26 avril, 2021

L’ÉQUATEUR PRIS AU LASSO

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INFOGRAPHIE AFP

Le Maurice Lemoine Nouveau est arrivé !
Une victoire indiscutable. Lors du second tour de l’élection présidentielle équatorienne, le 11 avril, l’ex-banquier et candidat néolibéral Guillermo Lasso l’a emporté (Creo-Parti social-chrétien, 52,36 % des suffrages) devant le progressiste Andrés Arauz (Union pour l’espérance, 47,64 %). A priori, un tel résultat peut surprendre. Au premier tour, Lasso avait été largement dominé (19,74 % des voix) par son adversaire (32,72 %) tandis que deux autres candidats dits « de gauche », Carlos « Yaku » Pérez Guartambel (Pachakutik, 19,39 %) et Xavier Hervas (Gauche démocratique, 15,98 %) arrivaient respectivement en troisième et quatrième positions. En bonne logique, un tel rapport de forces mettait le représentant des classes dominantes et des puissants groupes économiques en nette minorité.

Mais…

par Maurice Lemoine

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PHOTO L'HUMANITÉ

Battu de 32 000 voix (0,35 % des suffrages) par Lasso pour accéder au second tour, Yaku Pérez, le candidat « écologiste » représentant Pachakutik (PK), le bras politique de la Confédération des nationalités indigènes d’Équateur (CONAIE), a dénoncé une fraude, sans parvenir à la prouver si l’on en croit le Conseil national électoral (CNE) et, après un ultime recours, le Tribunal contentieux électoral (TCE). En apparent adepte de la théorie du complot, Pérez a attribué cette supposée fraude à un pacte quasi satanique entre le CNE, Lasso et… l’ancien président de gauche Rafael Correa (2007-2017), qu’il déteste au-delà du raisonnable [1]. S’estimant victimes d’un déni de démocratie, et après un appel à manifester finalement peu suivi, Pérez, la CONAIE et PK ont prôné le « vote nul idéologique » au second tour. Lequel a de fait atteint un taux exceptionnel de 16,26 % favorisant, selon nombre d’observateurs, la victoire de Lasso.

On récusera d’emblée deux assertions apparues ici ou là. « L’Équateur tourne la page du socialisme et retombe dans le giron de la droite », affirme la première [2]. La droite a en réalité repris le pouvoir en 2017 avec l’arrivée à la présidence de Lenín Moreno. Elu sur le programme de la « révolution citoyenne » chère à Correa (dont il fut le vice-président), Moreno a retourné sa veste et co-gouverné avec les conservateurs – dont Lasso – dès sa prise de fonction. Plus que d’alternance il s’agit donc de continuité.

Seconde allégation : le rejet de l’ « autoritarisme de Correa » expliquerait la défaite d’Arauz, membre de son courant politique et soutenu par lui. Absurde. Comment expliquer, dans ce cas, l’élection en 2017 de Moreno, considéré alors comme le dauphin du dit Correa et porteur de la continuité d’un projet commun ? L’ex chef de l’État serait perçu plus « autoritaire » par ses compatriotes, au terme de quatre années passées hors du pouvoir, en Belgique, où il réside, qu’immédiatement après la fin de son second mandat ? Il y a, pour expliquer la victoire de la droite, de bien plus conséquentes raisons.

Rebaptisée « correisme » par ses adversaires, la « révolution citoyenne » est arrivée aux portes du scrutin très affaiblie. Dépouillée de son parti, Alianza País, confisqué par Moreno, elle a dû affronter mille obstacles pour pouvoir participer à la consultation. Tour à tour, le Parti de la révolution citoyenne (PRC), le Mouvement révolution alfariste (MRA) puis Fuerza Compromiso Social (FCS), avec lesquels elle prétendait concourir, ont été arbitrairement proscrits par les autorités. Ce n’est qu’in extremis, qu’elle a pu se présenter sous les couleurs du Centre démocratique, un parti d’emprunt. De quoi désorienter passablement l’électeur peu au fait des péripéties de ce parcours du combattant.

Accusés de tous les maux par un Moreno aux limites de la déraison, persécutés dans le registre « law fare » par la justice, obligés pour certains à l’exil, condamnés à de lourdes peines, comme le vice-président Jorge Glas ou Correa lui-même, les dirigeants de la «révolution citoyenne » ont dû subir quatre années d’une intense stigmatisation. Quatre années au cours desquelles la corruption informationnelle – El Universo, El Comercio, El Telégrafo, Teleamazonas, Ecuavisa, etc. – a soumis les cervelles à un même message, répété à l’infini : ayant gouverné le pays de façon « dictatoriale », Correa et les siens sont par ailleurs « un nid de voleurs et de corrompus ».

On ne doit pas sous-estimer l’impact d’une telle campagne. Pour qui en douterait, on rappellera que ce genre de traitement et ses conséquences ont eu au moins un précédent récent. Comme celui de Correa en Équateur, les gouvernements brésiliens de Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2011) et Dilma Rousseff (2011-2016) ont pu commettre des erreurs de parcours, prendre des décisions contestables et contestées. Nul ne nierait pourtant que leurs années au pouvoir ont bousculé le modèle en place, pour le plus grand profit du pays et d’une majorité de sa population. Démarrée en 2014, intensifiée en 2015, l’opération « Lava Jato » lancée contre la corruption (bien réelle dans certains cas [3]) fournit le climat et le rideau de fumée propices à la « destitution » de Dilma Rousseff, présidente démocratiquement élue dont nul n’a jamais contesté la probité. Pour « maquillage de comptes publics », un crime constitutionnel inexistant, celle-ci subit en réalité en 2016 un coup d’État juridico-parlementaire.

Deuxième acte du « reality show » : accusé de corruption, l’ex-président Lula fait l’objet d’un rare acharnement judiciaire. Condamné sans preuves le 12 juillet 2017 à 9 ans et 6 mois de prison par le juge Sergio Moro, il voit sa peine portée à 12 ans et un mois, applicable après examen d’éventuels recours. Il n’en passe pas moins 580 jours en prison. Bien qu’ayant fait appel, il se voit interdire, en août 2018, de participer à la prochaine élection présidentielle – dont il est l’incontestable favori.

A moins d’un mois du premier tour du scrutin, le Parti des travailleurs (PT) doit remplacer son chef historique par Fernando Haddad, l’ancien maire de São Paulo. Depuis 2015 (et même bien avant), dans une coordination éditoriale asphyxiante, les médias dominants – O Globo (télévision et presse écrite), TV Record, O Estado do São Paulo, Folha do São Paulo, Jornal do Brasil, Veja, etc. – ont construit un récit « anti-PTiste » qui fait de ce parti et de Lula les principaux architectes du système de corruption (présente dans tous les familles politiques). En pleine campagne électorale, Haddad lui-même est accusé de blanchiment d’argent et d’association illicite par le ministère public de São Paulo. La presse se livre à des attaques personnelles d’une bassesse inouïe contre lui. Ce qui suivrait son éventuelle victoire fait l’objet de mensonges éhontés. Emprisonné, à l’isolement, le toujours populaire Lula se voit privé de parole et de la possibilité de le soutenir publiquement.

