08 août, 2022

ISRAËL-PALESTINE : ENVERS ET CONTRE TOUT, LA PERSISTANCE DE LA PALESTINE

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PHOTO JAAFAR ASHTIYEH

Si la Palestine semble avoir disparu de l’ordre du jour diplomatique occidental et arabe, elle demeure ancrée dans la réalité régionale et dans la mémoire des peuples. On ne peut pas si facilement éradiquer l’aspiration à l’émancipation.

par HICHAM ALAOUI

RÉFÉRENDUM 
4S 2022« J'APPROUVE »

La visite du président américain Joe Biden au Proche-Orient en juillet 2022 n’a en rien changé la stratégie américaine dans la région. Celle-ci visait essentiellement à réduire les prix de l’énergie par suite de la guerre en Ukraine qui menace l’économie mondiale. Par-delà un soutien de pure forme à la solution des deux États, Joe Biden a ignoré la question de la Palestine, laissant le peuple palestinien plus marginalisé que jamais.

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Joe Biden n’a pas remis en cause les concessions que Donald Trump avait faites à Israël. Les colonies israéliennes n’ont fait l’objet d’aucune condamnation officielle. Le consulat américain à Jérusalem-Est reste fermé, entérinant ainsi la revendication israélienne sur la ville contestée. De même que le bureau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington. Les États-Unis n’ont pas proposé de cadre pour de nouvelles négociations. Biden a certes rétabli l’aide aux Palestiniens, mais cela permettra seulement à une Autorité palestinienne (AP) corrompue et inefficace de subsister.

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Bien qu’une telle indifférence ait toujours fait partie de la politique étrangère des États-Unis dans la région, elle reflète aujourd’hui l’importance décroissante de la Palestine dans le monde arabe. La perception de la cause palestinienne depuis la dernière décennie a changé en même temps que changeait le nouvel ordre régional dans le monde arabe. Et cela, alors que l’opinion publique dans toute la région reste fortement pro-palestinienne, et que son soutien aux accords d’Abraham et à la normalisation avec Israël est pour le moins tiède. Solidarité ne rime pas systématiquement avec mobilisation.

La question de la Palestine n’a plus autant d’impact sur les politiques nationales qu’elle n’en a eu dans le passé. Les Palestiniens ont payé le prix du déclin des idéologies transnationales, que ce soit le nationalisme arabe ou l’islamisme qui stimulaient le soutien à l’autodétermination palestinienne. De plus, sur le plan économique et politique, beaucoup de pays ont traversé des conflits ou des transitions tumultueuses depuis les Printemps arabes. Les sociétés des pays arabes se concentrent désormais plus sur les enjeux économiques ou sur les luttes locales pour la dignité et la justice que sur des problèmes régionaux comme la Palestine.

Socialement, la répression et la fragmentation de nombreuses sociétés civiles ont également empêché la mobilisation de masse contre l’agression israélienne. Les manifestations pro-palestiniennes ont donc diminué en nombre et en ampleur, à l’exception peut-être de la Jordanie compte tenu de sa proximité géographique. Des événements qui auraient autrefois suscité de fortes réactions populaires, comme les récents vols de drones du Hezbollah au-dessus d’Israël, sont à peine évoqués dans les opinions publiques.

Enfin, en termes géopolitiques, la Palestine ne structure plus l’agenda régional, car celui-ci a disparu au profit d’autres recompositions. L’ancien système interarabe construit sur un consensus durable coordonné par la Ligue arabe s’est pratiquement effondré.

INCITATIONS À LA NORMALISATION

Pourtant, la nouvelle ère de normalisation incarnée par les Accords d’Abraham représente moins une convergence fortuite d’intérêts qu’une nouvelle structuration des dynamiques régionales. À chaque étape est apparue une nouvelle incitation à la normalisation.

La première impulsion pour la normalisation est venue de l’axe contre-révolutionnaire. Poussée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) pendant le Printemps arabe, la contre-révolution a cherché à vider de leur sens toutes les idéologies, celles du nationalisme et de l’islamisme arabes ainsi que du libéralisme et de l’activisme démocratique. Son objectif était de consolider les régimes autoritaires en annihilant toutes les sources de mobilisation populaire.

