11 mars, 2024

PORTUGAL : LE MONSTRE DE LA TROÏKA

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DESSIN ANDRÉ CARRILHO
L'éditorial de Cathy Dos Santos / Portugal : le monstre de la troïka / « Fascisme, plus jamais. » Le slogan phare de la révolution des œillets de 1974 a pris une claque monumentale. À l’heure où le Portugal s’apprête à célébrer le 50ème anniversaire de la chute de la vieille dictature et le retour de la démocratie, l’extrême droite s’est imposée, dimanche, comme la troisième force au sein de l’Assemblée de la République. C’est une catastrophe.

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« Cette caricature fut réalisée pour les dernières élections présidentielles, mais elle reste quelque peu actuelle. Apparemment, nous vivons dans un pays qui, s'il ne compte pas un tiers de fascistes, compte au moins un million de «fascistes-curieux». Ils sont prêts à l’essayer pour voir s’ils l’aiment. Je dis aussi à mes enfants d'essayer ce qu'il y a dans l'assiette, même si le plat est servi par les familles Champalimaud et Mello [riches familles du Portugal], le ministère public, les médias et le président Marcelo Rebelo de Sousa. Il y a quelques années, Salazar a été élu le plus grand Portugais du XXème siècle dans une émission télévisée, ce n'est donc pas une surprise. / Le vote de protestation en faveur de la troisième force politique est compréhensible. Par exemple, si les poules sont gouvernées par des coqs corrompus, il est parfois judicieux de confier la responsabilité du poulailler à une bande de renards car ils peuvent avoir des solutions nouvelles et intéressantes.  »

L’ascension fulgurante de Chega est inquiétante à plus d’un titre, alors que Lisbonne était hier encore épargnée par la vague brune qui dévore l’Europe. Ce mouvement populiste créé il y a à peine cinq ans n’avait réuni que 1,29 % aux législatives de 2019, contre 18 % aujourd’hui. André Ventura et ses acolytes ont joué à fond la carte de l’antisystème où l’alternance sans alternative entre la droite et Parti socialiste a rythmé la vie politique de ces quarante dernières années.


Ça suffit, de son nom français, a prospéré sur les ruines fumantes de la crise économique qui a ravagé le pays et l’humiliation de sa mise sous tutelle entre 2011 et 2015. Durant ces terribles années, avec l’assentiment du PSD de Pedro Passos Coelho, les hommes en noir de la troïka (FMI, Commission et Banque centrale européennes) ont imposé une violente cure d’austérité qui a contraint à l’exil plus de 340 000 Portugais et jeté dans la pauvreté plus de 2 millions de personnes.

La parenthèse qu’ont constituée les accords parlementaires entre les formations de gauche de 2015 à 2019 n’a jamais tout à fait permis de panser le traumatisme de la déflagration sociale subie. Chega est, en quelque sorte, le monstre de cette sinistre période.

L’extrême droite a désormais entre ses mains l’avenir du Portugal. Si l’alliance de droite devance d’une courte tête les socialistes, qui perdent leur majorité absolue en raison d’un trafic d’influence qui a conduit le premier ministre António Costa à démissionner, elle échoue à réunir une majorité à même de pouvoir légiférer seule.

Son chef de file, Luis Montenegro, assure qu’il ne conclura pas d’accord avec André Ventura, sauf à revenir sur sa parole et pactiser avec le diable. À moins de trois mois du scrutin européen, le signal envoyé est de bien mauvais augures.

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DESSIN ANDRÉ CARRILHO

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Chega, élections portugaises,  Portugal