13 mars, 2024

BOLIVIE : LA LUTTE ENTRE PARTISANS D'EVO MORALES ET DE LUIS ARCE FRACTURE LE MAS

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PHOTO  AIZAR RALDES / AFP

La lutte fratricide, au sein du Mouvement vers le socialisme, entre les partisans d’Evo Morales et ceux de l’actuel président Luis Arce, offre une chance à la droite de reprendre le pouvoir en 2025.

par Luis Reygada

Caïn tue Abel,
 par Peter Paul Rubens

Quatre ans après le retour inespéré de la gauche au pouvoir en Bolivie, le Mouvement vers le socialisme-Instrument politique pour la souveraineté des peuples (MAS) – est plus fracturé que jamais. Fer de lance de la révolution portée par l’ancien président Evo Morales (2006-2019), le parti est en effet scindé en deux avec une aile « eviste » (pro-Morales) à couteaux tirés avec les partisans de l’actuel président, Luis Arce, dont tout indique qu’il souhaiterait briguer un second mandat.

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Si les turbulences au sein du parti remontent à très loin, la personnalité de l’ancien syndicaliste cocacolero – notamment critiqué pour avoir instauré un modèle bâti autour de sa personne – n’y est pas pour rien. « Nombre de dissidents considèrent Evo Morales comme coresponsable du coup d’État de 2019 en raison de son entêtement à vouloir rester au pouvoir », analyse le latino-américaniste Patrick Guillaudat 1. « Dans un pays où le caudillisme est très présent, poursuit-il, le camp Arce représente, à tort ou à raison, une possibilité pour certaines organisations sociales de s’affranchir de la soumission à Morales qui leur était parfois imposée. »

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450 blessés lors d’un congrès en août 2023

La division du MAS a tourné à la guerre ouverte entre les deux camps après la tenue, en août 2023, du congrès de la principale force organisée du parti – la Confédération unique des syndicats paysans de Bolivie –, qui s’est soldé par une scission après une bataille rangée… faisant 450 blessés.

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Suivirent l’officialisation unilatérale de la candidature de Morales en tant que représentant du MAS pour les prochaines présidentielles, l’exclusion de son rival dudit parti, une décision judiciaire inhabilitant Morales pour l’élection de 2025, une tentative – de la part des evistes – de paralyser les principales routes du pays. Le tout sur fond d’accusations extrêmement graves contre le gouvernement d’Arce : supposés liens avec le narcotrafic, compromissions avec la droite, voire soumission aux intérêts nord-américains, etc.

Allié de toujours de Morales, l’ancien vice-président Álvaro García Linera s’est récemment attiré les foudres de celui-ci pour avoir proposé un compromis qui puisse réunir les deux camps : la candidature pour 2025 de l’actuel président du Sénat, le jeune syndicaliste indigène Andrónico Rodríguez (35 ans).

Ce début de semaine, ce sont les anciens présidents Alberto Fernández (Argentine), Ernesto Samper (Colombie) et José Luis Zapatero (Espagne) qui devaient profiter d’une réunion du Groupe de Puebla à Santa Cruz pour tenter de rapprocher les deux bords. « Il y a pourtant très peu de divergences politiques entre les deux camps, déplore Patrick Guillaudat, il s’agit uniquement d’une crise autour de l’exercice du pouvoir. »

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Seule certitude : si la crise ne se résout pas, la droite aura une chance inespérée de reconquérir la présidence en 2025. « Dans cette hypothèse, les deux camps seront perdants, mais surtout le peuple bolivien en subira collectivement les conséquences… »


(1) Patrick Guillaudat est membre du comité directeur de l’association France Amérique latine (www.franceameriquelatine.org).  

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DESSIN CARLOS AMORIM


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