Quand, au fil du temps, les dénonciations se succèdent, toutes allant dans le même sens, elles finissent par être définitivement intériorisées. De larges couches sociales, à commencer par la classe moyenne, associent tous les partis à la gangrène, mais, plus que les autres, le grand parti de gauche, qui a exercé le pouvoir pendant treize ans. L’image véhiculée du « réveil démocratique et citoyen » de tout un peuple contre « la corruption » porte ses fruits. En ce qui le concerne, Ciro Gomes, autre candidat dit « de gauche » (Parti démocratique travailliste ; PDT) refuse à Haddad tout réel soutien. Dès lors, pour de nombreux électeurs, le candidat antisystème Jair Bolsonaro apparaît comme l’homme providentiel, avec son désir de « nettoyer le pays des élites corrompues ».


On sait ce qu’il en advint. Le néofasciste Bolsonaro sera élu le 28 octobre 2018 avec 55,13 % des voix. On apprendra bientôt que Lula, qui aurait pu empêcher son arrivée au pouvoir, a été victime d’une machination [4].

Il serait absurde de comparer Lasso à Bolsonaro (tout du moins, nous l’espérons !). En revanche, médias brésiliens et équatoriens font bien partie de la même funeste famille. Lula et Correa (condamné à huit ans de prison, empêché de se présenter à la vice-présidence) peuvent se serrer la main. Quant à Arauz, qui n’a en rien démérité, on peut sans se tromper le qualifier de « Haddad équatorien ».

De 19,74 % des voix au premier tour aux 52,26 % obtenus au second, la « remontada » de Lasso a été spectaculaire. Du (presque) jamais vu [5]. Sa campagne a été menée sous les auspices d’un gourou expérimenté et retors, Jaime Durán Barba, ex-conseiller de l’ancien maire de droite de Guayaquil Jaime Nebot, artisan de la victoire de l’argentin Mauricio Macri contre le « kirchnérisme » en 2015. En un temps record, Durán Barba a réussi la performance (car c’en est une) de transformer Lasso, ce financier ultraconservateur et membre de l’Opus Dei en un politicien subitement très critique de la gestion de Moreno et aimablement ouvert à toutes les sensibilités – des écologistes aux peuples indigènes en passant par les féministes et les minorités LGTB. De quoi séduire les jeunes urbains, qui n’ont pas connu la terrible crise de la fin des années 1990. Bref ministre de l’Economie, mais surtout président de la Banque de Guayaquil et de l’Association des banques privées, Lasso s’est alors particulièrement enrichi sur le dos des Équatoriens.

Crédité d’un excellent 15,98 % au premier tour grâce à son agilité sur les réseaux sociaux, unanimement présenté comme « social-démocrate », l’entrepreneur Xavier Hervas, de la Gauche démocratique (ID), s’est immédiatement rallié à… Lasso. Juan Mateo Zúñiga, son chef de campagne, est parti renforcer celle de l’ex-banquier. Pour expliquer cette apparente incohérence, on précisera que Hervas est en gros à « la gauche » ce que François Hollande et le secrétaire général adjoint de son cabinet (puis ministre des Finances) Emmanuel Macron étaient (et sont) au socialisme. Ce qui évitera de se perdre en commentaires superflus…

Une grande question a agité l’entre deux tours. Les Indigènes et autres électeurs (souvent jeunes) de Pachakutik suivraient-ils la consigne de l’ « écolo » Yaku Pérez appelant à rejeter tant la gauche que la droite, tant Arauz que Lasso ? Premier élément de réponse : si Arauz triomphe dans les cinq provinces côtières – Sucumbíos, Santa Elena, Los Ríos, El Oro, Manabí, Guayas (sauf le grand port de Guayaquil) et Esmeraldas –, dépourvues de caractères ethniques prononcés, il voit les dix-sept provinces centrales de la « Sierra », à forte population autochtone, lui tourner le dos [6].

 PROVINCES DE L’ÉQUATEUR 

À l’évidence convaincus par les virulentes dénonciations de fraude avancées par leur candidat Pérez, les partisans de PK et de la CONAIE ont exprimé leur solidarité et leur colère en portant le vote nul au score de 16,3 % – le double du taux atteint lors des élections présidentielles précédentes. Dans neuf provinces, la tendance a franchi le seuil des 20 % ; Cotopaxi et Bolívar, Cañar et Azuay (bastions de Yaku Pérez) approchent les 30 % et dépassent le pourcentage de voix obtenu par Arauz.

Pour autant, faut-il en déduire un simple « les Indigènes ont voté nul » ? Comme nombre de consensus, cette affirmation dissimule une réalité dérangeante : alors que, en octobre 2019, ils avaient lutté au coude à coude, dans la rue, avec les militants et sympathisants de la « révolution citoyenne » contre les mesures austéritaires du gouvernement de Moreno, les Indigènes ont aussi, pour une part très significative (plus du tiers), adoubé le candidat néolibéral Lasso (premier bénéficiaire de la supposée « fraude » dont aurait été victime leur candidat).

Un tel constat remet en cause « l’idée un peu naïve qu’il y a une organicité indigène, réagit l’analyste Eduardo Meneses, qui constate « une droitisation des régions » où ceux-ci vivent majoritairement. « Le discours sur l’entrepreneuriat y a une résonnance chez les 60 % de travailleurs informels », sur le thème « vous avez votre destin entre vos mains [7].  »

Président du Mouvement indigène et paysan de Cotopaxi (MICC), particulièrement en pointe lors du soulèvement d’octobre 2019, Leonidas Iza ne cache pas avoir voté nul, malgré sa détestation de Lasso, pour respecter la décision collective de la CONAIE et de Pachakutik – le fameux « commander en obéissant ». « En matière économique, nous [le mouvement indigène] n’avons plus l’homogénéité que nous avions en 1990, explique-t-il néanmoins [8]. Nous étions tous agriculteurs, nous étions tous pauvres. Maintenant (…) nous avons un secteur qui soutient le système financier des coopératives d’épargne et de crédit, il y a un secteur lié au commerce, un autre à l’industrie, un autre au travail. Il y a un phénomène migratoire, le départ des campagnes, principalement des jeunes, en ce moment. Cette main-d’œuvre se trouve maintenant dans les secteurs populaires des grandes villes. (…) En ce sens, je crois qu’il y a un secteur bien loti en termes économiques et qui, idéologiquement, a parié sur le candidat de la droite. En raison de leur rejet du correisme, d’autres secteurs ont dû opter pour Lasso [9]. » Au terme du scrutin, derrière une formulation sibylline, l’un des premiers tweets de Yaku Pérez donne le ton : « Pachakutik et le vote nul enterrent le correisme »… « Quoi qu’il en coûte », l’ennemi qu’il fallait battre est clairement désigné.

CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER DU YANACONA
CARLOS PÉREZ GUARTAMBEL 

Avec ses cantiques, ses exorcismes, sa « théologie de la prospérité » et son discours décomplexé sur l’argent, la croissante influence des groupes évangéliques n’est pas pour rien non plus dans cette conversion de pans entiers des milieux indigènes et populaires.

Plombé par une dette publique supérieure à 63 milliards de dollars (63 % du PIB), l’Équateur a enregistré en 2020 une chute de 7,8 % de ce même PIB. Pour aider le pays fragilisé par la pandémie de Covid et le plongeon des prix du pétrole, le Fonds monétaire international (FMI) lui a accordé le 30 septembre 2020 un programme d’aide d’environ 6,5 milliards de dollars sur vingt-sept mois. Il se tient donc en embuscade pour imposer ses vues quant aux modalités et stratégies de remboursement (à commencer par une réforme fiscale et une augmentation de la TVA).

Lasso a promis de ne pas alourdir les impôts, d’attirer davantage d’investissements étrangers, de créer deux millions d’emplois et de faire progresser le salaire minimum mensuel de 400 à 500 dollars (tout en annonçant une loi sur « les opportunités de travail » permettant à ceux qui rejoignent la population active de recevoir… 120 dollars par mois). L’avenir dira s’il a tenu ses promesses de campagne. Y compris celles qui peuvent fâcher : baisse de l’impôt sur les sociétés et les sorties de capitaux, plus grande liberté accordée aux banques, consolidation de la politique de libéralisation des échanges par une adhésion à l’Alliance du Pacifique – fondée en avril 2011 par les droites au pouvoir au Chili, au Pérou, en Colombie et au Mexique pour se démarquer du Marché commun du sud (Mercosur) et de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), pas assez néolibéraux à leurs yeux.

Toutefois, un constat s’impose : pour mettre en œuvre sa politique, le nouveau président n’a pas de majorité au Parlement (Arauz n’en aurait pas eu non plus).


Créer des opportunités (CREO), le parti de Lasso, ne dispose que de 12 députés sur… 137. Le Parti social chrétien (PSC), son allié, en a fait élire 19. A eux deux, ils en totalisent 31. La Gauche démocratique en aligne 16. Malgré les ambitions de Yaku Pérez – « La défaite du corréisme est la parturiente de la nouvelle gauche, de cette gauche qui représente le rêve des jeunes, des écologistes, des gens honnêtes, des gens qui rêvent de rêves et de libertés [10]  » – l’Union pour l’espérance (Unes) d’Arauz (et Correa) demeure la principale force progressiste. Avec ses 49 représentants, elle s’impose même comme le premier parti équatorien. Nonobstant son incontestable percée, Pachakutik n’a pu en faire élire que 27. Et s’il est vrai qu’on attribue à ce parti la paternité de l’historique 16,26 % de bulletins nuls, le « correisme », fort de 47,64 % des voix, le domine somme toute largement.

Quoi qu’il en soit, le binôme CREO-PSC de Lasso devra trouver des alliés. L’UNES d’Arauz a affirmé qu’elle exercera une opposition « constructive » et ne fera rien pour provoquer l’« ingouvernabilité ». Nul n’y a oublié la période qui a précédé l’arrivée au pouvoir de Correa : sept présidents en dix ans. L’UNES a toutefois précisé qu’elle s’opposerait « à tout ce qu’elle considérera n’être pas au bénéfice des citoyens ». Il y a peu de chance que, poursuivant des objectifs radicalement opposés, ces deux courants politiques se retrouvent autour de desseins communs. C’est donc du côté de la Gauche démocratique (GD) et de Pachakutik que Lasso devra se tourner. Fortes de leurs 45 représentants, ces deux mouvances ont d’emblée entamé un rapprochement pour mener à bien leur priorité absolue : empêcher à tout prix Pierina Correa, sœur de l’ex-président et députée élue (avec le plus grand nombre de voix), de présider au nom de l’UNES l’Assemblée nationale.

Le 22 avril, les deux formations ont souscrit un accord intitulé « Minka pour la justice sociale et la liberté » comportant une sorte de programme en matière d’économie, d’emploi et de production, d’éducation et de santé, d’écologie et de droits humains, d’éthique et de transparence. Il a été convenu que PK présentera un candidat au perchoir de l’Assemblée, GD postulant en échange l’une des deux vice-présidences et quatre commissions permanentes. De son côté, Yaku Pérez a précisé sa position vis-à-vis du nouvel exécutif : « Je suis ouvert aux dialogues, tout à la lumière du jour. Aucun marchandage ou postes bureaucratiques. Je n’accepterai aucun ministère, aucune position bureaucratique [11]. » Arauz n’a pas eu besoin de faire ce genre de mise au point, personne n’ayant envisagé une seule seconde une telle éventualité.

Mais ensuite ? Comment le nouveau président pourrait-il compter sur l’appui des députés de PK, héritiers pour certains du mouvement d’octobre 2019 et surveillés de très près par leur base sociale ? «J’exige du gouvernement national plus de leadership sur les forces de sécurité afin qu’elles agissent avec fermeté », déclarait Lasso, au plus fort des manifestations, alors que la répression faisait onze morts et 1 140 blessés. Quels points communs entre le vague réformisme de la Gauche démocratique et le radicalisme de certaines bases de PK ? Pour le vainqueur, Lasso, un spectre se profile : celui de l’instabilité. Et nul ne sortira intact du résultat contre-nature de cette élection 2021.

Paradoxalement, alors que tout un chacun a salué leur performance, la CONAIE et Pachakutik risquent d’émerger très affaiblis de la séquence. Qu’ils le veuillent ou non, par action ou par omission, ils ont contribué à la victoire de la droite. Situation aussi fâcheuse, quand l’écume du moment sera retombée et que le néolibéralisme avancera ses pions, que celle qu’ils ont connue dans les années 2000 lorsque certains de leurs leaders ont accompagné l’ex-colonel Lucio Gutiérrez [12], passé de la gauche (supposée) à la droite (réelle) en un tournemain. Pendant longtemps, cette collaboration leur a collé aux basques et coûté très cher en termes de crédibilité. La leçon, semble-t-il, n’a pas été retenue.