Par la suite, la seconde impulsion pour la normalisation résulte de la politique étrangère américaine de l’administration Trump. « L’accord du siècle » a fourni une opportunité aux alliés américains de longue date de renforcer leur stature géopolitique, et aux nouveaux alliés de gagner du terrain à Washington en mettant en avant leurs positions pro-israéliennes.

Depuis le départ de Trump, nous sommes entrés dans une troisième phase. Les États arabes se sont dégagés de leurs alliances précédentes et, devant une hégémonie américaine déclinante, poursuivent désormais leurs propres intérêts. L’élaboration d’une paix séparée avec Israël profite à chaque « normalisateur » de façon différente, et aucun de ces avantages ne découle vraiment des nobles promesses des accords d’Abraham, qui, selon ses concepteurs, devaient déclencher une vague sans précédent d’intégration économique et de prospérité dans toute la région.

Dans le Golfe, par exemple, les EAU voient en Israël un allié dans le cadre d’arrangements de sécurité mutuelle pour contrer l’Iran, qu’ils perçoivent comme une menace existentielle. Les EAU considèrent également les connexions technologiques et financières israéliennes comme étant vitales pour leur pénétration économique en Afrique. Le Maroc, pour sa part, perçoit Israël comme un partenaire utile face aux avancées de l’Algérie dans certains secteurs militaires. Les dirigeants soudanais ont « sauté dans le train » de la normalisation parce qu’elle leur a permis d’être rayés de la liste américaine des États qui soutiennent le terrorisme, leur donnant ainsi la possibilité de s’ouvrir à la coopération économique et militaire avec l’Occident.

LA FIN DES ALLIANCES PERMANENTES

La question palestinienne est donc négligée, non pas dans le cadre d’une nouvelle concertation régionale, mais parce qu’il n’y a justement plus d’ordre régional. Les alliances traditionnelles ont été remplacées par un paysage toujours changeant de conflits et de regroupements ad hoc, chaque État voyant le système régional comme un vaste buffet dans lequel il peut picorer et prendre des positions apparemment contradictoires. Il y a moins d’axes permanents que d’alliances temporaires. Ces modèles de coopération sont utilitaristes, non pas fondés sur un accord idéologique, mais plutôt sur des convergences temporaires d’intérêts qui se juxtaposent.

Par exemple, la Turquie coopère avec la Russie pour faciliter le passage des céréales à travers la mer Noire, mais elle a également accepté, après maintes sollicitations américaines, de permettre à la Finlande et à la Suède de rejoindre l’OTAN. De même, le pays participe à des rencontres trilatérales avec l’Iran et la Russie, tout en vendant des drones militaires à l’Ukraine. Le Maroc reste pro-occidental dans son orientation économique et politique, mais a choisi de ne pas condamner la Russie pour son invasion de l’Ukraine. Le nouveau « grand jeu » pour les gisements de gaz naturel de la Méditerranée orientale a également déclenché de nouveaux partenariats et tensions entre la Libye, la Turquie, Chypre, l’Égypte, Israël et la Grèce, qu’ils négocient indépendamment des pressions régionales plus larges.

Quatre États arabes du Golfe n’ont pas encore accepté la normalisation avec Israël : l’Arabie saoudite, le Koweït, Oman et le Qatar. Pour l’Arabie saoudite, sa tutelle sur les lieux saints de La Mecque et Médine bloque la normalisation. Tolérer la pression coloniale d’Israël sur la Palestine signifierait abandonner symboliquement Jérusalem, qui abrite le troisième lieu saint de l’islam, la mosquée d’Al-Aqsa. Le Qatar ne veut pas normaliser afin de garder sa position de médiateur neutre, tout en conservant son influence par le biais de son soft power. La normalisation priverait Doha de sa position privilégiée, au-dessus de la mêlée des conflits régionaux.

