05 décembre, 2006

Il faut s'arranger avec Chávez



L
e président vénézuélien Hugo Chávez a été réélu pour un troisième mandat avec une très large majorité. Il est donc temps que les Occidentaux apprennent à composer avec lui, estime la presse anglo-saxonne. Mais, à Caracas, un journal d'opposition voit se profiler la fin de la démocratie.
Hugo Chávez ne cède pas le passage
AFP


Chávez est-il en passe de devenir un "président perpétuel" ? s'interroge le quotidien espagnol ABC. "Au pouvoir depuis 1999, il vient de gagner un mandat jusqu'en 2013 – qui, selon la Constitution qu'il a lui-même remodelée, devrait être le dernier. Mais il a déjà annoncé qu'une de ses premières mesures serait d'annuler cette limite, pour pouvoir célébrer lui-même en 2021 le bicentenaire de la bataille de Carabobo (1821), livrée par le libérateur Simón Bolívar" contre les Espagnols, s'inquiète le journal conservateur. Président depuis 1998, Hugo Chávez a remporté dimanche 3 décembre un troisième mandat avec plus de 62 % des voix, contre 37 % à son adversaire, le candidat de la droite Manuel Rosales.

"Les Vénézuéliens ont toutes les raisons de ne pas aimer Hugo Chávez. Le nombre de crimes, et en particulier de meurtres, a grimpé de façon impressionnante durant les huit années de mandat de président de Chávez. La corruption est omniprésente, les institutions démocratiques ont été détournées, les investisseurs étrangers chassés et l'absurde rhétorique antiaméricaine de Chávez a isolé le pays de l'Occident, même si elle a réchauffé le cœur des dictateurs du monde. Mais rien de tout cela n'a compté dimanche", déplore le Los Angeles Times.

"L'origine de la popularité de Chávez est évidente : les prix élevés du pétrole ont entraîné une croissance de 9 % par an au Venezuela et ont permis au président d'acheter la fidélité des pauvres en investissant l'argent du pétrole dans des programmes sociaux", écrit le quotidien américain. "Tant que les pétrodollars afflueront, Chávez jouira d'un poids politique impressionnant", prévient le Los Angeles Times. "Et, comme il risque d'être au pouvoir pour bien plus de six ans, Washington devrait essayer d'améliorer ses liens bilatéraux avec Caracas, et pas seulement pour être en bons termes avec un pays producteur de pétrole. Une bonne volonté affichée minerait aussi la crédibilité de Chávez quand il décrit les Américains comme des diables", assure le journal californien.

Le Financial Times pense aussi que Washington doit maintenant composer avec Chávez. "Les Etats-Unis et ses alliés devraient cesser leur rhétorique anti-Chávez, qui l'aide tellement dans son discours populiste. Après avoir été soupçonné de participer au coup d'Etat visant à renverser le président en 2002, Washington a du retard à rattraper. Il faut persévérer dans la voie de l'approche pragmatique, et collaborer avec le Venezuela dans des domaines comme le pétrole, la politique énergétique et la sécurité frontalière. Rien de tout cela ne sera facile, mais cela obligera Chávez à offrir la prospérité promise au peuple sans se cacher derrière son discours nationaliste", explique le quotidien britannique, qui rappelle que l'économie vénézuélienne n'est pas aussi florissante qu'il y paraît. "La croissance économique vénézuélienne ne produit pas assez d'emplois ni de biens. Le boom du crédit alimente les tendances inflationnistes, et le pays est miné par la corruption et le crime."

Le quotidien d'opposition vénézuélien El Universal (Profondément anti-Chávez, El Universal a fait de l’atteinte à la liberté des médias par le gouvernement Chávez son cheval de bataille.
) estime que les Vénézuéliens sont en train de perdre la liberté démocratique qu'ils avaient si durement gagnée. "A la différence du général Eleazar López Contreras, président de la transition démocratique, qui avait promu la réforme constitutionnelle pour faire passer le mandat présidentiel de 7 ans à 5 ans, le commandant Chávez aspire au pouvoir perpétuel. La Constitution bolivarienne de 1819 le disait déjà : 'Rien n'est plus dangereux que de laisser un citoyen occuper trop longtemps le pouvoir ; le peuple s'habitue à lui obéir, et lui s'habitue à le commander ; et là commence la tyrannie.' Pourquoi nous obstinons-nous à ne pas suivre la recommandation de Bolívar lui-même : 'Fuyez d'un pays où un seul homme domine tous les pouvoirs, parce que c'est un pays de tyrans.'"
Hamdam Mostafavi