La mouvance indigène était déjà très divisée aux portes de l’élection présidentielle. Méprisant la règle depuis longtemps établie, Pachakutik a fait de Yaku Pérez son candidat sans consulter les bases de la CONAIE. Un coup de force très mal vécu par deux autres postulants, dirigeants « de choc » lors du mouvement social de 2019, Jaime Vargas et Leonidas Iza. En fin de mandat à la tête de la CONAIE, Vargas, transgressant à son tour les règles et la consigne de « vote nul », a appelé à élire Arauz. Iza, tout en respectant la décision collective, a clairement exprimé par tweet son humeur du moment : « L’Équateur aura un gouvernement de droite néolibéral de caractère fasciste #Lasso. Le correisme a perdu mais pas la gauche qui continue à se battre que ce soit clair ! » Toujours en recherche de boucs émissaires, Yaku Pérez poursuit les deux hommes de sa vindicte : « S’il n’y avait pas eu la trahison du correiste Vargas et du naïf Iza, à l’heure actuelle, le mouvement indigène et une majorité d’Équatoriens célébreraient très probablement le fait que, pour la première fois dans l’histoire de l’Équateur, un candidat d’origine indigène et populaire est devenu président, avec les conséquences que cela implique [13].  »

Du 1er au 3 mai, aura lieu le Congrès national de la CONAIE rassemblant entre 2000 et 2500 délégués dans la province de Cotopaxi (si les mesures sanitaires imposées par la pandémie n’obligent pas à le déplacer ou à le repousser). Pour remplacer Jaime Vargas a la tête du mouvement, Leonidas Iza, soutenu par le MICC, avait déjà fait acte de candidature quand il a déclaré : « En ce moment, l’Équateur est polarisé entre correisme et anti-correisme. Je crois donc qu’il est absolument nécessaire de dépasser ce clivage car, avec cette bipolarité, seule la droite récolte. Par exemple, les organisations indigènes qui déclarent n’être ni de gauche ni de droite, mais anti-correistes, finissent par pactiser avec la droite [14].  » Au même moment ou presque, dans un courrier à Marlon Santi, coordinateur national de Pachakutik, Yaku Pérez estimait qu’une « purge » est « impérative » au sein du mouvement [15]. Quelle que soit l’issue de ce Congrès, la CONAIE n’en sortira pas indemne. Il y aura eu affrontement. Jusqu’à la fracture, la fragmentation ?

Les médias, pour l’heure, observent une neutralité de bon aloi devant ces affrontements fratricides qui, finalement, font l’affaire des secteurs dominants. Sans doute se réveilleront-ils si le courant d’Iza l’emporte – plus redoutable dans d’éventuelles mobilisations contre la politique de Lasso. En revanche, ces mêmes canaux d’ « information » ont clairement fait un constat : le « correisme », comme ils l’appellent, est toujours vivant. Première force politique au niveau national. Unie. Cohérente. Que Lasso échoue, à la manière d’un Mauricio Macri en Argentine ou, dans d’autres circonstances, d’une Janine Añez en Bolivie, et la « révolution citoyenne » sera la mieux armée pour rassembler. Et revenir au pouvoir à la prochaine échéance. D’où la poursuite d’une campagne de haine que la nouvelle donne n’a en rien ralenti. Toute en nuances, comme il se doit. Dans El Universo (20 avril), sous le titre « Le führer », un certain Ramito Rivera écrit ainsi : « Dans l’analyse de l’arrivée du national-socialisme au pouvoir – par le biais d’élections –, de l’établissement du nazisme et du leadership fort d’Hitler, on trouve un certain nombre de similitudes et de confréries avec ce que représentent, à mon avis, certains caudillos autoritaires en Amérique latine. J’en cite trois : Daniel Ortega au Nicaragua, Nicolás Maduro au Venezuela et le caudillo équatorien résidant en Belgique, heureusement battu aux élections du 11 avril. » La grande classe, il faut l’admettre...

La victoire du conservateur qui jouit d’alliés aussi respectables a été rapidement saluée par la Maison Blanche, le FMI, le Brésil, le Chili et la Colombie. Lasso, tout en remerciant ses électeurs, a envoyé en urgence un « salut particulier » à Álvaro Uribe, le grand démocrate colombien [16]. Néanmoins, il a fait savoir que, pour sa prise de possession, le 24 mai, il invitera sans sectarisme les présidents Alberto Fernández (Argentine), Andrés Manuel López Obrador (Mexique), Daniel Ortega (Nicaragua), Miguel Díaz-Canel (Cuba). Reste à savoir si ceux-ci feront le déplacement. En effet sera également de la fête le « président autoproclamé » du Venezuela Juan Guaido.

LE FANTOCHE AUTOPROCLAMÉ ET LE LE BANQUIER 

En attendant ce jour où il passera le relais à son successeur, Lenín Moreno, fidèle à lui-même, fait tout pour lui préparer le terrain. Le 22 avril, après deux essais infructueux, il a obtenu de l’Assemblée nationale l’approbation d’une loi qui rend son autonomie à la Banque centrale d’Équateur (BCE) et lui interdit d’utiliser ses réserves pour financer des dépenses publiques. Il s’est trouvé 86 députés sur les 135 participant à la session, tous en fin de mandat, pour approuver ce début de privatisation.

Notes :

[1] Sur le premier tour, lire « Le félon, le socialiste, le banquier et… » – https://www.medelu.org/Le-felon-le-socialiste-le-banquier-et

[2] https://www.rfi.fr/fr/podcasts/journal-d-ha%C3%AFti-et-des-am%C3%A9riques/20210412-%C3%A9quateur-ce-n-est-pas-une-victoire-de-la-droite

[3] À commencer par le scandale du « mensalão », qui a concerné le versement par le PT de pots-de-vin mensuels à des députés pour obtenir leur soutien.

[4] En mars 2021, Edson Fachin, juge au Tribunal suprême fédéral, a annulé les condamnations visant Lula, estimant que le tribunal de Curitiba n’était pas compétent pour juger les quatre affaires le concernant. En attendant de nouveaux jugements devant un tribunal fédéral de Brasilia, ses droits politiques ont restaurés, rendant possible sa candidature à l’élection présidentielle de 2022.

[5] Seul antécédent notable, la victoire du social-chrétien León Febres Cordero, largement battu au premier tour par le social-démocrate Rodrigo Borja en 1984.

[6] L’Équateur est divisé en 24 provinces, subdivisées en cantons, eux-mêmes subdivisés en paroisses.

[7] Voir « Analyse électorale du Pérou et de l’Équateur : un regard croisé » sur le site Les 2 Rives – https://www.les2rives.info/analyse_electorale_perou_equateur

[8] La Conaie est née en 1986. En 1990 (puis 1994) elle a mené deux très importants soulèvements, qui en ont fait un acteur majeur dans la vie du pays.

[9] https://www.nodal.am/2021/04/ecuador-leonidas-iza-dirigente-de-la-conaie-con-la-bipolaridad-correismo-anti-correismo-solo-cosecha-la-derecha/

[10] NTN24, Bogotá, 14 avril 2021.

[11] Ibid.

[12] « Le félon, le socialiste, le banquier et… », Ibid.