Alors que ces configurations géopolitiques à travers la région se multiplient et deviennent plus complexes, en Israël s’est mise en place une efficace division du travail entre l’État et les colons. L’establishment politique israélien normalise avec le plus d’États arabes possibles, érigeant ainsi « l’État juif » unique en fait accompli. Pendant ce temps, les colons font du nettoyage ethnique et continuent à occuper les terres palestiniennes. Parce que ces colons n’agissent pas selon les directives officielles de l’État, le gouvernement israélien peut démentir officiellement son soutien à leurs pratiques. La communauté internationale de son côté subventionne cet arrangement en gardant la tête de la moribonde AP juste au-dessus de la surface de l’eau. Le résultat final est un système semblable à celui de l’apartheid, dans lequel l’État et la société israélienne travaillent à catégoriser, séparer et gérer les Palestiniens comme de simples sujets.

Les régimes arabes dénoncent l’occupation et la colonisation de la Palestine, mais seulement du bout des lèvres. Ils jouent eux aussi un jeu à deux niveaux : les dirigeants recherchent tous les avantages matériels qu’ils peuvent obtenir en faisant la paix avec Israël tout en faisant davantage pression sur les éléments pro-palestiniens de leurs sociétés civiles. Cependant, cette stratégie est menacée par deux nouveaux développements.

LA QUESTION DU SACRÉ

Premièrement, la crise palestinienne a évolué pour devenir une question de droits humains et non plus de lutte de libération nationale. Elle entre dans le cadre d’une défense universelle des droits civils et du principe de dignité. Puisque la solution à deux États a été méthodiquement rendue impossible par la droite israélienne, le principal cadre de référence des Palestiniens est celui du respect de leurs droits sous la domination israélienne. Le tollé mondial suscité par le meurtre de la journaliste américano-palestinienne Shirin Abou Akleh témoigne de cette évolution. Il en va de même pour la vague de soutien international au mouvement Boycott désinvestissement sanctions (BDS) qui rend la lutte pour la Palestine très proche de la campagne anti-apartheid contre l’Afrique du Sud.

Deuxièmement, depuis les récents affrontements sur l’esplanade des Mosquées-mont du Temple, l’attention s’est reportée sur la dimension religieuse du conflit autour de Jérusalem, rappelant sa qualité de Ville sainte. Le problème de Jérusalem ne concerne pas uniquement son statut de capitale éternelle d’Israël ou de future capitale de la Palestine. Sa sacralité découle de la présence de la mosquée Al-Aqsa et du Dôme du Rocher, et renvoie à l’épisode du voyage nocturne du Prophète Mohammed mentionné dans le Coran. Cette dimension spirituelle ultrasensible, qui engage non seulement les Palestiniens, mais la communauté musulmane dans son ensemble, avait déjà été au cœur de l’échec des négociations de Camp David en 2001. Occultée ces dernières années, elle est revenue en force dernièrement avec les provocations répétées des pèlerins juifs sur ce qui ne saurait être à leurs yeux que le « mont du Temple ».

Alors que certains politiques israéliens souhaitent sécuriser Jérusalem au plus vite, d’autres prennent en compte cette dimension sacrée et préfèrent ainsi n’occuper la ville que par étapes afin de réduire la possibilité d’une révolte à motivation religieuse. Cependant, ils sont contredits par leurs partenaires les colons qui opèrent dans une logique non pas politique mais religieuse, voire messianique, et poursuivent avec zèle le rêve d’une « Grande Judée ».

Ce dédoublement du politique et de la religiosité inquiète les régimes arabes. Ils comprennent la logique stratégique à l’œuvre dans l’accaparement de terres palestiniennes par Israël, mais ne peuvent gérer ni le contre-choc spirituel entraîné par l’occupation de Jérusalem ni la transformation de la cause palestinienne en une campagne globale pour les droits civiques. Ainsi la crainte du contre-choc explique la réticence de l’Arabie saoudite à la normalisation, puisqu’elle ne peut sacrifier Jérusalem tout en prétendant défendre La Mecque et Médine au nom de la oumma mondiale.

