20 mai, 2022

BORIC SE HEURTE AUX REVENDICATIONS DES MAPUCHE

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PHOTO CRISTOBAL OLIVARES

Chili. L’armée a été redéployée dans la région de La Araucanía suite au soulèvement du peuple originaire. Le président de gauche souhaite avancer vers l’autonomie mais il fait face à la droite parlementaire et le patronat.

par Lina Sankari

« Protocole » DESSIN LAUZAN

Ce n’est pas vraiment un coup de tonnerre dans un ciel serein. Les tensions préexistaient à la prise de pouvoir de Gabriel Boric au Chili, mais le retrait des militaires de la région de La Araucanía (sud), permettait d’espérer. Le 16 mai, le nouveau président de gauche a ordonné le redéploiement de l’armée face au soulèvement lié aux revendications territoriales, culturelles et linguistiques des Indiens Mapuche et aux pressions des entreprises et de la droite. «  Nous n’avons jamais cru que nous vivions dans une démocratie et ce gouvernement avait un très bon discours, mais nous n’avons jamais fait confiance. Ils continuent à agir de la même façon », balaye Victor Queipul. Le lonko (le chef) de Temucuicui voit le redéploiement de l’armée comme « une déclaration de guerre ».

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Au cœur de cette situation hautement explosive, la ministre de l’Intérieur Izkia Siches a réaffirmé la volonté de déboucher sur une issue négociée et pacifique : «  Notre gouvernement ne veut pas d’affrontement, il ne veut pas la mort de civils, il ne veut pas être le gouvernement où un soldat tue un membre de la communauté (mapuche) ». Lors de sa campagne, Gabriel Boric avait effectué une visite dans la zone méridionale. Il avait vivement critiqué l’état d’exception – de nouveau en vigueur - qui marquait «l’échec politique » de son prédécesseur, le conservateur Sebastian Piñera. L’actuel chef d’État a toujours considéré légitimes les demandes de la nation mapuche, qui ont largement essaimé dans le mouvement social qui l’a porté au pouvoir. Le président souhaite ainsi avancer vers un degré accru d’autonomie « pour permettre à ce peuple d’affirmer sa propre vision du monde et de la faire vivre sur ce territoire. »

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Seulement, Gabriel Boric ne dispose pas de la majorité au parlement. L’institution, qui ne cesse de semer le chemin du président d’embuches, a refusé d’approuver le déploiement « intermédiaire » et donc limité à certains lieux stratégiques des soldats. Mais le feu qui couve dans la région de La Araucanía – et l’augmentation des incendies et sabotages – a permis à la droite de justifier sa demande de répression. « Les militaires sont préparés à ça, à faire la guerre, pas à protéger l’ordre public, c’est à ça que servent les policiers  », analyse Victor Queipul. Pour éviter de se laisser enfermer dans ce débat, le gouvernement entend poursuivre le dialogue avec les Mapuche et la politique d’achat de terres aujourd’hui aux mains de gros agriculteurs ou de sociétés forestières. Au-delà de l’accaparement, c’est du saccage des ressources dont il est question. Le dialogue entamé par l’exécutif avec l’organisation des entrepreneurs forestiers du Chili, poids lourds de l’économie nationale avec les extracteurs miniers, à la suite du blocage partiel des routes, début mai, a constitué un autre sujet de crispation pour les Mapuche. Ils voient ces sociétés comme l’avatar économique du projet colonial qui a connu une accélération sous la dictature. Augusto Pinochet s’était empressé de privatiser les biens publics, confisquant ainsi les terres récupérées grâce à la réforme agraire de Salvador Allende. L’enjeu est de taille pour Gabriel Boric.  

par Lina Sankari