution », insiste-t-elle. Sur ce terrain miné, si le oui à une nouvelle Constitution devait l’emporter, la bataille ne ferait que commencer. Avec, du côté du peuple, l’acquis de politisation d’un mouvement qui a bouleversé les consciences. « Le mouvement populaire a changé le cours de l’histoire récente du Chili. Les mouvements sociaux ont pris entre leurs mains l’intérêt général que l’État ne portait pas, définissant leurs aspirations au bien commun sur la base de leurs propres délibérations. Ils ont assumé un rôle qu’ils n’abandonneront pas facilement », prédit l’historien Mario Garces. Une faille s’est creusée dans l’ordre établi. Contre la dictature de l’argent et les pleins pouvoirs aux capitalistes, Alvaro Ramis, le recteur de l’Académie de l’humanisme chrétien, à Santiago, y voit l’occasion de défendre le principe d’une « Constitution de l’égalité », propre à jeter les bases d’un pays « où les riches seraient moins riches, les pauvres moins pauvres, et où nous serions tous moins vulnérables à l’insécurité et à la contingence. Où chacun pourrait construire, sans limites et sans arbitraire, son propre projet de vie ».

    Calendrier et processus constituant

    Lors du référendum du 25 octobre, les Chiliens devront répondre à deux questions : « Voulez-vous une nouvelle Constitution ? » et « Quel type d’organisme devrait rédiger la nouvelle Constitution ? » avec, pour cette dernière, deux alternatives : une convention mixte (composée à parts égales de membres élus et de parlementaires en fonction) ou une convention constitutionnelle (composée exclusivement de représentants élus pour l’occasion). Si les électeurs approuvent l’option d’une nouvelle Constitution, l’élection des membres de la Convention interviendrait le 11 avril 2021. Ils auraient alors 9 à 12 mois pour rédiger une nouvelle charte fondamentale, qui devrait être approuvée par les deux tiers des membres de la Convention, avant d’être soumise à un nouveau référendum.