La Palestine a sans aucun doute subi un revers dans cette nouvelle ère. Pourtant, la crise ne se dissipera pas. Les Palestiniens sont aujourd’hui dans une impasse. Mais l’histoire montre que les revendications d’émancipation persistent face à un colonialisme implacable. L’Irlande du Nord est le fruit de la colonisation anglaise de l’Irlande il y a 600 ans. Pourtant, même l’Accord du Vendredi saint n’a pas entièrement résolu les tensions religieuses et nationalistes.

De même, la cause palestinienne perdurera. L’émancipation est une aspiration humaine fondamentale, qui résistera à toutes les pressions géopolitiques et religieuses qui la contraignent aujourd’hui.

HICHAM ALAOUI

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RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
4S 2022« J'APPROUVE »


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05 août, 2022

CHILI : RÉFÉRENDUM DU 4S POUR UNE NOUVELLE CONSTITUTION / COMPTE À REBOURS

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« APRUEBO PARA TI » (J’APPROUVE POUR TOI).

 CHILI, le 4 août 2022.

Référendum du 4 septembre pour une nouvelle Constitution : J-31 jours

La Démocratie-Chrétienne entre en campagne pour l’Apruebo

Le 6 juillet dernier, la DC s’était prononcée pour l’Apruebo après un long débat interne.

Cette fois, elle fait un pas de plus, elle décide d’entrer en campagne pour l’Apruebo. Elle mènera sa propre campagne, indépendante de celle de la gauche. Son slogan sera « Apruebo para ti » (j’approuve pour toi).

par Pierre Cappanera 

Référendum du 4 septembre pour une nouvelle Constitution : J-32 jours



Les mensonges de la droite !

FAKE NEWS 

La droite fait circuler ce faux tweet (cf l’image ci-dessous) de Daniel Jadue, Maire de la commune de Recoleta et dirigeant communiste. La droite y fait dire à Daniel Jadue : « Il faut comprendre l’importance qu’implique de marquer les maisons qui sont pour l’Apruebo parce que le 5 septembre, nous commencerons une purge des fascistes du Rechazo qui n’ont pas rejoint notre processus de refondation ».

« LE MASSACRE DE LA SAINT-BARTHÉLEMY »
DE FRANÇOIS DUBOIS,MUSÉE CANTONAL
DES BEAUX-ARTS DE LAUSANNE 

Comme si, au lendemain du référendum du 4 septembre, les communistes chiliens allaient déclencher une Saint Barthélemy de ceux qui auront mal voté ! Pathétique.

#Apruebo  

TOUTE LA GAUCHE EN ORDRE DE BATAILLE

CHILI, le 2 août 2022

Référendum du 4 septembre pour une nouvelle Constitution : J-33 jours

Toute la gauche en ordre de bataille

Il en aura fallu beaucoup de discussions et de réunions ! Mais cette fois la gauche, toute la gauche, c’est-à-dire du Parti Communiste au Parti Radical en passant par le Frente Amplio et le PS, est en ordre de bataille pour que l’Apruebo l’emporte le 4 septembre. 

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
4S 2022« J'APPROUVE »

Il n’est pas facile de faire vivre une unité entre de multiples organisations. La démocratie, l’écoute, le respect, la recherche de réels compromis rendent toujours le chemin plus difficile et plus long. Mais c’est aussi le plus sûr dans la durée. L’union des formations de gauche antilibérales, connue sous le nom Apruebo Dignidad et composée principalement du Frente Amplio et du PC du Chili, s’est construite avec le temps, pas à pas, depuis l’explosion sociale d’octobre 2019. Rien ne s’est réglé en 10 jours comme par miracle. Il y a eu des difficultés et des moments de tensions, y compris dans la Convention Constituante pour rédiger la nouvelle Constitution. Mais la volonté de parvenir à des solutions communes qui ne pouvaient être basées sur l’hégémonie d’une seule formation, a toujours existé. 

Pour rajouter à la complexité des discussions, depuis décembre 2021, les partis du centre gauche de la coalition Socialismo Democrático (PS, PPD, Parti Radical, …) se sont intégrés à la majorité présidentielle. 

Maintenant la gauche va devoir rattraper le retard d’Apruebo dans les sondages. La clef du succès sera une campagne à l’ancienne, c’est-à-dire le contact direct, le porte-à-porte, partout dans tout le Chili.