[13] https://twitter.com/yakuperezg/status/1381682535579664389

[14] https://republicadelbanano.com/2021/04/12/leonidas-iza-tras-triunfo-de-guillermo-lasso-haremos-de-las-calles-y-territorios-nuestro-campo-de-resistencia/

[15] https://www.eluniverso.com/noticias/politica/yaku-perez-es-el-momento-de-limpiar-a-pachakutik-de-aquellos-que-torpedearon-el-proceso-electoral-nota/

[16] https://bit.ly/3sltdXp

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LES CHILIENS CONTRAINTS DE PUISER DANS LEUR ÉPARGNE RETRAITE

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PHOTO PRESIDENCIA CL

La mesure controversée permet aux ménages frappés par la crise de consommer. Quitte à vider leur pension.

Par Alan Loquet

Le Congrès, à Santiago, a adopté, vendredi, une réforme autorisant les Chiliens à puiser jusqu’à 10 % de leur épargne retraite. Cette mesure est censée permettre aux habitants d’affronter la crise provoquée par la pandémie, alors que plus de 80 % du pays subit depuis un mois un confinement strict pour contenir la hausse des cas de Covid-19.

Si la loi est promulguée, il s’agira de la troisième initiative de ce type en neuf mois. La semaine dernière, le gouvernement du président Sebastian Pinera - droite libérale - avait annoncé son intention de bloquer le texte en déposant un recours devant le Tribunal constitutionnel, qui rendra sa décision dans les jours à venir.

La prise de position du chef de l’État a provoqué de nombreuses manifestations, parfois ponctuées de heurts avec les forces de l’ordre. Selon un récent sondage, 80 % de la population serait en faveur de cette mesure autorisant un retrait d’un minimum de 1 million de pesos (1160 euros), plafonné à 4,3 millions de pesos (5000 euros). Face à la pression de la rue et abandonné par une large partie de sa coalition, le gouvernement a reculé, samedi, indiquant travailler à un nouveau projet de loi similaire à celui adopté par le Congrès.

«Donner la possibilité de puiser dans son épargne retraite privée est une très mauvaise politique publique, estime Andrea Repetto, chercheuse en économie à l’université Adolfo-Ibañez, à Santiago, et membre du centre d’études indépendant Espacio Publico. Mais les aides mises en place par le président Pinera depuis le début de la pandémie sont non seulement insuffisantes, mais elles interviennent aussi trop tard.»

Un système hérité de Pinochet

Selon les projections officielles, un troisième retrait anticipé laisserait jusqu’à 5 millions de Chiliens - sur 11 millions d’affiliés - sans un seul peso dans leur caisse de retraite. Pilier de l’économie nationale, le système de capitalisation privée oblige les travailleurs à verser 10 % de leur salaire sur un compte géré par les AFP, des organismes privés très lucratifs chargés de les valoriser sur les marchés financiers. Le modèle actuel a été élaboré en pleine dictature de Pinochet (1973-1990), par José Piñera, le frère de l’actuel locataire du palais de La Moneda.

«Le système de retraite a échoué, tranche Marco Kremerman, économiste au think-tank Fundacion Sol. Si l’on regarde les actifs sur le point de partir à la retraite et ayant cotisé toute leur vie avec le système actuel, 77 % des hommes et 91 % des femmes auront des pensions inférieures à 200.000 pesos (232 euros) et la moitié d’entre elles se situeront sous le seuil de pauvreté (180 euros)», très loin du salaire minimum (375 euros). Selon le chercheur, les liquidités des deux premiers retraits ont toutefois stimulé la consommation et permis de limiter la contraction du PIB à 5,8 %, contre 7,6 % prévus. «Les 35 milliards de dollars retirés ont réduit le nombre de personnes vivant à crédit, dans un pays où 80 % des ménages sont endettés», ajoute-t-il.

À l’approche de plusieurs élections clés, dont la présidentielle de novembre, difficile d’imaginer une réforme structurelle du système de retraite. «Le statu quo ne répond pas au mal-être de la population et la surenchère populiste non plus», souligne Ricardo Ffrench-Davis, économiste à l’université du Chili. Un projet de loi est en discussion depuis plus d’un an au Sénat, qui prévoit des hausses de cotisation jusqu’à 16 % avec une participation de l’employeur, détaille l’universitaire, qui estime que «ce ne sera pas suffisant pour donner des pensions dignes à la majorité des Chiliens».

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« SANS PEUR, CHANGEONS LE CHILI »
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PHOTO CYRIL ZANNETTACCI / LIBÉRATION

Reportage. la pandémie de Covid-19 en France dossier

Depuis samedi, les règles d’entrée en France ont été durcies pour les voyageurs venant de pays durement touchés par certains variants du coronavirus. «Libération» a suivi des passagers et les équipes de police chargées de les contrôler

par Miren Garaicoechea

«trois tests en trois jours… Et c’était le moins désagréable de tous !» Après 14 heures de vol, Iris*, 15 ans, et sa famille, viennent de rentrer en France, après plusieurs années d’expatriation à Santiago, au Chili. Au terminal 2E de l’aéroport francilien Roissy Charles-de-Gaulle, il est 8 heures ce samedi matin. Les bagages attendront : la famille vient d’être dépistée au coronavirus, et attend les résultats.

Depuis samedi, les règles d’entrée en France se sont durcies pour les passagers venant de pays où certains variants inquiétants du Covid-19 circulent fortement. Voyageurs du Brésil, de Guyane Française, d’Argentine, du Chili, d’Afrique du Sud et d’Inde doivent désormais tous passer un test antigénique en arrivant à l’aéroport. Celui-ci s’ajoute au dépistage nécessaire pour monter dans l’avion : soit un PCR négatif de moins de 36 heures, soit une combinaison d’un test PCR de moins de 72 heures et d’un test antigénique de moins de 24 heures. Passée l’épreuve de l’ultime test et son résultat à Paris, les voyageurs reçoivent un arrêté préfectoral les obligeant à respecter un isolement de dix jours à domicile. En cas de violation, l’amende s’élève à 1 000€.

Négatif au départ, positif à l’arrivée

À l’arrivée, après avoir renseigné grâce à un QR Code leur adresse de quarantaine, téléphone et mail, la famille du Lot présente son justificatif de domicile (qui peut aussi être une réservation d’hôtel) aux membres de la protection civile, en charge de l’opération avec le concours de la police aux frontières. «Mouchez-vous Madame.» Elise*, combi bleu, charlotte, lunettes de protection et gants les attend dans un des neuf box individuels pour le prélèvement nasal. Ce matin, les passagers de deux vols chilien et indien se mêlent dans l’espace d’attente des résultats, certains bardés d’une visière en plus de leur masque. «C’est normal qu’on nous dépiste», entend-on en trois langues. Isana*, Indienne de 8 ans, crâne joyeusement : seuls les moins de onze ans échappent à l’écouvillon, mais elle a déjà donné en Inde. «Ils y sont allés fort, dans mon nez et ma gorge !»

