25 décembre, 2006

Augusto Pinochet défend ses actes dans une lettre posthume


SANTIAGO (Reuters) - L'ancien dictateur Augusto Pinochet a défendu, dans une lettre écrite avant sa mort et publiée dimanche, son coup d'Etat et les méthodes qu'il a employées pendant ses 17 années passées à la tête du Chili.

Pinochet, qui est décédé le 10 décembre à 91 ans, réaffirme avoir fait un putsch le 11 septembre 1973 pour éviter que son pays ne bascule dans un régime marxiste-léniniste et éviter une guerre civile entre partisans et adversaires du président socialiste Salvador Allende.

On estime a 3.000 le nombre de personnes tuées par la police politique chilienne sous le règne de Pinochet, et à 28.000 le nombre de personnes torturées pendant cette période.

"L'utilisation de différentes méthodes de contrôle militaire, comme les détentions temporaires, l'exil officiel et les exécutions sur décisions de cours martiales étaient nécessaires", estime Pinochet dans la lettre, diffusée par sa famille et publiée par plusieurs journaux chiliens.

Il affirme en outre que dans de nombreux cas, on ne déterminera jamais comment ou pourquoi telle ou telle personne a péri.

"Les conflits graves sont comme cela et le seront toujours: Ils entraînent des abus et des exagérations".

"En toute sincérité, je peux dire que je suis fier de l'énorme action qu'il m'a fallu mener pour empêcher le marxisme-léninisme d'assumer tout le pouvoir", ajoute-t-il. "Néanmoins, si c'était à refaire, je préconiserais davantage de sagesse."

Il affirme que pendant son règne, il a agi "avec rigueur, mais avec beaucoup plus de flexibilité qu'on a bien voulu le reconnaître".

La personne et le bilan d'Augusto Pinochet continuent aujourd'hui de diviser profondément la société chilienne.

Quelque 60.000 personnes ont rendu hommage à l'ancien dictateur en défilant le 12 décembre devant son corps, exposé à Santiago. Ailleurs, ses adversaires sablaient le champagne pour fêter sa disparition.

Dans la lettre écrite avant sa mort, l’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet insiste sur le fait que le coup d’Etat militaire de 1973 a permis d’éviter une guerre civile et la dictature marxiste, que son régime (1973-1990) n’a jamais eu l’intention de violer les droits de l’homme, fait savoir l’agence AP qui publie les extraits de la lettre divulguée dimanche par la fondation Pinochet.


"Il fallait agir avec cruauté maximale pour empêcher l’escalade du conflit", lit-on dans la lettre.

Selon les données officielles, en 17 années de pouvoir de Pinochet, plus de 3000 personnes furent tuées pour des motifs politiques, des dizaines de milliers d’autres furent illégalement emprisonnées ou exilées.

"Dans mon coeur, il n’y a pas de place pour la haine", écrit l’ex-dictateur dans ses confidences de six pages. "Mon destin m’a réservé une sorte d’exil et la solitude, ce que je ne pouvais prévoir et, encore moins désirer", a-t-il reconnu.

Le coup d’Etat qui destitua le leader socialiste Salvador Allende a eu lieu dans un contexte de guerre froide, c’était un acte forcé et la seule alternative à la guerre civile, a fait remarquer Augusto Pinochet.

"J’aurais voulu éviter les actions militaires de septembre 1973, écrit-il. J’aurais voulu que l’idéologie marxiste-léniniste ne s’ancre jamais dans notre patrie".