#Apruebo

DEUX MILLIONS DE MAISONS POUR APRUEBO !

CHILI, le 1er août 2022

Référendum du 4 septembre pour une nouvelle Constitution : J-34 jours

Deux millions de maisons pour Apruebo ! 

C’est le mot d’ordre que lance la coordination pour que gagne la nouvelle Constitution. C’est-à-dire visiter deux millions de foyers en faisant du porte-à-porte.

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
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Karol Cariola, députée et dirigeante communiste, précise :  « Cette campagne doit être à l’ancienne. Ça signifie aller dans les rues et les maisons dans tout le pays, nous déployer dans tout le Chili, rencontrer les voisins, toutes les personnes et expliquer ce qui est en jeu. »

C'est de cette façon que fin 2021, à la présidentielle, Gabriel Boric avait récupéré son retard du premier tour (26% des voix) et triomphé au second (56%).

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26 juillet, 2022

CHILI: LES OPPOSANTS À LA NOUVELLE CONSTITUTION SE MOBILISENT

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PHOTO ESTEBAN FELIX / AP

Au Chili, la campagne pour le référendum du 4 septembre sur la nouvelle Constitution, bat son plein. 15 millions de Chiliens seront appelés aux urnes pour un vote obligatoire. Et selon des derniers sondages, le « non » à la nouvelle Constitution pourrait l’emporter. C’est d’ailleurs cette option que la coalition de droite a choisie. Tout comme un ex-président de centre-gauche qui a annoncé qu’il votera « contre ».

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
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Dans le centre de la capitale, une soixantaine de personnes se sont réunies et agitent des drapeaux chiliens. Une grande banderole a été déployée sur laquelle il est écrit : « Rechazo Popular » (rejet populaire, en français).

« Ce mouvement est pour le Chili, pour la patrie avant tout », lance un des participants au mégaphone. Un rassemblement d’extrême droite auquel Jessica a participé. Elle votera « contre » la nouvelle Constitution, car elle veut conserver celle actuellement en vigueur écrite sous la dictature du général Augusto Pinochet en 1980.

 
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« Ce n’est plus la Constitution des généraux, car beaucoup de réformes y ont été apportées et la signature de Pinochet n’est plus sur le document. Cette Constitution nous a fait grandir économiquement et c’est le général qui nous a sorti de la "merde" dans laquelle nous avait mis le président Allende. »

Jessica pense que si la nouvelle Constitution est approuvée, ce sera la porte ouverte au régime communiste : « Le communisme, c'est un cancer. Je ne veux pas que mon pays devienne comme le Venezuela ou Cuba. Je veux être libre dans mon pays!».
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Des peurs face à certains concepts de la nouvelle Constitution

À côté d’elle, Pamela fait danser son drapeau chilien dans les airs. Elle aussi rejettera la nouvelle Constitution pour plusieurs raisons, mais il y a un article en particulier qui a retenu son attention. « L’éducation sexuelle intégrale, c'est un endoctrinement des jeunes enfants et ça porte atteinte à leur sexualité. Un enfant de 5 ans n’a pas besoin d’entendre parler de sexualité. Il doit vivre sa vie normalement et librement comme n’importe quel autre enfant. »

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
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Mais la nouvelle Constitution ne détermine pas d’âge précis en ce qui concerne l’éducation sexuelle intégrale. Elle garantit simplement ce droit à toutes les personnes. Beaucoup de fausses informations comme celle-ci circulent à propos du nouveau texte comme par exemple la notion d’état « plurinational ».

Dans sa chanson, le rappeur Fos One, rejette la « plurinationalité » qui reconnaît les peuples indigènes et leur garantit des droits, mais le chanteur ne le voit pas de cette façon. « Il y aura des règles différentes entre les peuples indigènes et les autres Chiliens, pense le rappeur. Même si le pays n’est pas divisé territorialement, il y aura quand même des divisions, car les peuples indigènes auront leur propre système de justice. »
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Ces dernières semaines, plusieurs ténors de partis de centre-gauche et centre-droit ont annoncé qu’ils voteront « contre » la nouvelle Constitution. Jaime Arancibia est professeur de droit à l’université conservatrice de Los Andes : « Je pense qu’il a une validité démocratique et populaire, mais il ne remplit pas l’autre condition, selon moi très importante pour une constitution, qui est la légitimité technique du texte. L’Assemblée constituante et son côté révolutionnaire, refondateur et assez populiste, je dirais aussi, n’a pas beaucoup prêté attention à l’opinion des experts. »

Vers un nouveau processus ?