Elena*, 24 ans, n’y a pas échappé. «C’est long tout ça», souffle-t-elle. La Franco-chilienne, en visite chez sa famille depuis trois mois, a vécu un «ascenseur émotionnel». Depuis l’annonce d’un durcissement des règles, elle a appelé Air France et l’ambassade un jour sur deux. «Je ne comprenais pas s’il fallait un test PCR ou antigénique, de moins de 36 ou 72 heures…» Elle s’est retrouvée coincée, refusée d’accès à l’embarquement au Chili. «La règle avait changé, mon test n’était plus valable pour eux.»

En 1h30, Elena prend un taxi avec un couple de Français, s’arrête sur un parking de zone industrielle proche de l’aéroport de Santiago, où la voiture d’un médecin privé l’attend pour faire un test. «100 balles en tout», lâche, amère, l’étudiante. A Paris, finies les sueurs froides. Après 30 minutes d’attente, Elena* repart, son résultat de test négatif et son arrêté préfectoral de mise en quarantaine sous le bras. La copie de ce dernier sera envoyée à la préfecture de son adresse de quarantaine pour un éventuel contrôle, ainsi qu’à l’Assurance maladie.

Depuis août dernier, une cinquantaine de membres de la Protection civile accueillent les voyageurs à l’aéroport pour les tester. Louis-Clément Kraimps, chef de projet adjoint du centre de dépistage Roissy : «Notre association bénévole a dû salarier une soixantaine de personnes pour assurer cette mission. On a une expertise opérationnelle qui sert pour ce genre de dépistage de masse.» Sous une tente, Oli*, ancien légionnaire de 53 ans bénévole, tique en saisissant les résultats d’un passager : «Quelqu’un est positif ! On en a en moyenne un par jour, alors que la personne était négative moins de 36 heures avant… ça montre bien l’utilité de ces tests.»

Ce samedi, c’est tombé sur Maurice*, 51 ans. Le Bordelais revenait de vacances dans sa famille à Chennai, en Inde. Testé vers 9 heures, il a été isolé dès son résultat positif dévoilé. «On m’a donné un masque FFP2 et on m’a isolé dans un espace. J’ai attendu jusqu’à 17 heures, on m’a même offert un repas.» Maurice* n’était pas seul : une dizaine de passagers l’auraient rejoint dans la journée. Une fois libéré, son train raté, Maurice* a dû dormir dans un hôtel près de l’aéroport, avant de rentrer à Bordeaux dimanche. En effet, même si un passager est positif, il doit rentrer chez lui, et donc prendre les transports. Une prise en charge de l’isolement à proximité de Roissy «n’est actuellement pas à l’étude» selon le gouvernement. C’est un lourd fardeau financier pour Maurice*, manutentionnaire dans un supermarché aux revenus modestes, qui a dû débourser 180€ pour la nuit d’hôtel et le nouveau billet train. «C’est comme ça», lance-t-il, résigné.

«On a un peu été traités comme du bétail… Et il y avait tellement de monde, que si on n’était pas positif en partant, on l’était en arrivant !» —  Lisa, étudiante parisienne en quarantaine, de retour du Brésil

Dimanche après-midi, Alexandre Hervy, commissaire adjoint du XVIe arrondissement parisien, et le policier qui le seconde, montent en voiture. Il leur reste à réaliser deux des cinq contrôles de la journée dans l’arrondissement, auprès de deux passagères arrivées quelques heures plus tôt du Brésil. Pour retrouver Marie*, qui dort quand ils l’appellent, il leur faut passer une porte cochère grâce à un livreur de passage. Toquer patiemment aux cinq appartements de l’immeuble, sans succès, avant de trouver son logement au fond de la cour de briques rouges, grâce à l’aide de la gardienne. «On se renseigne auprès des voisins si on peut, et on attend dix minutes pour voir si la personne rappelle», indique Alexandre Hervy. Seul un numéro de rue est indiqué sur le formulaire, sans digicode ni étage. Les policiers devront s’en contenter, et caler ces contrôles quand ils le peuvent, entre deux missions. Le but : «Contrôler la personne assez tôt dans les dix jours de quarantaine, puis la recontrôler éventuellement plus tard, à la moitié ou fin de parcours.»

«Je ne prends pas ça à la légère»

Contrôler Lisa*, étudiante de 23 ans de retour de Belo Horizonte au Brésil, a été plus simple. Sa mère répond au téléphone puis à la porte. Une fois réveillée, Lisa* s’avoue surprise d’être contrôlée «aussi tôt, à peine débarquée», après cinq heures d’attente des résultats du test le matin même – un embouteillage accru par la visite du Premier ministre, Jean Castex, dimanche matin à Roissy. «On a un peu été traités comme du bétail… Et il y avait tellement de monde, que si on n’était pas positif en partant, on l’était en arrivant !», estime-t-elle. Pour ce contrôle, Lisa* pensait que les policiers iraient jusqu’à toquer à sa porte de chambre, pour vérifier qu’elle est isolée dans l’appartement. «On n’a pas à entrer chez les gens», rassure le commissaire adjoint.

L’étudiante compte respecter l’isolement, sans même profiter des deux heures de relaxe autorisées, de 10 heures à midi, pour faire des courses de premières nécessité dans un rayon d’un kilomètre. «J’ai un Covid long depuis six mois. Je l’ai attrapé en pleine quarantaine, alors que j’étais sortie une seule fois faire les courses. Depuis, le dissolvant et le chocolat ont la même odeur nauséabonde, et j’ai des pertes de mémoire. Donc je ne prends pas ça à la légère», confie-t-elle.

Isolée sur la côte nantaise avec son conjoint, Antonia*, 63 ans, croisée à Roissy samedi, se dit «très ennuyée» par cette histoire de contrôle. Elle a découvert les nouvelles modalités de la quarantaine entre deux vols de retour de Pondichéry, en Inde, où elle s’était rendue pour «un traitement médical indisponible en France». Malgré les règles dictées par l’arrêté, elle va tout de même voir lundi son cardiologue à deux heures de route de chez elle. «C’est une urgence vitale. J’ai un cancer du sein et ce rendez-vous me permettra de savoir si on peut enfin m’opérer. Alors tant pis, je laisserai un mot sur la porte pour le policier.» Qu’Antonia soit rassurée : «Ce qui prévaut, c’est du bon sens, assure-t-on au gouvernement. Elle ne sera pas verbalisée si elle va à un rendez-vous médical important.»

*Les prénoms ont été modifiés.