Jaime reconnaît l’importance des droits sociaux inscrits dans la nouvelle Constitution : le logement, la santé ou encore l’éducation, mais il craint que le nouveau texte ne puisse pas garantir leur financement. « Tous ces droits ne vont pas pouvoir se concrétiser car, selon moi, le système politique qui a été défini n’est pas bon et le nouveau texte ne permettra pas une croissance économique suffisante. »

Si la nouvelle Constitution est rejetée, plus de deux Chiliens sur trois seraient favorables à un nouveau processus constitutionnel pour écrire un autre texte. Le président Gabriel Boric a lui-même envisagé cette option, soulignant que le pays s’était largement prononcé en faveur d’une nouvelle Constitution il y a deux ans, enterrant ainsi le texte actuel écrit sous la dictature.

CHILI
GABRIEL BORIC 

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24 juillet, 2022

CHILI RÉFÉRENDUM DU 4 SEPTEMBRE / LE SOUTIEN FORT DE MICHELLE BACHELET

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MICHELLE BACHELET ET GABRIEL BORIC
PHOTO FUNDACIÓN CIUDADANA.

Référendum du 4 septembre pour une nouvelle Constitution : J-42 jours / Le soutien fort de Michelle Bachelet.

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par Pierre Cappanera

L’ex-présidente du Chili, Michelle Bachelet, et l’actuel président Gabriel Boric se sont longuement réunis. Michelle Bachelet lui a réaffirmé son soutien à l’Apruebo (le oui à la nouvelle constitution). Elle a déclaré à l’issue de la rencontre qu’elle lui avait dit aussi, d’une façon symbolique, qu’elle se souvenait d’une chanson de Pablo Milanés (un chanteur cubain) qui disait « elle n’est pas parfaite mais elle se rapproche le plus de ce que j’ai toujours rêvé ».

► À lire aussi : ABUS SEXUELS : AU CHILI, L’ÉGLISE CATHOLIQUE A PERDU DE SON CRÉDIT

« Je préfère une Constitution écrite démocratiquement avec des erreurs?
 à une Constitution écrite avec du sang et pleine d'horreurs
»
DESSIN JVC

Référendum du 4 septembre pour une nouvelle Constitution J-43 jours 

Et si ? 

Et si, comme le déclarent les instituts de sondages, le refus de la proposition d’une nouvelle Constitution l’emportait, que se passerait-il ? Le Président Gabriel Boric a annoncé qu’il relancerait immédiatement un nouveau processus de rédaction d’une nouvelle Constitution. Ce serait du temps de perdu, mais le Chili ne peut continuer à vivre avec la constitution de Pinochet. Sur le dessin, il est écrit "je préfère une Constitution écrite démocratiquement avec des erreurs à une Constitution écrite avec du sang et pleine d'horreurs". par Pierre Cappanera

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21 juillet, 2022

CHILI : VERS UNE CONSTITUTION D’INSPIRATION COMMUNISTE ?

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Le projet chilien de nouvelle Constitution est en rupture avec l’histoire récente du pays et les tentatives de conciliation mises en place depuis 1990. Pour le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, ce retour au communisme des années 1970 fait entrer le pays dans une zone de turbulence pour le référendum d’approbation. [Aleteia, page catholiques d’extrême droite]. 

par Jean-Baptiste Noé

DESSIN COCO

La réforme de la Constitution est l’un des sujets politiques majeurs du Chili, nombreux étant ceux qui veulent revenir sur le texte de 1990. Un processus long et compliqué a été mis en place après les très violentes émeutes de 2019. Un premier texte vient d’être présenté par le nouveau président chilien, qui doit désormais être approuvé par le peuple lors d’un référendum prévu pour le 4 septembre prochain. Les Chiliens ont donc deux mois pour débattre du texte présenté. La campagne s’annonce houleuse, d’autant que le vote sera obligatoire. Une donnée importante, sachant que l’abstention avait dépassé les 50% lors du référendum sur la création d’une assemblée constituante. 