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LE FANTÔME DU COUP D´ÉTAT SURGIT AU PÉROU FACE À L’AVANCE DE CASTILLO

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« LE BISOU »
DESSIN MECHAIN DOROTEO

Lima, 26 avril 2021. Le fantôme du coup d’État face à la forte probabilité de victoire du candidat de gauche Pedro Castillo, a surgi ce week-end au Pérou par la voix de l’écrivain Mario Vargas Llosa, dans le cadre d’une offensive médiatique anticommuniste. 

Prensa Latina  

 ILLUSTRATION PATRICK BREMER

Le romancier de droite a abordé le sujet dans une interview à la radio lors de laquelle il a prêché en faveur de la candidate néolibérale Keiko Fujimori, à qui il avait opposé son veto pour la considérer antidémocratique lors de précédents processus électoraux et qui, le 6 juin prochain, disputera la présidence devant Castillo lors du second tour.

Presque avec exaspération, l’écrivain a répété sa litanie anticommuniste et a lancé un augure qui, pour beaucoup, a sonné comme une menace : 'Si Castillo gagne le second tour et établit un modèle cubain ou vénézuélien, on ne peut exclure qu’il y ait un coup d'État militaire'.

Il a soutenu que l’armée péruvienne est divisée entre la droite et la gauche et que cette dernière serait 'très minoritaire', de sorte que le coup d'État militaire 'serait probablement un coup de droite' qui établirait une dictature sans qu’il soit possible de prévoir combien d’années elle durerait.

Dans le même temps, un communiqué d’anciens chefs des Forces armées et d’anciens ministres de la Défense a appelé à des mesures contre des représentants Pérou libre, parti pour lequel Castillo est candidat, parce qu’ils ont critiqué les crimes commis par des militaires lors d’opérations contre des groupes armés entre 1980 et 2000.

Après avoir estimé que ces représentants cherchent à changer l’histoire, le texte nie les responsabilités institutionnelles militaires et revendique la défaite des groupes armés et le fait d’avoir empêché 'la prise du pouvoir par la voie violente' par ceux qui 'aujourd’hui se présentent sous une figure politique'.

Le document précise que, en tout état de cause, 'les cas isolés où des excès auraient été commis', sont entre les mains de tribunaux qui détermineront les responsabilités individuelles correspondantes.

'La campagne de discrédit et de désinformation visant à affecter la discipline et l’union des Forces armées entreprise par ces acteurs politiques mérite notre plus grand rejet et demande des réponses des autorités responsables du maintien des institutions', signalent les signataires.

Ce communiqué est notamment signé par l’ancien dirigeant militaire Francisco Morales Bermúdez (1975-80), âgé de 99 ans et condamné par contumace en Italie à la prison à vie par la justice italienne en raison de sa participation à des crimes contre l’humanité commis dans le cadre du Plan Condor, une coordination répressive des régimes sud-américains.

Le document est également signé par les anciens militaires de droite élus parlementaires aux élections du 11 avril dernier, Jorge Montoya et José Cueto (anciens chefs de la Marine), Otto Guibovich, ancien chef du Commandement conjoint des Forces armées, et José Williams.

Préalablement, un autre document d’anciens officiers des trois armes, déjà à la retraite, a circulé et demandait des poursuites judiciaires contre ceux qu’ils accusent d’attaquer les forces armées et de faire l’apologie du terrorisme, considéré comme un délit au Pérou. peo/rc/Mrs/gdc

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24 avril, 2021

LE PCCh OFFICIALISE LA CANDIDATURE PRÉSIDENTIELLE DE DANIEL JADUE

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« ALLONS-Y POUR UN
GOUVERNEMENT POPULAIRE,
SANS PEUR »

FLYER PCCH
Même si pendant un moment on a pensé que la nouvelle serait publiée demain dimanche, la 5ème session plénière du Comité central du Parti communiste du Chili (PCCh) a annoncé ce soir que la candidature présidentielle du maire de Recoleta, Daniel Jadue, était officialisée.
por Maximiliano Vega 
« SANS PEUR, CHANGEONS LE CHILI »
FLYER PCCH


«la nomination de Daniel Jadue nous remplit de fierté et montre qu'une fois de plus le Parti communiste a la capacité d'avancer  démocratie et de tracer une voie pleine d'espoir pour une partie substantielle de notre société. S'ouvre un chemin de victoire populaire commence auquel nous contribuerons de toutes nos forces et avec la conviction de le consacrer comme président du Chili », indique le communiqué publié sur le site officiel du PCCh.

Le document explique, qu'avec cette formalisation de la candidature, se fait l'écho de «la demande large et transversale du peuple chilien qui l'a placée dans une place d’expectative dans les préférences des citoyens».

- Ñ - ÉLECTIONS AU CHILI
PROPAGANDE ÉLECTORALE

CANDIDATOS Y CANDIDATAS A CONSTITUYENTES 
LISTA CHILE DIGNO, VERDE Y SOBERANO:

Avance que «sa proclamation sera une expression de cette caractéristique. De même que le Comité national de campagne, avec une présence politique, sociale et personnalités indépendantes, avec la parité des sexes, qui l'accompagnera dans cette tâche historique très importante, car pour la première fois une alternative au modèle actuel d'inégalité profonde, d'abus et d'impunité, ce que représente le néolibéralisme ».

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23 avril, 2021

L’AMÉRIQUE LATINE PROMULGUE SON PREMIER TRAITÉ ENVIRONNEMENTAL

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ILLUSTRATION AMNESTY INTERNATIONAL

L’accord d’Escazu, adopté par vingt-quatre pays et ratifié pour l’instant par douze d’entre eux, doit notamment garantir les droits des défenseurs de l’environnement, dans une région marquée par de nombreuses menaces et assassinats.
 
Le premier traité environnemental d’Amérique latine et des Caraïbes, protégeant notamment les droits des défenseurs de l’environnement, a été promulgué jeudi 22 avril, ratifié par douze pays. 

Cet accord d’Escazu garantit la protection de l’environnement et de la santé des personnes, principalement des peuples indigènes, favorise la participation du public, l’accès à l’information et à la justice en matière d’environnement. Il est le premier à introduire des dispositions spécifiques pour protéger les droits des défenseurs de l’environnement, cibles de nombreux assassinats en Amérique latine.

« En 2019, 210 défenseurs de l’environnement ont été tués dans le monde, dont deux tiers dans notre région», a déclaré Alicia Barcena, secrétaire générale de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), l’agence régionale des Nations unies qui a promu cet accord adopté en 2018 à Escazu, au sud-ouest de San José, au Costa Rica.

« Espoir » et « Inspiration »

Des communautés indigènes, des agriculteurs et activistes ont dénoncé à maintes reprises les menaces qu’ils ont subies pour s’être opposés aux intérêts de compagnies minières, forestières, agro-industrielles, et aux éoliennes, hydroélectriques ou gazières. Le traité permet en outre aux personnes et aux communautés d’être informées et entendues dans les processus décisionnels qui affectent leurs vies et leurs territoires.