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Près de 400 articles

Les débats politiques seront d’autant plus passionnés que le texte proposé est un retour au communisme des années 1970, ce qui va raviver les vieilles fractures raccommodées durant les trente dernières années. Alors que le Chili est entré depuis cette date dans la voie de la démocratie parlementaire, avec un bicaméralisme, un président aux pouvoirs limités et qui ne peut faire plus de deux mandats consécutifs, le projet de Constitution, qui contient 388 articles, propose notamment la fin de la Chambre haute avec l’établissement du monocaméralisme. Une bien mauvaise idée quand l’histoire politique de l’Occident a toujours démontré que ce type de régime parlementaire a toujours conduit à des fonctionnements dictatoriaux du fait de l’absence de contre-pouvoirs et donc de discussions raisonnées des textes. 

Une Constitution de près de 400 articles est impraticable dans les faits. En voulant tout régenter, prévoir, encadrer, elle annonce un blocage futur du pays et une soumission de la population à sa loi fondamentale. À titre de comparaison, l’actuelle Constitution française est composée de 89 articles, même si certains sont subdivisés. La constitution de la IIIème République, l’une des plus courtes connue par la France et celle qui dura le plus longtemps, est composée de 3 lois constitutionnelles pour un total de 34 articles. Le texte présenté au Chili est donc, dans sa forme même, éloigné de ce que doit être une Constitution. 

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Retour de la Révolution

Il est également éloigné dans le fond. Une Constitution doit veiller à rassembler les populations et à créer les conditions d’une vie commune, objectifs de bien commun d’autant plus urgent dans un pays qui connait des fractures intellectuelles et sociales majeures. Tout autre est le texte présenté qui renoue avec les passions révolutionnaires des années 1970. Nationalisation des ressources naturelles, rôle majeur donné aux syndicats sur les entreprises, extension de l’État providence dans tous les domaines de la vie privée, avec notamment la constitutionnalisation de l’avortement et de l’euthanasie, droits accordés à la nature, expropriation des terres agricoles. 

Le nouveau président Gabriel Boric s’est fait élire sur une ligne d’extrême gauche, en rupture avec le Parti socialiste chilien.

Si cette politique était mise en place et appliquée, le Chili, aujourd’hui pays le plus riche d’Amérique latine, suivrait la route du Venezuela voisin. Une route qui s’est déjà croisée en 2002, en faveur de Santiago. En 1990, le PIB par habitant du Venezuela était le double de celui du Chili (4.500 $ de parité de pouvoir d’achat-PPA). Quand le premier stagne, le second croit. Le PIB chilien par habitant est désormais de 29.000 $ de PPA, quand celui du Venezuela n’est plus comptabilisé par la Banque mondiale depuis 2011. Entre famines, pénuries de produits de base et exils, le voisin des Caraïbes a connu une décennie noire dont il est loin d’être remis. 

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Un pays violemment divisé

Le nouveau président Gabriel Boric s’est fait élire sur une ligne d’extrême gauche, en rupture avec le Parti socialiste chilien qui se partageait jusqu’à présent le pouvoir avec le parti de droite. Le texte constitutionnel proposé est conforme à sa ligne politique et à l’attente de ses électeurs. Mais il heurte violemment les convictions et les pensées de l’autre moitié de la population chilienne. Les deux mois d’hiver qui arrivent vont donc être particulièrement intenses au Chili, avec un risque non négligeable de violences et de confrontations politiques. De quoi faire ressurgir les plaies et les fractures que tous les présidents depuis 1990 ont tenté d’apaiser. De quoi rappeler aussi qu’une Constitution n’a pas pour nature de flatter un électorat, mais d’apporter la stabilité à un pays, de lui permettre de vivre sereinement sa vie politique et, in fine, d’être un moyen, et non pas une fin, pour parvenir au bien commun.