Dans un message enregistré, le secrétaire général des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, déclare que l’entrée en vigueur de cet accord « nous donne de l’espoir et de l’inspiration et ouvre la voie à une réglementation durable et résiliente » pour enrayer le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité et la pollution de l’environnement.

La haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a estimé que « face aux dommages environnementaux et aux injustices, les instruments juridiques comme l’accord d’Escazu sont fondamentaux pour tenir les Etats responsables et défendre les droits et la santé des personnes et de la planète ».

Après l’adoption de l’accord par 24 pays de la région, dont le Brésil, douze d’entre eux l’ont ratifié (Antigua-et-Barbuda, Argentine, Bolivie, Equateur, Guyana, Mexique, Nicaragua, Panama, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie et Uruguay) et scellent son entrée en vigueur sur leur territoire.

22 avril, 2021

CHILI / L’UDI CONTRE BARBARA FIGUEROA

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BARBARA FIGUEROA
PHOTO ATON

Bárbara Figueroa présidente de la Centrale unitaire des travailleurs du Chili (CUT) et candidate à la prochaine Convention constituante est la cible de l’Union démocrate indépendante (UDI) parti politique fondée en 1988 par des partisans de Pinochet à la fin de la dictature, qui cherchent à interdire  sa candidature.

Canal 13

BARBARA FIGUEROA
PHOTO ATON

Les députés UDI soutiennent qu’il s’agit d’une inhabilité constitutionnelle que Barbara Figueroa occupe un poste syndical et négocie même en tant que présidente de la CUT le revenu minimum, alors qu'elle elle est candidate à la convention.

Une lettre sera envoyée ce mercredi par des députés de l’UDI au président du conseil du Service Électoral (Servel), Andrés Tagle, à fin de demander une déclaration formelle de l’entité au sujet de la candidature à la Convention Constituante de Bárbara Figueroa.

Signé par le président et le président de l'UDI, Gustavo Sanhueza, et le député Sergio Bobadilla, soutient que, dans son paragraphe final, l’article 132 de la Constitution actuelle établit des incompatibilités pour des syndicalistes devenir candidats à des charges publiques.

« Les personnes qui occupent un poste de direction de nature syndicale ou d’association de quartier, doivent suspendre ces dites fonctions dès que leur candidature est inscrite au registre électoral » citent les députés le texte relatif à cet article de la Constitution actuel.

Dans ce sens, ils se réfèrent explicitement à Barbara Figueroa pour son rôle dans la CUT alors qu’elle est candidate à la constituante du district 12 de la Région Métropolitaine.

Dans cet esprit, les parlementaires ajoutent que, «au-delà des différences politiques qui peuvent exister avec la candidate en question, il convient de garder à l’esprit que les règles ont été établies pour l’ensemble des candidats et que leur respect n’est pas seulement facultatif, mais obligatoire, car elle vise à sauvegarder des principes intérêts qui ont été considérés comme fondamentaux par le constituant ».

Ainsi, les députés demandent dans la lettre, expressément, de trancher cette "incompatibilité". «Il est urgent que son autorité se prononce sur la question de savoir si ce rôle va à l’encontre de l’interdiction énoncée à l’article 132, paragraphe final, de la Constitution politique de la République et, si cela s’avère effectif, sur les sanctions associées à cette violation », affirment-ils. HLT

OPÉRATION PETER PAN : SÉPARATION DES ENFANTS CUBAINS PAR LES ÉTATS-UNIS

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OPÉRATION PETER PAN - PHOTO ARCHIVES  
La Havane, 22 avril (Prensa Latina) L’opération Peter Pan, l’une des actions les plus cruelles et les plus violentes des États-Unis contre la plus grande des Antilles, a contraint plus de 14.000 enfants cubains à se rendre sur le territoire nord-américain, par les mensonges invoquant une prétendue déchéance de l’autorité parentale par les autorités de la révolution naissante.

PHOTO WIKIPÉDIA

Roberto García Hernández 

Beaucoup d’entre eux n’ont jamais retrouvé leurs parents, ou quand ils l’ont fait, après le passage du temps, ils les ont à peine reconnus et les relations ont parfois étaient difficiles, selon les témoignages de certaines victimes de ce crime.

Dans le but de détruire la Révolution naissante, Washington a développé des actions de toutes sortes, comme le blocus économique, commercial et financier, les agressions armées et les actes de terrorisme.

Cependant, l’opération Peter Pan, exécutée du 26 décembre 1960 au 23 octobre 1962, a atteint des extrêmes d´une cruauté inimaginable et a représenté un cas de guerre psychologique visant à affecter le plus précieux de la famille cubaine : ses enfants.

Pour mener à bien cette manœuvre impitoyable, les États-Unis et leurs alliés à l’intérieur de l’île caribéenne ont mené une croisade féroce qui assurait que le gouvernement révolutionnaire retirerait l’autorité parentale aux parents pour disposer de leurs enfants et les envoyer dans l’ancienne Union soviétique, ou les utiliser à des fins diverses sans le consentement des parents.

Le moyen utilisé dans ce mécanisme de déstabilisation était une campagne de propagande sur les ondes de la station Radio Cuba Libre (également appelée Swan) pour provoquer l’alarme et le désarroi de la population.

Parmi ses antécédents les plus immédiats figure la création du Programme pour les enfants réfugiés cubains non accompagnés, dans les derniers mois de 1960, par des contre-révolutionnaires nés sur l’île et établis dans la péninsule de Floride, et sous la direction de la CIA.

Tout ce plan a été organisé par le Département d’État nord-américain et la hiérarchie de l’Église catholique à Miami et à La Havane, entre autres entités et agences fédérales.

Tant ce programme que l’Opération Peter Pan ont été lancés sans qu´aient été assurés les logements pour le nombre d’enfants qui « attendaient » leur tour, sur la base des résultats des manœuvres insidieuses menées pour atteindre cet objectif.

Outre les États-Unis, des diplomates de six ambassades européennes et de cinq ambassades latino-américaines ont participé aux différentes démarches plus ou moins légales de documents et de passeports.

Selon ses organisateurs, l’Opération Peter Pan a pris fin le 22 octobre 1962, lorsque la dénommée crise des missiles de Cuba a commencé et que les vols entre les deux pays ont été suspendus. Elle a cependant continué de manière secrète durant plusieurs années.

Les mineurs de moins de 16 ans ont continué à quitter seuls le territoire, via l’Espagne, avec un visa régulier du pays ibérique, où ils étaient accueillis et assistés par des membres de l’Église catholique, ainsi qu’un groupe de prêtres, de religieux et de laïcs émigrés de l’île. peo / (Extrait de Correo de Cuba)

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ARTE TV

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DES ENFANTS CUBAINS DE L'OPÉRATION
 PETER PANARRIVENT AUX ÉTATS-UNIS
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